Les caractéristiques générales des aigles sont celles des Accipitridés, avec des nuances pour chaque espèce: voir les articles détaillés pour plus d'informations sur leur description ou leur mode de vie.
Caractéristiques communes
Les aigles sont de grands rapaces planeurs diurnes qui possèdent des pattes puissantes et de grandes serres qui leur permettent de saisir leurs proies. Ils ont grande acuité visuelle leur permettant de repérer celles-ci à distance.
Les aigles ont des ailes qui présentent une émargination importante, ce qui les distingue des Falconidae (faucons, éperviers). Comme certaines buses, ils ont des tarses emplumés, mais les aigles en ont de plus grands que celles-ci.
De nombreuses espèces d'aigles sont vulnérables à la destruction de leur habitat. Situés en tête de chaîne alimentaire, ces oiseaux de proie concentrent dans leur organisme de nombreux polluants, notamment des pesticides et des métaux lourds. Ils sont par conséquent, au même titre que d'autres prédateurs et nécrophages, fréquemment victimes de saturnisme aviaire, un empoisonnement au plomb particulièrement grave[1].
Le saturnisme aviaire résulte principalement de l'ingestion de grenailles de plomb présentes dans les carcasses d'animaux abattus à la chasse. Les aigles dorés et les pygargues à tête blanche sont particulièrement exposés dans les régions de chasse intensives, notamment en Amérique du Nord[2].
Lexicologie
Pour désigner son cri, on dit que l'aigle glatit ou trompette. Le petit de l'aigle est un aiglon. Sa femelle est une aigle.
Étymologie
Le nom commun français aigle est issu du latinaquila, sans doute par l'intermédiaire de l'ancien provençalaigla (ce qui expliquerait le maintien du g en français), en effet, l'ancien français avait aille «aigle», évolution plus régulière. Le nom latin – repris à l'époque moderne pour désigner le genre Aquila – se continue dans d'autres langues romanes comme l'espagnol (es). Le nom français est passé dans l'anglais pour devenir eagle. En revanche, l'allemandAar ou Adler (vieux haut allemandadelar, sur adel «noble» et ar «aigle», littéralement «noble aigle») et le grecἀετός/ aetós ont d'autres origines.
Double genre du mot «aigle»
L'usage a semblé hésiter en ce qui concerne le genre du mot aigle, sans doute en raison de son genre étymologique (le mot est féminin tant en latin qu'en provençal). Mais alors qu'il est encore très souvent féminin au XVIesiècle, le Dictionnaire de l'Académie française le déclare en 1694 de genre masculin lorsqu'il désigne l'oiseau, peut-être par analogie avec d'autres noms d'oiseaux de proie (faucon, épervier...)[3].
Dans l'usage français actuel, le nom commun aigle est masculin quand il désigne l'oiseau en général ou quand il est employé au sens figuré pour désigner un homme de génie. Il est féminin quand il désigne la femelle de l'oiseau ou qu'il est employé en héraldique ou comme synonyme d'étendard[4].
Toutefois, il y a des exemples d'utilisation du mot au féminin en français classique pour désigner l'oiseau en général (textes de Bossuet, La Fontaine ou Voltaire) et aussi des exemples plus exceptionnels (Mairet, Boileau) où le masculin a été employé pour des étendards. Le Littré conclut en ce qui concerne le premier cas qu'il n'y a aucune faute à employer le féminin et, en ce qui concerne le deuxième cas, que l'usage a statué contre[5].
Liste de noms français et noms scientifiques correspondants
Noms normalisés
Liste alphabétique des noms normalisés selon la CINFO (màj 2009) et Avibase, en regard du nom scientifique valide reconnu par la classification de référence (version 6.4, 2016) du Congrès ornithologique international.
Gravure de l'aigle dans les œuvres complètes de Buffon en 1837.
L'aigle est le symbole de nombreux organismes et nations. Il peut se présenter sous la forme d'un aigle simple ou d'un aigle à deux têtes. Il représente les idées de beauté, de force et de prestige. Chez les Romains, l'aigle devient, à partir de la réforme de Caius Marius, l'enseigne emblématique des légions romaines[7]. Les pièces allemandes de 1 et 2 euros portent l'aigle fédéral, symbole traditionnel de la souveraineté allemande, entouré des étoiles de l'Europe[8],[9].
L'aigle, capable de s'élever au-dessus des nuages et de fixer le soleil, est universellement considéré comme un symbole à la fois céleste et solaire, les deux aspects pouvant d'ailleurs se confondre.
Roi des oiseaux, il contourne le symbolisme général de ceux-ci, qui est celui des anges, des états spirituels supérieurs. Dans l'Antiquité gréco-romaine, l'aigle est associé à Zeus/Jupiter, dont il est l'un des animaux sacrés; Zeus prend lui-même la forme d'un aigle dans certains récits, notamment lors de l'enlèvement de Ganymède[10],[11].Dans certaines traditions chamaniques sibériennes, l'aigle est associé au monde céleste et aux puissances supérieures. Cette fonction apparaît notamment dans des récits bouriates où l'aigle intervient dans l'origine du premier chamane, ainsi que dans des traditions iakoutes où il est rapproché d'Ai Toyon, l'Être suprême, et de Toyon Kötör, le «Seigneur des oiseaux»[12],[13]. Au Japon, l'aigle apparaît aussi dans le nom du kami Ame-no-Hiwashi-no-Kami ou Ame-no-Hiwashi-no-Mikoto (天日鷲神 / 天日鷲命), que W. G. Aston traduit par «heaven-sun-eagle», c'est-à-dire «ciel-soleil-aigle». Une tradition du sanctuaire Ōtori d'Asakusa rattache ce nom à l'épisode où Amaterasu sort de la caverne céleste: un aigle se serait alors posé sur un instrument rituel, signe favorable du retour de la lumière[14],[15],[16].
Dans les traditions amérindiennes des Plaines, notamment chez les Lakotas, l'aigle est associé au soleil et à la communication spirituelle. Les plumes et les sifflets en os d'aigle jouent un rôle central dans la Danse du Soleil, ou wiwanyang wachipi, «danse qui regarde le soleil», où ils sont censés faciliter le contact avec le Grand Esprit et porter les prières vers les cieux[17],[18].Chez les Aztèques, l'aigle était l'animal totem du dieu Huitzilopochtli, dieu du Soleil et de la Guerre, et symbolisait à la fois la puissance solaire et l'élite guerrière. Cette symbolique perdure sur le drapeau du Mexique contemporain. En Grèce antique, selon la mythologie, Zeus aurait envoyé deux aigles depuis les extrémités orientale et occidentale du monde, et ces oiseaux de proie se seraient rencontrés à Delphes, point marqué par l'omphalos, symbole du «nombril du monde» et centre spirituel de la Grèce antique[19].
L'aigle capable de fixer le soleil est interprété, dans la tradition symbolique, comme une image de contemplation et de perception de la lumière spirituelle[17]. Angelus Silesius reprend ce motif dans le Pèlerin chérubinique, où il compare le regard de l'aigle vers le soleil à celui du cœur pur vers l'éclat éternel[20]. Cette symbolique se rattache aussi à l'iconographie chrétienne du tétramorphe, où l'aigle est l'attribut de saint Jean l'Évangéliste[21],[22]. Certaines œuvres d'art du Moyen Âge identifient l'aigle au Christ lui-même, dont il signifie l'Ascension et parfois la Royauté[23],[24]. Cette interprétation est une transposition du symbole romain de l'Empire. Les psaumes en font un symbole de régénération spirituelle, notamment le Psaume 103:5 («Ta jeunesse se renouvelle comme celle de l'aigle»)[25], comme le phénix.
Le symbole de l'aigle peut aussi recevoir une interprétation négative. Chevalier et Gheerbrant évoquent ainsi l'«aigle gauche», où l'exaltation de sa puissance devient démesure: dans la tradition chrétienne, le renversement du symbole christique peut conduire à une image de l'Antéchrist, associée à l'orgueil, à l'oppression et au rapace ravisseur[26]. Il est aussi parfois symbole d'orgueil et d'oppression (ceci est lié au pouvoir impérial). C'est la perversion de son pouvoir.
Dans l'Armée de l'airfrançaise, l'aigle apparaît dans plusieurs insignes et emblèmes. À Salon-de-Provence, le livret officiel de la base aérienne 701 indique que l'aigle et la roue dentée représentent la base aérienne soutenant l'École de l'air et de l'espace, et autrefois l'École militaire de l'air[27],[28]. L'insigne de poitrine des commandos parachutistes de l'air, dit Sicut Aquila, homologué sous le numéro A 690 le 25 octobre 1956, représente également un aigle fondant sur sa proie[29].
Le Physiologus, texte grec chrétien du IIesiècle dont la première traduction latine date sans doute du IVesiècle[30], associe l'aigle à la régénération spirituelle[31]. Le passage VIII consacré à l'aigle affirme que «Sa jeunesse va se renouveler comme celle de l'aigle», en référence au psaume, et décrit un processus de rajeunissement spirituel: l'aigle vieillissant se baigne trois fois dans une source et retrouve sa force. Cette métaphore de régénération a influencé l'iconographie chrétienne médiévale.
Expressions courantes
«Crier comme un aigle»: crier d'une voix aiguë et perçante[5].
«Avoir des yeux d'aigle»: avoir le regard perçant[5].
«Avoir un œil d'aigle»: avoir une grande pénétration, tout remarquer[5].
«Nid d'aigle»: construction difficilement accessible dans la montagne[32].
«Ce n'est pas un aigle»: se dit familièrement d'une personne à l'intelligence médiocre[33].
«Comme un aigle fond sur sa proie»: assaillir impétueusement, avec soudaineté[34].
Iconographie
Dans l'art
L'aigle apparaît fréquemment dans les arts plastiques. Dans l'art gréco-romain, c'est un des attributs de Zeus/Jupiter, qui prit sa forme pour enlever Ganymède, et il apparaît dans les représentations de Prométhée supplicié. Dans l'iconographie chrétienne, il est le symbole ou l'attribut de saint Jean l'évangéliste (surnommé l'Aigle de Patmos[réf.souhaitée]). Les lutrins sont ornés d'aigles à la symbolique complexe[35]. L'aigle en effet s'attaque aux serpents, symbole du mal dès le premier Livre biblique qu'est celui de la Genèse; il monte dans les hauteurs du ciel comme le Christ au moment de l'ascension. L'aigle est également l'emblème des légions romaines, repris par Napoléon qui en fait un symbole impérial, que les poètes associeront à son nom (l'aigle baissait la tête (Victor Hugo, Les Châtiments), L'Aiglon (Edmond Rostand)) et qui figure à ce titre dans l'iconographie impériale. L'art martial d'aigle symbolise: Audace et majesté.
Dans la chanson française
«L'Aigle noir» est une chanson de Barbara, dont elle signe les paroles et la musique[36]. Elle paraît en 1970, notamment en 45 tours chez Philips, et donne son titre à l'album sorti le 28 mai 1970[37]. La chanson est dédiée à Laurence, nièce de Barbara, et demeure l'un des titres les plus populaires de la chanteuse.
En 2015, selon un sondage BVA-Doméo-Presse régionale, «L'Aigle noir» arrive à la troisième place des chansons françaises préférées des Français, avec 22,5% des votes, derrière «Mistral gagnant» et «Ne me quitte pas»[38].
La chanson a fait l'objet de lectures psychanalytiques, notamment par Philippe Grimbert, qui y voit une évocation symbolique du père et de l'inceste. Cette interprétation reste cependant à présenter comme une lecture parmi d'autres, certains auteurs soulignant le risque de réduire l'œuvre à cette seule clé biographique.
Dans la littérature
'L'Aiglon est un drame en vers d'Edmond Rostand créé en 1900[39], qui prend pour thème la vie du duc de Reichstadt, fils de Napoléon Ier.
Bartolomeo Pinelli, L'Aiglon sous l'égide de l'aigle, 1811.
L'«Aigle» américain (affiche, 1941). Cet oiseau est en fait nommé pygargue en français.
Notes et références
↑Wayland, M., Wilson, L.K., Elliott, J.R., Miller, J.E., Bollinger, T., McAdie, M., Langelier, K., Keating, J., Froese, J.M.W., «Mortality, Morbidity, and Lead Poisoning of Eagles in Western Canada, 1986–98», Journal of Raptor Research, vol.37, no1, (lire en ligne, consulté le )
↑Wayland, M., Bollinger, T., «Lead exposure and poisoning in bald eagles and golden eagles in the Canadian prairie provinces», Environmental Pollution, vol.104, , p.341-350 (DOI10.1016/S0269-7491(98)00201-2, lire en ligne, consulté le )
↑Attention aux appellations et traductions fantaisistes circulant sur l'Internet.
↑Patrick Le Roux, «Chapitre XXIX. L'aigle, le geste de la main: questions de sens», dans L'Empire romain. Histoire et modèles, Presses universitaires de Rennes (lire en ligne), paragraphe 9; note 33
↑(en) «Germany», sur Banque centrale européenne (consulté le ), €1 and €2 coins
12Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles: mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, Robert Laffont / Jupiter, coll.«Bouquins», , entrée «Aigle»
↑Héhaka Sapa et Joseph Epes Brown, Les rites secrets des Indiens Sioux, Le Mail / Éditions du Rocher, (ISBN2-903951-10-1), chapitre V, «La danse du Soleil»
↑Dictionnaire de mythologie grecque et romaine, Larousse, Omphalos
↑(de) Angelus Silesius, «Cherubinischer Wandersmann», sur ETH Zürich / METIS (consulté le ), épigramme 99, «Ein reines Hertz schaut GOtt», p. 110