Bohumil Hrabal, né le à Brno et mort le à Prague, est l'un des plus importants écrivainstchèques de la seconde moitié du XXe siècle[1],[2]. Son oeuvre est souvent comparée à celle de Jaroslav Hašek, la comparaison également entretenue par Hrabal lui même[3].
Biographie
Fils adoptif d’un maître brasseur, Bohumil Hrabal ne s'adonne pas à la lecture dans son enfance[1]. Il découvre véritablement la littérature lors de ses années estudiantines. Il étudie le droit à l’université Charles de Prague, mais doit interrompre ses études, à partir de 1939, à cause de l’Occupation allemande et de la fermeture des universités ; il exerce alors des métiers divers : ouvrier sidérurgiste, voyageur de commerce, emballeur de vieux papiers, figurant de théâtre, cheminot… [4]. En 1946, il achève ses études et obtient le titre de docteur en droit mais n’exercera jamais sa profession[1].
En 1963, parait son premier recueil de nouvelles Une perle dans le fond (Perlička na dně)[3]. Il devient rapidement un des écrivains les plus populaires de son pays. Après l'invasion soviétique de l'été 1968 qui met fin au Printemps de Prague, il connaît des ennuis avec la censure pour « grossièreté et pornographie » et est interdit de publication. Deux de ses livres sont notamment livrés au pilon en 1970. Pour cette raison, nombre de ses ouvrages sont publiés en samizdat[2].
Il compte parmi les signataires de l'Anticharte et lui qui était tombé en disgrâce au moment du Printemps de Prague regagne la faveur du régime qui réenclenche le processus éditorial de ses œuvres[2].
C'est durant cette période qu'il écrit ses principaux chefs-d'œuvre largement inspirés de sa vie dans un style où percent l'humour noir, le grotesque, l'ironie, la tendresse, et qui mêle le trivial (d'où l'accusation presque fondée, s'il ne s'agissait pas ici de licence créative, de « grossièreté et pornographie ») et l'argot au raffinement d'une langue extrêmement poétique : Moi qui ai servi le roi d'Angleterre (I Served the King of England(en) (1971), Une trop bruyante solitude (1976) court roman dans lequel Hanta évoque son destin de « destructeur » de livres au fond de son atelier, La Chevelure sacrifiée, Les Noces dans la maison (trilogie). Il crée les antihéros inoubliables comme le Baron Prášil (Haňťa de son vrai nom) et l'oncle Pépin qui se distinguent par leur caractère solitaire, leur volonté de survie et l'absence de conflits de conscience[3].
Entre 1982 et 1985, il est de nouveau interdit de publication.
L'écrivain se rendait presque tous les soirs à la taverne du Tigre d’or, au cœur de la vieille ville de Prague, rejoindre ses amis et ses lecteurs. Un grand buste à son effigie est installé depuis à l'intérieur de l'établissement[4].
Il passe les dernières années de sa vie dans un chalet du village de Kersko entouré de ses nombreux chats. Ce lieu sera transformé plus tard en musée[1].
Bohumil Hrabal meurt à Prague le en tombant — ou en sautant ? — de la fenêtre de l'hôpital de Bulovka où il est soigné[5].
Sept enregistrements réalisés par Hrabal dans les années 1980 dans un presbytère protestant sont découverts par le Pr Pavel Hošek, théologien et érudit religieux. Ce dernier écoute ces enregistrements et, très impressionné, écrit un livre intitulé L’Evangile selon Bohumil Hrabal analysant son oeuvre et sa pensée[1].
Bohumil[6] signifie « aimé de Dieu », formé des mots tchèques Bohu (« Dieu ») et mil (racine de « milovat », « aimer »); et correspond à Théophile (Θεόφιλος), Amédée (Amadeus) ou Gottlieb.
Hrabal signifie « celui qui a balayé », « celui qui a (r)amassé ». Un patronyme somme toute assez idoine pour le chroniqueur des petites choses de la vie, des faits sans importance qu'il recense et magnifie.
Cette liste des œuvres mentionne la première date de publication des ouvrages de Hrabal et, si elle a eu lieu en samizdat, celle-ci et la première date de publication « légale » qui, en général, a lieu à l'étranger et en tchèque dans les maisons d'éditions animées par la diaspora tchèque ayant fui son pays après l'invasion du pays en 1968 par les troupes du Pacte de Varsovie.
Lorsqu'il ne nous a pas été donné de vérifier le titre d'une traduction française éventuelle, nous faisons suivre d'une astérisque le titre de la [« traduction »]*. Pour une bibliographie des traductions françaises, se référer à celles, très complète, de Bohemica.
Setkání a návštěvy [Rencontres et visites], Mladá fronta, Pragues, 1952
Hovory lidí [« Conversations populaires »]*, Spolku českých bibliofilů, Prague, 1956 – deux nouvelles
Skřivánci na niti [Alouettes sur le fil], écrite en 1959 et préparée pour une édition en 1969 qui n'a pas lieu du fait de l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie. Jiří Menzel en a tiré un film (1969).
Perlička na dně [Petites perles au fond de l'eau], Československý spisovatel, Prague, 1963 – recueil de nouvelles
Pábitelé [Les Palabreurs], Mladá fronta, Prague, 1964 – recueil de nouvelles.
Ostře sledované vlaky [Trains étroitement surveillés], Československý spisovatel, Prague, 1964 – nouvelle sur le thème de l'Occupation. Un film homonyme en est tiré en 1966.
Taneční hodiny pro starší a pokročilé [Cours de danse pour adultes et élèves avancés], Československý spisovatel, Prague, 1964 – une nouvelle composée d'une seule phrase infinie. Expérimentation littéraire.
Inzerát na dům, ve kterém už nechci bydlet [Vends maison où je ne veux plus vivre], Mladá fronta, Prague, 1965
Kopretina [« Marguerite »]*, 1965
Automat Svět [« Fast-food Univers »]*, 1966 – recueil de nouvelles déjà publiées.
Bohumil Hrabal uvádí… [Bohumil Hrabal présente…], 1967 – anthologie des textes préférés de l'auteur
Toto město je ve společné péči obyvatel [« Cette ville est sous la garde des habitants »]*, 1967 – collage de texte accompagnant des photographies parfois mentionné comme Toto město je ve společné péči nájemníků, [« Cette ville est sous la garde des locataires »]*.
Morytáty a legendy [Faits divers sanglants et légendes], československý spisovatel, Prague, 1968
Domácí úkoly [Devoirs à la maison], Mladá fronta, Prague, 1970 - mis au pilon par le régime communiste.
Poupata [Les Bourgeons], Mladá fronta, Prague, 1970 - poèmes et nouvelles, mis au pilon par le régime communiste.
Obsluhoval jsem anglického krále [Moi qui ai servi le roi d’Angleterre], édition samizdat, 1971 ; Jazz petit, Prague, 1982. Jiří Menzel en tira un film en 2006
Večerníčky pro Cassia [Causeries du soir pour Cassius], Pražská imaginace, Prague, 1993
Texty [« Textes »]*, 1994 – reflexions
La Grande Vie : poèmes, 1949-1952, traduit du tchèque par Jean-Gaspard Páleníčiek, Toulouse, Fissile, 2017.
Une fresque murale consacrée à Hrabal. La citation à sa gauche dit « Je suis debout ici, le front couronné de dix rides, je suis ici debout comme un vieux saint-bernard et je contemple le lointain, très loin jusqu'aux confins de mon enfance… »
Bohumil Hrabal occupe une place importante dans le livre d'Anne-Marie Garat, Dans la pente du toit (éd. du Seuil, 1998), où elle en fait l'intercesseur de son retour à l'écriture après un deuil.