Médecin durant une épidémie de peste à Rome au XVIIe siècle (gravure de Paul Fürst, 1656) : tunique recouvrant tout le corps, gants, bésicles de protection portées sur un masque en forme de bec, chapeau et baguette. Le surnom « Doctor Schnabel » signifie « Docteur bec »[1].
Le costume du médecin de peste est le vêtement que portait un médecin de peste pour tenter de se protéger de l'épidémie. Ce costume se composait typiquement d'une longue tunique faite en lin, en cuir ou en toile cirée descendant jusqu'aux chevilles et enserrant la tête dans une cagoule, d'un masque en forme de bec ressemblant à un oiseau, de gants, bottes et jambières, d'un chapeau noir à large bord et d'une longue cape noire.
Histoire
Frontispice du Traité de la peste de Jean-Jacques Manget reproduit en 1841 : médecin visiteur des pestiférés en costume préservateur.
Certains médecins de peste portaient un costume spécifique mais les sources graphiques montrent que les vêtements adoptés étaient d'une très grande variété, et donc non spécifiques.
Charles Delorme, premier médecin de Louis XIII, imagine en 1619 un costume protecteur de la tête aux pieds, sur le modèle de l'armure du soldat, qui va devenir un standard. Il le décrit ainsi : « le nez long d'un demi pied (16 cm) en forme de bec, rempli de parfums, n'a que deux trous, un de chaque côté à l'endroit des ouvertures du nez naturel ; mais cela peut suffire pour la respiration et pour porter avec l'air qu'on respire l'impression des herbes renfermées plus avant le bec. Sous le manteau, on porte des bottines, faites de maroquin (cuir de bouc et de chèvre) du levant, des culottes de peau unie qui s'attachent aux dites bottines et une chemisette de peau unie, dont on renferme le bas dans les culottes, le chapeau et les gants sont aussi de même peau… des bésicles sur les yeux ».
D'abord utilisé à Paris, son usage se répand ensuite dans toute l'Europe. Des épices et herbes aromatiques (thym, matières balsamiques, ambre, mélisse, camphre, clous de girofle, laudanum, myrrhe, pétales de rose, styrax, vinaigre des quatre voleurs) imprègnent des éponges qui sont enfilées et tassées à l'intérieur du nez le plus souvent en carton bouilli ou en cuir. Une longue tunique faite en cuir (du Levant ou du Maroc) ou en toile cirée est complétée par des jambières, des gants, des bottes et un chapeau, tous faite en cuir ciré[2]. L'ensemble du costume est imprégné avec les mêmes herbes aromatiques que le masque de bec[3] dont l'aspect terrifiant servait aussi à imposer le respect et l'autorité dans les temps troublés de peste.
Des recherches récentes ont montré en revanche que la protection apportée par le costume de Delorme était sujette à caution[4]. Toutefois, la tunique en lin ou en toile cirée et le cuir constituaient sans doute une carapace utile contre les puces, tout à fait accidentelle dans la mesure où ce vecteur de transmission n'est pas encore connu à l'époque.
Le médecin genevois Jean-Jacques Manget, dans son Traité de la peste recueilli des meilleurs auteurs anciens et modernes en 1721, décrit le costume porté par les médecins de peste à Nimègue en 1636-1637. Ce costume a été également porté de façon avérée par des médecins pendant la peste de 1656 qui a tué 145 000 personnes à Rome et 300 000 à Naples.
Description
Les médecins de peste du XVIIe siècle qui portaient un masque en forme d'oiseau étaient appelés « médecins bec ». Des sangles maintenaient ce masque de protection à l'avant du nez. Le masque avait des bésicles intégrées et un bec incurvé à deux trous pour la respiration. Le bec pouvait contenir des fleurs séchées (notamment des roses et des œillets), des herbes (notamment la menthe), des épices, du camphre ou une éponge de vinaigre. Le but était d'éloigner les mauvaises odeurs supposées être la cause principale de l'épidémie selon la théorie des miasmes, avant qu'elle ne soit réfutée par la théorie microbienne.
Ils utilisaient des baguettes en bois pour examiner les pestiférés sans les toucher (notamment pour retirer leurs vêtements ou prendre leur pouls).
Dans la culture
Masque vénitien typique en forme de bec.Masques du médecin de la peste, souvent utilisés lors du carnaval de Venise.
Le costume est associé à un personnage de la commedia dell'arte appelé Il Medico della Peste. Ce personnage porte un masque vénitien typique dont la forme macabre ressemblant à un vautour est due à Charles de Lorme, premier médecin de Louis XIII. Le masque vénitien était normalement blanc, composé d'un bec creux, de deux trous destinés à être recouverts de bésicles de protection.
Notes
↑L’historien de l’art Herbert J. Mattie a soutenu que cet estampe peut être interprétée comme une satire protestante de l’Église catholique, dans « The Raven and the Plague: Iconology of Paulus Fürst's Doctor Schnabel », [1], Nuncius, Journal of the Material and Visual History of Science.
↑Pommerville, p. 15 ; Hirts, p. 66 ; Reynolds, p. 23.
↑Herbert J. Mattie, « Men in Tights: Charles De Lorme (1584–1678) and the First Plague Costume », [2], European Journal for the History of Medicine and Health.
Références
(en) Barbara Kenda, Aeolian Winds and the Spirit in Renaissance Architecture: Academia Eolia Revisited, Londres ; New York, Taylor & Francis, 2006 (ISBN0-415-39804-5).
(en) Jeffrey Pommerville, Alcamo's Fundamentals of Microbiology: Body Systems, Sudbury, Jones & Bartlett Learning, 2009 (ISBN0-7637-6259-8).
(en) Leonard Fabian Hirst, The Conquest of Plague: A Study of the Evolution of Epidemiology, Oxford, Clarendon Press, 1953.
(en) Richard C. Reynolds, On Doctor[i]ng: Stories, Poems, Essays, New York, Simon and Schuster, 2001 (ISBN0-7432-0153-1).