Ses œuvres, souvent ancrées dans le monde paysan provençal, n'en ont pas moins une portée universelle. Bien qu'ami de nombreux écrivains et artistes célèbres (André Gide, Henry Miller, Bernard Buffet…), il demeure en dehors des courants littéraires dominants de son époque, développant pendant plus de quarante ans une œuvre d'une grande originalité.
Il vit principalement à Manosque, et sa culture — notamment littéraire — est essentiellement autodidacte (il a quitté le collège à 16 ans pour travailler), se fondant d'abord sur des œuvres classiques, avant de s'élargir à la modernité. Membre de l'académie Goncourt de 1954 à sa mort, il est parfois perçu comme un simple écrivain "régionaliste", mais ses écrits transcendent les frontières et abordent des thèmes qui concernent la condition humaine.
Giono poursuit également une réflexion très personnelle sur l'art de l'écriture, notamment dans son roman Noé (1948), où il explore la relation entre le romancier et son imaginaire, ou encore dans son Journal.
Jean Fernand Giono naît le à Manosque[3] de Jean Antoine Giono (né en 1845 à Saint-Chamas, mort en 1920), cordonnier anarchiste d'origine piémontaise, et de Pauline Victorine Pourcin (née en 1857 à Saint-Cloud, morte en 1946), d'ascendance picarde par sa mère et provençale par son père, qui dirige un atelier de repassage. Giono a évoqué son enfance dans Jean le Bleu, avec la «belle figure de guérisseur libertaire» de son père, qui a marqué profondément l'écrivain[4]. Son père aurait accueilli et aidé nombre de proscrits et d'exilés[5].
Pour Pierre Citron, son biographe, l’enfance de Giono, issu de cette famille modeste, dont il est le fils unique (et très aimé), «est pauvre et heureuse. Pour lui c’est un âge d’or dont il fera revivre l’atmosphère, directement ou indirectement, tout au long de sa vie. Ce bonheur est fracassé par la guerre de 14»[6].
Jean Giono vers 1900, âgé d'environ 5–7 ans. Photo exposée devant sa maison natale, 1, rue Torte, à Manosque).
L'enfance de Giono
Maison natale de Jean Giono à Manosque, 1, rue Torte (en face, au 14, rue Grande, sa maison d'enfance).
L'avenue de la Gare (aujourd'hui rebaptisée avenue Jean-Giono) à Manosque en 1900, à l'époque de l'enfance de Giono.
En 1911, un an avant son baccalauréat, la mauvaise santé de son père et les faibles ressources de la famille l'obligent à interrompre ses études. Il travaille dans une banque, le Comptoir national d'escompte[7]. Il doit parallèlement s'instruire en autodidacte pour assouvir sa soif de savoir. Car il est déjà un lecteur passionné et se constitue l'amorce d'une bibliothèque où figurent les plus grands auteurs, notamment de l’Antiquité grecque et latine, mais aussi Lamartine, Victor Hugo, Stendhal, et la lecture sera toujours pour lui une activité vitale. Dès 1910, il commence à écrire, avec un texte en prose, "Apporte Babeau" (repris plus tard dans le recueil de nouvelles L'Eau vive), puis un roman médiéval, Angélique, qu’il reprendra à plusieurs reprises avant de l’abandonner en 1924 (Gallimard publiera ce manuscrit, bien avancé, en 1980).
En 1914, avant d’être mobilisé, il rencontre Élise Marie Maurin (1897-1998)[8], fille d'un coiffeur et d'une couturière[9]; elle est interne au lycée d’Aix, puis répétitrice à Ajaccio et professeure suppléante au collège de Manosque. Giono lui lit les textes et poèmes qu’il compose alors[10]. C'est, presque tout de suite, le grand amour réciproque. Du fait de la guerre, ils ne se marieront que le [11], peu après la mort du père de Giono, le . Ce mariage civil fait «soupirer» Pauline Giono, la mère de Jean, d'après son biographe Pierre Citron. Jean et Élise Giono auront deux filles: Aline (1926-1984) et Sylvie, née le , qui publieront des livres de souvenirs sur leur père.
Le traumatisme de la Grande Guerre
Jean Giono est mobilisé fin 1914. Il est envoyé comme élève aspirant à Montségur, dans la Drôme. Il ne sera jamais aspirant, n’ayant manifestement pas le sens de l’armée, ni le goût de la chose militaire[10]. En , pendant la Première Guerre mondiale, il est incorporé comme soldat de deuxième classe à Briançon au 140e régiment d'infanterie.
Il participe aux batailles les plus terribles du conflit (Artois, Champagne, Verdun, la Somme, le Chemin-des-Dames) et en ressort traumatisé. Son meilleur ami, Louis David, et nombre de ses camarades sont tués. En 1916, il voit sa compagnie décimée, et il est commotionné par l'explosion d'un obus tout proche. Plus tard, en 1918, au cours de la bataille du mont Kemmel, en Belgique, il est «légèrement» gazé[10]. Il reste cependant choqué par l'horreur de la guerre, les massacres, la barbarie, l'atrocité de ce qu'il a vécu dans cet enfer, et il devient un pacifiste convaincu[12],[13], comme bon nombre d’anciens poilus. Son pacifisme ne sera pas d'abord rationnel, mais viscéral et existentiel.
Démobilisé en , il aura traversé la guerre sans blessure trop grave malgré son gazage, «sans avancement, sans décoration et sans avoir tué personne», dira-t-il fièrement[9].
Giono écrivain n'abordera frontalement cette période traumatisante de sa vie que dans les années trente (à l'exception de la nouvelle "Ivan Ivanovitch Kossiakoff", publiée en revue en 1925 avant d'être reprise dans le recueil Solitude de la pitié en 1932). Il le fera d'abord par le biais du roman (Le Grand Troupeau, 1931), puis sous la forme de l'essai pacifiste (Refus d'obéissance, 1937). Mais le souvenir des horreurs de la guerre se prolongera bien au-delà, jusque dans Le Hussard sur le toit (1951), à travers la description d'une épidémie de choléra au XIXe siècle.
La lecture des écrivains classiques (en particulier Virgile et Homère - voir les allusions à «l'Iliade rousse» dans Jean le Bleu) renforce la vocation de Giono pour l'écriture. Le peintre Lucien Jacques, qui a découvert ses premiers poèmes publiés dans la revue marseillaise La Criée, devient son ami, l’encourage et publie dans sa revue Les Cahiers de l’Artisan son recueil Accompagnés de la flûte (1923).
Après un premier roman refusé par Grasset, Naissance de l'Odyssée (qui sera publié en 1930), Colline, qui paraît en 1929 chez le même éditeur, est très bien accueilli et l'introduit dans le milieu littéraire parisien (rencontre d'André Gide, de Jean Paulhan, de Léon-Paul Fargue). L'écriture prend de plus en plus d'importance dans la vie de Giono, si bien qu'après la liquidation, en 1929, de la banque dans laquelle il travaillait, il décide de cesser toute autre activité professionnelle pour se consacrer exclusivement à son œuvre.
La "montée des périls" au début des années 1930 le pousse à s'engager politiquement. Il adhère à l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires (mouvance communiste) et participe à différentes actions, mais prend assez rapidement ses distances avec les communistes, par pacifisme et désaccord sur l'URSS de Staline.
Entre 1930 et 1934, il a une liaison avec la journaliste Simone Téry.
Giono à la fin des années 1930.Ferme des Graves à Redortiers, qui a abrité les réunions des amis de Giono au Contadour.Portrait de Jean Giono en 1937 par Eugène Martel.
Il commence à traduire Moby Dick en français (avec Lucien Jacques et Joan Smith), qui sera publié en 1941, avec un roman intitulé Pour saluer Melville, récit d'un épisode imaginaire de la vie de l'écrivain américain.
Pendant l'été 1935, sa fille ayant contracté une primo-infection, il fait un premier séjour à la montagne, à Lalley[15], dans le Trièves, où il reviendra plusieurs fois après la guerre, pour fuir la chaleur de Manosque.
En septembre 1935, Giono conduit quelques amis et une cinquantaine de personnes pour une randonnée sur le plateau du Contadour, dans la montagne de Lure. Bloqués accidentellement, et subjugués par la beauté des lieux, ils décident de s'y retrouver régulièrement: ainsi naissent les Rencontres du Contadour, qui se poursuivront deux fois par an jusqu'à l'été 1939. C'est l'époque de la publication de l'essai Les Vraies Richesses (1936), dédié "À ceux du Contadour".
Les prémices d'une nouvelle guerre se manifestent bientôt. Jean Giono publie alors ses essais d'inspiration pacifiste, et qui font l'éloge de la civilisation paysanne contre le progrès technique et les villes déshumanisées: Refus d'obéissance (1937), Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938), Le Poids du ciel (1938), Précisions (1939), Recherche de la pureté (1939).
La déclaration de guerre interrompt la neuvième réunion au Contadour. Les «disciples» attendent la réaction de Giono. Elle est difficile pour cet homme libre qui ne voulait pas être directeur de conscience et qui avait écrit: «Vous êtes, vous, de l’humain tout frais et tout neuf. Restez-le! Ne vous laissez pas transformer comme de la matière première […]. Ne suivez personne. Marchez seuls. Que votre clarté vous suffise.»[16]
Malgré son "refus d'obéissance", et pour préserver sa famille, il rejoint son centre de mobilisation à Digne[17]. Cependant, à cause d'un tract pacifiste signé de son nom, il est arrêté le et emprisonné au Fort Saint-Nicolas de Marseille. Suite aux protestations de plusieurs personnalité du monde culturel et intellectuel, en particulier André Gide et Abel Gance, il est libéré le 11 novembre après un non-lieu, et dispensé de ses obligations militaires[17].
L'Occupation: une période critique
Pendant la guerre, Giono continue à publier (un recueil de nouvelles, L'Eau vive, un essai, Triomphe de la vie, des pièces, Théâtre), comme d'ailleurs nombre d'auteurs de premier plan tels que Mauriac, Colette, Cocteau, Sartre, Camus. Le passage obligatoire par la censure de l'Occupant l'amène à avoir des contacts avec les autorités allemandes lors de ses séjours à Paris en 1943. La publication de ses livres et la représentation de sa pièce Le Bout de la route de 1941 à 1943 font l'objet de comptes rendus et d'interviews dans la presse collaborationniste, comme le journal Aujourd'hui, ou encore à Radio Paris[18]. Cependant, contrairement à certaines rumeurs malveillantes, il ne s'est pas "enrichi" et a même dû vendre des manuscrits pour faire face aux besoins de sa famille[19].
Ayant acheté deux petites fermes en 1939, il dispose de ressources alimentaires qui, selon sa fille, lui permettent de nourrir sa famille (il a aussi chez lui sa mère et son oncle) et d'abriter ou d'aider nombre de personnes de passage, en particulier pour les mettre à l'abri des polices allemande et française. On peut citer Karl Fiedler, architecte trotskiste allemand, l'écrivain Jean Malaquais, «juif apatride»[20], le musicien Jan Meyerowitz[21], Lou Ernst-Strauss, ex-épouse de Max Ernst[22]. Sa fille mentionne également plusieurs autres personnes en fuite recueillies au Paraïs[23].
Cependant, avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, les milieux de la Résistance reprochent à Giono une proximité avec la collaboration. Le régime de Vichy, avec son idéologie du "retour à la terre", son éloge de l'artisanat, a récupéré certaines idées de Giono avant-guerre, même si l'utilisation de sa pensée est souvent restée très caricaturale, vantant son «néoprimitivisme», voire son «tarzanisme»[24]. D'autre part, suite à un contrat signé en 1941, il a fait paraître en feuilleton son roman Deux cavaliers de l'orage dans La Gerbe, journal collaborationniste dirigé par Alphonse de Chateaubriant, et un reportage sur lui, avec des photos d'André Zucca, a été publié en janvier 1943 dans Signal, sorte de Paris Match national-socialiste, toutefois reconnu pour sa qualité[25].
Une bombe est déposée devant sa maison la nuit du 11 au et explose sans faire de blessés, emportant cependant la porte d’entrée. Il pourrait s'agir d'un avertissement de la Résistance locale, dans laquelle il comptait plusieurs amis, en particulier Louis Martin-Bret, chef de la Résistance dans les Basses-Alpes.
En septembre 1944, quelques jours après le débarquement allié en Provence, Giono est arrêté sur ordre du commissaire de la république Raymond Aubrac, accusé de "collaboration" et interné à Saint-Vincent-les-Forts. Il ne sera libéré qu'en janvier 1945, sans avoir été inculpé, "attendu qu'il résulte du dossier qu'aucune charge ne pèse contre [lui]" (Préfecture des Basses-Alpes, Procès-verbal de la commission de triage[26]). Son maintien prolongé en détention avait pour objectif officieux de le garder à l'abri d'éventuelles vengeances locales.
Néanmoins, le Comité national des écrivains, organisme issu de la Résistance, l'inscrit sur sa "liste noire", ce qui interdit de fait toute publication de son œuvre en France. Bien des résistants qui avaient lutté contre le régime de Vichy ne lui avaient pas pardonné cette phrase: «Je préfère être un Allemand vivant qu'un Français mort» (Cahiers du Contadour, noIII-IV, ), considérant cette citation comme une offense à leurs sacrifices. Cette phrase doit toutefois être située dans le contexte du pacifisme intégral de Giono, alors qu'une nouvelle guerre menaçait. Il est notoire d'autre part que le CNE était largement sous le contrôle des communistes, représentés en particulier par Louis Aragon. Or ils n'avaient pas pardonné à Giono, ancien "compagnon de route", ses prises de position d'avant-guerre, qui rejetaient avec la même force toutes les dictatures, que ce soit celle d'Hitler, de Mussolini ou de Staline (voir en particulier LePoids du ciel, "Danse des âmes modernes"). D'où de violentes attaques contre Giono dans les Lettres françaises, en particulier de la part de Tristan Tzara dans un article particulièrement injurieux et calomniateur: "Un romancier de la lâcheté: Jean Giono" (7 octobre 1944).
Cette mise à l'index ne prend fin qu'en 1947, alors que le CNE est de plus en plus contesté de l'intérieur pour ses excès (en particulier par Jean Paulhan), avec la parution d’Un roi sans divertissement aux éditions de La Table Ronde. Selon sa fille, cette longue période de mise à l’écart et de mépris populaire inspirera à son père l’épisode du Hussard sur le toit dans lequel Angelo, poursuivi par la foule qui cherche un bouc émissaire, se réfugie sur les toits de Manosque. D’après elle, ce fut une satisfaction de «faire mourir les habitants de Manosque de manière horrible, sale, souffrant physiquement et moralement, au milieu de vomissures et de diarrhée»[27].
Les défenseurs de Giono le présentent comme un pacifiste trompé un moment par le régime de Vichy qui, pour lui, amenait la paix (de même qu'il avait apporté son soutien aux accords de Munich en 1938[28]). Le fait que les idées qu'il avait défendues plusieurs années avant la guerre, et qui avaient suscité l'enthousiasme de la jeunesse à l'époque du Front populaire, aient été ensuite reprises par le Régime de Vichy[28], n'est pas selon eux une preuve qu'il était réciproquement un soutien du régime. Il n'a de fait jamais écrit une ligne en faveur de Pétain ni de l'Occupant. Du reste, les Allemands ont tenté à plusieurs reprises, en vain, de le faire venir au «Congrès des écrivains de l'Europe» à Weimar[28], auquel ont participé sept écrivains français notoirement collaborateurs, parmi lesquels Drieu La Rochelle, Marcel Jouhandeau, Jacques Chardonne. Giono s'est excusé, prétextant la mauvaise santé de sa mère, mais les termes par lesquels il a exprimé sa "reconnaissance" sont de toute évidence diplomatiques[29].
Selon le critique américain Richard Golsan, l'écrivain a pris lui-même contact avec les autorités allemandes[28], ce qui au demeurant n'avait rien d'exceptionnel dans le monde des lettres sous l'Occupation, où il fallait en passer par la censure pour publier. Le SonderführerGerhard Heller, rappelle-t-il, le trouvait «"extrêmement bien disposé" envers la collaboration»[29]. Mais on sait que Heller affichait lui-même volontiers une attitude bienveillante à l'égard des écrivains français, certes pour mieux les contrôler, mais aussi par amour sincère pour la culture française, ce qui relativise l'attitude prêtée à Giono. Dans un article que le journal collaborationniste La Gerbe consacre à Giono le sous le titre "Jean Giono, berger", l'écrivain qualifierait la défaite de 1940 et Vichy de «grande expérience» après des «années d'erreurs». Mais l'article mêle de manière très libre les propos du journaliste Marius Richard et ceux qu'il a recueillis à la volée, dont l'exactitude n'est pas garantie.
Autre élément à charge selon Richard Golsan, Giono, dans son Journal de l'Occupation, affirme qu'Allemands et Anglo-Américains, lorsque les premiers mitraillent les fuyards de l'exode et les seconds bombardent Forcalquier «pour le plaisir», sont «semblables»[30], et que les résistants sont des «assassins» et des «voyous», qui se cachent derrière un «patriotisme» dérisoire[28]. Les mots durs que Giono utilise pour qualifier les résistants semblent faire écho à l'insensibilité qu'il afficherait à l'égard des Juifs. Il répond ainsi à une sollicitation de l'écrivain Wladimir Rabinovitch:
«Il me demande ce que je pense du problème juif. Il voudrait que j'écrive sur le problème juif. Il voudrait que je prenne position. Je lui dis que je m'en fous, que je me fous des Juifs comme de ma première culotte; qu'il y a mieux à faire sur terre qu'à s'occuper des Juifs. Quel narcissisme! Pour lui, il n'y a pas d'autre sujet. Il n'y a pas d'autre chose à faire sur terre qu'à s'occuper des Juifs. Non. Je m'occupe d'autre chose[31].»
Cependant, ces jugements à l'emporte-pièce restent cantonnés à un journal intime non destiné à la publication, et relèvent manifestement du mouvement d'humeur. Il faut rappeler qu'il n'y a aucune trace d'antisémitisme dans l'œuvre de Giono, à la différence de bien d'autres écrivains de sa génération. Il est avéré par ailleurs, on l'a dit, que Giono a caché et entretenu à partir de 1940 des réfractaires, des Juifs, des communistes[32],[33]. Il a autorisé la résistance bas-alpine a utiliser comme bases des fermes qu'il avait acquises, tout en restant opposé par principe à l'usage des armes. Félix Bernard, père de Roger Bernard, jeune résistant appartenant au groupe de René Char, assassiné par les Allemands en 1944, a écrit à Giono pour lui témoigner sa reconnaissance pour le soutien apporté à son fils[34].
L'œuvre de Giono porte aussi des traces d'une forme personnelle de «résistance». Sa pièce Le Voyage en calèche, écrite en 1943, qui a pour héros Julio, un jeune Italien luttant contre l'armée de Bonaparte occupant le Piémont, est interdite par la censure allemande. Angelo, le héros du Hussard sur le toit et du Bonheur fou, est un résistant italien à l'occupant autrichien en 1848. Il faut mentionner aussi Angelo III (petit-fils du précédent), résistant traqué par les troupes allemandes, dans le début inédit de Mort d'un personnage, et la mort de Clef-des-Cœurs dans le maquis, les armes à la main (Ennemonde). Mais c'est en écrivain de fiction que Giono s'exprime: le temps de l'engagement est terminé depuis le terrible échec du pacifisme.
La réputation d' "écrivain collaborateur" a longtemps poursuivi Giono, même après son retour en grâce littéraire à partir des années 1950, et elle n'a pas complètement disparu, malgré les nombreux documents et témoignages attestant le contraire. La grande exposition organisée au MUCEM de Marseille pour le cinquantenaire de sa mort en 2020 a permis de faire le point de manière objective sur ce sujet[35], sans dissimuler la part d'inconscience, voire de négligence dont Giono a fait preuve dans une période particulièrement critique de l'Histoire, avec laquelle son pacifisme farouche, nourri du traumatisme de la Grande Guerre, le mettait en porte-à-faux.
Avec le succès de ces livres, surtout Le Hussard sur le toit, Giono est de nouveau considéré comme l’un des plus grands écrivains français du XXesiècle. Une série de 22 entretiens radiophoniques avec Jean Amrouche et Marguerite Taos est diffusée en 1952. Prenant ses distances avec son engagement d'avant-guerre, et parlant même durement de l'expérience du Contadour, qu'il juge naïve, il se veut à présent avant tout un écrivain se consacrant entièrement au "bonheur d'écrire"[36].
De nouvelles études critiques paraissent sur son œuvre (la première, Jean Giono et les religions de la terre, de Christian Michelfelder, remontait à 1938): celle de Jacques Pugnet en 1955 (Éditions Universitaires), celle de Claudine Chonez en 1956 (Giono par lui-même, Seuil, "Écrivains de toujours"), celle de Pierre de Boisdeffre en 1965 (Gallimard, "La Bibliothèque idéale"). En 1966, une équipe dirigée par Robert Ricatte, professeur à la Faculté des Lettres de Clermont-Ferrand, puis à la Sorbonne, ouvre le chantier de ses Œuvres romanesques complètes dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade, dont le premier volume paraîtra un an après sa mort.
Même s'il a décidé de se tenir à l'écart de toute activité politique, Giono reste fidèle à son pacifisme. Alors que la guerre d'Algérie fait rage, il s'engage dans la défense du droit à l'objection de conscience, entre autres en parrainant le comité créé par Louis Lecoin, aux côtés d'André Breton, Albert Camus, Jean Cocteau et de l'abbé Pierre. Ce comité obtient en un statut, restreint, pour les objecteurs. En 1961, il proteste publiquement contre l'installation d'un centre nucléaire à Cadarache.
Si la production littéraire de Giono est moins soutenue dans les années soixante, après le prodigieux renouvellement de l'après-guerre, elle est aussi plus diversifiée: nouvelles (qui donneront les recueils posthumes des Récits de la demi-brigade et de Cœur, passions, caractères), textes accompagnés de photographies (Camargue en 1960, avec des photos de Hans Silvester) ou de peintures (Le Déserteur, en 1966, avec les ex-voto de Charles-Frédéric Brun), récit historique (Le Désastre de Pavie, 1963, dans la collection Trente journées qui ont fait la France), version définitive de Deux cavaliers de l'orage (1965). En 1968, il publie Ennemonde et autres caractères, qui réunit deux textes antérieurs, Le Haut Pays et Camargue, et dont il parle dans un entretien radiophonique une heure durant: «Un roman ça ne peut pas se définir, c'est mon expression poétique. C'est le bonheur de pouvoir l'écrire, de l'exprimer, de ne pas le garder pour moi-même mais de lui donner une forme écrite[39].» Son dernier roman, L'Iris de Suse, paraît en 1970.
Disparition
Âgé de soixante-quinze ans, Jean Giono est emporté par une crise cardiaque, dans sa maison de Manosque, dans la nuit du au [3],[40]. Il est enterré au cimetière ancien de la ville[41]. Sa veuve, Élise, morte en 1998 à l’âge de 101 ans[8], repose à ses côtés[41].
Analyse de l'œuvre
Introduction
L'œuvre de Jean Giono est prolifique, dense et très variée. Elle est d'abord représentative de la vitalité du genre romanesque dans l'entre-deux-guerres, au côté de celles d'André Malraux, de Georges Bernanos ou de Louis-Ferdinand Céline, mais elle contribue aussi à son renouvellement après 1945, sous l'influence du roman américain (Faulkner notamment). Les innovations narratives de ses Chroniques romanesques annoncent à certains égards celles du Nouveau Roman, bien qu'il en ait été par ailleurs très éloigné. Car Giono est avant tout un conteur et un poète exceptionnels, qui n'a jamais sacrifié à un système le plaisir de raconter des histoires et de décrire le monde naturel.
Son œuvre mêle un foi dans l'homme comme partie prenante de la nature et une révolte violente contre la société du XXesiècle, inféodée à la technique, engendrant de villes inhumaines, menacée par les totalitarismes de droite comme de gauche, et surtout par la guerre, le Mal suprême. Giono chante et prône une vie humaine reconnectée au vivant et à la nature sauvage, une vie sociale plus communautaire et à taille humaine, dont le modèle est pour lui le monde paysan traditionnel. Cependant, après les épreuves, collectives et personnelles, de la Seconde Guerre mondiale, sa vision de l'homme se teinte de pessimisme, à la manière des "moralistes" du XVIIe siècle, analystes des passions humaines, qui font partie de ses lectures favorites, de même que Machiavel et Stendhal. Son univers romanesque s'assombrit, même si l'humour et l'ironie viennent en tempérer la noirceur.
On distingue couramment deux grandes époques dans l'œuvre de Giono, avec pour charnière la Seconde Guerre mondiale, même si les spécialistes s'accordent à juger trop tranchée cette partition entre "première manière" et "deuxième manière", soulignant les éléments de continuité de l'une à l'autre, tout en discernant des différences plus fines à l'intérieur de chacune d'elle[42]. Mais il est vrai que ses premiers livres, dont les personnages et les intrigues sont assez simples, qui sont écrits dans un style poétique, voire lyrique, diffèrent des œuvres tardives, à la fois plus narratives et plus complexes, souvent elliptiques.
La nature est d'une certaine façon le personnage principal des premiers livres, tandis que l'homme (plus précisément "l'âme humaine") est au cœur des livres ultérieurs. Pour autant, la nature continue à jouer dans ces derniers un rôle parfois déterminant, comme le hêtre magnifique et emblématique d'Un roi sans divertissement, cet «Apolloncitharède des hêtres», qui détient une des clés de l'énigme du roman. Mais, très perceptiblement, dans cette seconde époque, le romanesque change de nature, pourrait-on dire, à la fois d'objet et de perspective.
S'il est inclassable, irréductible à une école ou à un parti, Giono est sans conteste un humaniste et un pacifiste, et à certains égards aussi un précurseur de l'écologie. Mais il est avant tout l'un des plus grands romanciers français du XXe siècle.
Avant la Seconde Guerre mondiale: la prééminence de la nature
Après Angélique, roman médiéval inachevé publié dix ans après sa mort, et Naissance de l'Odyssée, où il imagine un Ulysse inventeur de ses propres aventures, qu'il publiera en 1930, les trois premiers livres de Jean Giono (Colline, Un de Baumugnes et Regain) constituent la "trilogie de Pan" (1929-1930). Le dieu Pan est une figure importante dans les livres de Giono (voir Présentation de Pan, 1930). Il est explicitement présent au tout début, et restera jusqu'à la fin en filigrane. Il représente la nature unifiée dans un être unique. Bien que peu adepte des systèmes philosophiques, Giono fait quelques brèves allusions au panthéisme (cf. Spinoza, Parménide), qu'il développe allègrement de façon lyrique dans ses premiers livres.
La nature y est présentée d'une façon bien différente de l'idyllique et bienveillante Provence pittoresque qu'on trouve parfois chez Pagnol (un peu plus rude, toutefois dans L'Eau des collines). Il est vrai que Pagnol décrit plutôt la Provence littorale, quand Giono se situe plus souvent en Haute Provence, plus âpre. Chez Giono, la nature est belle, mais elle est aussi cruelle, destructrice et purificatrice: l'Homme en fait partie, mais elle n'est pas l'Homme. Il s'est éloigné d'elle, mais elle se rappelle parfois durement à sa mémoire. Dans Colline, le tarissement de la fontaine, puis l'incendie de forêt, menacent le village de mort, et dans Regain, le village abandonné risque de revenir à la sauvagerie, même si l'issue est finalement heureuse dans les deux romans. Seul Un de Baumugnes est davantage centré sur des sentiments humains fondamentaux, l'amour et l'amitié.
Cette première veine, d'inspiration panthéiste et païenne, se prolonge dans les grands romans des années trente, sous une forme plus ample, à la fois lyrique et épique: Le Chant du monde (1934), une sorte de "western" provençal, Que ma joie demeure (1936), où le personnage de Bobi est une figure à la fois prophétique et tragique, Batailles dans la montagne (1937), qui confronte la communauté villageoise à une catastrophe naturelle. On la retrouve dans des textes brefs comme Le Serpent d'étoiles (1933), sur le monde poétisé des bergers, ou les nouvelles de Solitude de la pitié (1932) et de L'Eau vive (1943, réédité en 1973 en deux volumes: Rondeur des jours et L'Oiseau bagué), ou encore dans ce roman d'enfance qu'est Jean le Bleu (1932), où Giono raconte son éveil à la sensualité et à la poésie. Elle s'exprime aussi dans des essais comme Les Vraies Richesses (1936), Le Poids du ciel (1938), Triomphe de la vie (1941), virulentes critiques du "progrès" technique et des villes inhabitables, auxquelles Giono oppose la sagesse d'une vie proche de la nature, la beauté du travail des paysans et des artisans. Même après la Seconde Guerre mondiale, cette inspiration originelle réapparaît dans L'Homme qui plantait des arbres (1953), une fable écologique, sans doute le texte de Giono le plus connu dans le monde.
Après la Seconde Guerre mondiale: l’homme au centre
À l'instar d'Honoré de Balzac, et très impressionné par La Comédie humaine, avec sa récurrence de personnages forts, sa peinture en profondeur de toute une société en toile de fond de leurs itinéraires individuels et significatifs, Giono avait en tête en 1945 le projet d'un cycle romanesque en dix volumes, «à la manière de Balzac». Cependant, comme on l'a remarqué à l'époque et comme il l'a d'ailleurs volontiers reconnu lui-même, il a surtout été inspiré par sa lecture de Stendhal, particulièrement de La Chartreuse de Parme, qui lui avait tenu compagnie pendant la guerre de 14-18, mais aussi de l'œuvre entière qu'il lit ou relit passionnément dès l'automne 1938:
«Depuis environ quinze jours je lis du Stendhal. J’ai reçu 60 volumes du Divan. C’est un homme bouleversant. C’est à mon avis le plus grand homme de lettres de France. [...] J’ai fait la guerre avec La Chartreuse de Parme. À cette époque j’avais écrit sur le livre mon enthousiasme, mais je n’imaginais pas quelle joie cet écrivain me réservait avec la plus mince de ses phrases. Tout ce qu’il écrit a un profond écho en moi.»
A l'évidence, la fougue courageuse, idéaliste, et la naïveté juvénile, enthousiaste, amoureuse, de l'Angelo Pardi du Hussard sur le toit le rapprochent du jeune Fabrice del Dongo de La Chartreuse de Parme. Les deux romanciers ont encore en commun une sorte de vision à la fois mythique et intime, romantique, de l'Italie du XIXesiècle (Giono se souvient de ses origines piémontaises).
Le premier volume, que nous connaissons sous le titre Angelo[44], devait ouvrir cette "décalogie" qui aurait «réinventé le XIXesiècle, pour mieux faire ressortir les tares du XXesiècle». Il devait être suivi par des romans alternant entre le XIXe et le XXe siècles, où le petit-fils d'Angelo, Angelo III, serait un résistant pendant la Seconde Guerre mondiale. Peut-être effrayé par l'ampleur de la tâche, mais surtout réticent à s'imposer un système trop contraignant, Giono renonça au projet initial et ne publia que quatre romans, qui composent ce qu'on appelle le "cycle du Hussard", soit, dans l'ordre de leur publication (qui n'est ni celui de l'écriture, ni celui de l'intrigue): Mort d'un personnage[45] (le second roman écrit, le premier publié, en 1949, mais aussi le seul qui se déroule au XXe siècle et raconte la vieillesse de la marquise Pauline de Théus, l'héroïne du roman suivant); Le Hussard sur le toit (1951), qui raconte la rencontre d'Angelo et de Pauline pendant l'épidémie de choléra qui ravage la Provence; Le Bonheur fou (1957), où Angelo poursuit ses aventures en Italie pendant la guerre contre l'occupant autrichien; et finalement Angelo (1958), écrit dès 1945, qui raconte une première version de la rencontre d'Angelo et de Pauline, mais que Giono avait mis de côté pour écrire Le Hussard sur le toit. Notons que Giono fait précéder ce dernier roman d'une préface le présentant comme "une première rédaction du Hussard sur le toit écrite en 1934", ce qui est bien sûr une invention, destinée à faire croire que sa nouvelle "manière" trouve son origine avant la guerre.
Giono a mis plus longtemps qu'à son habitude pour achever ce roman majeur qu'est LeHussard sur le toit, commencé avant plusieurs œuvres de cette période, mais publié après elles. Ainsi, c'est en parallèle de l'écriture du Hussard qu'il publie une série de romans plus brefs, et dans un style très différent, qu'il regroupera en 1962 sous le titre de Chroniques romanesques. Elles sont caractérisés par une grande invention narrative et un mélange de pessimisme et d'humour dans l'exploration de l'âme humaine. Elles comprennent: Un roi sans divertissement (1947), autre roman majeur, écrit en cinq semaines, sous le feu de l'inspiration, qui raconte à travers différents narrateurs l'histoire d'un justicier gagné par l'ennui et la tentation du crime; Noé (1948), le "roman du romancier", où Giono nous fait entrer dans son atelier d'écrivain; Les Âmes fortes (1949), qui raconte deux versions contradictoires d'une même histoire, Les Grands Chemins (1951), roman de la route et d'une amitié trouble, Le Moulin de Pologne (1952), roman d'une famille accablée par une fatalité digne des tragédies antiques.
On peut rattacher à cette veine Fragments d'un paradis (court roman maritime dicté en 1944, publié en 1948), Deux cavaliers de l'orage (1965), roman de la fraternité meurtrière (dont une première version était parue pendant la guerre), Ennemonde et autres caractères (1968), dont l'héroïne règne sur les siens en souveraine amorale, L'Iris de Suse (1970), le dernier roman publié du vivant de l'auteur, qui renoue avec le monde des bergers cher au premier Giono, mais avec toute la complexité psychologique des Chroniques romanesques. Ou encore les nouvelles de Faust au village (publiées en revue en 1950-1951, en recueil en 1977), qui ont pour cadre le Trièves cher à Giono, tandis que les histoires réunies sous le titre Les Récits de la demi-brigade, écrites entre 1955 et 1965 mais publiées en 1972, font le lien entre "cycle du Hussard" et les Chroniques romanesques (on retrouve dans ces histoires de brigandage le capitaine de gendarmerie d'Un roi sans divertissement et la belle Pauline de Théus). Enfin, sont publiés au début des années 1980 les nouvelles posthumes de Cœurs, passions, caractères (1982) et Caractères (1983), ainsi que deux romans inachevés, Dragoon et Olympe: preuves que les ressources d'imagination et d'invention de Giono étaient encore vives au moment de sa disparition.
Une œuvre diversifiée
S'il est avant tout et pleinement un romancier, Giono a aussi abordé d'autres genres. Ainsi, il s'est essayé au théâtre, non sans réussite, avec en particulier les trois pièces dont les textes ont été réunis en 1943 par Gallimard sous le titre Théâtre de Jean Giono: Le Bout de la route, Lanceurs de graines et La Femme du boulanger (à ne pas confondre avec le film de Marcel Pagnol inspiré d'un épisode de Jean le Bleu), qui ont été jouées dans des théâtres parisiens avant et pendant la guerre. Ou encore sa pièce d'inspiration stendhalienne Le Voyage en calèche, interdite par le censure allemande en 1943, créée en 1947 au théâtre du Vieux-Colombier par Alice Cocéa. En 2011, François Rancillac a monté Le Bout de la route avec succès au Théâtre de l'Aquarium.
Bien que la poésie ait toujours été présente dans ses textes, en particulier par la place accordée aux images poétiques (comparaisons et métaphores), et qu'elle soit même centrale dans Le Serpent d'étoiles, sorte d'opéra archaïque et initiatique en plein air, Giono a publié peu de recueils de poésie proprement dite, au-delà de son recueil de jeunesse Accompagnés de la flûte (1924), inspiré par ses lectures gréco-latines. Il y revient cependant juste après la guerre, avec trois textes en vers libres dont la publication reste confidentielle (revue ou édition à tirage limité): La Chute des anges, Un déluge et Le Cœur-cerf (réédités entre autres dans l'un des volumes de la Bibliothèque de la Pléiade[46]).
Passionné par l'Histoire, Giono s'est vu confier l'un des volumes de la collection Trente journées qui ont fait la France (plus souvent attribuée à des historiens de métier), qu'il a consacré à la bataille de Pavie (1525). Pour écrire Le Désastre de Pavie (1963), il a réuni une importante documentation historique, mais s'est aussi rendu sur les lieux de la bataille pour mieux en comprendre la réalité matérielle. Autant qu'en historien, il a écrit en romancier fasciné par le contraste entre les deux grandes figures de François 1er et de Charles-Quint.
Giono est également l'auteur de nombreuses préfaces, réunies après sa mort dans deux recueils: De Homère à Machiavel et De Monluc à la "Série noire", qui lui permettent d'exprimer ses admirations littéraires ou artistiques. Il a signé en 1955 la préface du livre Moi mes souliers de Félix Leclerc. Il a également préfacé les Œuvres de Machiavel dans Bibliothèque de la Pléiade. Enfin, il a traduit (en collaboration avec Lucien Jacques et Joan Smith) Moby Dick (le grand roman allégorique d'Herman Melville, en 1939) et L'Expédition d'Humphry Clinker (roman épistolaire et picaresque de Tobias Smollett, en 1955), romanciers pour lesquels il a toujours eu beaucoup d'admiration, ce dont témoigne aussi son récit Pour saluer Melville, paru en 1941.
Giono et le cinéma
Très tôt, Jean Giono s'intéresse au cinéma[47]. Il a vu, dans les années 1930, l'impact qu'ont eu sur le public les films de Marcel Pagnol tirés de ses propres romans, avec des acteurs «provençaux» de la «troupe» de Pagnol et de premier plan comme Raimu, Fernandel, Charpin, Ginette Leclerc, Charles Blavette, Delmont, Henri Poupon, ou Orane Demazis: ce sont successivement Jofroi 1933, Angèle 1934, Regain 1937, ou La Femme du boulanger 1938. Mais il semble que Giono soit lui-même venu au cinéma en réaction aux adaptations précédentes de ses romans qui, une fois portés à l'écran, ne gardaient selon lui que le côté anecdotique ou folklorique de son œuvre, parfois jusqu'à la caricature de la Provence et de ses habitants[48].
Après quelques courts essais, la première coréalisation de Giono est un documentaire de Georges Régnier, Manosque, pays de Jean Giono, avec des textes du livre Manosque des Plateaux (1930). Il s'essaie ensuite en 1942 à l'adaptation du roman Le Chant du monde, avec le producteur Léon Garganoff, mais le projet n'aboutit pas. Il en a écrit cependant le scénario et fait le découpage technique[49], lesquels ont été publiés en 1980 dans le tome I (1938-1959) des Œuvres cinématographiques de Jean Giono[50]. Le film que Marcel Camus tirera en 1965 du même roman relève d'une autre adaptation. Dans les années 1950, Giono travaille avec Alain Allioux au scénario de L'Eau vive (1956 à 1958), film de François Villiers, avec qui il tourne aussi les courts métrages Le Foulard de Smyrne (1957) et La Duchesse (1959), dont les thèmes sont des témoignages de son projet de film à partir de son roman Le Hussard sur le toit, projet qui n'aboutira pas lui non plus[49]. L'Eau vive est présenté en avant-première au festival de Cannes, en 1958.
En 1960, Giono écrit le scénario, les dialogues, et met en scène (avec l'aide de Claude Pinoteau, Bernard Paul et Costa-Gavras) le film Crésus: c'est Fernandel qui joue dans le rôle-titre. En 1963, dans l'hiver rigoureux de l'Aubrac, il supervise le tournage de l'adaptation de son roman Un roi sans divertissement, dont il a écrit le scénario, le film étant réalisé par François Leterrier. Ces deux derniers films sont produits par la société de production que Giono avait créée: Les films Jean Giono. Giono reconnaît dans la presse que le cinéma est un art difficile, et qui nécessite des moyens beaucoup plus importants que l'écriture d'un roman, mais qu'il permet de raconter autrement les histoires.
L'étude de la relation de Giono au cinéma a été menée principalement par Jacques Mény (1947-2022), ancien président de l'Association des Amis de Jean Giono et cinéaste lui-même, dans son essai Giono et le cinéma (Jean-Claude Simoën, 1978; Ramsay, 1990) et dans de nombreux travaux ultérieurs. Il en a parlé dans les Nuits de France-Culture le 29 mars 2020.
La vision du monde de Giono
Giono a développé à travers romans et essais, en particulier dans sa première période, une vision du monde personnelle, une "philosophie" au sens d'une sagesse applicable à la vie, qui trouve son origine dans le paganisme de ses lectures de jeunesse. "Peut-on parler de 'spiritualité' chez Giono?", se demandait Jean Carrière, qui avait été son ami. Le mot pouvait surprendre, appliqué à un homme qui déclarait n'être pas "doué pour Dieu"[51]. Pourtant, la réponse était affirmative, quoique nuancée: «" Oui, dans la mesure où celle-ci lui est venue non comme expérience délibérée, mais comme une lente maturation à jouir des choses sans les posséder[52].» Et cet esprit de jouissance-dépossession, qui s'apparente au carpe diem des antiques sagesses, accorde à celui qui s'y livre sans réserve et sans fausse pudeur, selon les propres termes de l'auteur, un sentiment de "libération païenne":
«Ce n'est pas seulement l'homme qu'il faut libérer, c'est toute la terre... la maîtrise de la terre et des forces de la terre, c'est un rêve bourgeois chez les tenants des sociétés nouvelles. Il faut libérer la terre et l'homme pour que ce dernier puisse vivre sa vie de liberté sur la terre de liberté [...] Ce champ n'est à personne. Je ne veux pas de ce champ; je veux vivre avec ce champ et que ce champ vive avec moi, qu'il jouisse sous le vent et le soleil et la pluie, et que nous soyons en accord. Voilà la grande libération païenne[53].»
Cet appel à la libération de l'homme et de la terre s'inscrit en faux contre l'injonction biblique de prise de possession de la terre et de ses animaux par l'homme. Il est aussi une invitation à renouer pleinement avec les joies du corps, la sensualité naturelle, longtemps niée ou occultée par la morale chrétienne:
«J'ai pris pour titre de mon livre le titre d'un choral de Bach: Jésus, que ma joie demeure! Mais j'ai supprimé le premier mot [...] parce qu'il est un renoncement. Il ne faut renoncer à rien. Il est facile d'acquérir une joie intérieure en se privant de son corps. Je crois plus honnête de rechercher une joie totale, en tenant compte de ce corps, puisque nous l'avons[54].»
Le paganisme de Jean Giono apparaît, dès les premiers romans écrits à la fin des années 1920, sous la forme d'une vision panthéiste qui replonge les êtres au cœur du cosmos étoilé, mais aussi par la perception d'un sentiment tragique de la vie inspiré notamment par sa lecture enthousiaste des récits homériques dès la plus tendre enfance:
«Je lus L'Iliade au milieu des blés mûrs. [...] C'est en moi qu'Antiloque lançait l'épieu. C'est en moi qu'Achille damait le sol de sa tente, dans la colère de ses lourds pieds. C'est en moi que Patrocle saignait. C'est en moi que le vent de la mer se fendait sur les proues[55].»
La violence inspirée par une lecture sensuelle du récit homérique traverse toute l'œuvre de Jean Giono. Qu'on pense, par exemple, à la fin tragique de Que ma joie demeure, ou, trente ans après, à la rivalité mortelle qui oppose les deux frères de Deux cavaliers de l'orage. Elle est assumée sans jugement moral, et sans jamais faire ombre à la profonde joie païenne de celui qui ne croyait pas au problème résolu pour tout le monde ni au bonheur commun, mais qui disait: «Je crois que ce qui importe c'est d'être un joyeux pessimiste[56].»
En somme, pour caractériser la philosophie de Jean Giono, on doit souvent faire appel à des formules en oxymore comme cette «joie pessimiste» qui conclut sa formule précédente.
Ainsi, Giono exprime souvent une philosophie que l'on pourrait qualifier de matérialiste. Par exemple, selon Dominique Bonnet[57], pour Giono la mort fait partie d’un processus naturel dans lequel tout est cyclique; et de citer pour l’illustrer un passage emprunté au roman Ennemonde et autres caractères:
«L’immortalité de l’âme est une grimace de clown pour amuser les enfants: ce qui éclate, ce qui s’étale au grand jour, c’est l’immortalité de la chair, l’immortalité de la matière, la chaîne de la transformation, la roue de la vie, l’infini des aventures et des avatars, le rayonnement des innombrables chemins de fuites et de gloire[58].»
La mort est donc essentielle dans l'œuvre de Giono, autant que la vie et la nature (et d’ailleurs totalement intriquée à elles), «dans une volonté de normaliser, d’exorciser même les tabous "modernes" de cette présence de la mort, de l’intégrer de façon naturelle au cycle de la vie, comme le rapportent aussi ses propos recueillis par Christian Michelfelder[57]»:
«Croyez-vous que la Nature, reine d’équilibre, serait tant dépensière, si la mort était vraiment une destruction? Elle est un passage. Elle est une force de transformation comme la force qui hausse, abaisse et balance les vagues de la mer[59].»
Parfois, Giono fait preuve d’une sorte de mysticisme cosmique, mais sans transcendance, ou plutôt d’une transcendance qui résiderait au cœur même d’une immanencesublime (oxymore, encore) - un peu comme Spinoza qui identifie Dieu à la Nature naturante[60]. Ainsi, pour Jacques Chabot dans La Provence de Giono, celui-ci serait un «mystique agnostique» (oxymore, toujours) qui postulerait un «arrière-pays» au «fond des choses», au cœur même des apparences du monde sensible:
«La voilà donc la Provence montagnarde de Giono, hautaine, âprement réservée, plus close qu’un jardin secret, hortus conclusus mystique —mais ce mystique baladeur et délirant est un matérialiste agnostique: il ignore pratiquement tout du spirituel et plus encore du surnaturel [la nature est déjà en elle-même une "surnature", NDLR], mais il voit dans les apparences du monde sensible (pas "derrière" ni "au-delà", mais dans, "superposé en volume") ce qu’il appelle volontiers l’arrière-pays ou le côté fond des choses[61].»
Et c'est bien sûr le travail et la jouissance du romancier de traduire en personnages, en paysages, en images, cette vision du monde que l'on pourrait définir comme un matérialisme poétique.
Giono s'est surnommé lui-même «le voyageur immobile» (titre d'une nouvelle de L'Eau vive). De fait, son œuvre évoque souvent de longs voyages ou cheminements, alors que lui-même n'a presque pas voyagé, sauf un peu en Italie (Voyage en Italie, Gallimard, 1954), en Écosse (avec sa fille Aline, assistante d'anglais), en Espagne (sur les traces de Juan Ramon Jimenez à Moguer, ou lors de séjours à Majorque à la fin de sa vie). Mais il était un solide marcheur et un randonneur régulier.
Avant de vivre au Paraïs, qui surplombe Manosque, au flanc du Mont d'Or, à partir de 1930, Jean Giono a habité dans le centre de Manosque: 1, rue Torte, où il est né le ; 14, rue Grande, où ses parents déménagèrent peu de temps après; 8, rue Grande, où il emménagea après son mariage; 1, boulevard de la Plaine, dans l'appartement de fonction du Crédit du Sud-Est, à partir de 1928. Sur le boulevard circulaire de Manosque se trouve aujourd'hui le Crédit agricole, qui était le Comptoir d’escompte lorsque Giono y travaillait.
Il a également souvent séjourné dans le Trièves où il passait ses vacances, avant la guerre (à Tréminis) et après (à Lalley, déjà découvert en 1935, où vivait son amie Édith Berger, artiste peintre). Cette région montagneuse, située au nord du col de la Croix-Haute (Drôme) et qu'il qualifiait de «cloître des montagnes» [62], lui a inspiré notamment Le Chant du monde, Batailles dans la montagne (situé à Tréminis), Un roi sans divertissement (dont l'action se déroule dans un village correspondant à la situation de Lalley), Les Vraies richesses et Triomphe de la vie, essais qui empruntent beaucoup à la sérénité bucolique du Trièves.
Malgré sa vie retirée à Manosque, Jean Giono se rendait régulièrement à Aix-en-Provence où il séjournait chez son amie Henriette Gabrielle Reboul, la célèbre antiquaire de La Maison d'Aix. Pour des impératifs professionnels, il se déplaçait aussi à Paris, sans beaucoup apprécier la vie de la capitale.
Jean Giono achète en 1930, une petite maison au lieu-dit «Lou Paraïs» sur le flanc sud du mont d'Or, qui domine Manosque: «Une petite, toute petite maison. Un palmier, un kaki, un bassin, deux cents vignes, un pêcher, un abricotier, un laurier, une terrasse», écrit-il à son amie Adrienne Monnier. Il transforme et agrandit à plusieurs reprises cette maison où il écrit la plus grande partie de son œuvre. Labellisée "Maison des illustres" et "Patrimoine du XXe siècle", elle est acquise en 2016 par la Ville de Manosque. Entièrement rénovée par Durance Luberon Verdon Agglomération, elle est inaugurée et ouverte à la visite en 2026.
Hommages éponymes
De nombreuses rues, mais aussi des collèges et des écoles maternelles et élémentaires portent le nom de Giono[63].
↑[C'est l'auteur qui souligne]: Pierre Citron, Catalogue des Célébrations Nationales de 1995: présentation de Jean Giono, Archives de France, (présentation en ligne), page 167. Repris par le Centre Jean Giono, «Jean Giono: 30 mars 1895 – 9 octobre 1970, biographie», sur centrejeangiono.com (consulté le ).
↑Jean Garcin, De l'Armistice à la Libération dans les Alpes de Haute-Provence, 17 juin 1940-20 août 1944, Chronique - Essai sur l'histoire de la Résistance avec un prologue 1935-1940 et un épilogue 1944-1945, DL 4etrimestre 1990, Imprimerie Vial, p.81.
↑Jean Giono, Journal de l'Occupation, dans Journal, poèmes, essais, Paris, Gallimard, 1995, p.333.
↑Jean Malaquais, Journal de guerre suivi du Journal du métèque, Forcalquier, La Thébaïde,
↑Emmanuelle Lambert (dir.), Giono, MUCEM-Gallimard, , p. 188
↑Il convient sans doute de citer ici longuement Pierre Citron. Aux pages 363 et 364 de sa biographie, l’auteur écrit: «Giono aide, plus d’une fois et de toutes les manières, le comédien Charles Blavette, réfugié à Manosque. Mais il fait beaucoup plus. Il y a au Paraïs depuis 1941 un Allemand, Karl Fiedler, que chacun appelle Charles; à cet ancien architecte, trotskyste, âgé d’une quarantaine d’années, Giono donne du travail chez lui, à entretenir un peu le jardin et à faire de petits travaux: il le nourrit, le loge, le paie. Avant septembre 1943 [...], des policiers sont venus chercher Charles; Giono les a retardés pendant que le banni se sauvait par le fond du jardin.» (Giono 1895-1970, p.363). «Fiedler est discret et ne lui pose pas de problèmes. Il n’en va pas de même de Meyerowitz, autre Allemand, juif, âgé de trente ans, pianiste, compositeur; il n’est pas en permanence au Paraïs, mais, depuis 1942, il est aidé et protégé par Giono, qui lui trouve des refuges, à Manosque, à Forcalquier, à Vachères, à Marseille. Certes, Meyerowitz court tous les dangers; mais, avec une incroyable inconscience, il semble tout faire pour les aggraver, ne pouvant vivre sans son piano dans chacune des maisons qui le recueillent, et en jouant constamment […]. Toujours angoissé, chaque fois que se présente un problème réel ou imaginaire, il se précipite chez Giono, ou lui écrit s’il n’est pas à Manosque; et il faut que Giono agisse aussitôt. En octobre 1943, il est arrêté et conduit au camp de travailleurs des Mées. Giono s’y rend et obtient sa libération en l’embauchant —comme ouvrier agricole— à la Margotte. Il y a aussi Luise Strauss —Lou Ernst, la femme de Max Ernst, également juive— que, jusqu’à la fin d’avril 1944, date de son arrestation par les Allemands et de son départ pour un camp de concentration dont elle ne devait pas revenir, Giono aidera moralement et financièrement, lui payant même une opération chirurgicale et le coûteux traitement consécutif —ce qu’elle trouve naturel, et elle n’en exprime guère de gratitude.» (Giono 1895-1970, p.363-364). D’autre part, «[dans les années 1930] il accueille d’ailleurs toujours aussi amicalement ses amis juifs qui viennent le voir, comme le contadourien Rabinovitch, dit Rabi. Ses notations trahissent seulement un agacement épisodique. Des réactions analogues se manifestent d’ailleurs aussi dans le journal à l’égard de bien d’autres, et elles sont également contredites par la conduite de Giono. Il se méfie toujours des communistes […], mais il recueille chez lui, au début de décembre 1943, un cousin d’Élise, André Maurin, de Nîmes, interné pendant trois ans pour communisme.» (Giono 1895-1970, p.364). Page 362 du même ouvrage nous lisons: «Mais, avec Lucien Jacques, c’est l’éloignement et le silence, depuis le début de l’année [1943] où Jean, avec générosité mais aussi avec inconscience, a donné à des résistants l’autorisation de s’installer dans la ferme des Graves, au Contadour, oubliant étourdiment qu’elle n’était pas à lui tout seul, et que Lucien, autre propriétaire, qui y venait souvent, courait ainsi de sérieux dangers.» Quelques pages plus loin: «Des brigandages ont lieu çà et là dans la région, parfois au nom de la Résistance. Des jeunes de plus en plus nombreux prennent le maquis. Giono en abrite six en permanence, plus quelques occasionnels, à la ferme du Criquet, chez ses fermiers les Bonnefoy.» (Giono 1895-1970, Seuil, 1990, p.366).
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Ouvrages collectifs
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Gérard Berthomieu et Sophie Lawson (dir.), Jean Giono. Poétique de la figuration, Classiques Garnier, 2016
Michel Bertrand et André Not (dir.), Patrimoines gioniens, Presses Universitaires de Provence, 2018
Agnès Castiglione et Mireille Sacotte (dir.), Cahier Giono, Paris, L'Herne, coll. "Les Cahiers de l'Herne", 2020
Denis Labouret et Alain Romestaing (dir.), Les Mondes de Giono, Gallimard, 2022
Revues
Revue Giono, revue annuelle éditée par l'Association des Amis de Jean Giono
Série Jean Giono de La Revue des Lettres modernes, éditée par Lettres Modernes Minard-Classiques Garnier
Documentaires, émissions
Le Mystère Giono, un film de Jacques Mény (1995)
Émissions radiophoniques proposées et produites par Catherine Soullard à France-Culture:
Les travaux et les jours, série de Nuits magnétiques sur la vie d'autrefois dans les Alpes de Haute-Provence, inspirées par Jean Giono, émaillées par ses textes, diffusées du 12 au : 1. Sur l'eau et les choses premières / 2. Les gestes et la terre / 3. Pierres des chemins, paysages / 4. Une forge, des feux.
Parce que c'est Giono, Nuit magnétique diffusée le , avec Elise et Sylvie Giono, Pierre Citron, Geneviève Frandon, Louis Michel et Marcel Arlaud.
Le cinéma de Jean Giono, Mardi du cinéma diffusé le , avec Sylvie Giono, Jean-Pierre Rudin, François Leterrier, Jacques Chabot et Jacques Meny.
Mystère et vertiges chez Jean Giono, série de Chemins de la connaissance diffusée du 17 au : 1. Le héros gionien, sauveur et déserteur, avec Pierre Citron / 2. Ce monstrueux objet du désir, avec Denis Labouret / 3. Le théâtre du sang, avec Laurent Fourcaut / 4. Des histoires et des vides, avec Mireille sacotte / 5. La musique de Jean Giono, avec Pierre Citron.
Autres émissions de France Culture:
Jean Giono, émission de Claude Mourthé d'une durée de 5 heures et diffusée pour la première fois le , avec, entre autres, des extraits d'entretiens entre Giono et divers interlocuteurs (dont Jean Carrière, Jean Amrouche), les témoignages de Pierre Citron, Jean Dutourd, P Magnan, J Meny, P Bergé, H Martin, J Carrière, G de Cortanze et Sylvie Durbet-Giono, une des filles de Giono.