Luth

De Mi caja de notas


Luth
Image illustrative de l’article Luth
Un luth renaissance à 8 chœurs (copie d'instrument ancien).

Classification Instrument à cordes
Famille Instrument à cordes pincées
Instruments voisins Archiluth, théorbe, angélique, oud, guitare, biwa

Le luth est un instrument à cordes pincées. Dans le système Hornbostel-Sachs, le terme désigne aussi de manière générale tout instrument ayant les cordes parallèles à un manche.

Bien que voisin de la guitare, le luth a connu une histoire différente et distincte, les deux instruments ayant coexisté au cours des périodes principales de la musique. Il est d'origine persane (oud) pour la forme générale et arabe pour la caisse en lamellé-collé.

Luth arabe et luth occidental

Il faut distinguer aujourd'hui dans le langage courant, deux grands types de luths :

  • Le luth arabeoud (terme venant de al `oud : « le morceau de bois »), qui a donné le nom « luth » — encore utilisé couramment aujourd’hui en Afrique du Nord, et au Moyen-Orient. C'est un instrument essentiellement mélodique (voir l'article détaillé). Une de ses variantes est le târ, luth persan à long manche et double cœur, utilisé en Asie centrale, en Iran et dans le Caucause, notamment en Azerbaïdjan.
  • Le luth occidental, dérivé du luth arabe, est l'objet de cet article. Arrivé en Europe par l’Espagne, pendant la présence mauresque, il s'est différencié du précédent vers le XIVe siècle. Il est devenu vraiment polyphonique grâce à l'ajout de frettes sur le manche et l'abandon du plectre. Il a sans cesse évolué, principalement par l’ajout de cordes graves, jusqu’au XVIIIe siècle où il finira par disparaître, victime d’une image très élitiste et close du public, ainsi que de son manque de volume sonore. L'essor de la musique ancienne jouée sur des instruments copiés d'instruments originaux a relancé l'intérêt pour cet instrument depuis la fin du XIXe siècle. À la famille des luths occidentaux appartiennent également l'archiluth et le théorbe.

Histoire et répertoire du luth occidental

Moyen Âge

On ne sait exactement quand apparaît le luth en Europe au Moyen Âge, les instruments les plus anciens conservés datant du XVIe siècle[1]. On estime généralement qu'il est introduit par les Maures pendant la conquête et l’occupation de l’Espagne à partir du VIIIe sièlce, et que les croisades (du XIe au XIIIe siècle) ont contribué à sa diffusion[2].

Aucun instrument de cette période n’est parvenu jusqu'à nous, et les reconstitutions aujourd’hui réalisées se basent sur l’iconographie et la sculpture. Les luths médiévaux semblent avoir compté entre quatre et sept cordes réparties en quatre « chœurs » (cordes doubles) : Johannes Tinctoris décrit ainsi le cordage d’un luth portant cinq, six ou sept cordes, les deux cordes centrales étant accordées sur une tierce majeure, les autres en quartes[1]. Vers 1450 apparaît le luth à cinq chœurs et se développe le jeu polyphonique[1].

Renaissance

Au XVIe siècle, le luth compte d’abord six chœurs dont l’accord peut varier (cf. infra). Apparaît aussi la musique notée en tablature ; le premier recueil imprimé dans ce mode de notation est l’Intavolatura de Lauto de Francesco Spinacino, publié à Venise en 1507 par Ottaviano Petrucci. En Allemagne se développe un autre type de tablatures, attesté dès 1511 dans le traité Musica getutscht. En France, le premier recueil imprimé à paraître est la Tres breve et familiere introduction pour entendre & apprendre par soy mesmes a jouer toutes chansons reduictes en la tabulature de Lutz publiée par Pierre Attaingnant en 1529[3].

Le XVIe siècle voit aussi l’émergence d’un répertoire soliste pour le luth, constitué de transcription de pièces polyphoniques (chansons, motets), de fantaisies et de danses. Parallèlement, le luth continue d’être largement utilisé dans l’accompagnement, notamment de la voix comme l’atteste un grand nombre de publication pour voix et tablature de luth. Il est également joué en ensemble de luths de différentes tessitures (du soprano à la basse), plusieurs tailles d’instrument étant fabriquées et pratiquées.

Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, un septième puis un huitième chœurs sont ajoutés dans le grave. Ils sont généralement joués « à vide », c’est-à-dire sans que les doigts de la main gauche n’altère la hauteur de la corde sur le manche. À la fin du siècle apparaissent également en Italie d’autres instruments de la famille du luth étendus dans le grave : l’archiluth et le théorbe ou chitarrone[4].

XVIIe siècle

Il n’est pas toujours aisé de déterminer quelle a été la forme originelle des instruments aujourd’hui conservés, certains ayant fait l’objet de modifications ultérieures ; ainsi, le luth de Rauwolf (en) appartenant aujourd’hui à Jakob Lindberg, construit vers 1590, pourrait avoir d’abord été un luth à sept ou huit chœurs avant d’être transformé en luth à dix ou onze chœurs[5].

À la toute fin du XVIe siècle, le luth à neuf chœurs semble connaître une certaine vogue dont atteste plusieurs recueils publiés à l’orée du XVIIe siècle : Lachrimæ, or Seven Teares de John Dowland (1604), sept premiers livres d’Airs de différents autheurs mis en tablature de luth publiés par Pierre I Ballard (1608-1622), Le Secret des muses de Nicolas Vallet (1615)… Le Second Livre de ce dernier, publié en 1619, requiert l’usage d’un luth à dix chœurs, de même que le huitième livre d’Airs de différents autheurs, mis en tablature de luth par eux-mesmes publié par Ballard en 1618 et le Il primo Libro d'Intavolatura di Liuto de Michelagnolo Galilei (1620). Le luth à dix chœurs demeure usité au moins jusque dans les années 1640 en France[3].

Les années 1620 et 1630 voient les compositeurs expérimenter divers accords. Progressivement, le « vieil ton », nom donné à l’accord en quartes et tierce, tombe progressivement en désuétude en France au profit de l’accord en mineur qui s’impose en même temps que le luth à onze chœurs, dit aujourd’hui « luth baroque », dans les années 1640 à 1650[6]. Nombre de luthistes français publient alors des recueils ou voient leurs pièces copiées dans de nombreux manuscrits, parmi lesquels Ennemond Gaultier dit « le Vieux Gaultier », Denis Gaultier dit « le Jeune », Jacques Gallot ou Charles Mouton. L’accord en mineur est également adopté en Allemagne, comme l’attestent les Delitiae testudinis d’Esaias Reusner publiés en 1667[3].

Dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, le répertoire noté pour luth délaisse l’accompagnement noté en tablature au profit de la basse continue. Le jeu en ensemble de luths se raréfie, même si le duo perdure.

XVIIIe siècle

Si le luth dit « baroque » tombe en désuétude en France après la mort de Robert de Visée (vers 1732), il connaît un nouveau souffle dans l’aire germanique, notamment avec les œuvres de Sylvius Leopold Weiss, Ernst Gottlieb Baron, Adam FalckenhagenJean-Sébastien Bach compose également quelques pages pour luth, et le requiert dans certaines versions de quelques œuvres (Passion selon saint Jean, Trauer-Ode[7]).

L’instrument connaît aussi, dans la première moitié du XVIIIe siècle, une dernière mutation avec l’ajout de deux chœurs graves installés sur le cordier soit par l’ajout d’un « cavalier », soit par un allongement du manche dit « col de cygne » qui le fait ressembler au théorbe ou à l’archiluth. Les premières pièces de Weiss requérant un luth à treize chœurs datent vraisemblablement des années 1717-1718[8].

La question de l’instrument pour lequel Antonio Vivaldi a composé ses œuvres avec luth demeure plus épineuse. Selon Robert Spencer, le concerto RV 540 devrait être joué sur un archiluth, comme les œuvres de Giovanni Zamboni[9]. Les partitions manuscrites des plus tardifs trios RV 82 et RV 85 ainsi que du concerto RV 93 portent toutes trois l’indication « p[er] S[ua] E[ccellenza] il Conte Wrttby »[10], [11], [12] ; ils sont ainsi dédiés Johann Joseph von Wrtby, haut dignitaire de Bohême où le luth à onze ou treize chœurs était très largement majoritaire. Il paraît donc probable que les RV 82, 85 et 93 ont plutôt été conçu pour luth « baroque ».

Lutherie

Atelier d'un luthier (1568).
Détail du tableau Les Ambassadeurs de Hans Holbein le Jeune.

Le luth est presque entièrement en bois. La table est faite d'une fine planche de bois résonnant (le plus souvent de l'épicéa) en forme de poire. Les luths ont parfois trois rosaces décorées. Elles ne sont pas ouvertes comme sur une guitare classique actuelle, mais constituées d'une grille décorative sculptée dans le bois de la table lui-même.

Le dos de l'instrument est un assemblage de fines planches de bois appelées côtes assemblées (avec de la colle) bord à bord pour former le corps très arrondi de l'instrument. L'intérieur de cette coque est renforcé par des bandes de parchemin collées[13]. Le manche est réalisé dans un bois léger et couvert de bois dur (en général de l'ébène) pour la touche. Contrairement à la plupart des instruments actuels, la touche est au même niveau que la table. La tête des luths avant la période baroque faisait un angle avec le manche de près de 90°, probablement pour que les cordes de faible tension restent fermement plaquées au début du manche. Les chevilles sont coniques et sont maintenues en place par friction dans les trous qui les reçoivent. La forme et les bois employés font du luth un instrument très léger pour sa taille.

Les frettes sont réalisées à l'aide de cordes en boyau nouées autour du manche. Quelques frettes supplémentaires en bois sont généralement collées sur la table, où elles ne peuvent être nouées derrière le manche.

Les cordes en boyau (plus rarement en métal) sont groupées en chœurs, généralement deux cordes par chœur (plus rarement trois) à l'exception du chœur le plus aigu, la chanterelle, constitué d'une seule corde ; dans les luths baroques tardifs, les deux chœurs les plus aigus sont généralement deux cordes simples. Les chœurs sont comptés en groupe, ainsi la corde la plus aiguë est appelée premier chœur, les deux cordes suivantes (pour un luth renaissance) deuxième chœur etc. Un luth renaissance à huit chœurs aura donc habituellement quinze cordes (sept fois deux cordes et une corde simple) et un luth baroque à treize chœurs, vingt-quatre cordes (onze fois deux cordes et deux cordes simples).

Les chœurs sont accordés à l'unisson dans l'aigu et le médium, les chœurs graves ayant une des cordes accordée à l'octave supérieure (selon les époques, cette octave est rajoutée à partir de hauteurs différentes). Les deux cordes d'un chœur sont normalement jouées à la même hauteur (dans la même case) et simultanément, à l'exception de cas rarissimes où elles sont jouées séparément ou dans des cases différentes.

Accord

Portrait d'un joueur de luth (vers 1529-1530), Pontormo, huile sur bois 81,2 × 57,7 cm, collection Alana, Newark (Delaware), États-Unis.

L'accord du luth est très peu standardisé. Les luths ont été construits dans des tailles très variables et sans standard permanent d'accord, le nombre de cordes et de chœurs ayant lui aussi beaucoup varié.

Cependant, on peut dire que l'accord du luth Renaissance ci-dessous est en général celui qui était employé : pour un luth à 6 chœurs, on retrouve l'accord de la viole de gambe ténor, les chœurs ayant entre eux un intervalle de quarte juste, à l'exception de l'intervalle entre les 4e et 3e chœurs qui est une tierce majeure (on peut retrouver l'accord du luth Renaissance sur une guitare en abaissant la troisième corde au fa# - au lieu de sol - et en utilisant un capodastre à la troisième case ; sans capodastre, les notes jouées depuis la tablature sonnent une tierce mineure au-dessous du luth).

Pour les luths de plus de 6 chœurs, les chœurs sont ajoutés vers le grave. En raison du grand nombre de cordes et de la largeur du manche, il est alors difficile de modifier le son des chœurs les plus graves en plaçant un doigt de la main gauche sur la touche ; ces chœurs sont donc plutôt utilisés de façon diatonique pour permettre leur utilisation en cordes à vide, comme pour le luth pré-baroque à 10 chœurs - voir ci-dessous.

Il s'agit ici de l'accord habituel, et il arrive que le compositeur donne d'autres indications sur la manière d'accorder - par exemple : 7e chœur en Fa.

Le XVIIe siècle accroît encore la diversité d'accords, tout particulièrement en France. À la fin du siècle, une certaine norme se met cependant en place, l'accord dit en ré mineur s'imposant. Les basses indiquées ci-dessous pour le luth baroque sont modifiées selon la tonalité jouée.

Instrument Accord
Luth Renaissance à 6 chœurs
\new Staff \with {\remove "Time_signature_engraver"}{\time 6/1\clef "G_8" { << {g1 c' f a d'} \\ { g,1 c f a d' g'} >>}}
Luth Renaissance à 8 chœurs
\new Staff \with {\remove "Time_signature_engraver"}{\time 8/1 \clef "G_8" { << {d1 f g c' f a d'} \\ {d,1 f, g, c f a d' g'} >>}}
Luth pré-baroque à 10 chœurs
\new Staff \with {\remove "Time_signature_engraver"}{\time 10/1 \clef "G_8" { << {c1 d ees f g c' f a d'} \\ {c,1 d, ees, f, g, c f a d' g'} >>}}
Luth baroque à 13 chœurs
\new Staff \with {\remove "Time_signature_engraver"}{\time 13/1 \clef "G_8" { << {a,1 b, c d e f g a, d f a} \\ {a,,1 b,, c, d, e, f, g, a, d f a d' f'} >>}}

Diapason

Le diapason peut varier de la3=392 Hz à la3=470 Hz selon le pays, le répertoire, l'instrument et le diapason utilisé par les autres instruments dans le jeu d'ensemble. Il n'existe pas de standard universel à l'époque, seuls des standards locaux peuvent être établis.

Évolution de l'instrument après l’âge d'or

Malgré sa quasi-disparition au XVIIIe siècle, l'instrument continue à survivre tant en France qu'aux États-Unis. On trouve ainsi des traces du théorbe et du chitarrone au salon des Champs-Élysées de 1895. On parle aussi d'un luthiste aux États-Unis accompagnant les films muets, et composant pour son instrument.

Quelques compositeurs français du XXe siècle ont écrit pour le luth à 10 cordes : Jacques Chailley, Yvonne Desportes grand prix de Rome, Jean Loubier à la demande de Michel Faleze, luthiste français et élève de Michael Schäffer. À signaler une pièce du compositeur hongrois Georg Aranyi-Aschner et une messe en latin avec luth, hautbois solo, quatuor à cordes, orgue et chœurs.

Au XXIe siècle, certains luthistes composent pour leur instrument une musique originale et idiomatique : Jozef Van Wissem, Ronn McFarlane (en) et Tsiporah Meiran ont ainsi entrepris de composer une musique contemporaine pour cet instrument initialement réservé au répertoire ancien.

Liste de compositeurs de musique pour luth

Luth Renaissance

Luth baroque

Luth classique

Allemagne (Empfindsamer Stil)
Autriche
Italie

Compositeurs modernes et contemporains

Tableaux célèbres représentant des luthistes

La Femme au luth par Vermeer.
Le joueur de luth par Caravage.

Le luth se voit aussi dans les célèbres tapisseries de Charles le Téméraire

Notes et références

  1. a b et c Guide de la musique du Moyen Age, Fayard, coll. « Les indispensables de la musique », (ISBN 978-2-213-03063-0), p. 791
  2. « Histoires d’instruments le Luth », sur collectionsdumusee.philharmoniedeparis.fr (consulté le )
  3. a b et c « Lute music sources », sur www.earlymusicsources.com (consulté le )
  4. (en-GB) Ian Pittaway, « The lute: a brief history from the 13th to the 18th century », sur Early Music Muse, (consulté le )
  5. « -|-|- Jakob Lindberg Homepage -|-| », sur www.musicamano.com (consulté le )
  6. Miguel Serdoura, Méthode de luth baroque, t. I, Bologne, Ut Orpheus, (1re éd. 2008), p. 7
  7. (en) « 4 JS Bach Lute/Theorbo Arias », sur www.vmii.org (consulté le )
  8. Miguel Serdoura, Méthode de luth baroque, t. I, Bologne, Ut Orpheus, , p. 11
  9. Robert Spencer, livret du disque Antonio Vivaldi: The Complete Works for the Italian Lute, Jakob Lindberg (luth), Ensemble baroque de Drottningholm, Bis, 1985. [1]
  10. « Trio Sonata in C major, RV 82 (Vivaldi, Antonio) - IMSLP », sur imslp.org (consulté le )
  11. « Trio Sonata in G minor, RV 85 (Vivaldi, Antonio) - IMSLP », sur imslp.org (consulté le )
  12. « Chamber Concerto in D major, RV 93 (Vivaldi, Antonio) - IMSLP », sur imslp.org (consulté le )
  13. Vue de l'intérieur d'un luth

Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

  • Christine Ballman, Le Luth et Lassus, Bruxelles, Académie royale de Belgique, , 288 p. (ISBN 978-2-8031-0283-9)
  • Hélène Charnassé et France Vernillat, Les Instruments à cordes pincées, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? » (no 1396), , 1re éd., 128 p.
  • Alexis Risler, Luth et luthistes en France au tournant du XVIIe siècle (1571-1623), mémoire de Maîtrise en musique, Université Laval, 2014, 140 p.
  • (en) Douglas Alton Smith, A History of the Lute from Antiquity to the Renaissance, S.l., Lute Society of America, , 389 p. (ISBN 0-9714071-0-X)
  • (en) Matthew Spring, The Lute in Britain : A History of the Instrument and its Music, Oxford University Press,
  • Jean-Michel Vaccaro (textes réunis par), Le luth et sa musique, Paris, Éditions du Centre national de la recherche scientifique,

Méthodes

  • (en) Peter Croton, A Method for the Renaissance Lute with a Supplement for the Archlute, Paris, Le Luth Doré, , 281 p.
  • (en) Peter Croton, A Method for the Baroque Lute Based on Historical Sources, Paris, Le Luth Doré, , 337 p.
  • Miguel Serdoura, Méthode de luth baroque (deux volumes), Bologne, Ut Orpheus, 2008 (rééd. 2018).

Articles connexes

Liens externes

Vidéos de luth


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