Marc Bloch est l'auteur de plusieurs ouvrages majeurs, d'abord dans le champ de l'histoire médiévale, avec Les Rois thaumaturges (1924), Les Caractères originaux de l'histoire rurale française (1931) et La Société féodale (1939-1940). Il livre également, dans L'Étrange Défaite (rédigé en 1940, publié en 1946), un témoignage sur la campagne de France et l'effondrement de 1940. Enfin, il rédige Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien (écrit entre 1941 et 1943, publié inachevé à titre posthume en 1949), une réflexion théorique sur la méthode de la discipline historique.
Bien que discret sur ses engagements politiques, il s'est toujours impliqué aux côtés des luttes de gauche (mouvement ouvrier puis lutte antifasciste). Avec son épouse Simonne, il entre au Panthéon le .
Biographie
Origines: une famille de juifs alsaciens ayant opté pour la France en 1871
Marc Léopold Benjamin Bloch est issu d'une famille bourgeoise[2] de juifsalsaciens ayant choisi[3],[4] en 1871 de quitter les territoires annexés par l'Empire allemand afin de rester français. L'ancêtre de la famille est Getschel (Gabriel) Bloch fils de Wolf, colporteur mort le 6 mai 1821 à Wintzenheim. Au début de L'Étrange Défaite, Étienne Bloch, fils de Marc, met en note la traduction d'une lettre en yiddish de l'arrière-grand-père de Marc Bloch, Getschel, soldat des armées de la République. La lettre, écrite à Mayence, est datée de juin 1793 (mois de Tamuz de l'an 5554): Nous avons été les premiers - les Volontaires, et les Allemands ont ouvert le feu sur nous. (...) Je pense que c'est grâce à vos bonnes actions et à celles de nos ancêtres que nous avons pu y échapper. (...) Je dois vous faire savoir que dans deux villages la population nous a offert de la bière et du pain. Nous n'avons pas pu nous arrêter, car nous avons attaqué avec impétuosité les hauteurs de Mayence. Je n'aurais pas souhaité vous y voir. Et Dieu, que Son Nom soit loué, nous a dirigé sur la bonne voie. Qu'il veuille toujours protéger les Juifs contre tout malheur.
Le grand-père paternel de Marc Bloch, Marx Bloch, né lui aussi à Wintzenheim, instituteur puis directeur d’école juive à Strasbourg. Il épouse Rose Rosalie Aron, originaire de Soultz-sous-Forêts.
En 1908-1909, il part en Allemagne, pays doté d'une importante école historique, où il suit des cours à l'université de Berlin puis de Leipzig.
De 1909 à 1912, il est pensionnaire de la fondation Thiers, qui accorde chaque année à cinq étudiants une bourse de trois ans pour des recherches en vue d'une thèse[9].
En 1912, il est nommé au lycée de Montpellier, puis au lycée d'Amiens en 1913[11]. En juillet 1914, il prononce le discours de distribution des prix devant les élèves et les professeurs du lycée.
Période de la Première Guerre mondiale (août 1914-mars 1919)
Marc Bloch est mobilisé dans l'infanterie avec le grade de sergent. Se trouvant au Luxembourg le , il participe à la longue retraite qui ramène l'armée française sur la Marne où, le a lieu le début de la contre-offensive française, la bataille de la Marne. Atteint par la fièvre typhoïde, il est hospitalisé et après une période de convalescence à Paris, il revient sur le front, devenant en 1916 officier de renseignement du 72e régiment d'infanterie.
Six enfants naissent de ce mariage, dont Étienne Bloch, qui en 1997 publiera la «biographie impossible» de son père[13], et Jean-Paul Bloch, admis à l'École normale supérieure en 1950[14], qui devient directeur des laboratoires scientifiques des Terres australes et antarctiques françaises[15].
Carrière universitaire
Professeur à l'université de Strasbourg (1919-1936)
Marc Bloch est nommé professeur à la faculté des lettres de l'université de Strasbourg, d'abord comme maître de conférences en 1919, puis professeur sans chaire en 1921, puis professeur d'histoire du Moyen Âge en 1927. Ses qualités professorales et sa rigueur méthodologique contribuent alors au prestige de l'Université française[16]. Il y rejoint des universitaires de premier plan comme Lucien Febvre et André Piganiol, avec qui il noue des liens fructueux. Le milieu qu'il fréquente, amis ou collègues, sont tous proches de la SFIO ou du parti communiste[10]. En 1921, il signe le manifeste coopératif des intellectuels et universitaires français. Il adhère au comité des relations scientifiques avec la Russie, fondé en 1925[10].
Il soutient une thèse de doctorat («allégée», grâce aux dispositions prises en faveur des anciens combattants) au propos déjà neuf, portant sur l'affranchissement des serfs en Île-de-France au Moyen Âge: Rois et serfs, un chapitre d'histoire capétienne (1920). Son directeur de thèse est Christian Pfister (1857-1933), un ami de son père, premier doyen de la faculté des lettres de l'université de Strasbourg, qui apparaît alors comme la vitrine de la science française face à l'Allemagne vaincue[2].
Deux ouvrages magistraux (1924 et 1931) et un double échec au Collège de France
Première édition des Caractères originaux de l'histoire rurale française en deux volumes chez Armand Colin.
En 1924, Marc Bloch publie une œuvre magistrale, Les Rois thaumaturges. Il y expérimente avec audace une méthode comparative empruntée aux maîtres de la linguistique (il parle lui-même une dizaine de langues[17]).
En 1928, Marc Bloch présente sa candidature au Collège de France et propose d'enseigner une «histoire comparée des sociétés européennes». Mais il n'est pas élu par les membres du Collège.
En 1931, son ouvrage le plus maîtrisé, Les Caractères originaux de l'histoire rurale française, innove une fois encore, car il exploite une interdisciplinarité peu courante à cette époque (utilisant des données de botanique, de démographie,etc.) pour mieux comprendre l'évolution des structures agraires de l'Occident médiéval et moderne.
Il est de nouveau candidat malheureux au Collège de France en 1934-1935. «Ses échecs au Collège de France ne furent peut-être pas sans lien avec la montée de l'antisémitisme», écrit Stanley Hoffmann dans sa préface à L'Étrange Défaite[18].
L'aventure des Annales (à partir de 1929)
Marc Bloch participe en 1929, avec le «groupe strasbourgeois» dont fait partie Lucien Febvre, à la fondation d'une revue, les Annales d'histoire économique et sociale dont le titre marque en lui-même une rupture avec «l’histoire historisante»[19], qui prédomine en France depuis l'époque de l'école méthodique.
Bloch y publie d'importants articles, ainsi que de brillantes notes de lecture, dont l'impact méthodologique s'est fait encore sentir après sa mort, et jusqu'à aujourd'hui[20]. La plupart des comptes rendus de lecture qu'il publie dans les années 1930 dans cette revue mentionnent son point de vue critique sur l'actualité, notamment les agissements de la dictature hitlérienne[10].
Face à la montée des périls (années 1930)
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Marc Bloch avec Simonne Vidal et leurs deux plus jeunes enfants au début des années 1930.
En 1936, il succède à Henri Hauser à la Sorbonne en tant que maître de conférences en histoire économique, puis, en 1937[11], en tant que professeur doté d'une chaire d'histoire économique[22].
La drôle de guerre et l'effondrement de l'armée française (septembre 1939-juin 1940)
Malgré son âge (53 ans), une polyarthrite invalidante et une famille nombreuse, il demande à combattre dès la mobilisation partielle du printemps 1938, au moment de l'Anschluss[10]. Il se déclare «le plus vieux capitaine de l’armée française»[10], grade auquel il est resté depuis 1918, n'ayant pas souhaité se porter candidat au concours d'admission de l’École de guerre.
Rappelé dès la prémobilisation d'août 1939, avant même la déclaration de la guerre (3 septembre), il est affecté au groupe de subdivisions de Strasbourg, puis, en octobre, au 4e bureau d'état-major (transport) de la Première Armée où il est nommé responsable du ravitaillement en carburant de toutes les unités, en liaison avec le Parc des essences de l'armée (PEA). Vers le mois de mai, vu l'inaction qui règne dans cette période de la drôle de guerre, il envisage de reprendre son poste à la Sorbonne. Mais tout change le 10 mai, lorsque l'armée allemande attaque en Belgique (pour attirer l'armée française vers le Nord), puis réussit à percer le front français sur la Meuse à Sedan: c'est le début du désastre de la campagne de France (10 mai-22 juin 1940),
Marc Bloch participe à la bataille du Nord (sa conduite lui vaut d'être cité à l'ordre du corps d'armée commandé par le général Blanchard). Finalement replié à Dunkerque à la fin du mois de mai, il est évacué en Angleterre, puis ramené en Normandie (Cherbourg, puis Caen[23]), avant de se replier à Rennes où il apprend (17 juin) la demande d'armistice de Pétain, devenu président du Conseil des ministres.
Le 18 juin, Marc Bloch assiste au passage de troupes allemandes dans Rennes[24]. Il décide alors de quitter son uniforme et de s'installer dans un hôtel, comme un simple civil.
L'armistice est signé le 22 juin. Marc Bloch échappe ainsi à la captivité et quitte Rennes pour gagner sa maison dans la Creuse.
L'Étrange Défaite (juillet-septembre 1940)
Il a vu de près le naufrage de la Troisième République.
Marc Bloch tire de cet événement majeur, qui bouleverse sa vie, un livre, L'Étrange Défaite, écrit dans la maison qu'il possède dans le hameau de Fougères, commune du Bourg-d'Hem (Creuse), de juillet à .
Ce livre, qu'il présente comme le témoignage d'un historien, sera publié seulement en 1946.
Il accuse les officiers d'état-major et les chefs militaires d'avoir conduit l'armée à la défaite «en préparant la guerre de la veille», il n'épargne pas les «instituteurs pacifistes» de l'entre-deux-guerres, ni la bourgeoisie, «qui avait cessé d'être heureuse» depuis la crise de 1929 et les réformes du Front populaire[25]. Outre «l'incapacité du commandement» qui fut «la cause directe du désastre», Bloch pointe les ratés de l'alliance franco-anglaise et l'efficacité psychologique des bombardements allemands[26].
Éléments du mobilier de bureau de Marc Bloch exposés au CHRD.
La famille Bloch et les statuts des juifs (1940-1941)
Son appartement parisien est réquisitionné par l'occupant et sa bibliothèque, qui compte entre 5000 et 7000 ouvrages, est expédiée en Allemagne[28].
Il est cependant rétabli dans ses fonctions le pour «services exceptionnels rendus à la Nation» (comme une dizaine d'autres personnalités victimes du statut) par le secrétaire d'État à l'Instruction publique, Jacques Chevalier (père de François Chevalier, élève de Marc Bloch, qui sera ultérieurement directeur de la Casa de Velázquez à Madrid) et nommé à la faculté de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand.
Le , Jacques Chevalier lui délivre un ordre de mission afin qu'il puisse partir aux États-Unis, accompagné de sa mère, de son épouse et de ses six enfants. Il n'en fait pas usage, ne voulant pas abandonner sa mère, âgée, malade et incapable de supporter le voyage[29]. Il y continue ses recherches dans des conditions de vie très difficiles et en proie aux pires inquiétudes.
Reparution des Annales
Malgré l'Occupation, Lucien Febvre souhaite la reparution de la revue Les Annales alors que Bloch s’y oppose.
Sous la pression de Febvre, Bloch finit par accepter. L’autorisation de reparaître sous un autre titre est accordée par l'occupant[Quand?].
Du fait de la santé de sa femme, il obtient en 1941 une mutation à Montpellier[31], donc en zone non occupée à cette époque.
Le doyen de la faculté des Lettres de Montpellier, Augustin Fliche, catholique maréchaliste, antisémite et conservateur, essaye d’empêcher sa nomination, nourrissant un ressentiment à l'égard de l'historien. Il avertit ses supérieurs qu'un cours public de Marc Bloch pourrait provoquer des manifestations hostiles, dont il ne veut pas être tenu pour responsable[32]. Marc Bloch est chargé de cours sur l'histoire économique et monétaire de la France et de l'Europe moderne, mais ne peut travailler que dans des conditions très imparfaites, n'ayant pas accès à sa bibliothèque[32].
Entre la fin 1940 et le début 1943, il rédige sans documentation et dans des conditions difficiles, Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien (publié en 1949 par les soins de Lucien Febvre), livre «testament» dans lequel il résume les exigences singulières du métier d'historien[33].
Entrée dans la Résistance (1943) et arrestation (8 mars 1944)
Il entre dans la clandestinité en 1943 alors qu'il est poussé à la retraite[31]; auparavant, ses premiers contacts avec la Résistance sont difficiles à dater[31].
En 1943, à la suite de l'occupation de la zone Sud par l'armée allemande (), qui ne le laisse plus en sécurité nulle part, Marc Bloch s'engage dans la Résistance, passant dans la clandestinité (il utilise différentes fausses identités, avec de faux papiers, ainsi que des pseudonymes d'usage oral, notamment celui de «Narbonne»).
Il entre dans le mouvement Franc-Tireur, dont il devient un des chefs pour la région lyonnaise[réf.nécessaire]. Il est également rédacteur du journal du Franc-Tireur[10]. Il devient responsable des Mouvements unis de la Résistance (MUR), issus de la fusion de Franc-Tireur, de Combat et de Libération-Sud. Il est alors secondé dans ses activités par Nina Morguleff (1915-1990), ingénieure et astrophysicienne née en Russie et arrivée en France en 1933 après avoir vécu en Allemagne à partir de 1920, avec sa mère, Lyuba Aisenstain.
Bloch est arrêté à Lyon le sur le pont de la Boucle (actuel pont Winston-Churchill), par des collaborateurs français de la Gestapo.
Incarcéré à la prison Montluc, il est torturé pendant plusieurs jours, soumis à des coups et à des bains glacés, mais ne donne jamais aucune information utile[34],[35], ne fournissant à la Gestapo que des renseignements déjà connus ou inutilisables, conformément aux pratiques de la Résistance dans de telles circonstances[31].
Lucien Febvre a témoigné de Marc Bloch dans un numéro thématique de leur revue: «il enseigne la France, le soir venu, gentiment, clairement, faut-il dire fraternellement? non, disons le vrai mot: "démocratiquement", à des hommes simples, prisonniers comme lui parce que Français comme lui»[17].
Mort pour la France (16 juin 1944)
Le , il fait partie d'un groupe de prisonniers de Montluc emmenés en camion au lieudit Roussille[36] dans la commune de Saint-Didier-de-Formans[34] (Ain) pour être exécutés, sans jugement.
Il meurt dans la soirée de ce jour, fusillé dans le dos par quatre tueurs de la Gestapo, aux côtés de vingt-neuf[37] autres résistants assassinés[38] par groupes de quatre[17], «qu'il animait de son courage», comme le relate Georges Altman[39]. Celui-ci rapporte les paroles de Bloch rassurant un adolescent:
«Car on sait comme il est mort; un gosse de seize ans tremblait près de lui: «Ça va faire mal.» Marc Bloch lui prit affectueusement le bras et dit seulement: «Mais non, petit, cela ne fait pas mal», et tomba en criant, le premier: «Vive la France!»
Cette dernière phrase reste incertaine, Georges Altman n'ayant pas assisté à l'exécution. Étienne Bloch estime que les conditions de la mise à mort des prisonniers de ce convoi rendent ce cri peu probable. Les deux survivants du massacre n'ont pas non plus fait mention de ce fait[40]; il est cependant affirmé par Lucien Febvre, qui écrit avoir vu en 1945 une photographie du «supplicié n° 14», c'est-à-dire Marc Bloch[17].
Son épouse Simonne Vidal, dont la santé s'est détériorée, meurt peu après, le , à l'hôpital de Lyon[41].
Funérailles
Les corps des 28 fusillés sont laissés sur place par les tueurs. Le , le maire de Saint-Didier-de-Formans les fait transporter dans une grange pour essayer de procéder à leur identification[42]. Les corps sont inhumés le dans une sépulture mémorielle à Saint-Didier-de-Formans dans l'Ain.
Le 26 juin 1945, une cérémonie d'hommage a lieu à la Sorbonne. Peter Schöttler la qualifié de «rapide canonisation», due selon lui à sa réserve politique, aucun parti ne pouvant le revendiquer, bien qu'il soit un homme de gauche[10].
Le , les cendres de Marc Bloch sont transférées au cimetière du Bourg-d'Hem[43],[44] (département de la Creuse) commune de sa résidence de cœur. Sur sa tombe est gravée la phrase latine «Dilexit veritatem» qui signifie «il chérissait la vérité».
Œuvre
Apport à l'histoire du Moyen Âge: un legs considérable
Marc Bloch, moins polémique que son aîné Lucien Febvre, le rejoint cependant par la rigueur de ses analyses et sa volonté d'ouvrir le champ de l'histoire aux autres disciplines scientifiques. De plus, sa contribution à l‘histoire médiévale, par la variété de ses sources et la rigueur de son analyse, reste encore aujourd'hui largement utilisée par les chercheurs.
Plus qu’aucun autre responsable des Annales, il s’oriente vers l’analyse des faits économiques. Également partisan d’une unicité des sciences de l'homme, il cherchera un recours permanent à la méthode comparative, favorisera la pluridisciplinarité et le travail collectif chez les historiens.
Réformateur de l'enseignement
À partir d', Marc Bloch devient rédacteur en chef de la revue Les Cahiers politiques de la France combattante, dont la mission est de diffuser les recherches menées par le Comité général d'études (CGE), groupe d'experts constitué par Jean Moulin au sein du Conseil national de la Résistance. Il s'agit de réfléchir aux réformes constitutionnelles, politiques, économiques et sociales ainsi qu'à l'organisation administrative au lendemain de la Libération[45].
Marc Bloch fustige l'enseignement, dont l'objectif premier, à ses yeux, est de repérer, favoriser, former «les futurs gardiens de l'orthodoxie» et de repousser ce qu'il appelle «les têtes folles»[46]. Il en découle fatalement «la crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves; la négation de toute libre curiosité; le culte du succès substitué au goût de la connaissance»[47]. Seules importent la préparation et la réussite aux examens et concours. Dans un article paru en 1937, Marc Bloch écrivait déjà: «l’agrégation tire en arrière toutes nos facultés»[48]. Il ne faut alors pas s’étonner de l’existence d’«une des tares les plus pernicieuses de notre système actuel: celui de bachotage», tout juste bon à fabriquer des «chiens savants»[49].
Centre de recherche: le Centre Marc-Bloch[56], à Berlin, créé en 1992 et inauguré en 1994 sous ce nom, est un centre franco-allemand de recherche en sciences humaines sociales.
L'aula du palais universitaire de Strasbourg porte le nom d'aula Marc-Bloch et une plaque rappelant son parcours est visible dans le hall d'entrée du bâtiment.
Il y a une salle de cours Marc-Bloch au deuxième étage de la Sorbonne, à Paris.
Le 15 juin 2024, la Société des sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, dont Bloch était membre, a organisé un colloque au Bourg-d'Hem[59], commune où l'historien avait acheté une maison de campagne. Parmi les intervenants, figuraient les arrière-petits-enfants de Marc Bloch. Un dépôt de gerbe sur la tombe du grand homme dans le cimetière communal a conclu le colloque. Les actes de ce colloque ont été publiés sous forme d'un cahier spécial, inséré dans le volume annuel des Mémoires de la Société[60]. Cette manifestation a été labellisée «80e anniversaire de la Libération».
Initialement prévue le 16 juin 2026 à l'occasion du 82ème anniversaire de sa mort, la cérémonie a finalement lieu le [62] en raison du G7 la semaine précédente. Elle concerne Marc Bloch et son épouse Simonne Vidal, dont le rôle dans l'œuvre et les activités de son mari a jusque-là été largement invisibilisé[63],[64].
Les cercueils de Marc Bloch et de son épouse Simonne Vidal.
Les cercueils de Marc Bloch et de son épouse Simonne Vidal.
Les cénotaphes de Marc Bloch et de Simonne Vidal dans le caveau XIII du Panthéon.
À la demande des familles, leurs restes ne sont pas transférés dans la nécropole de la République où ce sont leurs cénotaphes qui sont érigés[65].
Afin de respecter leur mémoire, la famille a aussi posé comme condition à son acceptation de cet honneur l'absence de toute participation de l'extrême droite à la cérémonie[64],[66].
Restitution par l'Allemagne de livres volés à Marc Bloch en 1942 (mai 2026)
En mai 2026, un mois avant sa panthéonisation, l’Allemagne restitue aux descendants de Marc Bloch et de son épouse Simonne Vidal sept des milliers d'ouvrages volés par les nazis en 1942 dans sa bibliothèque, qui comptait 5 000 à 7 000 ouvrages[28],[67].
«La vie d'outre-tombe du roi Salomon», Revue belge de philologie et d'histoire, 1925, rééd. (avec préface de Florence Hulak et postface de Julien Théry) aux Presses universitaires de Lyon, 2024 présentation en ligne.
Ces deux derniers textes sont réédités avec de nombreux autres dans le recueil établi par Annette Becker et Étienne Bloch, L'Histoire, la Guerre, la Résistance, Gallimard, collection «Quarto», 2006.
La France sous les derniers Capétiens (1223-1328), 1958, voir en ligne.
Seigneurie française et manoir anglais, 1960.
Mélanges historiques, Paris, EPHE, 1963; rééd. Serge Fleury, Editions de l'EHESS, 1983 et Editions du CNRS, 2011.
Souvenirs de guerre, 1914-1915, 1969.
La Terre et le Paysan. Agriculture et vie rurale aux XVIIeetXVIIIesiècles, Armand Colin, 1999, recueil d'articles avec une préface d'Emmanuel Le Roy Ladurie.
Correspondance
«Lettres de la drôle de guerre», Les Cahiers de l'IHTP, cahier no19, (lettres à son fils Étienne).
Bryce et Mary Lyon, The birth of Annales history - the letters of Lucien Febvre and Marc Bloch to Henri Pirenne (1921-1935), Commission royale d'histoire, Bruxelles, 1991.
Écrire la société féodale. Lettres à Henri Berr, 1924-1943, Paris, Éditions de l'IMEC, 1992.
Avec Fritz Rörig, Correspondance (1928-1932), établie et présentée par Peter Schöttler, Cahiers Marc Bloch, no1, 1994, p.17-52.
Lettres à Robert Boutruche, établies par Étienne Bloch, présentées et annotées par Bertrand Müller, Cahiers Marc Bloch, no4, 1996, p.25-98.
Avec Lucien Febvre, Correspondance, édition établie et présentée et annotée par Bertrand Müller, 3 vol., Fayard, 2004.
Comprend: (1) La naissance des Annales 1928-1933. (2) De Strasbourg à Paris, 1934-1937. (3) Les Annales en crise, 1938-1943.
↑«Je suis juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. […] Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas: en face d’un antisémite» (L'Étrange Défaite, p.23).
↑Olivier Leroy-Dumoulin, Marc Bloch, Presses de Science Po, page 16 (édition 2025), note 2.
12345678910Peter Schöttler, «Cies posthumes de Marc Bloch», Le Monde diplomatique , juillet 2026, 73e année, no868, p.3.
12Christophe Charle, «7. Bloch (Marc, Léopold)», Publications de l'Institut national de recherche pédagogique, vol.2, no2, , p.29-31 (lire en ligne, consulté le ).
↑Sur le séjour de Marc Bloch en Argonne pendant la Première Guerre mondiale, voir Daniel Hochedez, «Un historien au front: Marc Bloch en Argonne (1914-1916)», Horizons d'Argonne (Centre d'études argonnais), no89, juin 2012, p.59.
↑Marc Bloch, une biographie impossible, Culture et Patrimoine en Limousin, 1997, 152 p., (ISBN978-2911167119).
↑Dossier d'enseignant conservé aux Archives nationales dans le fonds du ministère de l'Instruction publique sous la cote F/17/27175 (voir la notice sur ce fonds dans la Salle des inventaires virtuelle des Archives nationales.
↑Pétain est président du Conseil des ministres de la République du 16 juin au 10 juillet 1940, puis «chef de l'État français» dotés des pleins pouvoirs constituants à partir du 11 juillet.
↑Gérard Noiriel, «En mémoire de Marc Bloch. Retour sur l'Apologie pour l'histoire», Genèses, vol.17, no1, , p.122-139 (DOI10.3406/genes.1994.1268, lire en ligne, consulté le )
12Peter Schöttler, «Marc Bloch: le supplicié no 14», L'Histoire, vol.404, no10, , p.7–7 (ISSN0182-2411, lire en ligne, consulté le )
↑(en) Eugen Weber, My France: Politics, Culture, Myth, Cambridge, MA, Harvard University Press, , p.244.
↑Deux des trente fusillés survivront: Jean-Baptiste Crespo qui meurt en 1948 des suites des blessures reçues le 16 juin 1944, et Charles Perrin.
Le Maitron des fusillés: «Saint-Didier-de-Formans (Ain), lieu-dit Roussille, » notice rédigée par Dominique Tantin.
↑«Avant propos de Georges Altman à l'édition originale de L'Étrange Défaite», dans March Bloch, L'Étrange Défaite, Paris, Gallimard, coll.«Folio histoire», 1990, p.174. Texte intégral, Notre «Narbonne» de la Résistance publié dans Les Cahiers politiques en mars 1945, reproduit dans La République du Silence, Harcourt, Brace and Company, New York, 1947, p.306-311.
↑Étienne Bloch, «Marc Bloch (1886-1944), le combattant», Communication au colloque de Berlin, (lire en ligne, consulté le )
↑Indiqué durant la soirée de la panthéonisation de Marc Bloch, le 23 juin 2026. A documenter plus précisément. Cela concorde avec le fait que Marc Bloch était le «n° 14» selon Lucien Febvre.
12«L’Allemagne rend des livres volés à Marc Bloch, avant sa panthéonisation: «une reconnaissance majeure d’une injustice historique»», Libération avec l'AFP, (lire en ligne[archive du ], consulté le )
Bernard Lyon-Caen, «L'ascendance de Marc Bloch (1886-1944), historien et résistant», Revue du Cercle de généalogie juive, n° 87, juillet-septembre 2006.
Alya Aglan, La Double Mort de Marc Bloch, Paris, Flammarion, 2026.
Réédition avec une préface de Nicolas Offenstadt «Marc Bloch et le Panthéon»: Olivier Lévy-Dumoulin, Marc Bloch, Science Po Les presses, coll. «Facettes», 2025, 366 p. (ISBN978-2-7246-4425-8)
«Marc Bloch, historien, citoyen, résistant», numéro spécial des Cahiers d'histoire, 2025, n° 164, en ligne sur le site Open Edition.
Hartmut Atsma (dir.) et André Burguière (dir.), Marc Bloch aujourd'hui: histoire comparée et sciences sociales, Paris, Éditions de l'EHESS, coll.«Recherches d'histoire et de sciences sociales» (no41), , 454p. (ISBN2-7132-0944-7, présentation en ligne).
Lucien Febvre, «De l'histoire au martyre», Annales d'histoire sociale, 1945, n° 1, pp. 1-10, en ligne sur le site Persée
Georges Altman, «Au temps de la clandestinité: notre «Narbonne» de la résistance», Annales d'histoire sociale, 1945, n° 1, pp. 11-14, en ligne sur le site Persée
Stéphane Nivet, 1944: l'assassinat de Marc Bloch, un historien dans la Résistance, Portet-sur-Garonne, Editions midi-pyrénéennes, , 46p. (ISBN9782494787483)
Franck Johannès, «La guerre de Marc Bloch, «rare rescapé» des lois antijuives de Vichy mais rattrapé par la Gestapo», Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
Laurent Douzou, «Dans l’ombre de Marc Bloch «Narbonne», Nina Morguleff «Nathalie» (1943-1944)», Cahiers d'histoire, 2025, n° 164, en ligne sur le site Open Edition.
Les archives privées de Marc Bloch sont conservées aux Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine, sous les cotes AB/XIX/3796-AB/XIX/3852, AB/XIX/4270-AB/XIX/4275 et AB/XIX/5544: [1].