Nadia Boulanger
De Mi caja de notas
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom de naissance |
Juliette Nadia Boulanger |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activités |
Pianiste, pédagogue, professeure de musique, théoricienne de la musique, professeure d’université, musicologue, cheffe d'orchestre, compositrice, organiste, femme chef d'orchestre |
| Père | |
| Mère | |
| Fratrie |
| A travaillé pour | |
|---|---|
| Membre de |
Académie américaine des arts et des sciences () Zwia̡zek kompozytorów polskich (en) |
| Mouvement | |
| Instrument | |
| Labels | |
| Maîtres |
Gabriel Fauré, Paul Vidal, Charles-Marie Widor, André Gedalge, Louis Vierne, Marie-Antoinette Roy (d) |
| Genre artistique | |
| Distinctions |
Juliette Nadia Boulanger, née le dans le 9e arrondissement de Paris et morte le dans la même ville, est une pédagogue, pianiste, organiste, cheffe de chœur, cheffe d'orchestre et compositrice française. Elle est la sœur aînée de la compositrice Lili Boulanger.
Issue d'une famille de musiciens, elle obtient très jeune les honneurs du Conservatoire national de Paris, mais à la mort de sa sœur, estimant ne pas avoir de talent particulier pour la composition, elle abandonne l'écriture musicale pour se consacrer à l'enseignement. Ayant su mobiliser des méthodes et des techniques modernes, Nadia Boulanger est durant plus de soixante-dix ans l'un des professeurs de musique les plus influents du XXe siècle, comptant parmi ses quelque 1 200 élèves plusieurs générations de compositeurs, tels Aaron Copland, George Gershwin, Grażyna Bacewicz, Elliott Carter, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Astor Piazzolla, Quincy Jones et Philip Glass. Son activité musicale est étroitement liée à celle du Conservatoire américain de Fontainebleau, qu'elle dirige de 1946 jusqu'à la fin de sa vie.
Boulanger enseigne également aux États-Unis et en Angleterre, travaillant avec des académies de musique telles que la Juilliard School, la Yehudi Menuhin School, la Longy School, le Royal College of Music et la Royal Academy of Music. Mais, elle passe la plus grande partie de sa vie dans l'appartement de sa famille à Paris, rue Ballu, où elle enseigne pendant la majeure partie des sept décennies qui ont suivi le début de sa carrière, en 1904, jusqu'à sa mort.
Avec l'aide de son collaborateur Raoul Pugno, elle fait ses débuts dans les années 1910 comme conductrice. Boulanger est la première femme à diriger plusieurs grands orchestres en Amérique et en Europe, notamment les orchestres symphoniques de la BBC, de Boston, du Hallé et de Philadelphie. Elle dirige plusieurs créations mondiales, notamment des œuvres de Copland et de Stravinsky.
Biographie
Une famille et une enfance musicale (1887-1895)

Nadia Boulanger est née le au no 25 de la rue de Maubeuge[1]. Elle est la fille du compositeur et pianiste français Ernest Boulanger (1815-1900) et de son épouse, la princesse russe Raïssa Ivanovna Mychetsky (1856-1935), une jeune cantatrice[2].
Son père, Ernest Boulanger est le fils de la cantatrice Marie-Julie Boulanger (1786-1850) et du violoncelliste et professeur de chant Louis Frédéric Boulanger (1777-1844)[3],[4],[5]. Ernest Boulanger étudie au Conservatoire de Paris et, en 1835 à l'âge de 19 ans, remporte le très convoité prix de Rome en composition[3],[5]. Il écrit plusieurs opéras comiques et de la musique de scène pour des pièces de théâtre, mais est surtout connu pour sa musique chorale. Il s'est distingué en tant que directeur de chœurs, professeur de chant et membre de jurys pour des concours de chant. Après des années de refus, il est nommé en 1872 professeur de chant au Conservatoire de Paris[3],[6].
Raïssa Mychetsky, dont les origines restent floues[3], obtient le titre de préceptrice (ou gouvernante) en 1873. Selon Ernest Boulanger, ils se sont rencontrés lors d'une tournée de concerts en Russie en 1873, puis celle-ci l'a suivi à Paris[3],[4]. Elle rejoint sa classe de chant au Conservatoire en 1876 et ils se marient en Russie en 1877 ; il a alors 62 ans et elle 18 ans[3],[6],[note 1]. Le couple a une première fille en 1885, Ernestine Mina-Juliette, qui meurt un an après sa naissance avant que Nadia ne naisse le jour du 72e anniversaire de son père[4],[8],[9]. Certains historiens laissent penser que la jeune fille ne serait pas l'enfant légitime de Boulanger, bien que celui-ci la reconnaisse à sa naissance à la mairie[4],[9].
Nadia Boulanger, de religion catholique, est baptisée le à l'Église Saint-Vincent-de-Paul, paroisse de la rue Maubeuge[1]. Elle a pour parrain le baron William Bouwens van der Boijen[1]. De 1889 à 1904, la famille Boulanger habite au no 30 de la rue La Bruyère, avant d'emménager au no 36 rue Ballu[1].
Pendant ses premières années, bien que ses deux parents soient très actifs sur le plan musical, Nadia Boulanger ne supporte pas d'entendre de la musique, elle hurle et se cache jusqu'à ce que celle-ci s'arrête[10],[11]. En 1892, alors qu'elle a cinq ans, Raïssa Boulanger tombe à nouveau enceinte. Pendant la grossesse, la réaction de Nadia Boulanger à la musique change radicalement. « Je n'avais jamais approché le piano de ma vie, jamais. C'était un monstre qui me terrorisait. Et puis, un jour, brusquement, je le découvre avec passion ; entendant les pompiers passer dans la rue, je me suis assise au piano pour essayer de retrouver les notes : je vois encore mon père debout disant : « Quelle drôle de petite fille nous avons ! » »[11],[12],[4],[13]. Après cela, Nadia Boulanger accorde toute son attention aux leçons de chant et de piano que lui donne son père et commence à étudier la musique[14].
En 1893, naît Marie-Juliette Boulanger, mieux connue sous le surnom de « Lili » ; Nadia Boulanger a alors six ans[11],[15]. Celle-ci déclare : « Le jour où mon père m'annonça — tu as une petite sœur —, je suis allée devant le berceau où était cette petite sœur, j'avais six ans et je me suis sentie chargée d'une protection »[4]. En 1895, la jeune fille accompagne sa mère lors d'un voyage en Russie et en Finlande pour rendre visite à sa famille et ses amis. Sa petite sœur, âgée de deux ans, contracte en son absence une pneumonie qui l'affaiblira tout le restant de sa vie[4],[11].
En 1898, une quatrième fille naît, Léa-Marie-Louise Boulanger, mais elle meurt aussi en bas-âge[13].
À sept ans, Nadia Boulanger est poussée par sa mère à prendre des cours d'harmonie[16]. Puis, encouragée par son père, elle commence à étudier l’orgue et la composition à l'âge de neuf ans auprès de Louis Vierne[11]. Élevée dans une famille mêlant aristocratie et élite intellectuelle parisienne, elle côtoie les grands noms de la musique comme Gabriel Fauré, proche ami des Boulanger, Charles Gounod ou Camille Saint-Saëns[17].
Études au Conservatoire de Paris (1896-1904)

À l'âge de sept ans, Nadia Boulanger se prépare avec « une très grande application » et beaucoup de « sérieux » aux examens d'entrée au Conservatoire, assistant à des cours et prenant des cours particuliers avec des professeurs. Lili Boulanger est souvent présente dans la salle pendant les leçons de sa grande sœur, assise tranquillement à écouter[18],[19].
En 1896, Nadia Boulanger, âgée de neuf ans, entre au Conservatoire de Paris[13]. Elle entre dans la classe d'harmonie d'Auguste Dubois[13]. En 1900, elle entre dans la classe de Paul Vidal, puis en 1901 dans celle de Gabriel Fauré[13],[20]. Elle remporte un Premier Prix de solfège en 1897[19]. Sa mère lui inculque très tôt le culte du travail ; demandant sans cesse à ses filles « si elles pensaient avoir fait TOUT ce qu'elles auraient pu faire », même lorsque Nadia Boulanger avait des « excellents résultats »[19]. Elle suit des cours particuliers auprès de Louis Vierne et d'Alexandre Guilmant. Durant cette période, elle suit également une formation religieuse pour devenir une catholique pratiquante et fait sa première communion le . La religion devient quelque chose d'important pour elle tout au long de sa vie[21].
En 1898, Raïssa Boulanger donne naissance à une petite fille, Marie-Louise, qui ne vit que cinq mois[19]. En 1900, son père décède, et le manque d'argent devient un problème pour la famille[19]. Raïssa Boulanger mène un train de vie extravagant, et les droits d'auteur qu'elle perçoit pour les interprétations de la musique de son mari ne suffisent pas à assurer sa subsistance. William Bouwens van der Boijen, un ami de leur père, est nommé tuteur des deux sœurs[22],[19]. Nadia continue de travailler dur au Conservatoire pour devenir professeure et contribuer ainsi aux besoins de sa famille[20],[23].
Au Conservatoire de Paris, elle entre en 1901 dans la classe de composition de Fauré dont l'influence « a éclairé et dirigé notre vie, qui nous a donné un sens de la dignité, une vision si modeste, si tranquille, si détachée de la vie »[24]. Elle obtient un Deuxième Prix d'harmonie[20]. En 1902, elle travaille l'orgue avec Alexandre Guilmant, se lie avec Charles Koechlin, Georges Enesco, Florent Schmitt, Maurice Ravel, Alfred Cortot, Roger Ducasse[20]. Elle est élève de Louis Vierne et fait une scolarité brillante. Elle suit parallèlement les cours de Georges Enesco[25].
En 1903, Nadia remporte à l'âge de quinze ans le Premier Prix d'harmonie du Conservatoire[20],[26] ; elle poursuit ses études pendant plusieurs années, même si elle commence à gagner sa vie grâce à des concerts d'orgue et de piano. La même année, sa mère, Raïssa Boulanger, renouvelle un voyage en Russie, cette fois seule[27]. Nadia est confiée à Marthe et Richard Bouwens van der Boijen tandis que Lili est envoyée à Biarritz dans une communauté religieuse[27].
Grâce aux leçons de Fauré, elle obtient à seize ans, lors de plusieurs concours en , les Premiers Prix d'orgue dans la classe de Guilmant (le Premier Prix est également attribué à son condisciple Ermend-Bonnal), d'accompagnement au piano, de fugue et de composition[20],[26]. Lors de son examen d'accompagnement, Boulanger rencontre Raoul Pugno[28], pianiste, organiste et compositeur français de renom, qui s'intéresse par la suite à sa carrière[29],[30]. Pugno devient rapidement un très bon ami de la famille Boulanger ; ceux-ci achèteront une maison à côté de celle du compositeur à Gargenville, où ils passeront de nombreux étés ensemble[31],[32].
La même année, Raïssa Boulanger décide de quitter leur ancien appartement. Nadia Boulanger déclare : « Nous avons eu beaucoup de peine à nous loger parce que [...] les propriétaires des immeubles où nous essayions de louer étaient terrifiés par l'engagement qu'il fallait prendre d'accepter un orgue »[12]. La famille s'installe finalement au 36 rue Ballu dans le 9e arrondissement où le grand orgue de salon, conçu en fonction de la pièce, est inauguré le [27],[33]. Nadia commence à enseigner dans l'appartement familial à sa sortie du Conservatoire[34],[35]. Outre les cours particuliers qu'elle y donne, Boulanger commence à animer un cours collectif d'analyse et de chant à vue le mercredi après-midi. Elle reçoit l'aide de Pugno, qui lui envoie de nombreux élèves[35]. Elle poursuivit ces activités presque jusqu'à sa mort[34]. Ce cours fut suivi de ses célèbres « à domicile », des salons où les élèves peuvent côtoyer des musiciens professionnels et d'autres amis de Boulanger issus du monde artistique, tels qu'Igor Stravinsky, Paul Valéry, ou Fauré[36].
Débuts professionnels (1905-1917)

Après avoir quitté le Conservatoire en 1904 et avant la mort prématurée de sa sœur en 1918, Nadia Boulanger est une compositrice passionnée, encouragée par Pugno et Fauré. Caroline Potter, dans le New Grove Dictionary of Music and Musicians, écrit à propos de sa musique : « Son langage musical est souvent très chromatique (bien que toujours basé sur la tonalité), et l'influence de Debussy est évidente »[29]. Elle compose durant cette période de nombreuses mélodies ainsi que des pièces pour chœur et orchestre comme Allons voir sur le lac d'argent (1905), Écoutez la chanson bien douce (1905), À l'aube (1906) ou À l'hirondelle (1908)[29]. Son objectif est alors de remporter le Premier Grand Prix de Rome en composition, comme son père l'a été. Celle-ci travaille sans relâche, tout en continuant à enseigner et à se produire. Elle se présente au jury en 1906, mais ne réussit pas à passer le premier tour. En 1907, elle accéda à la finale, mais échoue à nouveau[35],[37].
Fin 1907, elle est nommée professeure de piano élémentaire et d'accompagnement au piano au Conservatoire Femina-Musica — qui est une école acceptant les jeunes femmes de la classe supérieure qui sont largement exclu par choix des formations des voies professionnelles du Conservatoire de Paris — nouvellement créé[26],[38]. Elle est également nommée assistante d'Henri Dallier, professeur d'harmonie au Conservatoire[39],[38].
En 1908, après avoir échoué deux années de suites, Nadia Boulanger obtient un Deuxième Grand Prix de Rome avec sa cantate La Sirène[26]. Selon le critique du magazine Fémina et Jeanice Brooks, celle-ci « a composé la meilleure cantate » et aurait pu obtenir le Premier Prix si elle n'avait pas précédemment transgressé les règles aux éliminatoires en composant une fugue pour quatuor à cordes au lieu d'une fugue vocale[26],[29],[40]. Cet acte lui attire la colère de certains membres du jury, dont Camille Saint-Saëns, qui souhaitent la disqualifier d'autant plus qu'elle est une femme et que le jury est réputé pour être misogyne[26],[40]. Le sujet est repris par la presse nationale et internationale, et n'est résolu que lorsque le ministre français de l'Information publique et l'Académie des Beaux-Arts décrète que l'œuvre de Nadia Boulanger doit être jugée sur sa seule valeur musicale[29],[41],[40].

En 1908, en plus d'interpréter des duos de piano lors de concerts publics, Nadia Boulanger et Pugno collabore à la composition d'un cycle de mélodies, Les Heures claires (1909), qui fut suffisamment bien accueilli pour les encourager à continuer à travailler ensemble[42],[30],[43], ce qui comble de joie la jeune femme[30]. Espérant toujours un Grand Prix de Rome, Nadia Boulanger participe au concours de 1909 mais échoue à obtenir une place en finale[44],[45],[43]. Plus tard cette année-là, sa sœur Lili Boulanger, alors âgée de seize ans, annonce à sa famille son intention de devenir compositrice et de remporter elle-même le Prix de Rome[46],[47].
En 1910, elle postule au poste de professeur d'accompagnement au Conservatoire de Paris mais reçoit une réponse négative[38]. La même année, Annette Dieudonné devient l'élève de Boulanger, et suit ses cours pendant les quatorze années suivantes. À la fin de ses études, elle commence à enseigner les rudiments de la musique et du solfège aux élèves de Boulanger. Elle reste toute sa vie une amie proche et l'assistante de sa professeure[48],[47].
Nadia Boulanger assiste à la première du ballet L'Oiseau de feu de Diaghilev à Paris, sur une musique d'Igor Stravinsky. Elle voit immédiatement le génie du jeune compositeur avec qui elle se lie d'amitié pour le reste de sa vie[49],[50].
En , Nadia Boulanger fait ses débuts en tant que cheffe d'orchestre à la tête de l'orchestre de la Société des Matinées Musicales. Ils interprètent sa cantate La Sirène (1908), deux de ses chansons et le Concertstück pour piano et orchestre de Pugno. La compositrice joue en tant que pianiste soliste[51]. La même année, elle termine avec Pugno la composition de leur opéra collaboratif, La Ville morte, sur un livret de Gabriele d'Annunzio[50]. Les deux compositeurs se sont répartis l'écriture ; elle s'occupe des parties des personnages féminins tandis que Pugno s'occupe des parties des personnages masculins[50]. L'opéra n'est jamais représenté à la suite du déclenchement de la Première Guerre mondiale[52]. En 1913, Lili Boulanger devient la première femme à remporter le Premier Grand Prix de Rome avec sa cantate Faust et Hélène[53],[47]. Les sœurs Boulanger « apparaissent comme des phénomènes, qui bousculent les normes et les habitudes »[47]. Le duo Boulanger-Pugno organise une tournée de concerts en Russie en , mais celle-ci est annulée car Pugno souffre d'une embolie pulmonaire qui l'emporte le [54]. Nadia Boulanger parvient à faire rapatrier le corps de son partenaire grâce à Miki Piré, une amie de sœur[54].
Avec le déclenchement de la guerre en Europe en 1914, les programmes publics sont réduits et Boulanger doit mettre ses activités de concertiste et de cheffe d'orchestre en suspens. Elle continue cependant à donner des cours particuliers et à assister Dallier au Conservatoire[55]. En , grâce au soutien du Comité franco-américain du Conservatoire national de musique et de déclamation, elle fonde avec Lili la Gazette des Classes de Composition du Conservatoire, qui permet aux musiciens engagés dans la guerre d'échanger des nouvelles réciproques. Leur projet est parrainé par de nombreux compositeurs dont Fauré, Saint-Saëns, Paul Vidal ou Charles-Marie Widor[55]. Dix numéros sont publiés, jusqu'en [56]. Celui-ci fournit des denrées alimentaires, des vêtements, de l'argent et des lettres de leurs proches aux soldats qui étaient musiciens avant la guerre[57].
Décès de Lili et vocation de professeur (1918-1920)

En 1918, sa sœur Lili Boulanger est atteinte d'une tuberculose intestinale, liée à la maladie de Crohn, et dicte à Nadia, sur son lit de mort, sa dernière œuvre, le Pie Jesu[58]. Elle meurt prématurément à l’âge de vingt-quatre ans[59]. À partir de ce jour, Nadia Boulanger déclare qu’elle ne composera plus, se consacrera à la direction musicale, à la diffusion de l’œuvre de sa sœur et, surtout, à la pédagogie[59].
Nadia Boulanger a du mal à surmonter la mort de sa sœur et, selon Jeanice Brooks, « la dichotomie entre le deuil privé et la force publique était très caractéristique de l'état d'esprit de Boulanger au lendemain de la Première Guerre mondiale ». En privé, elle conserve un sanctuaire dédié à Lili Boulanger dans sa maison, probablement influencé par la résurgence du spiritisme, l'intérêt pour l'existence spirituelle d'une personne après la mort et la communication avec les êtres chers disparus. Cela peut également être influencé par son implication dans le catholicisme, qui utilise des objets, des figures et des rituels comme médiateurs entre les vivants et les morts[60]. La culpabilité d'avoir survécu à sa sœur semble avoir conduit Nadia Boulanger à vouloir mériter la mort de Lili Boulanger, qu'elle considère comme un sacrifice rédempteur, en se consacrant entièrement à son travail et à ses responsabilités domestiques : comme elle l'écrivait dans son agenda en , « Je place cette nouvelle année devant toi, ma petite Lili adorée — qu'elle me voie remplir mon devoir vis-à-vis de toi — qu'elle soit moins terrible pour Maman et que j'essaie de te ressembler »[61].
En 1919, elle donne plus de vingt concerts, programmant souvent ses propres compositions et celles de sa sœur[62]. Le Conservatoire Femina-Musica ayant fermé pendant la guerre, Alfred Cortot et Auguste Mangeot fondent l'École normale de musique de Paris, qui ouvre ses portes en [63]. Elle est invitée par Cortot à rejoindre l'établissement en occupant les postes de professeur d'harmonie, de contrepoint, d'analyse musicale, d'orgue et de composition[29],[63]. Nadia Boulanger devient alors la première femme à occuper de tels postes dans un établissement musical. Cette opportunité lui permet de roder « sa conception de l’enseignement ». En deux ans, elle forge à ses classes une réputation qui oblige l'École normale a devoir limiter les inscriptions d’élèves[64]. Elle cherche alors à faire ressortir la personnalité de ses élèves et déclare : « Mon but est d’éveiller la curiosité, de montrer des voies pour satisfaire cette curiosité, et que la religion de la musique passe avant la religion de la carrière »[64]. Mangeot demande également à Nadia Boulanger de contribuer à son journal Le Monde Musical en rédigeant des critiques musicales[65]. Elle fournit occasionnellement à ce journal et à d'autres journaux des articles pendant le reste de sa vie, même si elle ne se sent pas à l'aise à l'idée de coucher ses opinions sur papier pour la postérité[66].
En 1920, Nadia Boulanger compose une série de mélodies sur des poèmes de Camille Mauclair comprenant Doute, Au bord de la route ou Chanson. Il s’agit là de ses dernières manifestations en tant que compositrice. Démentant ainsi la légende qui veut qu'elle ait arrêté de composer à la mort de sa sœur[67]. La même année, elle se produit lors de deux concerts en faveur des droits des femmes, tous deux mettant à l'honneur la musique de Lili Boulanger[67],[68]. Cependant, plus tard dans sa vie, elle affirme n'avoir jamais été impliquée dans le féminisme et que les femmes ne devraient pas avoir le droit de vote car elles « manquent de la sophistication politique nécessaire »[69].
La direction du Conservatoire américain de Fontainebleau (1921-1935)

En 1921, Nadia Boulanger est approchée et engagée comme professeure d'harmonie par le chef d'orchestre américain Walter Damrosch afin de donner des cours l'été au Conservatoire américain de Fontainebleau, qui a ouvert ses portes le [70],[71],[63]. L'objectif de l'établissement est de permettre de développer et d'améliorer « le niveau de la musique américaine en Europe »[72]. À ce moment, elle ne parle que quelques mots d'anglais et ne comprend pas ce que lui disent les élèves[72]. Isidor Philipp, un ami proche, dirige les départements de piano du Conservatoire de Paris et du Conservatoire américain de Fontainebleau, ce qui constitue un attrait important pour les étudiants américains. Elle instaure alors une coutume qui se poursuivra jusqu'à la fin de sa vie : inviter les meilleurs étudiants à sa résidence d'été à Gargenville pour un week-end, avec déjeuner et dîner. Parmi les étudiants qui fréquentent Fontainebleau la première année figure Aaron Copland[64],[73]. Dès la première année, elle établit sa réputation de professeur grâce à ses connaissances approfondies. Son enseignement de l'harmonie est marqué par l'utilisation de nombreux exemples tirés de sa culture musicale[63]. Jérôme Spycket déclare à propos de ces cours que « ce n'est plus de l'harmonie, sèche : c'est de la musique »[63]. La présence de Nadia Boulanger contribue grandement au succès immédiat du Conservatoire de Fontainebleau, attirant au fur et à mesure des années toujours plus d’élèves américains. Ses cours à Fontainebleau marquent généralement « un premier contact souvent suivi de séjours prolongés à Paris » dans son appartement rue Ballu[74].

L'emploi du temps ininterrompu de Nadia Boulanger, entre l'enseignement, les concerts et l'écriture de critiques, commence à nuire à sa santé ; elle souffre fréquemment de migraines et de maux de dents[74],[65],[75]. Elle cesse d'écrire pour Le Monde musical, car elle ne peut plus assister aux concerts requis[75]. Pour maintenir son niveau de vie et celui de sa mère, elle se concentre sur l'enseignement, qui est sa source de revenus la plus lucrative[76]. Elle reprend, en 1920, la classe d'histoire de la musique à l'École normale que Paul Dukas a laissé[75]. Fauré lui fait remarquer qu'elle a tort d'arrêter de composer, ce à quoi elle répond : « S'il y a une chose de laquelle je sois sûre, c'est bien de celle-là — je faisais de la musique inutile »[24].
À cette époque, elle lâche son image de professeur habillée de costumes stricts pour des tenues colorées. Cette parenthèse se terminera avec le décès de sa mère, où elle reviendra à des costumes sombres qui accentueront son image de professeure rigoureuse et exigeante[77].
En 1924, Walter Damrosch, Arthur Judson et la New York Symphony Society organisent une tournée aux États-Unis pour Nadia Boulanger. Elle embarque à bord du navire amiral de la Cunard, le RMS Aquitania, la veille de Noël. Après une traversée extrêmement mouvementée, le navire arrive à New York le soir du réveillon du Nouvel An[78],[79]. Au cours de cette tournée, de vint-six dates, elle interprète des œuvres pour orgue solo, des compositions de Lili et dirige la première de la Symphonie pour orgue et orchestre de Copland, qu'il compose pour elle[29],[79]. Le Curtis Institute de Philadelphie lui propose de créer, pour elle, une chaire permanente de musique ; proposition qu’elle décline à la suite de la dégradation de l’état de santé de sa mère[80]. Lors de ce séjour aux États-Unis, elle réalise plusieurs conférences-concerts qui remportent un grand succès. Trois de ces prestations sont éditées en livre l'année suivante[80]. Elle rentre en France le [81]. Plus tard dans l'année, Nadia Boulanger contacte l'éditeur Schirmer pour lui demander si celui-ci est intéressé par la publication de ses méthodes d'enseignement de la musique pour les enfants. Comme cela n'aboutit pas, elle renonce à écrire sur ses idées[82].
Après cette tournée en Amérique, la réputation de Nadia Boulanger est encore plus grandissante. De nombreux musiciens américains s'inscrivent à Fontainebleau afin d'intégrer sa classe. Parmi eux Walter Piston, Virgil Thomson, Theodore Chanler ou Elliott Carter. Certains de ses élèves, devenus professeurs à leur tour, comme Copland, lui envoient des étudiants. Avec ce succès retentissant, Nadia Boulanger contribue et devient « l'inspiratrice de la musique américaine contemporaine »[83]. Ainsi, entre 1924 et 1937, sa classe, appelée « la Boulangerie », est la plus réputée mondialement en matière d’enseignement musical[83].
En 1927, le compositeur américain George Gershwin rend visite à la pédagogue afin de prendre des cours de composition. Après une demi-heure de discussion, Nadia Boulanger lui annonce : « Je ne peux rien vous apprendre. » Prenant cela comme un compliment, Gershwin racontera cette anecdote à de maintes reprises[84].
La Grande Dépression de 1929 accentue les tensions sociales en France. Beaucoup de musiciens américains ne peuvent plus venir à Fontainebleau pour étudier. De plus, les financements de l'école deviennent de plus en plus compliqués[85]. Entre 1933 et 1935, elle forme un petit groupe de chanteurs, composé de Maria Modrakowska[note 2], Marie-Blanche de Polignac, Irène et Nathalie Kedroff, Hugues Cuenod et Doda Conrad — d'autres musiciens compléteront l’ensemble de temps à autres[86]. C'est en 1835, suite à la mort de Richard Ames qu'elle rencontre Doda Conrad, avec qui elle lie une grande amitié qui durera presque un demi-siècle[87]. Cet ensemble vocal qui chante soit a cappella, soit accompagné par Boulanger au piano, ou avec des musiciens de haut niveau selon les programmes, donne de très nombreux concerts[86]. Afin de parvenir à renouveler constamment ses programmes, Boulanger exhume et contribue à faire redécouvrir de nombreuses œuvres vocales du répertoire baroque écrites par des compositeurs comme Heinrich Schütz, Claudio Monteverdi, Bach ou Giacomo Carissimi[note 3],[86],[88].
Quelques jours après les émeutes du 6 février 1934, et au moment d'une grève, Boulanger reprend la direction d'orchestre. Elle fait ses débuts à Paris avec l'orchestre de l'École normale dans un programme consacré à Mozart, Bach et Jean Françaix[89]. Elle continue également à donner des cours particuliers ; Elliott Carter se souvient que les étudiants qui n'osaient pas traverser Paris en raison des émeutes montraient simplement qu'ils ne « prenaient pas la musique suffisamment au sérieux »[90]. À la fin de cette même année, elle dirige l'Orchestre philharmonique de Paris au Théâtre des Champs-Élysées avec un programme composé d'œuvres de Bach, Monteverdi et Schütz[91].
Sa mère, Raïssa Boulanger, meurt en , quatre jours après le dix-septième anniversaire de Lili Boulanger[92]. Ce nouveau décès fait que le mois de mars devient un mois de deuil pour Nadia Boulanger[92]. Cela la libère également d'une partie de ses attaches à Paris, qui l'empêchaient d'accepter des postes d'enseignante aux États-Unis[82].
Tournées et enregistrements (1936-1938)

En 1936, Nadia Boulanger remplace Alfred Cortot dans certaines de ses master classes de piano, enseignant aux étudiants les œuvres pour clavier de Mozart[93]. Plus tard dans l'année, grâce à l'aide de la princesse de Polignac et de Doda Conrad[94], elle se rend à Londres pour diffuser ses conférences-récitals pour la BBC, ainsi que pour diriger des œuvres de compositeurs comme Schütz, Fauré et Lennox Berkeley. Elle devient la première femme à diriger l'Orchestre philharmonique de Londres, où elle est acclamée pour sa prestation[29],[95],.
La passion de longue date de Boulanger pour Monteverdi abouti en à l'enregistrement de cinq disques de madrigaux pour His Master's Voice[88]. Ces disques permettent de faire découvrir la musique du compositeur baroque à un public plus large et nouveau[96] bien que toutes les critiques n'ont pas approuvé son utilisation d'instruments modernes[97]. À la suite de son succès au Royaume-Uni, Nadia Boulanger souhaite retourner aux États-Unis, elle obtient à ce moment une subvention du Ministère de l'Éducation nationale pour étudier les méthodes d'apprentissages musicales là-bas[98].
Lorsque Paul Hindemith publie son ouvrage L'Art de la composition musicale, Boulanger lui demande la permission de traduire le texte en français et d'y ajouter ses propres commentaires mais celui-ci ne répondit jamais à sa proposition. Après qu'il ait fui l'Allemagne nazie pour les États-Unis, ils n'abordèrent plus le sujet[99].
À la fin de l'année 1937, Boulanger retourne en Grande-Bretagne pour diffuser des émissions pour la BBC et donner ses célèbres conférences-récitals. En , elle joue avec le Royal Philharmonic Society de Londres, des pièces comprenant le Requiem de Fauré et Amor (Lamento della ninfa) de Monteverdi[100]. Mangeot écrit à propos des concerts :
« Elle n'utilise jamais une nuance plus fort que le mezzo-forte et elle prend plaisir à utiliser des sonorités voilées, murmurées, dont elle tire néanmoins une grande puissance expressive. Elle arrange ses nuances de manière à ne jamais avoir besoin du fortissimo... »[101]

Le , Nadia Boulanger retourne aux États-Unis pour une tournée plus longue. Elle prévoit de donner une série de conférences à Radcliffe, Harvard, Wellesley et à la Longy School of Music, ainsi que de participer à des émissions pour NBC. Au cours de cette tournée, elle devint la première femme à diriger l'Orchestre symphonique de Boston[102]. Pendant ses trois mois passés là-bas, elle donne plus d'une centaine de conférences-récitals, de récitals et de concerts[98],[103]. Parmi ceux-ci figure la première mondiale du Dumbarton Oaks Concerto de Stravinsky[29]. La sculptrice américaine Katharine Lane Weems décrit Boulanger dans son journal comme suit : « Sa voix est étonnamment grave. Elle est assez mince, avec une excellente silhouette et des traits fins. Sa peau est délicate, ses cheveux légèrement grisonnants, elle porte un pince-nez et gesticule lorsqu'elle s'enthousiasme en parlant de musique »[104].
De retour en France, elle reprend ses activités de professeure et de conférencière qui attirent toujours beaucoup de monde. Sa notoriété est alors telle qu'elle ne trouve pas de concurrence, même auprès du jeune Olivier Messiaen qui commence à attirer une nouvelle génération d'élèves[105]. His Master's Voice publie deux autres disques de Boulanger en 1938 : le Concerto pour piano en ré majeur de Jean Françaix, qu'elle dirige, les Liebeslieder Waltzes et les Valses op. 39 pour piano à quatre mains de Brahms, dans lesquels elle et Dinu Lipatti forment le duo de pianistes accompagnant un ensemble vocal[106],[107].
Au cours de sa tournée américaine l'année suivante, elle s'embarque avec son ensemble vocal. La tournée dure quatre mois et Nadia Boulanger est régulièrement sollicité pour des interviews. Quand des interlocuteurs attachent un peu trop d’impotence à son genre elle répond « Oublions que je suis une femme et parlons musique »[108]. Elle devient la première femme à diriger l'Orchestre philharmonique de New York au Carnegie Hall, l'Orchestre de Philadelphie et le National Symphony Orchestra. Elle donne cent-deux conférences en 118 jours à travers les États-Unis[108],[109]. Profitant de sa notoriété sur place, elle fait créer à Boston le le Lili Boulanger Memorial Fund destiné à entretenir le souvenir et le travail de sa sœur[108].
Seconde Guerre mondiale et exil (1939-1945)

À la suite du déclenchement d'une guerre imminente, le Conservatoire de Fontainebleau ferme ses portes en [110]. Elle se réfugie dans un premier temps dans sa résidence de Gargenville avec Igor Stravinsky. Ce dernier, poussé par Nadia Boulanger, part se réfugier aux États-Unis[110],[111]. Durant cette première période, la pédagogue voit le nombre de ses élèves et ses amis se réduire à la suite des mobilisations de troupe[110]. On lui demande alors de diriger fin 1939 plusieurs concerts pour les soldats[112]. Lors de l'hiver 1940, elle donne des cours à Lausanne mais fuit très rapidement la ville pour Paris à la suite de la progression des troupes allemandes. Apprenant la capitulation de la France avec l'Allemagne, elle demande un contrat à la Longy School of Music de Cambridge qui le lui envoie. Nadia Boulanger quitte la France, s'embarque à Lisbonne et arrive le à New York[112],[113].
Nadia Boulanger donne à la Longy School of Music des cours d'harmonie, de contrepoint, de fugue et de composition tout en continuant ses activités de conférencière, de cheffe d'orchestre et d'interprète[113],[114]. Ces multiples activités, doublées par des pensées dépressives, la poussent à prendre du repos[114]. Elle est alors accueillie par le couvent des Dominicaines de Santa Clara dans le Wisconsin pendant six semaines. Sur place, elle donne cours aux sœurs[114]. Épuisée, c'est Stravinsky qui l'invite à venir se reposer dans sa demeure en Californie[114].
En , elle reprend ses classes à Cambrige où elle instaure des cours de déchiffrage, matière délaissée aux États-Unis, donnant ainsi un avantage supérieur à ses élèves[115]. En 1942, Nadia Boulanger se rend une fois par mois au Peabody College de Baltimore pour y donner des cours d'histoire de la musique et d'orchestration, en plus des matières qu'elle enseigne habituellement[115],[116]. À la fin de l'année scolaire 1943, ne s'étant laissé aucune minute de répit, Boulanger reçoit un ordre médical l'obligeant à se reposer sérieusement. Des amis lui prêtent une demeure en Californie avec comme voisin Stravinsky[117]. C'est là-bas qu'elle apprend le débarquement de Normandie puis la libération de Paris[117]. Avant son retour en France, elle reprend en , et pour un semestre, ses classes à Cambridge et dirige à deux reprises, à l'occasion du centenaire de la naissance de Gabriel Fauré (dont elle contribue à faire grandement connaître la musique aux États-Unis), l'orchestre symphonique de Boston[118].
Retour en France (1946-1966)

Nadia Boulanger retourne en France le , laissant son ami Stravinsky aux États-Unis[118]. À son retour, Claude Delvincourt, alors directeur du Conservatoire de Paris, lui propose d'intégrer l'établissement au poste de professeur d'accompagnement au piano (soit trente-cinq ans après sa première tentative) ; proposition qu'elle accepte[119],[120]. Elle reprend alors sa vie d'avant la guerre en donnant très rapidement des cours rue Ballu et à Fontainebleau, des concerts, des conférences et les messes rituelles en l'honneur de sa sœur et sa mère[121]. Au Conservatoire de Paris, elle applique à ses cours d'accompagnement au piano sa traditionnelle pédagogie qui aborde tout ce qui touche à la musique. Les élèves continuent d'affluer pour venir à étudier à ses côtés mais la présence d'Olivier Messiaen, engagé comme professeur d’analyse, d’esthétique musicale et d'harmonie, attire désormais une nouvelle génération[122].
En 1946, elle réalise un grand nombre de concerts comme ceux pour le Cercle Interallié, le Club d'essai de la Radio (qui fait appel à elle plusieurs fois par an) ou pour la BBC de Londres[123]. L'année suivante, Nadia Boulanger est nommée maître de chapelle à Monaco par le prince Pierre[123]. Elle s'occupe alors de la programmation musicale pour les funérailles du prince Louis, le couronnement du prince Rainier en 1949 ainsi que le mariage de ce dernier avec Grace Kelly en 1956[124],[125]. Elle est également sollicitée comme jury dans des concours européens comme celui du Concours Long-Thibaud (1949)[123].
En 1946, Nadia Boulanger succède à Robert Casadesus au poste de directeur du Conservatoire de Fontainebleau[72],[123]. Elle reprend les fonctions de l'établissement en 1953, et ce durant pendant vingt-six étés, après le départ de Marcel Dupré la même année[123],[126].

En 1954, à l'occasion de ses cinquante ans de professorat, un concert est donné à Paris par la Radio (cette dernière diffuse l'année suivante des extraits de La Ville Morte) et ses élèves, provenant du monde entier, viennent lui rendre visite dans son appartement rue Ballu[127]. La même année, Nadia Boulanger organise une série de conférences en Scandinavie et est jury pour le concours de Varsovie et de composition de la reine Elizabeth à Bruxelles[127]. Elle est également chargée par le Comité international olympique d'organiser un concours pour la composition d'un hymne destiné aux Jeux de Melbourne en 1956[127].
En 1957, pour ses soixante-dix ans, célébrés chez Igor Markevitch, tous les amis de Nadia Boulanger se sont cotisés pour lui offrir un diamant. Poulenc et Françaix lui composent des petites pièces[128]. Elle est obligée, la même année, de prendre sa retraite du Conservatoire de Paris. Alfred Cortot lui demande alors de reprendre la classe d'harmonie, chose qu'elle fait pendant vingt-deux ans jusqu'à sa mort[129]. Elle se déplace encore beaucoup jusqu'à ses quatre-vingt-dix ans[129]. Entre le et le , Nadia Boulanger retourne pour la première fois aux États-Unis, afin de donner des cours, réaliser des concerts et des conférences sur la côte Est[130],[131]. La même année, elle est intronisée en tant que membre honoraire de Sigma Alpha Iota, la fraternité musicale féminine internationale, par la section Gamma Delta de la Crane School of Music de Potsdam, dans l'État de New York[132].
Dans les années 1960, elle est engagée par le violoniste Yehudi Menuhin pour venir donner quelques cours chaque année dans l'école qu'il a fondée en 1963[133]. Elle réalise aussi dans cette décennie plusieurs allers-retours en Angleterre afin de donner des conférences à la Royal College of Music et à la Royal Academy of Music, qui ont toutes été diffusées par la BBC, ainsi que pour diriger des orchestres[130],[134].
En 1962, elle tourne en Turquie où elle dirige des concerts avec son élève İdil Biret[135]. Boulanger repart plus tard dans l'année, pendant trois mois, aux États-Unis où elle donne des concerts à New York, Cleveland, Chicago, Boston et Washington. Nadia Boulanger est reçue, à cette occasion, à la Maison-Blanche par John Fitzgerald et Jackie Kennedy[136],[137]. La musicienne va retourner une fois aux États-Unis en 1965[136]. L'année suivante elle se rend à Moscou pour officier comme jury du concours Tchaikovsky — c'est la première fois qu'elle retourne en Russie, soit cinquante-deux ans après sa tournée dramatique avec Raoul Pugno[138],[134].
Dernières années (1967-1979)

À l'occasion de son quatre-vingtième anniversaire Nadia Boulanger reçoit des mains de Markevitch les insignes de commandeur de la Légion d'honneur[139]. En 1967, elle dirige l'enregistrement d'œuvres de sa sœur dans le cadre des cinquante ans de sa disparition[139]. La dégradation de sa vue a un impact sur son mode de vie, puisqu'elle ne peut plus lire ni écrire. Elle se fait opérer de la cataracte en 1971, avec insistance du prince Rainier de Monaco[29],[140].
Nadia Boulanger continue, malgré son grand âge, de donner des cours de neuf heures du matin à neuf heures du soir dans son appartement, ainsi que l'été à Fontainebleau[140]. Elle compte parmi ses nouveaux élèves le jeune Émile Naoumoff, dont les parents l'ont amené de Sofia afin de le lui confier[140].
Sa santé se dégradant, elle est obligée d'arrêter ses grands déplacements pour être jury dans des concours[141]. Boulanger est assistée dans sa vie de tous les jours par Annette Dieudonné, Cécile Armagnac et Agathe Rouart[141]. Jusqu'en 1976, elle se déplace en Angleterre, en Suisse à Zurich et à Winterthour, afin d'assurer ses cours et ses conférences[141]. La même année, elle est faite, des mains du président Valéry Giscard d'Estaing, Grand Officier de la Légion d'honneur. Elle reçoit également les distinctions de l'Ordre de l'Empire britannique, la Médaille d'Or de l'Académie des Beaux-Arts[59],[142].
Après son quatre-vingt-dixième anniversaire, c'est Annette Dieudonné qui s'occupe de ses classes à Fontainebleau, tandis que Nadia Boulanger continue de diriger l'établissement. Elle veille également à entretenir le souvenir de Lili Boulanger en faisant rééditer ses œuvres[143].
À l'été 1979, Boulanger est hospitalisé à plusieurs reprises[143]. Elle finit par ne plus quitter son lit à Fontainebleau ; alternant entre des malaises, des crises de fièvres et d'étouffements[143]. Leonard Bernstein vient alors lui rendre une dernière fois visite[144]. Elle est ramenée à Paris le [144].
Nadia Boulanger meurt le , à l'âge de quatre-vingt-douze ans, dans son appartement rue Ballu[145],[146],[144]. Les obsèques ont lieu à l'Église de la Sainte-Trinité le [1]. Elle repose, ainsi que sa famille, au cimetière de Montmartre (division 33, angle de l'avenue Saint-Charles et du chemin Billaud). Ses traits restent fixés par le buste en terre cuite, œuvre du sculpteur Louis-Aimé Lejeune, que conservent Les Maisonnettes à Gargenville[147].
Personnalité et relations
Personnalité

Tout au long de sa vie, Nadia Boulanger s'est construite une réputation de personne autoritaire, austère et extrêmement rigoureuse afin de s'imposer[20],[148],[92]. À la mort de son père, en 1900, elle se retrouve à devoir aider financièrement sa famille en donnant des cours. C'est avec ses nouvelles responsabilités que sa mère va lui faire assumer qu'elle commence à se construire cette image, bien qu'elle déclare avoir toujours été « très timide »[20]. Par la suite, elle applique à chacun de ses élèves un travail et une technique « intraitable » tout en laissant leur personnalité ressortir[64]. Selon Jérôme Spycket, elle n'hésitait pas à s'acharner et à pousser à bout les étudiants qui montraient des signes de faiblesses[64]. Ne s'étant jamais marié, et ayant gardé le nom de « Mademoiselle », elle accentue dans les 1920 son image de femme « forte » et « indépendante » en apprenant à conduire et en effectuant plusieurs trajets par semaine entre Gargenville, Paris et Fontainebleau[74]. Son caractère autoritaire lui vaudra le surnom « The tender tyrant ». Nadia Boulanger dira : « Qui ne serait un dictateur, s’il en avait la possibilité ? […] En musique, moi, je suis un dictateur ! »[149]
Ses amis proches comme Hugues Cuenod et Doda Conrad déclarent qu'elle « avait du cœur, mais encore plus de tête. Et peut-être encore plus de principe que de tête » et qu'elle était « humble… mais pas modeste »[148].
Nadia Boulanger est également connue pour avoir cultivé ses amitiés, comme par exemple Walter Damrosch, Winnaretta Singer, Francis Poulenc ou Igor Stravinsky, pendant la majeure partie de sa vie. Elle note de manière systématique tous les anniversaires ou décès de ses amis et connaissances dans ses calendriers afin d'envoyer une lettre pour chaque événement[150]. Elle porte une forte attache à cette commémoration du souvenir[150]. Hugues Cuenod déclare qu'elle « vivait dans le culte du malheur » dû à la perte de sa famille, et que garder un contact régulier avec ses amis lui permettait de soulager le « poids de la solitude »[150],[94]. Elle cultive de nombreux liens avec des familles mondaines, comme la famille de Monaco ou les milieux mondains new yorkais, qui lui vaudront des surnoms comme « petite sœur des riches »[148],[80].
Elle est durant toute sa vie une fervente catholique et elle n'hésite pas à orienter certains de ses élèves vers cette religion[151],[138]. Boulanger est également connue pour ses idées politiques très conservatrices et affichait publiquement son antisémitisme, mais ne l'appliquait pas sur ses élèves[149],[138].
Nadia et Lili Boulanger

Dès son plus jeune âge, Nadia Boulanger s'est sentie « chargée d’une protection » envers sa sœur Lili, qui contracte à l'âge de deux ans de gros problèmes de santé[4],[20]. Lorsque Lili Boulanger annonce en 1910 vouloir se consacrer à la composition, Nadia décide de la préparer pour son entrée au Conservatoire de Paris. Elle est alors « stupéfaite de la voir apprendre en quelques mois, ou même découvrir d’instinct, ce que elle-même a mis plusieurs années à assimiler »[47]. En 1913, Lili Boulanger devient la première femme à obtenir le Premier Grand Prix de Rome de composition[53],[47].
Lors de la Première Guerre mondiale, les deux sœurs recherchent l'aide de nombreux artistes et diplomates afin de créer, en 1915, le Comité franco-américain du Conservatoire de Paris, qui vient en aide aux anciens élèves de l'établissement partient en guerre[55]. Avec l'argent récolté lors des différents concerts de la société, les deux sœurs envoient lettres, colis, vivres, instruments de musique et livres aux musiciens sur le front en échange de nouvelles des champs de batailles qu’elles publient dans une gazette. Onze numéros paraissent entre 1915 et 1918, devenant ainsi « la source de témoignage la plus importante sur les musiciens dans la Grande Guerre »[152].
En 1917, Lili Boulanger fait une rechute à la suite de ses problèmes de santé et est contrainte à se reposer à Gargenville[55]. Nadia Boulanger réalise plusieurs allers-retours entre Paris, où elle donne ses cours, et Gargenville[55]. Après le décès de sa jeune sœur, Nadia Boulanger se charge de faire vivre sa musique, déclarant : « Elle avait une telle supériorité morale et spirituelle, un telle pureté… Elle est devenue un exemple pour moi »[58]. À chaque anniversaire de sa mort, Nadia organise une messe et un concert en son honneur. L'appartement, rue Ballu, comprend de nombreux portraits et photos de Lili[148],[153].
Au cours de ses différentes tournées en Europe et aux États-Unis, et grâce à l’aide de certains de ses amis comme Walter Damrosch[154], Igor Markévitch, Yehudi Menuhin, Clifford Curzon, Eric Tappy et Jean Françaix, elle fait jouer certaines des œuvres de sa sœur, comme Pour les funérailles d’un soldat ou les Psaumes 24, 129 et 130[155]. En 1939, elle fait créer le Lili Boulanger Memorial Fund à Boston qui est destiné à entretenir son souvenir et son œuvre[108].
Nadia Boulanger et Raoul Pugno
Nadia Boulanger rencontre Raoul Pugno, pianiste et compositeur de trente-cinq ans son aîné, lorsqu'elle étudie au Conservatoire de Paris en 1904. Ce dernier suit alors les concours de la jeune femme, devenant très vite son mentor et un ami proche de la famille[33]. Au cours de l’inauguration de l'orgue rue Ballu, Pugno interprète quelques pièces que Boulanger à composer pour l'instrument[33]. Puis, en 1905, Raïssa Boulanger va acheter une maison à Gargenville juste à côté de celle du pianiste[32].
Les liens entre Pugno et Nadia Boulanger vont alors se renforcer lorsque, celui-ci, admiratif de sa jeune protégée, lui envoie des élèves lorsqu'elle commence à donner des cours, la soutient et utilise sa réputation pour lancer sa carrière d'interprète[35],[38]. À partir de 1906, les deux musiciens donnent plusieurs récitals de piano à quatre mains ou à deux pianos[35]. Pugno la pousse également à se présenter au concours du Prix de Rome de composition[35]. Lors de l'affaire de la fugue en 1908, le pianiste va aider Boulanger à rester dans le concours en contactant l'Académie des Beaux-Arts, alors que des membres du jury comme Camille Saint-Saëns souhaitent la disqualifier[40]. Il use également de sa réputation pour permettre à Boulanger de faire ses débuts en tant que cheffe d’orchestre vers 1912-1913. Leur collaboration s'étend à la composition avec le cycles de mélodies Les Heures claires (1909) et l'écriture de l'opéra La Ville morte (1912)[43],[50]. Il l'aide également en soutenant sa candidature lorsqu'elle postule au poste de professeur de piano au Conservatoire Femina-Musica[38].
La relation entre les deux musiciens — Pugno étant connu pour ses nombreuses conquêtes féminines — fait alors beaucoup parler et départage les historiens[43]. Certains voient une unique relation d'amitié tandis que d’autres suggèrent qu'ils étaient amants. La publication des journaux intimes de Boulanger confirme cette deuxième suggestion[156]. À la mort de Pugno, lors de leur tournée en Russie de 1914[54], Nadia Boulanger écrit :
« Quand je me couche il tend pourtant son bras vers moi / Dans la nuit il a une terrible crise de faiblesse du cœur / Je ne sais que faire quand, du cognac, un grog et le sac [sic] le soulagent. Il se tourmente pour moi — puis s’endort. / Il me raconte avec des larmes dans les yeux qu'il a pensé à moi cette nuit et qu'il a été triste. […] Mon petit, mon cher amour s’éteint à 11h15. / Ma jeunesse s'achève aujourd’hui mon bonheur est fini. »[156]
Lors de son retour en France, Boulanger ne parlera plus de Pugno ni de leur collaboration de plus de dix ans[52].
Nadia Boulanger et la Princesse Edmond de Polignac
En 1917, Nadia Boulanger est invitée par la Winnaretta Singer (aussi appelée « princesse Edmond de Polignac ») à venir jouer de l'orgue chez elle[157]. À cette époque, la princesse est alors une des plus grandes mécènes pour les artistes, qu'ils soient peintres ou musiciens, ainsi que donatrice pour l'Institut Pasteur, le Collège de France ou de constructions de logements sociaux[158]. Grâce à ses capacités, Boulanger devient très vite la maîtresse de chapelle de la princesse et contribue à toutes les activités musicales de celle-ci. Ainsi, Boulanger est régulièrement invité dans les différentes demeures de sa mécène. Elle lui présente régulièrement ses élèves les plus doués, comme Jean Françaix, Igor Markevitch ou Dinu Lipatti, à qui Winnaretta Singer commande des œuvres[157]. Elle est alors un tremplin pour tout jeunes compositeurs[159]. La princesse a une confiance totale envers les goûts et jugements musicaux de Boulanger, tissant entre les deux femmes une étroite amitié[157].
Lors de la crise de 1929, Boulanger est obligé de réduire son nombre d'heures de professorat. C'est alors avec la princesse de Polignac qu'elle va surmonter cette crise. Cette dernière lui écrit : « Si j'ai pu en partie retrouver un équilibre, c'est presque uniquement grâce à vous, […] à votre incessante bonté à laquelle je pense avec infiniment de gratitude et d'émotion »[85]. Durant cette période, Winnaretta de Polignac confie à Boulanger le choix des programmes de ses concerts. La pédagogue crée alors des programmes éclectiques allant de Bach ou Vivaldi à Stravinsky[85]. La princesse est également très présente auprès de la pédagogue lorsque celle-ci perd sa mère[94].
L'amitié entre Nadia Boulanger et Winnaretta Singer est bouleversée par la Seconde Guerre mondiale. La princesse se réfugie à Londres, où elle décède le , loin de ses amis. Durant leurs exils respectifs, les deux femmes continuent de correspondre par lettre mais ne se reverront pas[160]. Dans son testament, la princesse Edmond de Polignac élit Nadia Boulanger comme directrice musicale de la Fondation Singer-Polignac[123][161].
Nadia Boulanger et Igor Stravinsky

Le premier contact de Nadia Boulanger avec la musique de Stravinsky a lieu en 1910 lorsqu'elle découvre la création française de L'Oiseau de feu avec les Ballets russes. Elle est alors très impressionnée par la modernité de cette musique. Stravinsky et Boulanger se rencontrent quelques jours après la première[50].
À partir de 1927, les deux musiciens se retrouvent à plusieurs reprises au cours des concerts et réceptions donnés par la princesse Edmond de Polignac, où Stravinsky est régulièrement programmé[157]. À la fin des années 1930, alors que le compositeur russe rencontre des difficultés financières, et est obligé de tourner comme pianiste en Amérique afin de gagner de l'argent. Nadia Boulanger donne plusieurs concerts aux États-Unis à ce moment. Elle lui obtient une commande, qui devient le Dumbarton Oaks Concerto[107], et lui permet également de se faire un nom en tant que compositeur dans ce pays[162]. Ils retourneront ensemble en France en mai 1937[107].
En 1939, le Conservatoire de Fontainebleau ferme à cause de la guerre imminente, Stravinsky et Boulanger se retrouvent dans la résidence de cette dernière à Gargenville. La pédagogue incite alors son ami à partir en Amérique, chose qu’il fait en emmenant sa famille[110]. Avec l'aide de Nadia Boulanger, il est nommé « Norton's lecturer » à Harvard et est attendu là-bas pour [110]. Peu de temps après, Boulanger part pour les États-Unis[149].
Lors de ses années d'exils en Amérique, Stravinsky envoie plusieurs de ses compositions à Nadia Boulanger, afin que celle-ci apporte des corrections et lui donne son avis[115]. De son côté, la pédagogue est surchargée par son rythme de travail et est contrainte d'arrêter toutes ses activités. C'est auprès de lui et de sa famille qu'elle parvient à trouver le repos à plusieurs reprises[114]. En 1943, des amis à elle lui prêtent une maison et une voiture en Californie juste à côté de celle du compositeur[117]. À plusieurs reprises, Boulanger témoigne au compositeur et à sa famille son affection :
« Que vous me manquez, Vera et vous. Votre présence est une telle nécessité du cœur et de l'esprit[115]. »
En 1946, Nadia Boulanger est contrainte de se séparer de la présence de son ami ; elle décide de repartir en France et Stravinsky souhaite rester en Californie où il obtient la nationalité américaine[118]. Par la suite, la pédagogue continue de donner son avis et ses conseils à Stravinsky quand celui-ci lui envoie des compositions, même quand il se tourne vers le système dodécaphonique que Boulanger n'aime pas[163]. Elle lui envoie également Pierre Boulez, dont elle admire les capacités de musiciens[164]. Mais l'éloignement entre les deux musiciens pèse beaucoup à Nadia Boulanger, dont la présence du compositeur russe est presque indispensable[128].
La relation entre eux se tend après la mort du prince Pierre de Monaco en 1964. Boulanger demande à son ami s'il peut écrire une pièce en l'honneur du centenaire de la princesse Winnaretta Singer, princesse de Polignac pour « 10000 dollars »[162]. Ce à quoi il lui répond :
« Regrette infiniment mais prends aujourd'hui dix mille dollars pour diriger dans un concert et pas moins de vingt-cinq mille pour commande d'une courte pièce[162]. »
Nadia Boulanger lui en voudra pour tout ce qu'elle et Winnaretta Singer ont fait pour lui. Les deux musiciens s'écriront moins à partir de ce moment et ce jusqu'à la mort de Stravinsky en 1971. Nadia Boulanger continuera à en chérir le souvenir jusqu'à sa propre mort[129].
Portrait de la musicienne
Son activité de compositrice

La carrière de compositrice de Nadia Boulanger est prolifique entre 1901 et 1922. Après cette dernière date on sait qu'elle a contribué à arranger les œuvres de sa sœur Lili mais se refusait de parler de sa musique, la jugeant « inutile »[24]. Elle ajoute régulièrement « qu'elle n’avait aucun talent en tant que compositrice », bien que certains de ses professeurs comme Gabriel Fauré lui ait affirmé le contraire[24]. Son langage musical s’inscrit dans la lignée du romantisme tardif[165].
L'œuvre de Nadia Boulanger se restreint à quelques genres comprenant des mélodies, des cantates, un opéra, plusieurs pièces de musique de chambre et quelques pièces pour orchestre[166]. Mais un grand nombre de pièces n’ont pas survécu, ou existe sous forme de fragments incomplets, car il est probable que Boulanger, très autocritique, ait détruit certaines de ses partitions[167]. De plus, la collaboration de la compositrice avec Raoul Pugno, sur le cycle de mélodies Les Heures claires (1909) et l'opéra La Ville morte (1912), et le manque de source expliquant qui a composé quelle partie permettent d’évaluer difficilement la contribution de Boulanger et la caractérisation de son style[167]. La mort de Pugno en 1914 a eu un impact sur la compositrice qui arrête de composer des pièces pour grands effectifs instrumentaux et la mort de sa sœur en 1918 contribue au déclin de son envie de composer[168],[169].
Le répertoire de Nadia Boulanger comprend une trentaine de mélodies pour voix et piano, dont certaines ont été réarrangées pour orchestre[166]. Parmi les poètes choisis se trouvent certains contemporains comme Maurice Maeterlinck, Georges Delaquys, Camille Mauclair, Renée de Marquein ou Émile Verhaeren, ainsi que des poètes du XIXe siècle comme Paul Verlaine et Heinrich Heine (traduit en français)[168]. La cheffe d’orchestre Odaline de la Martinez explique que le style musical de Boulanger se trouve dans son goût pour « les dissonances aiguës et à sa tendance à conférer à ses harmonies un rôle plus coloristique » ainsi que par « les influences de Debussy et de Fauré [qui] sont […] perceptibles »[170].
Parmi ses œuvres pour orchestre se trouve un Allegro (1905), dont l'« imagination harmonique » et la « vigueur rythmique » sont « peu commune » d’après la musicologue d’Hélène Cao[171], et une Fantaisie variée (1912) dont le caractère reste ancré dans le romantisme, avec un langage « tonal bien que très chromatique »[172]. Quant à cette dernière pièce, Caroline Potter explique : « Il est intéressant de noter qu'elle semble entamer l'œuvre avec assurance, mais les dernières pages des deux manuscrits comportent des passages barrés et peu d’indications dynamiques, ce qui suggère qu'elle était moins sûre d'elle à ce stade. Cette perte de confiance — ou, peut-être, cette perte d’intérêt — est manifeste dans d'autres manuscrits de cette compositrice et constitue la preuve la plus solide expliquant les raisons de son abandon définitif de la composition »[172].
L'œuvre de musique de chambre de Nadia Boulanger se divise régulièrement par trois[173]. En 1911, Boulanger compose trois pièces pour orgue, un Prélude, un Petit canon et une Improvisation, pour le second volume de l’anthologie des Maîtres contemporains de l'orgue. Selon Potter « elle semble avoir privilégié l’intérêt harmonique au détriment de l’invention mélodique ou rythmique »[173]. En dehors de ces trois pièces, elle écrit une seule autre œuvre pour orgue : Pièce sur des airs populaires flamands. Elle écrit également Trois pièces pour piano et violoncelle (1911-1913) et Petites Pièces pour piano (1914-1916)[174].
La musicologue Caroline Potter déclare à propos de l'ensemble de l’œuvre de Nadia Boulanger que « bien que ses œuvres qui ne révèlent pas une voix particulièrement originale, il aurait été fascinant de la voir réagir, en tant que compositrice, aux évolutions musicales du XXe siècle au cours du reste de sa longue vie. Si l'histoire de la vie de compositrice de Nadia Boulanger est essentiellement une histoire d’échec, c'est sans doute parce que, tragiquement, elle n’a jamais reçu le soutien et les encouragements dont elle avait besoin après la mort de Pugno »[175].
Son activité de pianiste et d'organiste

Boulanger commence sa carrière d'organiste en 1903, en devenant la suppléante de Gabriel Fauré, puis d’Henri Dallier au grand orgue de l'église de la Madeleine[20]. En 1904, elle remporte son Premier Prix d'orgue après avoir étudié auprès d'Alexandre Guilmant[20]. La même année elle tient les parties d'orgue lors de la Fête de l'enseignement primaire au Palais du Trocadéro devant le président Émile Loubet. Elle se produit au côté d'artiste comme Marguerite Moreno[33].
En 1906, elle lance, soutenu par Raoul Pugno, sa carrière d'interprète en tant qu'organiste et pianiste, en étant soit soliste, soit accompagnatrice[35]. En 1907, Nadia Boulanger est nommée professeure de piano et d'accompagnement au Conservatoire Femina-Musica nouvellement créé. L'année suivante, elle forme avec Pugno un duo de pianos qui se produit à de nombreuses reprises[47]. Le duo organise en , une tournée en Russie. Pugno, ayant attrapé une forte bronchite peu de temps avant, est soigné à Berlin avant le début des concerts. Ils arrivent la veille de leur concert du , mais épuisés par le voyage, le pianiste ne peut pas assurer ses parties. Il demande alors à Sergueï Rachmaninov de le remplacer auprès de Boulanger, mais celui-ci refuse de jouer avec une femme[59],[176],[54]. Boulanger « rayera ce compositeur de sa mémoire, et ses élèves apprendront vite que c'était un nom qu'il ne fallait pas prononcer devant elle »[54]. Le concert est alors annulé et aucun autre ne sera donné car Pugno décède d'une embolie pulmonaire le [54].
En et , lors de sa première tournée aux États-Unis, préparée par Damrosch et Copland[79], Nadia Boulanger est présentée par la presse américaine comme « The famous French organist »[79]. À cette occasion elle présente ses capacités d’organistes en jouant sur le grand orgue du Wanamaker Auditorium de Philadelphie, vu comme le « point de passage obligé de tous les grands organistes »[80]. Elle tient également la partie d’orgue d'un Concerto pour orgue de Haendel en compagnie du New York Symphony Orchestra. Boulanger réalise, avec Damrosch, plusieurs conférences-récitals où elle occupe le poste de pianiste. Au cours des vingt-six dates de la tournée, elle se produit dans de nombreuses villes américaines dont Boston, Minneapolis, Chicago ou Houston[80].
En 1939, elle interprète au Carnegie Hall avec le New York Symphony Orchestra la partie de piano du Concerto pour piano en ré majeur de Jean Françaix, du Concerto pour deux pianos de Mozart et tient la partie d'orgue de Pour les funérailles d'un soldat de Lili Boulanger[108].
En 1954, atteinte d’arthritisme qui lui déforme les doigts depuis quelques années, elle renonce à continuer à se produire en public[164].
Son activité de cheffe d'orchestre

C'est en que Nadia Boulanger fait ses débuts comme cheffe d'orchestre, dirigeant l'orchestre de la Société des Matinées musicales à La Roche-sur-Yon, qui interprète sa cantate La Sirène, deux de ses chants, et le Concertstück de Raoul Pugno pour piano et orchestre. Le compositeur joue en tant que soliste[47]. En 1913, Pugno emmène Boulanger faire ses débuts de conductrice en Allemagne, où elle fait interpréter sa Fantaisie variée pour piano et orchestre (1912) quelque temps après l'avoir fait jouer aux concerts Lamoureux. En 1919, elle se produit dans plus d'une vingtaine de concerts, jouant souvent sa propre musique et celle de sa sœur.
En 1923, Nadia Boulanger intègre la Société Internationale de Musique Contemporaine qui joue la musique de compositeurs contemporains. Ainsi, elle fait créer en 1931 La mort du nombre d'Olivier Messiaen[177]. Nadia Boulanger inscrit et dirige également dans les programmes de ses concerts de nombreuses œuvres composées par ses élèves. En 1926, elle réalise un concert dédié à la musique de compositeurs américains comme Elwell, Copland, Piston, Chanler, Antheil ou Thomson qui suscite beaucoup de curiosité en France[159].
En , au milieu de la grève générale, elle fait ses débuts à Paris avec l'orchestre de l'École normale dans un programme de Mozart, Bach et Jean Françaix. À la fin de l'année, elle dirige l'Orchestre symphonique de Paris au théâtre des Champs-Élysées avec un programme Bach, Monteverdi et Schütz. En 1936, grâce à son amie Winnaretta Singer, elle devient la première femme à diriger l'Orchestre philharmonique de Londres lors d'un concert au Queen's Hall le [98]. C'est alors la première fois en plus d'un siècle d'existence que la Royal Philharmonic Society de Londres est dirigée par une femme. Placer Boulanger à la direction de cet orchestre n'a pas été évident. Elle est alors confrontée à plusieurs refus du directeur de la fondation et est dans un premier temps très mal accueillie par les musiciens[98]. Du fait de son professionnalisme, elle s'impose très vite et impressionne l'ensemble de l'orchestre. À cette occasion, elle fait jouer la Résurrection de Heinrich Schütz, Dithyramb and Hymn de Lennox Berkeley et donne la première britannique du Requiem de Fauré[98]. Elle est alors qualifié de « chef de premier ordre » par le Times[98]. Elle est aussi la première femme à diriger l'Orchestre symphonique de la BBC et le Hallé Orchestra[178].
Le , grâce à Serge Koussevitzky, elle se retrouve à la tête de l'Orchestre symphonique de Boston[102]. Encore une fois, c'est la première fois qu'une femme dirige un tel orchestre[102]. À Boston aussi, elle donne la première du Requiem de Fauré. Elle réalise une première « lecture plate » de l’œuvre, puis explique aux musiciens chaque partie de l’œuvre avec précision et clarté. Au deuxième essai, la pièce prend une tout autre tournure et reçoit un triomphe d'applaudissements le soir du concert[102]. Durant trois mois, elle donne plus d'une centaine de récitals-causeries, des récitals et des concerts. Elle crée le Dumbarton Oaks Concerto de Stravinsky et des extraits du Diable boiteux de Jean Françaix[102].
Au cours de sa tournée américaine de 1939, Boulanger dirige également l'Orchestre philharmonique de New York au Carnegie Hall le , l'Orchestre de Philadelphie et l'Orchestre symphonique national de Washington ; devenant encore une fois la première femme à diriger ses ensembles[108]. La presse américaine déclare alors : « Le préjugé, si profondément ancré chez tous les musiciens d'orchestre, contre les femmes chefs d'orchestre disparaît à l'instant où la maîtrise de Mademoiselle Boulanger se manifeste »[108].
Peu de temps après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le général Huntziger demande à Nadia Boulanger de diriger plusieurs concerts, soit avec orchestre symphonique, soit avec son ensemble vocal[112]. La veille de Noël 1939 elle dirige l'oratorio Jephté de Carissimi avec l'orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire[112]. Lors de son exil aux États-Unis, elle donne plusieurs concerts dont un avec Doda Conrad au profit des réfugiés polonais et un concert gala en hommage à Ignacy Paderewski au Carnegie Hall en [114]. En 1945, Boulanger donne deux concerts avec l'Orchestre symphonique de Boston pour célébrer le centenaire de la naissance de son ancien maître Gabriel Fauré. Elle fait jouer Pénélope et le Requiem[118].
En 1956, elle organise la musique pour le mariage du prince Rainier III de Monaco et de l'actrice américaine Grace Kelly. En 1962, elle se rend en Turquie, où elle dirige des concerts avec sa jeune protégée Idil Biret. La même année, à la suite d'une demande de Leonard Bernstein, Boulanger donne quatre concerts avec l'Orchestre philharmonique de New York, jouant le Requiem de Fauré, A solemn Music de Virgil Thomson et les Psaumes de Lili Boulanger[59],[179].
En 1967, Nadia Boulanger dirige plusieurs concerts en France, en Belgique, en Angleterre, en Suisse et au Portugal dans le cadre des cinquante ans de la disparition de sa sœur[139].
Sa philosophie pédagogique

Interrogé sur la différence entre une œuvre bien réalisée et un chef-d’œuvre, Boulanger répond :
« Je sais reconnaître si une œuvre est bien réalisée ou non, et je pense qu’il existe des conditions sans lesquelles on ne peut pas créer de chefs-d’œuvre, mais je pense aussi que ce qui définit un chef-d’œuvre ne peut être cerné avec précision. Je ne dirai pas que le critère du chef-d’œuvre n’existe pas, mais je ne sais pas ce que c'est. »[180]
Nadia Boulanger affirme apprécier toute « bonne musique ». Selon Lennox Berkeley, la pédagogue considére qu'une bonne valse a tout autant de valeur qu'une bonne fugue, et cela est parce qu'elle juge une œuvre uniquement sur son contenu esthétique[181]. Admiratrice de Debussy et disciple de Ravel, elle n'apprécie pas Schoenberg et les dodécaphonistes viennois. En revanche, elle était une ardente défenseuse de Stravinsky[182].
Elle insiste pour qu'on lui accorde une attention totale à tout moment : « Tout homme qui agit sans faire attention [à ce qu'il fait] perd sa vie. Je vais jusqu'à ce point : sa vie est annulée par le manque d'attention, qu'il nettoie les carreaux de la fenêtre ou s'essaye à écrire un chef-d'œuvre »[183].
Nadia Boulanger accepte les élèves de tous les milieux. Son seul critère est qu'ils aient envie d'apprendre. Elle traite les étudiants différemment selon leurs capacités. Ses étudiants les plus doués devaient répondre aux questions les plus rigoureuses et bien jouer en situation de stress. Les élèves moins doués, qui n'avaient pas l'intention de suivre une carrière musicale, étaient traités avec plus d'indulgence[184]. Michel Legrand affirme que ceux qu’elle n’aimait pas obtenaient leur diplôme avec un premier prix en un an : « Les bons élèves n’obtenaient jamais de récompense, alors ils restaient. J’y suis resté sept ans. Et je n’ai jamais obtenu de premier prix »[185]. Elle avait pour chaque élève une approche différente et essayait de comprendre le don naturel de chacun. « Quand vous recevez un nouvel élève, la première chose [à faire] est d’essayer de comprendre quel don naturel, quel don intuitif il a. [...] Chaque individu pose un problème particulier »[186] . Elle utilisait une variété de méthodes d'enseignement, y compris l'harmonie traditionnelle, la lecture de partitions au piano, le contrepoint, l'analyse musicale et le solfège[187].

Lorsqu’elle examine pour la première fois la partition d’un élève, elle commence par faire des remarques sur ses similitudes avec les œuvres de divers compositeurs : par exemple, « Ces mesures présentent les mêmes progressions harmoniques que le Prélude en fa majeur de Bach et la Ballade en fa majeur de Chopin. Ne peux-tu pas trouver quelque chose de plus intéressant ? »[188]. Virgil Thomson trouvait ce processus frustrant : « Quiconque la laissait lui dicter quoi faire ensuite dans une pièce voyait cette pièce se ruiner sous ses yeux par l’application de recettes routinières et de clichés tirés du répertoire standard »[189]. Copland se souvenait qu'« elle n’avait qu’un seul principe universel… la création de ce qu’elle appelait la grande ligne — la longue ligne en musique »[190]. Elle désapprouve l'idée de l’innovation pour l’innovation : « Lorsque vous composez votre propre musique, ne vous efforcez jamais d’éviter l’évidence »[191]. Elle déclare : « Il vous faut un langage établi, puis, au sein de ce langage établi, la liberté d’être vous-même. Il est toujours nécessaire d’être soi-même — c’est là une marque de génie en soi »[192]. Quincy Jones raconte que Boulanger lui a dit : « Votre musique ne peut jamais être plus ou moins que ce que vous êtes en tant qu’être humain »[193].
En 1920, deux de ses élèves préférées la quittèrent pour se marier. Elle estime qu’elles avaient trahi le travail qu’elles avaient accompli avec elle et leur devoir envers la musique. Son attitude envers les femmes dans le monde de la musique était contradictoire : malgré le succès de Lili et sa propre renommée en tant que professeure, elle a toujours soutenu que le devoir d’une femme était d’être épouse et mère[194]. Selon Ned Rorem, elle « accordait toujours le bénéfice du doute à ses élèves masculins tout en exigeant trop des filles »[189]. Elle considère l'enseignement comme un plaisir, un privilège et un devoir[195] : « Personne n'est obligé de donner des leçons, cela vous empoisonne la vie si vous donnez des leçons et que cela vous ennuie »[196].
Elle a toujours affirmé ne pas pouvoir donner la créativité à ses élèves et qu'elle ne peut que les aider à devenir des musiciens intelligents, capables de comprendre l'art de la composition. « La seule chose que je puisse faire pour mes élèves, c'est de leur faire toucher du doigt la liberté que donne la connaissance des moyens à employer pour pouvoir s'exprimer ; c'est de les amener par un ordre établi, par une rigueur imposée, à retrouver l'essentiel du langage »[197]. Seule l’inspiration peut faire la différence entre une œuvre bien faite et une œuvre artistique[198]. Elle estime que le désir d'apprendre, de devenir meilleur, est tout ce qui était nécessaire pour atteindre l'excellence. Citant les exemples de Rameau (qui a écrit son premier opéra à cinquante ans), Wojtowicz (qui est devenu pianiste de concert à trente et un ans) et Roussel (qui a commencé son apprentissage de la musique à vingt-cinq ans), à contre-courant de l'idée selon laquelle les grands artistes doivent toujours être des enfants surdoués[199].
Sa mémoire était prodigieuse : à douze ans, elle joue l'ensemble du Clavier bien tempéré de Bach par cœur[200]. Elle connaît la musique la plus ancienne et celle de son temps, avant Bach et après Stravinsky. Elle pratique la transposition harmonique, la réalisation de basse chiffrée, la lecture à vue de partitions, les registrations d'orgue, sait les différentes techniques instrumentales, utilisant l'analyse structurelle, ainsi que la fugue d'école et la fugue libre, les modes grecs et le chant grégorien[190]. Ses étudiants la décrivent comme quelqu'un qui connaît toutes les œuvres majeures de tous les compositeurs importants[188],[201].
Son abondante correspondance est conservée à la Bibliothèque nationale de France.
Quelques élèves
Le nombre de ses élèves serait de 1 200[59], parmi lesquels : Grażyna Bacewicz, Dalton Baldwin, Daniel Barenboim, Marion Bauer, Stanley Bate, Robert Russell Bennett, Leonard Bernstein, Idil Biret, Diane Bish, Serge Blanc, Roger Boutry, Jean Françaix, Quincy Jones[202], Maxime Kovalevsky[203], Émile Naoumoff, Virgil Thomson[204],[205], Flore Wend, Antoni Wit, Nicolas Zourabichvili.
Œuvres composées
En 1908, elle remporte un deuxième second grand prix de Rome de composition musicale[206].
Contrairement à sa sœur Lili, Nadia Boulanger est plus connue comme professeure, cheffe de chœur et d'orchestre qu'en tant que compositrice.
Musique vocale
- Allons voir sur le lac d'argent (paroles d' A. Silvestre), 2 voix et piano (1905)
- Écoutez la chanson bien douce (paroles de Verlaine), pour voix et orchestre (1905)
- Les Sirènes (paroles de Grandmougin), pour chœur de femmes et orchestre (1905)
- À l'aube (paroles d'A. Silvestre) pour chœur et orchestre (1906)
- Élégie (1906, paroles d'Albert Victor Samain)
- Versailles (1906, paroles d'Albert Victor Samain)
- Soleils couchants (1907, paroles de Paul Verlaine)
- Was will die einsame Träne (1908, paroles d’Heinrich Heine)
- À l'hirondelle (Sully Prudhomme), pour chœur et orchestre (1908)
- La Sirène (E. Adenis/Desveaux), 3 voix et orchestre (1908)
- Cantique (1909, paroles de Maurice Maeterlinck)
- Prière (1909, paroles d'Henry Bataille)
- Chanson (1909, paroles de Georges Delaquys)
- Soir d'hiver pour voix et piano (1914-15)
- Elle a vendu mon cœur (1922, paroles de Camille Mauclair)
- L'Échange (1922, paroles de Camille Mauclair)
- Doute (1922, paroles de Camille Mauclair)
- Le Couteau (1922, paroles de Camille Mauclair)
- Au bord de la route (1922, paroles de Camille Mauclair)
- J'ai frappé (1922, paroles de Renée de Marquein)
- Plus de 30 mélodies pour voix soliste et piano, dont :
- Extase (Hugo) (1901)
- Désespérance (Verlaine) (1902)
- Cantique de sœur Béatrice (Maeterlinck) (1909)
- Une douceur splendide et sombre (A. Samain) (1909)
- Larme solitaire (Heine) (1909)
- Une aube affaiblie (Verlaine) (1909)
- Prière (Bataille) (1909)
- Soir d'hiver (N. Boulanger) (1915)
- Au bord de la route, Chanson, Le Couteau, Doute, L'Échange (Mauclair) (1922)
- J'ai frappé (R. de Marquein) (1922)
Musique de chambre et œuvres pour un seul instrument
- 3 pièces pour orgue : Prélude, Petit Canon et Improvisation (1911), dont deux arrangées pour violoncelle et piano (Improvisation et Petit Canon)
- 3 pièces pour piano (1914)
- 3 pièces pour violoncelle et piano (1914)
- Pièce sur des airs populaires flamands, pour orgue (1915)
- Vers la vie nouvelle, pour piano (1915)
Œuvres orchestrales
- Allegro (1905)
- Fantaisie variée pour piano et orchestre (1912)
Avec Raoul Pugno
- Les Heures claires, cycle de huit mélodies (1909, paroles d'Émile Verhaeren)
- La Ville morte (Livret de d'Annunzio), opéra, 1910–13
Distinctions
- 1932 :
Chevalier de la Légion d'honneur - 1934 : décorée de l’ordre Polonia Restituta
- 1962 : membre de l'Académie américaine des arts et des sciences
- 1962 : Howland Memorial Prize
- 1966 :
Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres[207] - 1975 : médaille d'or de l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France
- 1977 :
Grand officier de la Légion d'honneur - 1977 : décorée de l’ordre de l'Empire britannique
- décorée de l’ordre de Saint-Charles (Monaco)
- décorée de l’ordre de la Couronne (Belgique)
Hommages
Musiques
- Igor Stravinsky, Hommage à Nadia Boulanger, petit canon pour deux voix, 1947[208]
- Henri Dutilleux, Hommage à Nadia Boulanger, pour soprano, trois altos, clarinette, percussion et cithare, 1967[209]
- Geirr Tveitt, Menuett til Nadia Boulanger, pour piano
- Emile Naoumoff, Triptyque "in memoriam Nadia Boulanger" pour violon solo et instruments à cordes (1980)
Autres
- le Conservatoire municipal du 9e arrondissement s'appelle Conservatoire Municipal Nadia et Lili Boulanger[210]
- depuis 1980, la bibliothèque du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon porte le nom de médiathèque Nadia-Boulanger[211]
- depuis 1991, un cratère de Vénus s'appelle Boulanger en son honneur[212]
- en 2017 est émis un timbre de La Poste à son effigie[213]
- en 2021, le Conseil de Paris ajoute officiellement son prénom à la place Lili-et-Nadia-Boulanger, dans le 9e arrondissement.
Filmographie
- Bruno Monsaingeon a réalisé en 1977 un film ayant pour titre Nadia Boulanger : Mademoiselle.
Discographie
- Musique vocale
- Lieder und Kammermusik, Melinda Paulsen (mezzo-soprano), Angela Gassenhuber (piano), Friedmann Kupsa (violoncelle), Trouba disc, 1993
- Mélodies, Anna Fabrello (soprano), Rafal Lewandowski (piano), Actes préalables, 2013
- Musique pour orgue
- In memoriam Nadia boulanger, Carolyn Shuster-Fournier (orgue), Magali Léger (Soprano), Ligia, 2010
- Musique de chambre
- Nina Flyer (violoncelle), Chi-Fun Lee (piano), Koch, 1995
- A trois, Belmont Trio, Thorofon, 2002
- Soirées Internationales, Antônio Meneses (violoncelle), Celina Szrvinsk (piano), Avie Records, 2008
- French cello sonatas, Nicolas Altstaedt (violoncelle), José Gallardo (piano), Naxos Laureate series, 2009
- Julian Steckel (violoncelle), Francesco Piemontesi (piano), Primavera
- French cello sonatas, Julian Steckel (violoncelle), Paul Rivinius (piano), 2011
- Nadia & Lili Boulanger: Les heures claires, the complete songs, Lucile Richardot (mezzo-soprano), Anne de Fornel (piano), Stéphane Degout (baryton), Raquel Camarinha (soprano), Sarah Nemtanu (violon), Emmanuelle Bertrand (violoncelle), Harmonia Mundi Musique 902356.58 (2023)
- Interprète, direction d'orchestre
- Médée H 491 opéra de Marc-Antoine Charpentier, extraits, réédition istituto Discografico italiano 1953
- Requiem op. 48 de Gabriel Fauré, Madrigali e Arie profane de Claudio Monteverdi (EMI UK 1988) No IFPI
- La ville morte, d’Ottorino Respighi, Orchestre et Chœur de l’Opéra national du Rhin, direction Marko Letonja, Pentatone, 2026
Notes et références
Notes
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Nadia Boulanger » (voir la liste des auteurs) (adaptation)
- ↑ Doda Conrad mentionne 1876 comme année de mariage[7].
- ↑ Celle-ci à créer une grande partie des mélodies des sœurs Boulanger[86].
- ↑ Le goût de l’époque est alors pour la redécouverte d’œuvres oubliées. Ainsi des musiciens tenteront de remettre au goût du jour certains instruments anciens comme Wanda Landowska avec le clavecin[86].
Références
- 1 2 3 4 5 Conrad 1995, p. 23.
- ↑ (en) Don G. Campbell, Master Teacher, Nadia Boulanger, Pastoral Press, (ISBN 978-0-912405-03-2, lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 Spycket 1987, p. 12.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Carole Bertho Woolliams, Lili Boulanger: compositrice du XXe siècle, Jardin d'essai, , 221 p. (ISBN 978-2911822-58-2, lire en ligne), p. 10-12
- 1 2 9ème Histoire, « La famille Boulanger dans le 9e arrondissement », sur neufhistoire.fr, (consulté le )
- 1 2 Rosenstiel 1998, p. 10-13.
- ↑ Conrad 1995, p. 24.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 17.
- 1 2 Spycket 1987, p. 14.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 17-21.
- 1 2 3 4 5 Spycket 1987, p. 16.
- 1 2 Monsaingeon 1985, p. 16.
- 1 2 3 4 5 Conrad 1995, p. 25.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 26.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 29.
- ↑ Monsaingeon 1985, p. 18.
- ↑ Nadia Boulanger, Agenda 1914 (janvier), inédit, Bibliothèque nationale de France, Rés Vmf ms 152 (1), cité dans Alexandra Laederich, Rémy Stricker, « Les trois vies de Nadia Boulanger : extraits inédits de la valise protégée », Revue de la BnF, 2014/1, no 46, p. 77-78, disponible en ligne sur http://www.cairn.info/revue-de-la-bibliotheque-nationale-de-france-2014-1-page-77.htm [archive].
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 35-36.
- 1 2 3 4 5 6 Spycket 1987, p. 18.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Spycket 1987, p. 20.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 38-39.
- ↑ Carole Bertho Woolliams, Lili Boulanger: compositrice du XXe siècle, Jardin d'essai, , 221 p. (ISBN 978-2911822-58-2, lire en ligne), p. 16
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 42.
- 1 2 3 4 Monsaingeon 1985, p. 20-21.
- ↑ France Culture, Emission "Une vie, une œuvre", « Nadia Boulanger (1887-1979), la Musique en personne »
, (consulté le ) - 1 2 3 4 5 6 Brooks 2013, p. 24.
- 1 2 3 Carole Bertho Woolliams, Lili Boulanger: compositrice du XXe siècle, Jardin d'essai, , 221 p. (ISBN 978-2911822-58-2, lire en ligne), p. 17-18
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 44-48.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Potter 2001.
- 1 2 3 Brooks 2013, p. 21.
- ↑ Gargenville, « Lili et Nadia Boulanger : deux sœurs de légende », sur gargenville.fr (consulté le )
- 1 2 Spycket 1987, p. 24.
- 1 2 3 4 Spycket 1987, p. 22.
- 1 2 Monsaingeon 1985, p. 22.
- 1 2 3 4 5 6 7 Spycket 1987, p. 26.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 162.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 58-63.
- 1 2 3 4 5 Spycket 1987, p. 32.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 64.
- 1 2 3 4 Spycket 1987, p. 28.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 65-69.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 74.
- 1 2 3 4 Spycket 1987, p. 30.
- ↑ Jérôme Spycker, Nadia Boulanger, Lausanne, Lattès-Payot, , 192 p., Page 28
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 83.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 84.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Spycket 1987, p. 36.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 89.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 90.
- 1 2 3 4 5 Spycket 1987, p. 34.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 97.
- 1 2 Spycket 1987, p. 50.
- 1 2 Sylvain Caron, « Nouvelle Histoire de la Musique en France (1870-1950) », sur emf.regroupement-rcms.org, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 Spycket 1987, p. 46.
- 1 2 3 4 5 Spycket 1987, p. 52.
- ↑ « Gazette des classes de composition / Comité franco-américain ; rédactrices Nadia et Lili Boulanger ; croquis de Jacques Debat-Ponsan », sur Gallica - Bibliothèque nationale de France.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 128.
- 1 2 Spycket 1987, p. 54.
- 1 2 3 4 5 6 (en) « Nadia Boulanger », Biography, sur MusicianGuide.com (consulté le ).
- ↑ (en) Jillian C. Rogers, « Living Intimately with Loss: Embodied Memory in Nadia Boulanger’s Post-1918 Work of Mourning Get access Arrow », Music & Letters, vol. 104, no 2, , p. 229–270 (lire en ligne
) - ↑ Brooks 2013, p. 23.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 145.
- 1 2 3 4 5 Spycket 1987, p. 60.
- 1 2 3 4 5 Spycket 1987, p. 62.
- 1 2 Spycket 1987, p. 66.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 146.
- 1 2 Spycket 1987, p. 72.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 150.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 152.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 153.
- ↑ Monsaingeon 1985, p. 24.
- 1 2 3 Monsaingeon 1985, p. 25.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 157.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 64.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 67.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 161.
- ↑ Spycket 1987, p. 68.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 178-179.
- 1 2 3 4 Spycket 1987, p. 74.
- 1 2 3 4 5 Spycket 1987, p. 76.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 189.
- 1 2 Rosenstiel 1998, p. 202.
- 1 2 Spycket 1987, p. 78.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 216.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 94.
- 1 2 3 4 5 Spycket 1987, p. 96.
- ↑ Conrad 1995, p. 19-20.
- 1 2 Spycket 1987, p. 98.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 249.
- ↑ Monsaingeon 1985, p. 3.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 256.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 100.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 264.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 104.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 268.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 271.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 279.
- 1 2 3 4 5 6 Spycket 1987, p. 106.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 282.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 283.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 285.
- 1 2 3 4 5 Spycket 1987, p. 112.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 289-294.
- ↑ (en) Katharine Lane Weems, « Odds Were Against Me: A Memoir », Vantage Press, , p. 105
- ↑ Spycket 1987, p. 114.
- ↑ (en) « Recordings by Nadia Boulanger », sur naxos.com (consulté le )
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 108.
- 1 2 3 4 5 6 7 Spycket 1987, p. 116.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 303.
- 1 2 3 4 5 Spycket 1987, p. 120.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 312-313.
- 1 2 3 4 Spycket 1987, p. 122.
- 1 2 Rosenstiel 1998, p. 315-316.
- 1 2 3 4 5 6 Spycket 1987, p. 126.
- 1 2 3 4 Spycket 1987, p. 128.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 323.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 130.
- 1 2 3 4 Spycket 1987, p. 132.
- ↑ Spycket 1987, p. 134.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 336.
- ↑ Spycket 1987, p. 136.
- ↑ Spycket 1987, p. 138.
- 1 2 3 4 5 6 Spycket 1987, p. 140.
- ↑ Spycket 1987, p. 160.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 366.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 349.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 152.
- 1 2 Spycket 1987, p. 154.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 158.
- 1 2 Spycket 1987, p. 164.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 377-378.
- ↑ (en) Sigma Alpha lota, « Honorary Member », sur sai-national.org, (version du sur archive.org).
- ↑ Spycket 1987, p. 162.
- 1 2 (en) Roger O. Doyle, Women Composer, vol. 7, Martha Furman Schleifer, (ISBN 0-7838-8194-0), p. 753–4
- ↑ Spycket 1998, p. 386.
- 1 2 Spycket 1987, p. 174.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 389.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 176.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 178.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 180.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 182.
- ↑ Spycket 1987, p. 184.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 186.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 188.
- ↑ Archives de l’état civil de Paris en ligne, Paris 9, V4E 6174, vue 11/31, acte 1622, avec mention marginale du décès.
- ↑ (en) « Nadia Boulanger », Biography, sur musicianguide.com (consulté le ).
- ↑ Dartagnans, « Les Maisonnettes », Gargenville, présentation des collections
- 1 2 3 4 Spycket 1987, p. 56.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 124.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 102.
- ↑ Spycket 1987, p. 80.
- ↑ Royal Northern College of Music, « 1915. Création de la Gazette des classes du Conservatoire », sur rncm.ac.uk (consulté le )
- ↑ Spycket 1987, p. 157.
- ↑ Spycket 1987, p. 58.
- ↑ Monsaingeon 1985, p. 84.
- 1 2 Alexandra Laederich et Rémy Stricker, « Les trois vies de Nadia Boulanger », sur cairn.info, (consulté le ).
- 1 2 3 4 Spycket 1987, p. 90.
- ↑ Spycket 1987, p. 86.
- 1 2 Spycket 1987, p. 92.
- ↑ Spycket 1987, p. 118.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 347.
- 1 2 3 Spycket 1987, p. 156.
- ↑ Spycket 1987, p. 148.
- 1 2 Spycket 1987, p. 150.
- ↑ Potter 2006, p. 89.
- 1 2 Potter 2006, p. 65.
- 1 2 Potter 2006, p. 66.
- 1 2 Potter 2006, p. 67.
- ↑ Potter 2006, p. 9.
- ↑ Potter 2006, p. 70-71.
- ↑ Hélène Cao, « Nadia Boulanger anv », sur calameo.com, (consulté le )
- 1 2 Potter 2006, p. 73-74.
- 1 2 Potter 2006, p. 77.
- ↑ Potter 2006, p. 78-79.
- ↑ Potter 2006, p. 90.
- ↑ Spycket 1987, p. 42.
- ↑ Spycket 1987, p. 84.
- ↑ (en) Clemency Burton-Hill, « The greatest music teacher who ever lived », BBC, .
- ↑ Spycket 1987, p. 172.
- ↑ Monsaingeon et 1985 33.
- ↑ (en) Lennox Berkeley, « Nadia Boulanger as Teacher by Lennox Berkeley- June 2008 MusicWeb-International », sur musicweb-international.com, (consulté le )
- ↑ (en) Martin Bernheimer, « Mademoiselle: : Conversations with Nadia Boulanger : by Bruno Monsaingeon, translated from the French by Robyn Marsack (Carcanet: $14.95; 160 pp., illustrated) », sur latimes.com, (consulté le )
- ↑ Monsaingeon et 1985 31.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 193.
- ↑ (es) Carlos Galilea, « Michel Legrand: “Desprecio la música contemporánea” », El País, (ISSN 1134-6582, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Monsaingeon 1985, p. 54.
- ↑ Monsaingeon 1985, p. 120.
- 1 2 (en) « Nadia Boulanger - Teacher of the Century », sur nadiaboulanger.org, (version du sur archive.org).
- 1 2 (en) Ned Rorem, « THE COMPOSER AND THE MUSIC TEACHER », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (en) Aaron Copland, On Music, New York, Pyramid, , p. 70-77
- ↑ (en) Robin Orr, « Boulanger », The Musical Times,
- ↑ (en) Paul Driver, « Mademoiselle », Tempo, Cambridge University Press, , p. 33-34
- ↑ (en) « Quincy Jones on Nadia Boulanger », sur arts.gov, (version du sur archive.org).
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 1948, 352, 356.
- ↑ Monsaingeon 1985, p. 31-32.
- ↑ Monsaingeon 1985, p. 39.
- ↑ Monsaingeon 1985, p. 53.
- ↑ Rosenstiel 1998, p. 195.
- ↑ Monsaingeon 1985, p. 40.
- ↑ Monsaingeon 1985, p. 41.
- ↑ (en) Jenna Orkin, « The last class. Memories of Nadia Boulanger. », sur mvdaily.com, (consulté le )
- ↑ (en-US) « Quincy Jones's Biography », sur The HistoryMakers (consulté le ).
- ↑ Madeleine Kovalevsky, Maxime Kovalevsky : l'homme qui chantait Dieu, Osmonde, 1995, p. 100-101 (ISBN 2-910830-01-2).
- ↑ (en) Encyclopedia of Music in the 20th Century éditeurs - Lee Stacey & Lol Henderson. Routledge, New York 2013 p. 631 Virgil Thomson sur books.google
- ↑ (en) Encyclopedia Britanica Virgil Thomson sur www.britannica.com
- ↑ Brice Miclet, « Nadia Boulanger, femme de l'ombre et d'influence du milieu classique parisien », sur Slate, (consulté le ).
- ↑ « BODMR no 15 du 6 décembre 1966 page 577 », sur legifrance.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Hommage a Nadia Boulanger, Igor Stravinsky », sur brahms.ircam.fr (consulté le )
- ↑ « Hommage à Nadia Boulanger, Henri Dutilleux », sur brahms.ircam.fr (consulté le )
- ↑ « "On voit tout de suite s'il y a une motivation" : au cœur des tests d'entrée au Conservatoire », sur France Musique, (consulté le )
- ↑ Laurence Languin, « La médiathèque Nadia-Boulanger », dans François Sabatier, 25 ans CNSMD Lyon, Lyon, Symétrie, , 257 p. (ISBN 2-914373-19-8, BNF 40067701), p. 197-205
- ↑ « Planetary Names: Crater, craters: Boulanger on Venus », sur planetarynames.wr.usgs.gov (consulté le )
- ↑ « Un timbre à l'effigie de Nadia Boulanger », sur Gargenville (consulté le )
Annexes
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Écrits
- (en) Alan Kendall, The tender tyrant : Nadia Boulanger, a life devoted to music : a biography, Macdonald & Jane's, , 208 p. (ISBN 978-0356084039) [l'introduction est due à Yehudi Menuhin].
- [Monsaingeon 1985] Bruno Monsaingeon, Mademoiselle : entretiens avec Nadia Boulanger, , 144 p. (ISBN 9782858680689).
. - [Rosenstiel 1998] (en) Leonie Rosenstiel, Nadia Boulanger : a life in music, New York & Londres, Norton, , 438 p. (ISBN 9780393317138).
. - (en) Don G. Campbell, Master teacher Nadia Boulanger, Washington, Pastoral Press, , 151 p. (ISBN 9780912405032).
- [Spycket 1987] Jérôme Spycket, Nadia Boulanger, Lausanne, Lattès-Payot, , 191 p. (ISBN 9782601007541).
. - Doda Conrad, Grandeur et mystère d'un mythe : souvenirs de quarante-quatre ans d'amitié avec Nadia Boulanger, Paris, Buchet-Chastel, , 265 p. (ISBN 978-2702016503).

- [Potter 2006] (en) Caroline Potter, Nadia and Lili Boulanger : a life in music, Ashgate, Aldershot & Burlington, , 216 p. (ISBN 978-0754604723).
. - Alexandra Laederich, Nadia Boulanger et Lili Boulanger : témoignages et études, Lyon, Symétrie, , 544 p. (ISBN 9782914373296) [actes du colloque de musicologie « Nadia et Lili Boulanger », organisé en par l'Académie musicale de Villecroze].
- [Brooks 2013] (en) Jeanice Brooks, The musical work of Nadia Boulanger : performing past and future between the wars, Cambridge, Cambridge University Press, , 306 p. (ISBN 9781316616383).
- (it) Caterina Menichelli, Nadia Boulanger : la grande prêtresse de la musique, Bari, Florestano Ed., , 320 p. (ISBN 9788899320164).
Articles, notices, chapitres d'ouvrages
- Otto Ebel, Les femmes compositeurs de musique. Dictionnaire biographique, Paris, P. Rosier, (lire en ligne).
- Denise Bourdet, Nadia Boulanger, Paris, Grasset, .
- Stéphane Detournay, Nadia Boulanger : une leçon de musique, Tournai, revue électr. de l'AMG, , chap. 82.
Correspondances
- Maurice Ravel, L'intégrale : Correspondance (1895-1937), écrits et entretiens : édition établie, présentée et annotée par Manuel Cornejo, Paris, Le Passeur Éditeur, , 1769 p. (ISBN 978-2-36890-577-7 et 2-36890-577-4, BNF 45607052).
- Maurice Ravel, Correspondance, écrits et entretiens : édition établie, présentée et annotée par Manuel Cornejo, Paris, Gallimard, coll. « Tel », , 2934 p. (ISBN 9782073111111, BNF 47682301) Contient 9 correspondances de Maurice Ravel à Nadia Boulanger (1912-1930), 1 correspondance de Nadia Boulanger à Maurice Ravel (1913) ainsi que 2 courriers collectifs cosignés entre autres par Ravel et Nadia Boulanger adressés respectivement à Willem Mengeblger (1922) et Serge Rachmaninov (1933)
Articles connexes
Liens externes
- Académie de musique au château de Rangiport Gargenville
- Nadia boulanger, un tyran aimé, ICM Musique
- « Les compositrices... empêchées, effacées, oubliées », épisode 20 de 15 minutes [audio], sur France Culture, (consulté le ).
- Archives conservées par : division musique de la Bibliothèque du Congrès
- Ressources relatives à la musique :
- Ressource relative à plusieurs domaines :
- Ressource relative à l'audiovisuel :
- Ressource relative au sport :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- American National Biography
- Britannica
- Brockhaus
- Collective Biographies of Women
- Den Store Danske Encyklopædi
- Deutsche Biographie
- Dictionnaire universel des créatrices
- Enciclopedia De Agostini
- Gran Enciclopèdia Catalana
- Hrvatska Enciklopedija
- Internetowa encyklopedia PWN
- Nationalencyklopedin
- Proleksis enciklopedija
- Store norske leksikon
- Universalis
- Portail de la musique classique
- Portail de l’orgue
- Portail du XXe siècle
- Portail de la France
- Portail des femmes et du féminisme
- Portail de Fontainebleau