Nicholas Edward Cave passe son enfance en milieu rural, dans la région céréalière de l'État de Victoria, d'abord dans la petite bourgade de Warracknabeal, puis à Wangaratta, une ville un peu plus importante. Il a deux frères aînés, Tim (né en 1952) et Peter (né en 1954), et une sœur cadette, Julie (née en 1959). Il grandit dans un environnement littéraire : son père, Colin, est professeur[17] d'anglais et de littérature, tandis que sa mère, Dawn, exerce le métier de bibliothécaire dans le même établissement scolaire ; elle est décédée le 15 septembre 2020. Ses parents, anglicans fervents, lui inculquent une éducation religieuse qui le marquera, comme l'attestent les nombreuses références au sacré dans ses écrits ; il fait partie du chœur de garçons de la cathédrale de Wangaratta et y suit les écoles. À l'époque, il crée ses premières histoires pour endormir Julie, qui partage sa chambre à coucher[18]. Souvent en conflit avec l'autorité scolaire, il est envoyé en pension en 1970, à la Caulfield Grammar School de Melbourne. L'année suivante, ses parents emménagent dans une banlieue de Melbourne, à Murrumbeena, dans l'état australien de Victoria et Nick redevient simple demi-pensionnaire. Il peut ainsi profiter du piano familial et participer à la chorale de son école, bientôt soutenu et dirigé par son professeur Norman Kaye, chef de chœur.
En 1973, au lycée Caulfield, Nick Cave fait la connaissance de Mick Harvey, Tracy Pew et Phill Calvert, avec lesquels il monte son premier groupe, The Boys Next Door qui deviendra The Birthday Party. En 1978, Rowland S. Howard rejoint le groupe en qualité de guitariste. En 1976, Nick Cave entame des études de peinture au Caulfield Institute of Technology, mais il abandonne en 1977, afin de se consacrer entièrement à la musique. À la fin de l'année 1978, peu après les 21 ans de Nick, son père meurt dans un accident de voiture.
À la fin des années 1970, le groupe, partie prenante de la scène post-punk locale, donne de très nombreux concerts dans toute l'Australie avant de changer de nom en 1980 pour devenir The Birthday Party et de s'installer en Europe cette même année, d'abord à Londres, où il partage des piaules avec les critiques musicaux et journalistesPaul Gorman et Barney Hoskyns, ou encore Johnny Thunders[19] puis à Berlin-Ouest. Ami de Mat Snow en 1981, Nick Cave rencontre Barney Hoskyns au Tropicana Motel de West Hollywood, et après une mauvaise critique de l'album The First Born is Dead, ils se brouillent, et Nick écrit la chanson Scum contre lui personnellement, sans omettre de le lui avouer[20]. Au début de la chanson Scum, Nick Cave se racle la gorge et crache ; à la sortie des textes de Nick Cave dans King Ink, le texte de Scum n'est pas présent. Dans une version de tous ses textes et écrits jusque Lightning Bolts, dernier texte de Push the Sky Away, parue chez Penguin Books en 2001, le texte est bien présent[21].
La compagne et muse de Nick Cave Anita Lane suit le groupe en Europe, où il devient rapidement célèbre pour l'énergie déployée dans ses concerts, volontiers provocateurs, qui voient régulièrement Cave hurler et torturer sa voix, bondissant sans relâche aux quatre coins de la scène dans un déluge de rock agressif et d'effet Larsen. Malgré de nombreux enregistrements et un culte[22],[24] grandissant autour du groupe, The Birthday Party se sépare en 1984. Rowland S. Howard et Nick Cave ont en effet de plus en plus de mal à travailler ensemble[25], et leurs abus respectifs de drogues et d'alcool n'arrangent rien. Même si The Birthday Party n'a connu qu'un succès limité au long de sa carrière, leur rock gothique[26] est considéré comme une influence majeure des mouvements psychobilly[27],[28] et death rock[27],[29] des années 1980. Cave se lie à cette époque à la culture gothique en fréquentant assidument un haut lieu londonien de cette scène, le Batcave[30].
Nick Cave forme alors avec Mick Harvey ce qui devient la première version de Nick Cave and the Bad Seeds, dont le nom exprime clairement le changement notable de statut du chanteur, qui est désormais le vrai meneur du groupe. Les paroles des chansons explorent alors de nouveaux thèmes, Nick Cave délaissant quelque peu l'expressionnisme de ses débuts pour écrire des histoires pétries de lyrisme, foisonnant de détails narratifs. Les Bad Seeds se posent d'emblée comme un groupe à composante internationale en intégrant, outre Nick Cave et Mick Harvey, le guitaristeallemand du groupe de rock industrielEinstürzende Neubauten, Blixa Bargeld, l'ex-bassisteanglais de Magazine, Barry Adamson, et le guitariste australienHugo Race. Anita Lane participe également, notamment en écrivant les paroles de quelques chansons. C'est dans cette configuration que le groupe enregistre son premier album, sorti en 1984 : From Her To Eternity.
En 1996, Nick Cave and the Bad Seeds publient l'album Murder Ballads, un recueil de chansons sur le thème du meurtre. Nick Cave y interprète deux duos : Henry Lee avec la chanteuse britanniquePJ Harvey, avec qui il vit une brève histoire d'amour jusqu'à ce qu'elle rompe, et Where the Wild Roses Grow, avec la star de la popaustralienneKylie Minogue. Ce second titre connaît un franc succès à l'échelon international, et remporte en 1996 trois ARIA Awards en Australie, dont celui de la « Chanson de l'année ». L'album suivant, The Boatman's Call, qui paraît en 1997, marque une rupture de style radicale par rapport à la structure narrative quasi-théâtrale de Murder Ballads, Nick Cave choisissant d'adopter cette fois un ton autobiographique intimiste pour évoquer dans ses morceaux ses relations avec Viviane Carneiro et PJ Harvey, qui a rompu[34]. En 1998 paraissaient à la fois une compilation Best of des morceaux les plus populaires des albums antérieurs de Nick Cave and the Bad Seeds[35] et, en Australie exclusivement, une compilation non officielle de divers artistes ayant inspiré Nick Cave, Original Seeds(en) comprenant, entre autres, des morceaux de Johnny Cash et de Leonard Cohen.
En octobre de la même année, Nick Cave signe une introduction à l'Évangile selon Marc parue dans la collection Pocket Canon Bible Series ; un deuxième volet, Original Seeds Volume 2, sort en 2004. La même année, Nick Cave collabore avec le groupe Current 93, notamment sur leur album All the Pretty Little Horses, sur lequel il lit des extraits des Pensées de Blaise Pascal. Après la sortie de Murder Ballads, Nick Cave décide de s'éclipser quelque temps de la scène publique afin de régler ses problèmes de dépendance à l'héroïne et à l'alcool. Il refait surface quatre ans plus tard, en 2001, ressourcé, avec un album complexe et sombre auquel ont collaboré Kate et Anna McGarrigle, No More Shall We Part, qui reçoit un excellent accueil, tant de la part des critiques que de la part des fans, puis en interprétant une reprise des chansons Let It Be et Here Comes the Sun en single. En 2004, Nick Cave et le groupe des Bad Seeds avaient composé la chanson Crazy Love de Marianne Faithfull, parue sur son album Before the Poison. Nick a collaboré par une chanson complète et une composition à l'album Give my Love to London de Marianne Faithfull, et interprète une des dix-neuf versions de Daisy Bell reprises sur l'album-concept The Music Gay Nineties Old Tyme: Daisy Bell - sorti le , il s'agit d'un projet initié par le peintre Mark Ryden. Nick Cave écrit en 2004 le scénario du film The Proposition, qui sort en Australie, en octobre 2005, et courant 2006 dans le reste du monde. Situé dans l'outbackaustralien, ce western poétique et violent, réalisé par John Hillcoat, fait notamment se croiser les acteurs Guy Pearce, John Hurt et Emily Watson. La B.O. est enregistrée par Nick Cave, épaulé par son complice Warren Ellis[36], et mise sur le marché une semaine avant la sortie australienne du film[39].
Tournées solo
À partir des années 1990, Nick Cave effectue des tournées « seul en scène », en plus de ses concerts avec les Bad Seeds. Pour ces concerts sans les Bad Seeds au complet, le groupe se compose de Nick Cave au piano et d'une équipe variable de trois autres musiciens à la basse, à la batterie et au violon. Le trio avec lequel Nick Cave tourne en 2006 inclut trois membres des Bad Seeds : Martyn P. Casey ou Susan Stenger, Jim Sclavunos et Warren Ellis (surnommés les Mini-Seeds). En , on le retrouve en choriste et pianiste au Subterania Club, une scène londonienne, pour un concert de John Cale avec entre autres Chrissie Hynde. En 2000, il co-écrit et compose Little Water Song pour l'album Punishing Kiss de Ute Lemper, reprise en français sur un CD-bonus dans une édition limitée.
Johnny Cash
La même année, Johnny Cash, l'une des idoles de Nick Cave, reprend le titre The Mercy Seat(en), emblématique des Bad Seeds sur l'album American III: Solitary Man. Il rend ainsi la politesse à Nick Cave qui avait, quelques années auparavant, sur Kicking Against the Pricks, repris The Folksinger. Nick Cave est ensuite convié, comme plusieurs autres artistes des scènes rock et country, à participer à la rédaction des notes de pochette de la rétrospective consacrée à Johnny Cash à l'occasion de son 70e anniversaire : The Essential Johnny Cash(en). Les carrières des deux artistes se croisent encore un moment, en 2002, le temps d'un duo sur le quatrième opus de la série American Recordings de Johnny Cash (American IV: The Man Comes Around). Ils reprennent pour l'occasion I'm So Lonesome I Could Cry, célèbre chanson d'une autre légende de la country, Hank Williams. Dans le coffret posthume Johnny Cash: Unearthed se trouve un ultime duo rassemblant Johnny Cash et Nick Cave : il s'agit de leur version de Cindy, chanson traditionnelle américaine. Nick Cave a enregistré une version du morceau Disco 2000 du groupe Pulp, paru comme face B de leur single Bad Cover Version en 2001.
Début 2008, Nick Cave and The Bad Seeds signent un retour salué par les critiques avec Dig, Lazarus, Dig!!!, album qualifié de gothique par le NME[40], qui s'inspire librement de la résurrection de Lazare ; la chanson Up jumped the devil est utilisée comme générique de l'épisode 3 du jeu vidéo Alan Wake (XBOX 360). Début 2009, Mick Harvey, qui a accompagné Nick dans tous ses projets musicaux depuis leur adolescence, décide de se séparer des Bad Seeds.
Le second roman de Nick Cave The Lonesome Death Of Bunny Monroe, paru chez Faber & Faber le est sorti en même temps qu'une nouvelle BO composée pour l'occasion ; la version française est disponible chez Flammarion sous le titre La Mort de Bunny Munro. Nick Cave et John Hillcoat projettent de réaliser un second film ensemble, une comédie située en Grande-Bretagne, dont le titre provisoire est Death of a Ladies Man (référence à Leonard Cohen). À partir de 2011, il enchaîne les sorties de collaborations avec sa collègue de maison de disque Neko Case pour une reprise de She's not there, du groupe de The Zombies, ainsi qu'avec le groupe UNKLE[41] pour leur album à paraître, sur le titre Money and Run. Deux compositions et participations sortent également pour l'album West of Memphis : Voices for Justice, plaidoyer contre la peine de mort inspiré par le cas des West Memphis Three.
Push The Sky Away et 2013
En 2013, l'album Push The Sky Away de Nick Cave & the Bad Seeds reçoit un bon accueil critique. Le NME qualifie le chanteur de « grand lord gothique » et présente le disque comme un « chef-d’œuvre majestueux et triste »[42].
Mort de ses enfants Arthur et Jethro
Le , le fils de Nick Cave, Arthur Cave, meurt à l’âge de 15 ans, sous l’emprise de LSD, en chutant accidentellement d'une falaise de 18 mètres à Brighton[43],[44]. En , il sort l'album Skeleton Tree avec les Bad seeds, bien que le ton semble témoigner de la tragédie récente, une grande partie des chansons de l'album ont été écrites préalablement à cette tragédie[45]. À la sortie internationale de cet album, précède la diffusion, la veille, du documentaire One More Time with Feeling(en) qui raconte l'histoire de la création de cet album[46].
Le , son fils aîné Jethro, atteint de schizophrénie, se donne la mort[47]. La même année, Nick Cave publie l'ouvrage Foi, espérance et carnage(en), une suite d'entretiens avec le journaliste irlandais Seán O'Hagan(en)[48], dans lequel il livre son rapport de la musique à la foi. L'artiste y raconte comment la musique l'a aidé à surmonter le chagrin, et établit un lien étroit entre musique et spiritualité : « C'est la forme artistique qui répond le mieux à notre besoin de combler notre manque de Dieu, parce qu'elle permet de nous sentir moins seuls : elle nous connecte spirituellement[47]. »
Nick Cave a déclaré que la cicatrice qu'il porte à la joue gauche lui a été faite par Anita Lane du temps où ils étaient ensemble, au cours d'une bagarre au couteau entre eux[réf. souhaitée].
Nick Cave a joué son morceau fétiche, The Mercy Seat(en), écrit à Berlin[49], à l'occasion de la quasi-totalité des concerts qu'il a donnés depuis 1988, en solo comme avec son groupe.
Engagement
Le mercredi marque le début d'une nouvelle campagne de PETA, association destinée à établir et protéger les droits de tous les animaux. Engagé pour cette cause, le titre Breathless de Nick Cave est la bande-son d’un clip vidéo avec Iggy Pop, engagé également[50].
Nick Cave est nommé officier de l'ordre d'Australie, pour son « service distingué aux arts de la scène en tant que musicien, auteur-compositeur, auteur et acteur, tant au niveau national qu'international, et en tant que contributeur majeur à la culture et au patrimoine musicaux australiens »[51].
La médaille lui est décernée par Patrick de Carolis, maire de la ville, lors d'une cérémonie conjointe avec sa remise de décoration de chevalier des Arts et des Lettres[53].
1996 : ARIA Awards - Chanson de l'année, Single de l'année et Meilleure chanson pop (Where the Wild Roses Grow)
1996 : MTV Europe Music Awards - Nick Cave a demandé officiellement le retrait de sa nomination en tant que Meilleur artiste masculin, car il n'était pas à l'aise avec la « nature compétitive » de ce type de remise de prix[54].
↑(en) Lewis, Luke, « Release The Bats - It's The 20 Greatest Goth Tracks », : « 7. The Birthday Party – Release The Bats. Knuckle-dragging drums. Sickening, scything distortion. Barely comprehensible vocals in the Vic Reeves 'club style': here was a compelling sonic template for goth's lunatic fringe. Most gothic moment: Nick Cave's blood-curdling shriek: "Whooaaargh! BITE!" It was a story about vampire sex was promoted by an advert with the words "Dirtiness is next to antigodliness". »
↑ a et bPhilippe Robert, Post-Punk, No Wave, Indus & Noise : chronologie et chassés-croisés, Le mot et le reste, (ISBN978-2360540198), p. 150-151.
↑(en) Phil Graham, Music, Management, Marketing, and Law : Interviews Across the Music Business Value Chain, Springer, (ISBN978-3030021429, lire en ligne), p. 77.
↑L'agent artistique John Watson, qui a travaillé avec de nombreux artistes australiens, avait déclaré : « The Birthday Party s'est transplanté à Londres, Nick Cave est devenu Nick Cave, le culte de Birthday Party et celui de Nick n'auraient jamais été ce qu'ils étaient s'ils étaient restés à Melbourne[23] ».
↑Nick va même jusqu'à dire qu'il n'avait tout simplement plus envie de chanter ses chansons.
↑Le journaliste Philippe Robert rapproche l'univers blasphématoire et halluciné de Birthday Party de celui des Cramps, pionniers et figures de proue du mouvement psychobilly[22].
↑King Ink 2 sortit quelques années plus tard. Les traductions parues chez Le Serpent à Plumes de Nick Cave sont de mauvaise qualité, et ne reprennent aucune des illustrations ou photos des éditions originales
↑version augmentée et compilée de King Ink I et King Ink II et diverses lectures déjà parues, notamment en bootleg
Annexes
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Ouvrages en français
Nick Cave et Sean O'Hagan (trad. de l'anglais par Serge Chauvin), Foi, espérance et carnage, Table Ronde, coll. « Quai Voltaire », , 368 p. (ISBN979-1037111517)..
Arthur-Louis Cingualte, L'Evangile selon Nick Cave : Le Gospel de l'âge du fer rouillé, Eclisse, , 160 p. (ISBN978-2490295029).
Christophe Deniau, Nick Cave : l'intranquille, Le Castor Astral, (réimpr. 2023) (1re éd. 2017), 309 p. (ISBN979-1027801374, lire en ligne).
(en) Maximilian Dax et Johannes Beck, The life and music of Nick Cave: An illustrated biography, Éd. Gestalten Verlag, 1999 (ISBN3-9311-2627-7).
(en) Amy Hanson, Kicking Against the Pricks: An Armchair Guide to Nick Cave, Éd. Helter Skelter Publishing, 2005 (ISBN1-9009-2496-X).
(en) Ian Johnston, Bad Seed: A biography of Nick Cave, Éd. Little Brown & Co, 1995 (ISBN978-0349107783).
Autres ouvrages
Barney Hoskyns (trad. de l'anglais par Corinne Julve), Tom Waits, une Biographie : Swordfishtrombones et chiens mouillés, Paris, Rivages, , 456 p. (ISBN978-2-7436-2467-5).
Simon Reynolds (trad. de l'anglais par Aude de Hesdin), Rip It Up and Start Again : Post-Punk 1978-1984, Allia, (ISBN978-2844852328), « Dark things : le gothique et le retour du rock », p. 510-531.
Bande dessinée
Reinhard Kleist (trad. de l'allemand par Paul Derouet), Nick Cave : Mercy on me, Casterman, coll. « écritures », , 322 p. (ISBN978-2203164321).