Odyssée

De Mi caja de notas


Odyssée
Image illustrative de l’article Odyssée
Ulysse en proie aux sirènes. Stamnos attique à figures rouges, c. 480– (de Vulci. Inv. GR 1843.11-3.31).

Auteur Homère
Pays Grèce antique
Genre épopée mythologique, aventure
Version originale
Langue Grec ancien
Titre Ὀδύσσεια
Lieu de parution Grèce antique
Date de parution fin du VIIIe siècle av. J.-C.
Ouvrages du cycle Cycle troyen
Version française
Traducteur divers
Date de parution 1571 (première traduction en français)
Ouvrages du cycle Cycle troyen
Chronologie

Scène de l'Odyssée, fresque romaine (fin du IIe siècle av. J.-C.).

L'Odyssée (en grec ancien Ὀδύσσεια / Odýsseia) est une épopée grecque antique attribuée à l’aède Homère, qui l'aurait composée après l'Iliade, vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C. Composée de 12 109 hexamètres dactyliques, elle est considérée, avec l'Iliade, comme l'un des deux « poèmes fondateurs » de la culture grecque antique et comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature mondiale.

L'Odyssée relate le retour chez lui du héros Ulysse (Odysseus en grec), qui, après la guerre de Troie dans laquelle il a joué un rôle déterminant, met dix ans à revenir dans son île d'Ithaque, pour y retrouver son épouse Pénélope et son fils Télémaque. Il les délivre des prétendants qui convoitaient son épouse et ses richesses en profitant de sa disparition. Au cours de son voyage sur mer, rendu périlleux par le courroux du dieu Poséidon, Ulysse rencontre de nombreux personnages mythologiques, comme la nymphe Calypso, la princesse Nausicaa, les Cyclopes, la magicienne Circé et les sirènes. L'épopée contient aussi un certain nombre d'épisodes qui complètent le récit de la guerre de Troie, par exemple la construction du cheval de Troie et la chute de la ville, qui ne sont pas évoquées dans l'Iliade.

L'Odyssée a inspiré un nombre considérable d'œuvres littéraires et artistiques au cours des siècles, de manière directe ou plus diffuse. Le terme « odyssée » est devenu par antonomase un nom commun désignant un « récit de voyage plus ou moins mouvementé et rempli d'aventures singulières »[1].

Composition

Homère et la question homérique

Buste d'Homère tel qu'il était imaginé au IIe siècle av. J.-C., copie d'époque romaine. British Museum.

La tradition antique attribuait l’Odyssée, comme l’Iliade, à un poète nommé Homère, qui selon la vision la plus répandue aurait été un aède aveugle, dont elle croyait fermement à l'existence, sans pour autant disposer de plus d'éléments sur sa vie. Les seules biographies qui ont été faites de lui sont trop tardives pour être crédibles, son lieu de naissance et sa généalogie sont débattus, ainsi que l'époque précise durant laquelle il aurait vécu. C'était quoi qu'il en soit une figure légendaire et admirée dans tout le monde grec en raison de la très grande estime dans laquelle étaient tenues les deux épopées qui lui étaient attribuées[2],[3],[4].

À partir de la fin du XVIIIe siècle av. J.-C. et des travaux de Friedrich August Wolf, l'existence d'Homère et surtout l'attribution de l’Iliade et de l’Odyssée à un seul auteur ont sérieusement été discutées par les spécialistes de littérature et d'histoire antiques : c'est la « question homérique ». Pour certains, dits « analystes », les deux épopées ne sont pas des œuvres suffisamment cohérentes pour être attribuables à une même personne et à une même couche de rédaction. Elles ont été composées en réunissant plusieurs récits. D'autres, dits « unitaristes » (et aussi les « néo-analystes »), considèrent en revanche que les œuvres sont cohérentes et ont été rédigées d'un seul tenant. La question s'est complexifiée par la prise en considération des origines orales de ces épopées, mises en avant par les travaux de Milman Parry. Elles ont été manifestement élaborées à partir d'une tradition épique plus ancienne circulant oralement, dans un contexte où l'oralité dominait. Mais cela n'empêche pas de reconnaître qu'elles ont pour l'essentiel été composées à une même époque par une même personne ou du moins dans un même groupe de personnes, qu'il s'agisse d'un « Homère » historique ou non, notamment parce que leur langue est cohérente et datable d'une même époque (la seconde moitié du VIIIe siècle av. J.-C.). Cela n'exclut pas non plus des remaniements postérieurs, y compris l'ajout de passages, qui n'ont néanmoins pas modifié l'essentiel des œuvres. De nos jours, la majorité des homéristes tend donc plutôt à admettre l'unité globale de l'œuvre et sa forte cohérence, et attribue les quelques disparités et incohérences observables à la fois à la composition orale et à l'ambition du dessein narratif du ou des poète(s)[5],[6],[7],[8].

La question de savoir si l’Odyssée a été composée par la ou les même(s) personne(s) que l’Iliade est discutée. Les similitudes structurelles entre les deux épopées indiquent qu'elles pourraient être l’œuvre d'une même personne, comme le voulait la tradition antique. La différence de tonalité pourrait s'expliquer par un auteur différent, position défendue dès l'Antiquité par une minorité, qui est a bon nombre de partisans à l'époque moderne. D'autres en revanche préfèrent envisager qu'il s'agisse du même auteur, mais plus âgé, puisqu'il est généralement admis que l’Odyssée a été composée après l’Iliade[9],[10].

Contexte et datation

Localisation des principaux sites archéologiques de la Grèce des âges obscurs.
Scène de combat sur un bateau, détail d'un cratère du Géométrique moyen (v. 800-775 av. J.-C.). Metropolitan Museum of Art.

L'élaboration de l’Odyssée est généralement située aux VIIIe – VIIe siècle av. J.-C., durant une période riche en changements dans le monde grec, qui trouvent des échos dans l'épopée, nommée époque géométrique en raison du style de céramique le plus courant (v. 900-700 av. J.-C.). Cette région sort des « âges obscurs », qui ont suivi l'effondrement de la civilisation mycénienne, avec une disparition des organisations politiques complexes et un recul important dans le domaine technique, notamment la disparition de l'écriture (le linéaire B des Mycéniens), même si les interprétations catastrophistes de cette époque ont été nuancées[11]. Le VIIIe siècle av. J.-C. est une période de « renaissance » marquée par le début de la formation d'entités politiques d'un nouveau type, les cités, l'émergence d'une élite aristocratique, une plus grande ouverture au monde (début de la colonisation grecque), la constitution de sanctuaires panhelléniques (Olympie, Delphes, etc.), et l'élaboration de l'alphabet grec, donc une réapparition de l'écriture[12],[13]. La période qui s'ouvre alors est l'époque archaïque (v. 776-480 av. J.-C.), qui voit la formation de la civilisation grecque antique[14].

Quelles soient l’œuvre d'une ou plusieurs personnes, les épopées homériques ont souvent été analysées comme le reflet d'une époque donnée, qu'elle soit leur époque de composition ou bien une période antérieure : en analysant la culture matérielle et les pratiques sociales des personnages, il serait possible d'estimer un contexte précis auquel elle font référence. Mais cela s'est avéré vain, car le monde de l'épopée est une création poétique qui n'a pas de réalité historique, au même titre que la langue dans laquelle elle est racontée. Le monde homérique est certes ancré dans son contexte probable de composition, la fin des âges obscurs et le début de l'époque archaïque, et créé pour un auditoire de cette période en partageant ses références communes. Mais il renvoie aussi à des périodes antérieures (puisqu'il est censé prendre place dans un passé lointain) en incorporant des souvenirs de l'époque mycénienne qui sont encore présents quitte à être flous et remaniés, ce qui se traduit par la présence dans les épopées du souvenir de la grandeur passée de certaines cités (Mycènes et Troie) et d'éléments matériels anciens (visibles notamment dans l'armement). Tout cela en laissant une grande part à l'invention poétique qui crée un monde artificiel et intemporel[15],[16],[17],[7],[18].

En revanche elles ne semblent pas faire référence à des pratiques sociales postérieures à 750-700 av. J.-C.[19],[20],[21], ce qui fait que la période des premières décennies du VIIe siècle av. J.-C. est généralement considérée comme la plus tardive pour la rédaction des épopées homériques. Elles sont donc généralement datées de la période 750-700 av. J.-C., voire jusqu'en 675[19],[3],[22]. Certains considèrent qu'elles ont été élaborées plus tardivement, dans la seconde moitié du VIIe siècle av. J.-C. (v. 630 pour Martin West)[23].

L’Odyssée est généralement considérée comme une œuvre postérieure à l’Iliade. Elle semble élaborée pour former une sorte d'épilogue de celle-ci, présentant les mêmes personnages après la fin de l’Iliade, sans aborder les mêmes épisodes, peut-être comme une manière de la compléter en évoquant la prise de Troie et les retours des vainqueurs[24]. Ce pourrait être un poème de la maturité d'un « Homère » âgé (comme proposé par le critique antique Longin), ou alors un poème composé par un imitateur, une génération après lui. En tout cas la personne qui a composé l’Odyssée connaissait probablement l’Iliade[9],[25],[26],[27],[28],[10],[23].

Origines et inspirations

La question de savoir dans quelle matière orale a pu s'inspirer l'auteur de l’Odyssée a permis de dégager plusieurs pistes. L’Odyssée comme l’Iliade s'inscrivent dans un cycle d'épopées proprement grecques qui ont pour thème central la guerre de Troie et ses suites. Les autres épopées du « cycle troyen » ont été composées et mises par écrit après les épopées homériques, sans doute en s'inspirant d'elles, et aucune n'est parvenue jusqu'à nos jours, seuls des résumés étant connus. Cela indique en tout cas qu'il existait un important réservoir de récits oraux mettant en scène des héros du passé, circulant durant les âges obscurs, dans lequel les compositeurs de ces épopées ont pu puiser[29],[30]. Il est possible qu'une guerre de Troie historique soit à l'origine de ces récits de guerre et de voyages de retour. Mais la démonstration n'en a jamais été apportée[31]. L’Odyssée semble aussi redevable du récit de Jason et des Argonautes, pour son aspect de récit de voyage et d'aventures, aussi par la similitude de plusieurs épisodes (notamment la présence de Circé dans les deux légendes). Il circulait alors sous forme orale, les versions écrites étant plus tardives et sans doute différentes de celles circulant du temps d'Homère[32],[33].

L’Odyssée fait aussi appel à de nombreux motifs qui semblent venus du monde des contes populaires, d'un folklore évoquant des histoires merveilleuses de voyage maritime : récits de marin quittant sa famille, revenant juste avant le remariage de son épouse ; rencontres avec des ogres, des magiciennes et d'autres types de monstres ; etc.[30],[34] Il a également été avancé que les errances d'Ulysse s'inscrivent dans un cadre géographique réel, ce qui a donné lieu à de nombreuses tentatives de localisations depuis l'Antiquité[35]. Dans les années 1920, V. Bérard proposait même que l’Odyssée renvoie aux habitudes de navigation du temps des Phéniciens, en s'inspirant d'un texte d'instructions nautiques, ce qui est impossible à démontrer[36]. Le monde de l’Odyssée a un caractère artificiel, et ce texte ne peut être considéré comme un ouvrage de géographie[37]. À tout le moins, la composition du texte s'inscrit dans le contexte du début de la colonisation grecque archaïque, qui donne aux Grecs une bien meilleure connaissance de la Méditerranée et des pays qui la bordent[38].

La comparaison avec d'autres mythologies indo-européennes a également été mise en avant. Les épopées homériques sont par bien des aspects les descendantes d'une tradition épique qui présente des parallèles avec d'autres cultures indo-européennes, et ont donc manifestement une origine commune « proto-indo-européenne ». Cela ressort en particulier des comparaisons avec les épopées indiennes, le Mahâbhârata et le Ramayana et les thématiques brassées dans le cycle troyen. Des comparaisons ont également été faites avec les mythologies des pays celtiques. Par exemple, dans l'épisode de l'épreuve de l'art, la compétition reposant sur la force pour obtenir la main d'une femme a des parallèles dans la mythologie indienne (dans le Mahâbhârata mais aussi la légende sur la vie de Bouddha), et la victoire d'Ulysse peut aussi être vu comme un moment de confirmation du caractère royal du personnage, qui a là aussi des parallèles indo-européens. Le massacre des prétendants qui suit a également été comparé aux mythes indo-européens de combat héroïque contre un dragon symbolisant le chaos[39],[40].

La civilisation grecque antique étant vue par bien des aspects comme une ramification des civilisations du Proche-Orient ancien et de l'Égypte antique, la question des relations entre les traditions mythologiques de ces pays « orientaux » et les épopées homériques font l'objet de nombreux débats. Les thématiques de l’Odyssée s'apparentent par bien des aspects à celle de l’Épopée de Gilgamesh, et le style épique homérique présente des traits communs avec ceux des épopées mésopotamiennes et levantines. Mais il n'y a aucun argument décisif sur ce point et le sujet reste débattu. Ces similitudes peuvent simplement refléter des traditions mythologiques et épiques communes, le monde égéen étant depuis longtemps en relations avec les pays orientaux (même si ces relations s'intensifient au début de l'époque archaïque et durant l'époque orientalisante), sans emprunt direct, d'autant plus que le ou les auteurs des épopées homériques ne semblent pas avoir une bonne connaissance des pays situés plus à l'est[41],[42],[39].

En tout état de cause, même en admettant la présence de motifs indo-européens et orientaux, les spécialistes de l’Odyssée accordent plus d'importance au contexte direct de la création de l'épopée, celui de la constitution de la civilisation grecque antique et la floraison culturelle qui l'accompagne[43].

De l'oral à l'écrit

« Coupe de Nestor », v. 720 av. J.-C., musée archéologique de Pithécusses (haut) et transcription de l'inscription poétique qui s'y trouve, rappelant des vers homériques (bas). Traduction : « La coupe de Nestor est commode pour y boire, mais quiconque boira dans cette coupe sera aussitôt saisi par le désir d'Aphrodite à la belle couronne[44]. »
 
« Coupe de Nestor », v. 720 av. J.-C., musée archéologique de Pithécusses (haut) et transcription de l'inscription poétique qui s'y trouve, rappelant des vers homériques (bas). Traduction : « La coupe de Nestor est commode pour y boire, mais quiconque boira dans cette coupe sera aussitôt saisi par le désir d'Aphrodite à la belle couronne[44]. »
« Coupe de Nestor », v. 720 av. J.-C., musée archéologique de Pithécusses (haut) et transcription de l'inscription poétique qui s'y trouve, rappelant des vers homériques (bas).
Traduction : « La coupe de Nestor est commode pour y boire, mais quiconque boira dans cette coupe sera aussitôt saisi par le désir d'Aphrodite à la belle couronne[44]. »

Les épopées grecques naissent dans un monde dominé par l'oralité, où elles sont chantées en public par des aèdes, les bardes ou troubadours de l'époque, qui se produisaient de préférence devant un public aristocratique, au cours des banquets qui avaient une grande importance dans ce milieu, ou encore lors de funérailles. L’Odyssée décrit d'ailleurs à plusieurs reprises ce type de performance[45]. Les épopées avaient alors une fonction de divertissement, mais elles servaient aussi à célébrer les valeurs du milieu des élites et à légitimer son pouvoir[46], tout en ayant une valeur exemplaire[47].

La période des compositions des épopées homériques est une période durant laquelle l'écriture est réintroduite dans le monde grec, permettant l'incorporation d'éléments écrits dans le monde grec. Certes ceux-ci sont très mal documentés, car peu d'écrits de cette période sont conservés, puisque les supports employés alors étaient surtout périssables. Les quelques textes datables de cette époque, comme la « coupe de Nestor » de Pithécusses (près de Naples) indiquent que l'écriture est rapidement employée pour écrire des poèmes. Il pourrait même s'agir de sa principale raison d'être, certains allant jusqu'à imaginer que l'alphabet grec aurait été développé pour mettre par écrit les épopées homériques. Mais cela reste conjectural[48],[49],[50].

La question du passage de l'oral à l'écrit est en tout cas essentielle pour comprendre la genèse de l’Odyssée et sa fixation en un récit unifié. Les travaux de Milman Parry dans les années 1920-1930, poursuivis par son disciple Albert Lord, ont mis en évidence le fait que les épopées homériques présentaient de nombreux éléments facilitant leur récitation à l'oral, comme l'emploi récurrent d'épithètes, de formules, de motifs et de scènes-types, pratique qu'il retrouvait chez les bardes illettrés de la Yougoslavie de son temps[51],[52],[53]. C'est un système mis au point sur de nombreuses générations, dans un processus créatif continu. Les aèdes composent donc les chansons en même temps qu'ils les récitent en public, en puisant leurs sujets dans un ensemble de récits traditionnels (notamment ceux du cycle troyen) : ce sont des œuvres fluides, dont les sujets sont certes bien connus de leur public, mais qui n'existent pas sous une forme fixe[54],[55].

Reste à déterminer quand et comment les épopées homériques ont été couchées par écrit. Certains estiment que les épopées ont circulé par oral pendant longtemps, au plus tard jusqu'à la version athénienne de la seconde moitié du VIe siècle av. J.-C. (position défendue par G. Nagy). Mais la majorité des spécialistes envisage une mise par écrit rapide, peut-être du vivant du ou des poètes ayant composé l’Iliade et l’Odyssée. Cela est justifié notamment par l'ampleur considérable des deux œuvres et le contexte d'apparition de l'écriture. L'écriture se serait faite soit sous la dictée du ou des compositeur(s), ce qui en ferait un texte fondamentalement oral, ou bien de sa/leur main(s) même(s), ce qui en ferait une œuvre écrite, mais dérivée d'une tradition orale. Dans tous les cas, l’Odyssée se situerait à la charnière de l'oral et de l'écrit, durant une période de transition. Ce poème serait le produit final et la culmination d'une tradition orale, en même temps que le début d'une tradition écrite[56],[57],[58],[22].

Variantes et éditions

Papyrus de Médinet Ghoran (Fayoum, Égypte), faisant partie d'un ensemble constituant la plus ancienne copie connue de passages de l'Odyssée (chants IX et X), exemplaire d'étude dans une écriture peu soignée. IIIe siècle av. J.-C. Institut de Papyrologie de la Sorbonne.
Manuscrit médiéval de l'Odyssée, v. 1450-1475.

Bien qu'il soit généralement admis que l’Odyssée a été composée vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C., la version originale du texte n'est pas connue[59]. Les textes antiques sont des œuvres fluides ne circulant pas sous une forme stable, mais pouvaient faire l'objet de diverses modifications au gré des copies, des passages étant souvent remaniés voire ajoutés, ce qui leur donnait dans l'Antiquité un aspect protéiforme. Il est ainsi souvent estimé que le chant XIV est un ajout postérieur[60]. Pour une œuvre aussi populaire que l’Odyssée, les variations ont dû être importantes dans l'Antiquité, d'autant plus qu'elle continuait à être déclamée oralement en plus d'être recopiée : selon les contextes, les anciens Grecs n'entendaient ou ne lisaient pas tout à fait la même Odyssée[61].

La plus ancienne tentative de donner une édition stable aux épopées homériques date de la fin du VIe siècle av. J.-C. et a lieu à Athènes. Les épopées étant déclamées par des rhapsodes lors de la fête des Grandes Panathénées, mais chacun donnant une variante différente, le tyran qui dirigeait alors la cité, Pisistrate, aurait voulu qu'une seule version soit récitée, et aurait commandité un travail d'édition. C'est d'ailleurs la plus ancienne version écrite du texte dont on ait connaissance. Mais cette version n'est connue que par des citations, qui font apparaître qu'elle est différente de celle qui nous est parvenue. Et elle n'a pas supplanté les autres variantes, y compris à Athènes[62],[63],[60].

Le travail d'édition décisif est l’œuvre des savants de la Bibliothèque d'Alexandrie des IIIe – IIe siècles av. J.-C., en particulier Zénodote, Aristophane de Byzance et Aristarque de Samothrace. Ils disposaient de plusieurs versions de l’Odyssée et ont procédé à un important travail d'édition critique (accompagné de commentaires savants), impliquant le tri et la suppression des passages les plus suspects à leurs yeux de ne pas être des originaux. On leur doit aussi la division du texte en 24 chants. Ces versions alexandrines, notamment l'édition d'Aristarque qui joue un rôle majeur, ont toujours fait l'objet de critiques. Il n'en existe pas de version intégrale. C'est également de ces époques que datent les copies les plus anciennes de passages de l’Odyssée qui nous soient parvenus. Il s'agit de papyrus retrouvés en Égypte, le plus souvent des textes scolaires, des copies d'élèves ou des modèles pour leurs exercices. Ils permettent d'observer qu'entre 300 et 150 av. J.-C. la version alexandrine devient prépondérante. Après cela, même s'il n'y a pas de standardisation à proprement parler, les variantes semblent présenter moins de divergences qu'auparavant[64],[65],[66],[60],[67].

La coexistence de variantes durant l'époque médiévale est attestée par les trois plus anciens manuscrits médiévaux connus, datés des Xe siècle, XIIe siècle et début XIIIe siècle, qui dérivent chacun de modèles différents. Des éditions par collations de variantes différentes sont effectuées dans les siècles suivants, une grande importance étant accordée aux lectures des érudits alexandrins, en premier lieu Aristarque. La première édition imprimée, due à Démétrios Chalcondyle, date de 1488. Les éditions modernes peuvent s'appuyer une meilleure connaissance de la langue homérique, mais elles ne sont pas pour autant uniformes, car la lecture de certains passages est débattue, là encore en relation à l'héritage controversé des éditions alexandrines. Certaines s'appuient principalement sur les modèles médiévaux, d'autres intègrent des éléments issus de papyrus antiques redécouverts[68],[67]. En tout état de cause, le nombre de divergences entre les différentes versions (que ce soient les manuscrits médiévaux ou les éditions modernes) reste limité, ce qui permet aux spécialistes de disposer d'une base de travail fiable[69].

Intrigue

Résumé

L’Odyssée commence alors que la guerre de Troie est terminée depuis dix ans, et qu'Ulysse est le dernier des vainqueurs encore vivants à ne pas être rentré chez lui, à Ithaque, où on ignore ce qu'il est devenu et s'il est vivant. Son épouse Pénélope et son fils Télémaque subissent la présence de prétendants dans la maison d'Ulysse, car ils souhaitent forcer son épouse à se remarier avec l'un d'entre eux pour monter sur le trône d'Ithaque. Télémaque, aidé par la déesse Athéna, quitte secrètement son pays pour aller chercher des nouvelles de son père auprès de ses anciens compagnons de guerre, Nestor à Pylos puis Ménélas (et son épouse Hélène) à Sparte, et apprend que son père est retenu depuis plusieurs années sur l'île de la nymphe Calypso. Au même moment, Zeus sollicité par Athéna ordonne à celle-ci de laisser Ulysse repartir. Il prend alors la mer, mais le dieu Poséidon qui le poursuit de sa colère fait échouer son bateau au pays des Phéaciens. Retrouvé par la princesse Nausicaa et accueilli par le roi Antinoos, Ulysse raconte ses péripéties passées, notamment comment il s'est échappé de la grotte du cyclope Polyphème, puis du pays les Lestrygons, a résidé un an sur l'île de la magicienne Circé après l'avoir vaincue, s'est rendu dans le pays des Cimmériens afin d'invoquer les défunts pour connaître son chemin de retour et avoir des nouvelles de ses anciens compagnons et de sa famille, a traversé les pièges tendus par les Sirènes, Charybde et Scylla, tout en perdant progressivement tout son équipage, ce qui le force à terminer seul son voyage. Les Phéaciens l'aident à rentrer à Ithaque. Avec l'appui d'Athéna, il dissimule son identité et réunit des alliés, dont son fils Télémaque, pour se venger des prétendants. Il se rend dans son palais sous l'aspect d'un mendiant et profite d'une épreuve de tir-à-l'arc, organisée par Pénélope afin de choisir son époux, pour organiser le massacre des intrus et de ses serviteurs qui les avaient aidés. Il peut enfin révéler son identité à son épouse, puis à son père, et réintégrer son foyer. Zeus et Athéna forcent les parents des prétendants tués à renoncer à se venger, et à faire la paix avec Ulysse.

Structure

Comme le soulignait déjà Aristote dans sa Poétique, l'intrigue de l’Odyssée peut se résumer simplement :

« Un homme erre loin de son pays durant de nombreuses années, surveillé de près par Poséidon, totalement isolé. Chez lui les choses vont de telle sorte que sa fortune est dilapidée par les prétendants, son fils exposé à leurs complots. Maltraité par les tempêtes, il arrive, se fait reconnaître de quelques amis, puis il attaque : il est sauvé et écrase ses ennemis. Voilà le schéma propre au poème, le reste, ce sont des épisodes. »

— Aristote, Poétique, 1455b 17-23[70].

Formulé autrement, c'est pour l'essentiel un récit de retour, dans lequel « le héros revient juste à temps et délivre sa femme de ses prétendants importuns en les tuant, retrouvant ainsi sa femme, sa maison et son royaume[71]. » Plus précisément, il se concentre sur la fin du voyage, et le succès à venir de son entreprise est programmé et annoncé par les dieux dès le début du chant I, et répété au chant V[72]. Cela assure une unité au récit, en le centrant sur Ulysse et la fin de son errance. Mais le poème va beaucoup plus loin que cela, se développant sur plus de 12 000 vers rapportant de nombreuses histoires, suivant une structure narrative très sophistiquée, qui ne manque pas de surprendre au regard de son ancienneté, permettant d'intégrer une foule d'autres éléments par des procédés divers, lui donnant une ampleur et une ambition « épiques »[73],[74].

Les commentateurs anciens et modernes ont tenté de procéder à des découpages internes du récit. Les érudits d'Alexandrie l'avaient subdivisé en 24 chapitre d'environ 350 à 900 vers, comme ils l'avaient également fait pour l’Iliade, découpage qui a été repris par la suite[75]. D'autres découpages suivent plutôt le déroulement de l'intrigue. Il est ainsi possible de diviser l’œuvre en deux parties de douze chants chacune, entre la période correspondant à la fin de l'errance d'Ulysse, jusqu'au chant XIII qui marque un basculement, et celle de son retour à Ithaque, jusqu'à la fin[76]. D'autres subdivisions du récit, autour de trois à cinq éléments principaux, ont été proposées. La première moitié du récit comprend des unités narratives propres, notamment la « Télémaquie », qui couvre les chants I à IV, ou plus précisément les III et IV, et se centre sur Télémaque, fils d'Ulysse, parti sur les traces de son père, les chants I et II étant surtout consacrés à la description de la situation à Ithaque. Ce début se déroule sans Ulysse, qui n'intègre vraiment le récit qu'au livre V, au moment de son départ de l'île de Calypso. Les chants VI et XIII sont consacrés au séjour d'Ulysse chez les Phéaciens, durant lequel il raconte longuement ses péripéties antérieures des chants VIII à XII, ce qui permet d'étendre considérablement l'ampleur chronologique du récit. Le chant XIII ouvre sur la seconde partie du récit, qui comprend un point de bascule au chant XVI, marqué par les retrouvailles d'Ulysse et de Télémaque, puis le début de la reconquête d'Ithaque. Cela conduit au massacre des prétendants aux chants XXI-XXII, le retour d'Ulysse culminant dans sa reconnaissance par son épouse Pénélope au chant XXIII[77],[78],[79],[80],[81].

Cette construction complexe se fait malgré un récit qui se déroule sur un laps de temps relativement court : 42 jours en tout, mais seulement 16 jours et 8 nuits sont racontés. Le récit commence in medias res et l'action est très concentrée : le jour du massacre des prétendants couvre à lui seul plus de trois chants, alors que les 17/18 jours durant lesquels Ulysse navigue vers Schérie ne couvrent qu'une dizaine de vers[82]. L'usage de récits enchâssés rapportant des événements passés, notamment celui d'Ulysse chez les Phéaciens, permet des retours en arrière qui étendent la durée de l'histoire racontée sur plus d'une dizaine d'années, en remontant en général jusqu'au sac de Troie (avec des anecdotes sur des faits plus anciens)[75],[83]. L’Iliade se déroulant de la même manière sur une cinquantaine de jours durant la dernière année du conflit troyen, tout en proposant des évocations des épisodes marquants allant jusqu'aux origines de celui-ci, et l’Odyssée prenant le relais en évoquant les épisodes notables se déroulant à partir du moment où Troie tombe et jusqu'au retour du dernier des vainqueurs, Ulysse, les deux épopées homériques combinées couvrent l'entièreté de la saga troyenne[84].

Invocation et prologue

Comme c'était déjà le cas pour l'Iliade, le sujet de l'Odyssée est résumé dans ses premiers vers :

Ἄνδρα μοι ἔννεπε, Μοῦσα, πολύτροπον, ὃς μάλα πολλὰ

Ô Muse, conte-moi l’aventure de l’Inventif :

C’est l’homme aux mille tours,
Muse, qu’il faut me dire,

πλάγχθη, ἐπεὶ Τροΐης ἱερὸν πτολίεθρον ἔπερσε·

celui qui pilla Troie,
qui pendant des années erra,
Celui qui tant erra, quand, de Troade,
il eut pillé la ville sainte,

πολλῶν δ’ ἀνθρώπων ἴδεν ἄστεα καὶ νόον ἔγνω,

voyant beaucoup de villes,
découvrant beaucoup d’usages,
Celui qui visita les cités de tant d’hommes
et connut leur esprit

πολλὰ δ’ ὅ γ’ ἐν πόντῳ πάθεν ἄλγεα ὃν κατὰ θυμόν,

souffrant beaucoup d’angoisses
dans son âme sur la mer
Celui qui, sur les mers,
passa par tant d'angoisses,

ἀρνύμενος ἥν τε ψυχὴν καὶ νόστον ἑταίρων.

pour défendre sa vie et le retour de ses marins. en luttant pour survivre et ramener ses gens.
(traduction Philippe Jaccottet)[85] (traduction Victor Bérard)[86]

Cette introduction permet de présenter le protagoniste, Ulysse, sans citer son nom, mais en employant une épithète, polytropos, qui est déjà utilisée pour lui dans l'Iliade et n'est employée que pour un autre personnage, le dieu Hermès, ce qui limite les possibilités de confusion[87]. Elle permet aussi de présenter le contenu du récit et les principaux thèmes qui sont à aborder, ainsi que son contexte, par sa référence à la prise de ville de Troie, qui doit être connu des auditeurs/lecteurs par d'autres sources, notamment les récits oraux[88].

Le récit débute une dizaine d'années après la fin de la guerre de Troie, alors que les vainqueurs sont retournés dans leurs patries respectives. Ulysse est le seul des vétérans survivants à ne pas être rentré dans sa cité. Il est retenu par la nymphe Calypso sur son île située aux confins du monde, car elle souhaite en faire son époux, en lui promettant l'immortalité en échange. Pendant ce temps, dans son royaume d'Ithaque, qu'il n'a pas revu depuis son départ pour Troie vingt ans auparavant, son épouse Pénélope et son fils Télémaque doivent compter avec des prétendants, des jeunes nobles d'Ithaque et de son voisinage qui convoitent le trône et doivent pour cela obtenir la main de Pénélope, qui tente de temporiser par tous les moyens[89].

La Télémachie

La première partie du récit se déroule sans Ulysse, même s'il occupe les pensées de tous les personnages impliqués. Elle est centrée sur la situation à Ithaque et son fils Télémaque, raison pour laquelle elle a été surnommée « Télémachie ». Les analystes modernes y ont souvent vu un modèle de roman d'apprentissage de jeune homme (Bildungsroman/Coming of age). C'est aussi l'occasion de présenter Pénélope et les prétendants, ainsi que la problématique du respect de l'hospitalité[90]. Plus largement, en mettant d'emblée en scène la situation périlleuse du foyer d'Ulysse, son objectif est clairement fixé : il doit rentrer chez lui pour mettre un terme à ces intrigues et sauver sa maison. Ces récits introductifs « annoncent le but, révèlent l’urgence de l’atteindre et la gravité des luttes qu’Ulysse aura à soutenir sur place[91]. »

Télémaque prenant congé de Pénélope, devant son métier à tisser. Détail d'un vase à figures rouges du « Peintre de Pénélope », v. 440 av. J.-C. Musée archéologique national de Chiusi.

Le chant I débute par l'invocation, puis décrit une assemblée des grands dieux de l'Olympe, au cours de laquelle Athéna demande à son père Zeus de permettre à Ulysse de rentrer chez lui. Zeus l'avait délaissé, car il encourrait la vindicte de Poséidon après avoir éborgné son fils, le cyclope Polyphème. Mais Poséidon s'est absenté pour festoyer chez les Éthiopie, ce qui donne l'opportunité de permettre à Ulysse de rentrer. Zeus y consent ; Athéna réclame que l'on envoie Hermès demander à Calypso de libérer Ulysse, puis fait part à Zeus de son projet de venir en aide à Télémaque. Athéna se rend alors sur l'île d'Ithaque, où Pénélope est harcelée par les prétendants qui dilapident les biens d'Ulysse (notamment son bétail) et menacent Télémaque. Athéna, qui apparaît sous les traits de Mentès (vieil ami de la famille d'Ulysse), conseille à Télémaque, le fils d'Ulysse, d'assembler les Achéens afin de dénoncer les agissements des prétendants de Pénélope, puis de partir vers Pylos et Sparte pour tenter d'apprendre ce qu'est devenu Ulysse[77],[92].

Le chant II voit le début de l'affirmation de Télémaque, qui convoque une assemblée durant laquelle il défie les prétendants et fait part de son projet. Malgré le soutien d'Égyptios puis d'Halithersès, et un présage favorable envoyé par Zeus, il ne parvient pas à entamer la confiance des prétendants, qui lui défendent de partir et interrompent brutalement fin l'assemblée. Télémaque adresse alors une prière à Athéna, qui, sous l'apparence de Mentor, l'encourage et l'incite à entreprendre malgré tout le voyage sur un navire qu'elle lui a trouvé. Bravant l'interdiction des prétendants, Télémaque, accompagné de la déesse Athéna, se rend de nuit à Pylos[77],[93].

Ménélas et Hélène, vase attique à figures noires, v. 550 av. J.C.

Le chant III se déroule le lendemain, quand Télémaque et Athéna débarquent à Pylos au moment où Nestor et ses compagnons accomplissent un sacrifice en l'honneur de Poséidon. Nestor évoque les souffrances des héros à Troie et leurs destins funestes, mais il n'a aucune nouvelle récente d'Ulysse. Nestor décrit la mort d'Agamemnon, assassiné par Égisthe à son retour de la guerre. Nestor conseille alors à Télémaque de se rendre à Sparte pour interroger Ménélas, car il est le dernier en date à être revenu chez lui après de nombreuses péripéties : peut-être a-t-il des nouvelles d'Ulysse. La conversation terminée, Nestor offre à ses hôtes de passer la nuit dans son palais. Le lendemain, au matin, Nestor offre un sacrifice à Athéna, puis Télémaque, accompagné de Pisistrate, se met en route pour Sparte à bord d'un char[77],[93].

Nestor, fils de Nélée, honneur de l'Achaïe,
tu me demandes d'où nous sommes : je réponds.
Nous arrivons d'Ithaque au pied du mont Néion ;
l'affaire qui m'amène est privée, non pas officielle,
je poursuis les moindres échos du grand nom de mon père,
le divin, le patient Ulysse, dont on dit
que c'est avec ton aide qu'il emporta Troie.
Tous les autres guerriers qui combattirent pour Ilion,
nous savons où ils ont trouvé leur triste fin ;
lui seul, Zeus a voulu que sa fin nous demeure obscure.

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, III, 79-88[94].

Le chant IV débute au coucher du soleil, alors que Télémaque et Pisistrate arrivent à Sparte où ils sont reçus par Ménélas et Hélène, qui célèbrent les doubles noces de leurs enfants. Ils sont reçus conformément aux règles de l'hospitalité. Hélène reconnaît Télémaque à sa ressemblance avec Ulysse avant même que les hôtes ne se soient présentés. Hélène offre aux hôtes une boisson contenant une drogue relaxante, puis elle et Ménélas évoquent différents épisodes où Ulysse a démontré sa ruse. Le lendemain matin (le sixième jour depuis le début de l'épopée), Ménélas décrit son retour de Troie et les péripéties qui l'ont mené en Égypte, où il a appris de Protée, le « vieillard de la mer », le sort des autres héros de la guerre de Troie dont Ulysse, qui vit encore en captivité sur l'île de Calypso. Pendant ce temps, à Ithaque, les prétendants apprennent que Télémaque est parti malgré leur interdiction, et décident de lui tendre un piège[77],[93].

Ulysse reprend son voyage

Détail d'une amphore à figures rouges de 440 avant J.-C. conservée à Munich. Ulysse aborde Nausicaa. Athéna est entre eux. À droite, une servante s'enfuit.

Le lendemain matin (chant V, septième jour), l'intrigue retourne sur l'OlympeAthéna réitère auprès de Zeus et des autres dieux sa demande de libérer Ulysse. Le récit prend alors un nouveau départ, puisqu'il suit désormais son protagoniste[95]. Il se focalise sur sa progressive réintégration dans le monde des humains, qui passe par son séjour à Phéacie, qui prépare son retour dans son foyer[96].

Zeus dépêche Hermès pour présenter le message à Calypso, qui accepte à contrecœur de laisser partir Ulysse. La nymphe se rend alors auprès d'Ulysse, que l'on découvre alors, en train de se lamenter sur le rivage en pensant à son foyer. Elle lui propose l'immortalité s'il reste vivre avec elle, mais il refuse avec tact. Elle lui fournit alors de quoi se construire un bateau. La construction du radeau prend quatre jours ; le cinquième (le douzième jour depuis le début du récit), Ulysse quitte l'île de Calypso. Après dix-huit jours de navigation sans encombre, il est sur le point d'aborder en Phéacie lorsque Poséidon, de retour d'Éthiopie, l'aperçoit et élève aussitôt une tempête contre lui. Ayant dérivé deux jours et deux nuits, Ulysse finit par aborder (le trente-deuxième jour), non sans mal mais avec l'aide d'Athéna, sur la côte de Schérie, la contrée fabuleuse où vivent les Phéaciens[97],[93].

Au chant VI, pendant la nuit, Athéna se rend au palais d'Alcinoos, roi des Phéaciens, et envoie un rêve à sa fille Nausicaa, pour lui donner l'idée d'aller laver son linge sur la côte, et ainsi lui faire rencontrer Ulysse. Après la lessive, Nausicaa et ses suivantes jouent ensemble au ballon, réveillant Ulysse qui émerge des fourrés, sale, blessé, hirsute et presque nu. Seule Nausicaa ose l'aborder. Ulysse, avec son éloquence habituelle, adresse un discours habile à Nausicaa, et celle-ci accepte de l'aider. Elle lui donne de quoi se nourrir et se vêtir, puis l'invite à le suivre jusqu'au palais[98],[93].

Alors, Nausicaa aux bras très blancs lui répondit :
« Étranger, qui ne sembles sans raison ni sans noblesse,
Zeus est seul à donner aux hommes le bonheur,
aux nobles et aux gens de peu, selon son gré.
S'il t'a donné ces maux, il faut bien que tu les endures.
Mais, maintenant que tu es arrivé dans notre terre,
tu ne seras privé ni d'habits, ni d'aucune chose
qu'il convienne d'offrir aux misérables suppliants.
Tu verras notre bourg et tu sauras le nom de notre peuple :
ce sont les Phéaciens qui tiennent cette terre,
et mon père est Alcinoos le généreux
qui, sur les Phéaciens, possède toute autorité. »

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, VI, 187-197[99].

Le chant VII rapporte l'accueil d'Ulysse au palis d'Alcinoos. Avec l'aide d'Athéna, qui a pris l'apparence d'une petite fille, Ulysse arrive en ville et parvient jusqu'au palais d'Alcinoos. Athéna déguisée lui recommande de se jeter au pied de la reine, Arété, dès qu'il pénètrera dans la salle du trône. Ulysse entre dans le palais somptueux d'Alcinoos. Il agit comme Athéna le lui a recommandé, et Alcinoos accepte de l'accueillir en vertu des lois de l'hospitalité (voyant aussi en lui un gendre potentiel) et de l'aider à rentrer dans son foyer. Après lui avoir offert un repas, le roi interroge Ulysse sur son nom et ses origines, qu'il occulte en se contentant de raconter une version abrégée de ses péripéties[98],[100].

Le chant VIII débute par une assemblée des Phéaciens, qui confirment qu'ils vont fournir un bateau à Ulysse. S'ensuit un banquet, au cours duquel l'aède Démodocos chante la querelle d'Ulysse et d'Achille au temps de la guerre de Troie ; Ulysse ne peut retenir ses larmes à ce souvenir, mais il les dissimule et seul Alcinoos s'en rend compte. Pour changer les idées de son hôte, Alcinoos ordonne des jeux improvisés, comprenant des épreuves de course, de lutte, de saut, de disque et de boxe. Invité à participer à l'une des épreuves, Ulysse commence par refuser, avant d'accepter parce qu'il a été provoqué, et de faire preuve de sa supériorité. Au repas suivant, l'aède reprend ses chants, et évoque d'abord un épisode cocasse de la vie des dieux, les amours adultères d'Arès et d'Aphrodite, et la ruse d'Héphaïstos pour le révéler au grand jour, puis l'épisode du cheval de Troie. Encore une fois, Ulysse ne peut retenir ses larmes devant cette évocation de la guerre de Troie, mais dissimule son chagrin à tous, sauf à Alcinoos. Intrigué, le roi demande enfin à son hôte de révéler son nom[98],[93].

Les récits des aventures d'Ulysse

Ulysse et ses compagnons aveuglant Polyphème, amphore funéraire proto-attique, Éleusis, v. 650 av. J.C.

Au début du chant IX, Ulysse révèle enfin son identité aux Phéaciens, et fait lui-même le récit de son errance, devenant à son tour un aède capable de charmer son auditoire, ce qui lui permet d'accroître son prestige et de bénéficier de leurs faveurs[101]. « Le narrateur change ; le ton devient plus direct ; et le poète laisse au personnage la responsabilité de ses histoires extraordinaires[102]. » Car c'est aussi le moment où le merveilleux est introduit dans le récit, sous la forme d'une série d'aventures irréelles dans un monde lointain peuplé de créatures fantastiques. C'est cette partie de l’Odyssée, que les anciens surnommaient « récit à Alcinoos » (Alkinou apologos), qui concentre l'essentiel des récits des voyages et aventures d'Ulysse[103], qui ont grandement contribué à la popularité moderne de l'épopée[104].

Ulysse commence son récit par son départ de Troie avec sa flotte de douze navires. Les vents les poussent d'abord vers Ismara en Thrace, la cité des Cicones, qui ont participé à la guerre de Troie aux côtés des Troyens. Ulysse et ses compagnons prennent la ville par surprise et la mettent à sac. Peu empressés de repartir le même soir, ils sont attaqués par les Cicones, qui sont allés chercher de l'aide chez des voisins, et doivent s'enfuir à la hâte. De là, une tempête les fait dériver pendant trois jours, puis le temps se calme ; mais, lorsqu'ils parviennent à hauteur du cap Malée, des vents contraires les déroutent de nouveau, jusqu'au pays des Lotophages. Ce pays imaginaire marque symboliquement l'entrée d'Ulysse et de ses compagnons dans un monde merveilleux. Ce peuple d'une grande hospitalité les accueille et leur offre leur nourriture : le lotos. Mais quiconque mange de ce fruit ne désire plus repartir, ce qui mettrait fin au retour des marins. Ulysse doit ramener de force aux navires ceux de ses compagnons qui en ont goûté[105],[106].

Dans la suite du chant IX, Ulysse et ses marins naviguent ensuite vers l'île des Cyclopes. Pris de curiosité, Ulysse entraîne ses compagnons dans la grotte du cyclope Polyphème, mais ce dernier, qui symbolise l'absence totale de sens de l'hospitalité, les enferme et dévore plusieurs d'entre eux. Ulysse se sort de ce mauvais pas par ses ruses : il enivre le Cyclope à l'aide du vin pris chez les Cicones, en se présentant à lui sous le nom de Personne (Outis en grec), puis profite de son sommeil pour crever l'œil unique du monstre avec ses compagnons. Lorsque Polyphème aveuglé appelle ses compagnons à son secours et leur explique qu'il a été aveuglé par Personne, il passe pour fou. Ulysse et ses compagnons quittent ensuite la caverne du Cyclope en se dissimulant dans la laine de ses moutons géants lorsqu'il les conduit hors de la caverne pour les mener paître. Mais au moment où son navire quitte l'île, Ulysse ne résiste pas au plaisir de révéler son vrai nom pour railler Polyphème. Celui-ci, fou de rage, jette plusieurs rochers en direction du navire, et manque de peu de le broyer, puis réclame vengeance auprès de son père Poséidon[105],[106].

Cyclope, si jamais quelque mortel
t'interroge sur ton affreuse cécité,
dis-lui que tu la dois à Ulysse, Fléau des villes,
fils de Laërte et noble citoyen d'Ithaque !

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, IX, 502-506[107].

Au chant X, Ulysse et ses compagnons arrivent sur l'île flottante d'Éole, le gardien des vents. Celui-ci leur offre l'hospitalité et tente de les aider à rentrer chez eux en offrant à Ulysse une outre (sorte de jarre) où il a enfermé tous les vents qui pourraient les empêcher d'arriver à bon port ; Éole leur envoie aussi une brise légère qui doit les ramener rapidement à Ithaque. Au dixième jour de navigation après avoir quitté l'île d'Éole, la flotte d'Ulysse aperçoit enfin les côtes d'Ithaque. Ulysse, rassuré et épuisé, succombe au sommeil. Par malheur, les compagnons d'Ulysse, persuadés que l'outre contient des trésors offerts à Ulysse par Éole, ouvrent l'outre, libérant ainsi tous les vents néfastes. Les vents contraires se déchaînent et emportent de nouveau la flotte vers l'île d'Éole, lequel, irrité du piètre usage qu'Ulysse a fait de son cadeau et persuadé qu'il est maudit par les dieux, les chasse cette fois sans ménagement[105],[108].

Après six nouveaux jours de navigation, la flotte aborde à Télépyle, la cité des Lestrygons, gouvernée par le roi Antiphatès. Mais les Lestrygons sont un peuple de géants cannibales : les éclaireurs envoyés par Ulysse sont tués et dévorés, et les Lestrygons, sortis en masse de la ville, écrasent les navires d'Ulysse en leur jetant d'énormes rochers. Ulysse parvient à s'enfuir, mais ne peut sauver qu'un seul navire et une poignée de ses marins[105].

Ulysse distribuant l'antidote à ses hommes changés en animaux par Circé, coupe archaïque à figures noires, v. 560-550 av. J.-C.

Le seul navire restant atteint ensuite l'île d'Aiaié, où il est impossible de distinguer l'ouest de l'est, demeure de l'enchanteresse Circé, fille d'Hélios. Celle-ci accueille les hommes qu'Ulysse envoie en éclaireurs, mais les transforme en cochons. Ulysse, venu les secourir, parvient à triompher de la magicienne grâce aux conseils d'Hermès. Après cela, il partage la couche de Circé, qui rend alors leur apparence humaine aux compagnons d'Ulysse, puis leur offre l'hospitalité, cette fois sans tromperie. Ulysse et ses marins restent un an chez Circé à se reposer et à festoyer, après quoi les compagnons rappellent à Ulysse qu'il faut rentrer dans leur pays. C'est la seule fois qu'Ulysse est sauvé par ses compagnons. Abandonnant son rôle de tentatrice empêchant le retour du héros, Circé lui conseille de visiter les Enfers, car seul le fantôme du devin Tirésias peut lui indiquer le chemin du retour. Le matin du départ, l'un des marins, Elpénor, se tue en tombant du toit du palais[105],[108].

Le chant XI de l'Odyssée est appelé la Nekuia, c'est-à-dire l'invocation des morts. Après une journée de navigation, Ulysse débarque au sinistre pays des Cimmériens, plongé dans une nuit perpétuelle. Comme indiqué par Circé, il procède à un sacrifice chtonien et promet au devin Tirésias un bélier noir s'il accepte de se montrer à lui. Les ombres des morts s'approchent en foule, dont Tirésias qui fournit à Ulysse les indications qu'il recherchait : il doit se rendre sur l'île de Trinacrie où règne le Soleil, Hélios, mais ne surtout pas toucher à son bétail sacré. Le devin indique aussi à Ulysse qu'il devra, au terme de ses aventures, repartir pour un dernier voyage afin de rendre un sacrifice à Poséidon dans un lieu éloigné de toute mer, afin de se réconcilier avec le dieu. Le héros parle ensuite avec d'autres fantômes : sa mère Anticlée qui lui donne des nouvelles de sa famille, puis ses anciens compagnons de la guerre de Troie, Agamemnon, qui évoque sa mort sous la main d'Égisthe, Achille, qui affirme qu'il préfèrerait être un bouvier misérable, mais vivant, plutôt que de régner sur les morts, et Ajax, qui refuse de lui parler car il lui tient encore rigueur à cause de leur rivalité à propos des armes d'Achille Il aperçoit ensuite les punitions infligées aux damnés du Tartare (Tantale, Sisyphe, etc.)[105],[109].

Tu désires un doux retour, illustre Ulysse :
un dieu va te l'aigrir. Car je ne pense pas
que Poséidon oublie, son âme est pleine de rancune,
il t'en veut d'avoir aveuglé un de ses fils.
Vous pourrez néanmoins, malgré tous vos maux, aboutir,
si tu restes ton maître et le maître de tes marins,
sitôt que tu approcheras ton beau navire
de l'île du Trident, échappant aux eaux violettes
pour voir paître les vaches, les moutons
du dieu Soleil, celui qui voit et entend tout.
Si tu n'y touches pas et ne penses qu'à ton retour,
vous pourrez arriver, malgré tous vos maux, en Ithaque. »

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, XI, 100-111[110].

Ulysse et les Sirènes, vase attique à figures noires, vers 525-500 av. J.-C.

Au chant XII, Ulysse retourne sur l'île de Circé. Celle-ci lui procure d'autres indications sur la navigation qui l'attend avant de parvenir à l'île du Soleil dont lui a parlé Tirésias. Elle le prévient des dangers qui l'attendent sur le trajet, les sirènes et les monstres Charybde et Scylla, que seuls les Argonautes ont réussi à franchir avec l'aide d'Héra. Grâce aux conseils de Circé, ils évitent sans encombre les sirènes, car Ulysse a bouché les oreilles de ses marins avec de la cire ; lui-même, désireux d'écouter le chant, s'est fait attacher au mât pour ne pas être tenté de se jeter à la mer sous le charme. Ils arrivent ensuite à hauteur des deux écueils de Charybde et Scylla : ils passent au large de Charybde, mais ne peuvent éviter l'autre monstre, Scylla, qui enlève et dévore six marins. Une fois franchis les deux écueils, le navire d'Ulysse parvient sur l'île du Soleil. Ulysse répète à ses hommes l'avertissement donné par Tirésias et leur défend de chasser sur l'île. Mais ils sont retenus pendant plusieurs jours sur l'île et, affamés, les hommes d'Ulysse profitent de ce que celui-ci a succombé au sommeil pour abattre du bétail d'Hélios et s'en nourrir. Le maître des lieux les aperçoit et réclame aussitôt vengeance à Zeus. Lorsque le navire peut enfin partir, le roi des dieux le foudroie. Seul Ulysse, qui n'a pas mangé de bétail, survit au naufrage et échappe de peu à Charybde vers le rocher duquel le vent l'a entraîné. Accroché à une poutre, il dérive ensuite pendant dix jours, puis s'échoue sur l'île de Calypso[105].

Ulysse revient à Ithaque

Lorsque débute le chant XIII, Ulysse a terminé son récit ; Alcinoos lui promet de le faire ramener à Ithaque par ses marins sans autres péripéties, puis tout le monde va se coucher. Le jour suivant, le trente-cinquième, les Phéaciens offrent à Ulysse un navire, un équipage et des somptueux présents. Le soir, après un banquet, Ulysse embarque, puis sombre dans le sommeil tandis que les marins phéaciens s'activent à bord et que le vaisseau phéacien file sur la mer à une vitesse surnaturelle. Après une nuit de navigation, le navire des Phéaciens accoste à Ithaque. Les Phéaciens déposent Ulysse, toujours endormi, dans une grotte fréquentée par les nymphes, avec auprès de lui les présents d'Alcinoos, puis ils repartent. Poséidon obtient de Zeus de punir les Phéaciens qui ont bravé les mers en offrant à Ulysse un retour aussi rapide : leur bateau est transformé en pierre, et un gros rocher vient obstruer l'accès à leur pays, le condamnant à l'isolement[105].

La chant XIII marque le basculement de l'histoire dans sa seconde partie[98],[111]. Ulysse est enfin rentré dans son pays, mais il n'a pas encore réintégré son foyer et ne s'est pas vengé des prétendants. Ithaque est le lieu de l'aventure finale de l’Odyssée, où le héros peut mobiliser l'intelligence, la force et l'endurance qui lui ont permis de survivre à son voyage, ainsi que son art du déguisement et du mensonge, qui vont lui permettre de tester la loyauté de son entourage[112]. Le récit prend aussi plus l'aspect d'une « intrigue de palais », dont le merveilleux est quasiment évacué, si on excepte la présence d'Athéna aux côtés du héros[113].

Quand il s'éveille au matin, Athéna, pour respecter un vœu accordé à Poséidon, fait en sorte qu'il ne reconnaisse pas sa patrie dans un premier temps. Déguisée en jeune berger, elle l'accueille, et il se présente sous une fausse identité en prétendant être un Crétois, mais la déesse n'est pas dupe et révèle son identité, puis dissipe le sort qui empêche Ulysse de reconnaître les environs. Elle lui promet son appui, l'informe des manigances des prétendants de Pénélope, le fait vieillir et le déguise en mendiant afin qu'il puisse voir ce qui se passe chez lui sans être reconnu[114],[105].

Au chant XIV, Ulysse, déguisé en mendiant, est accueilli par son loyal porcher, Eumée, qui lui offre l'hospitalité et s'avère ainsi être une personne respectueuse et fiable. Au cours du repas, Eumée, resté loyal à son maître, évoque le sort malheureux de son maître disparu et les abus auxquels se livrent les prétendants au palais. Ulysse préfère maintenir sa fausse identité de Crétois[115],[105],[116].

La chant XV retourne à Sparte auprès de Télémaque, qu'Athéna est venu chercher, alors qu'il y avait trouvé refuge. Elle lui apparaît en rêve et lui conseille de rentrer dans sa patrie et d'aller chez Eumée. Il fait alors ses adieux à Ménélas et Hélène, effectue alors le chemin du retour en passant par Pylos où il refuse l'hospitalité de Nestor. Sur Ithaque, Eumée raconte l'histoire de sa vie à Ulysse et fait preuve de sa générosité et de sa droiture. Télémaque recueille le devin Théoclymène sur le chemin du retour, puis débarque à Ithaque où il déjoue une embuscade des prétendants, qui cherchaient à le mettre à mort. Il demande à Eumée d'aller annoncer son retour à sa mère, préférant éviter de retourner au palais. Il reste seul avec Ulysse, toujours sous son aspect de mendiant[115],[117].

Les préparatifs de la vengeance

Au chant XVI, Athéna indique à Ulysse qu'il est temps de révéler son identité à son fils, et lui rend son apparence normale, dans toute sa vigueur et sa splendeur. C'est à ce moment-là que se réunissent les deux fils conducteurs de la première partie de l'Odyssée, la Télémaquie et le retour d'Ulysse et que peut s'enclencher la vengeance, déjà présagée à plusieurs reprises[77],[118]. Après leurs retrouvailles, le père et le fils commencent à échafauder le plan visant à se débarrasser des prétendants. Pendant ce temps, Eumée parvenu au palais, doublé par un héraut qui annonce la nouvelle du retour de Télémaque, transmet le message dont il a été chargé, au grand soulagement de Pénélope et au dépit des prétendants[115],[119].

Le jour suivant, au chant XVII, Télémaque rejoint le palais où sa mère le reçoit à bras ouverts et le presse de questions à propos d'Ulysse. Sans lui révéler que son père est de retour, il informe Pénélope que la nymphe Calypso le retenait sur son île. Dans l'après-midi, Ulysse et Eumée partent pour la ville, Ulysse toujours déguisé en mendiant. Sur la route, Ulysse se fait insulter et frapper par le maître-chevrier Mélanthios, un de ses serviteurs passé au service des prétendants. Ils arrivent ensuite sur le seuil du palais d'Ulysse, où ils aperçoivent le vieux chien d'Ulysse, Argos, qui meurt en reconnaissant son maître. À leur entrée dans la grand salle, Télémaque les reconnaît et sert de la viande à Ulysse. Les prétendants réservent un accueil moqueur au mendiant, à commencer par leur chef Antinoos, qui insulte Ulysse et le frappe d'un coup de tabouret[115],[119].

Le chant XVIII voit la poursuite des brimades envers Ulysse déguisé. Iros, un mendiant fameux à Ithaque, voyant un autre mendiant, l'insulte. Une bagarre éclate, dont Antinoos et les prétendants s'amusent beaucoup, promettant une abondante récompense en viande au vainqueur. Mais contrairement à leur attente, c'est Ulysse qui l'emporte. Guidée par Athéna qui la fait apparaître dans toute sa beauté, Pénélope se montre aux prétendants, qui, sous le charme, lui font de somptueux présents. C'est aussi à ce moment qu'Ulysse revoit son épouse. Elle reproche aux prétendants leur conduite grossière, mais ls refusent de quitter le palais avant que Pénélope n'ait accepté d'épouser l'un d'entre eux. Les insultes à l'égard d'Ulysse continuent, de la part de Mélantho, l'une des servantes du palais qui a pris le parti des prétendants, puis de l'un des prétendants, Eurymaque, qui cherche à blesser Ulysse avec un tabouret mais n'y parvient pas[115],[119].

C'est alors qu'Athéna dont l’œil étincelle inspira
à la fille d'Icare, la très sage Pénélope,
de se montrer aux prétendants afin d'épanouir
le cœur des prétendants, et de se rendre plus précieuse
aux yeux de son mari et de son fils qu'auparavant.
Dans un rire contraint, elle dit ces paroles :
« Eurynomé, j'éprouve le désir, pour la première fois,
de me montrer aux prétendants malgré ma haine ;
je voudrais à mon fils donner cet utile conseil
de ne pas se mêler toujours aux prétendants
qui le flattent, mais en secret trament sa mort. »

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, XVIII, 158-168[120].

Euryclée lavant les pieds d'Ulysse, en présence de Pénélope et de Télémaque. Plaque en terre cuite, v. 450 av. J.-C. Metropolitan Museum.

Le chant XIX poursuit les préparatifs de la vengeance. Ulysse et Télémaque s'emparent des armes accrochées aux murs du palais et les placent en lieu sûr. Ulysse, toujours sous son aspect de mendiant, s'entretient ensuite avec Pénélope. Elle lui explique qu'elle ne croit pas qu'Ulysse soit mort et qu'elle ne désire pas se remarier. C'est pourquoi elle a repoussé les prétendants, leur faisant croire qu'elle tissait un linceul pour le père de son mari mais elle défaisait chaque nuit le travail accompli durant le jour. Une de ses servantes s'en est aperçue et l'a dénoncée aux prétendants, qui la contraignent à choisir un époux. Elle est aussi liée à une promesse faite à Ulysse à son départ, de ne pas se remarier tant que Télémaque n'a pas atteint l'âge adulte, qui arrive à son terme. De son côté, Ulysse déguisé lui fournit quelques informations sur son propre sort, prétendant être un Crétois qui a rencontré Ulysse y a quelques années et lui disant qu'il est sur le retour. Pénélope sort en ordonnant à ses servantes de laver les pieds du mendiant : c'est la vieille Euryclée, nourrice d'Ulysse, qui s'en charge à la demande de ce dernier ; elle le reconnaît grâce à la cicatrice qu'il porte sur sa jambe depuis qu'un sanglier l'a blessé dans sa jeunesse, mais promet de garder son secret. Pénélope invite le mendiant à s'en aller dormir, mais lui demande auparavant son avis sur un songe prémonitoire qu'elle a fait : c'est un nouveau présage du retour d'Ulysse. Pénélope annonce ensuite qu'elle consentira à épouser celui qui sera capable de bander l'arc de son époux et d'envoyer une flèche traverser douze haches alignées, comme le faisait Ulysse[115],[119].

Au début du chant XX, alors que la nuit s'avance, Ulysse reste éveillé et observe les servantes, voyant celles qui lui sont restées fidèles et celles qui se donnent aux prétendants. Il se rappelle ses aventures passées et attend l'heure de se venger : « Patience, mon cœur ! » Athéna lui apparaît alors et le convainc de dormir un peu. Peu après, Pénélope s'éveille et s'abandonne au chagrin. Ulysse entend ses plaintes, et demande à Zeus de lui envoyer un signe favorable : aussitôt la foudre brille dans le ciel. Au matin du 41e jour, le banquet commence. Eumée et Ulysse rencontrent le bouvier Philétios, resté fidèle à Pénélope, et qu'Ulysse persuade de rester au palais, se ménageant ainsi un allié supplémentaire pour le combat à venir. Pendant ce temps, les prétendants méditent encore la mort de Télémaque, mais un présage défavorable leur fait finalement renoncer à leur projet et ils se rendent au festin. Ils continuent de se moquer d'Ulysse et de le rudoyer, sont soudain saisis d'un rire inextinguible proche de la folie, tandis que les présages se multiplient autour d'eux : ces signes sont envoyés par Athéna, qui prépare leur perte. Théoclymène, qui assiste au banquet, prophétise leur fin prochaine, et quitte l'assemblée sous les moqueries[119].

Le massacre des prétendants

Massacre des prétendants par Ulysse et Télémaque, cratère campanien à figures rouges, v. 330 av. J.-C., musée du Louvre (CA 7124).

Au livre XXI, l'épreuve de l'arc souhaitée par Pénélope peut commencer. Elle fait préparer l'arc et les flèches d'Ulysse, avise alors ses prétendants de sa décision d'épouser celui qui triomphera. Télémaque, outré, se propose de réussir l'épreuve lui-même afin de dissuader les prétendants pour de bon : il tente trois fois de bander l'arc de son père, mais Ulysse déguisé lui fait signe d'arrêter au moment où il va peut-être réussir. Les prétendants se préparent alors à tenter l'épreuve les uns après les autres, mais aucun d'entre eux ne réussit, seul Antinoos ne participant pas encore. Pendant ce temps, Ulysse va trouver Eumée et Philétios et leur révèle son identité, puis leur ordonne de fermer les portes de la salle et leur donne diverses instructions. Il retourne alors près des prétendants et déclare qu'il veut tenter l'épreuve. Antinoos se moque de lui, mais Pénélope le fait taire et accepte de donner sa chance au mendiant. Télémaque la somme alors de regagner sa chambre et de laisser les hommes entre eux, afin qu'elle n'assiste pas au massacre. Ulysse se saisit alors de l'arc, le bande sans problème, et réussit l'épreuve, au grand effroi des prétendants[115],[119].

Le chant XXII voit l'accomplissement de la vengeance d'Ulysse. Il révèle son identité en abattant Antinoos d'un coup de flèche décoché avant qu'il ne puisse réagir. Puis, avec l'aide de Télémaque, d'Eumée et de Philétios, ils se saisissent des armes et commencent le massacre. Mélanthios tente de procurer des armes aux prétendants, mais il est débusqué et mis à mort. A court de flèches, Ulysse achève les derniers prétendants avec une lance. Quant aux servantes qui ont couché avec les prétendants, elles seront pendues non sans avoir au préalable été forcées de nettoyer les traces du massacre[121].

« Voici finie cette épreuve pénible !
Maintenant c'est une autre cible, encore intacte,
que j'espère toucher, si Apollon m'en accorde la gloire ! »
Il dit, et sur Antinoos lança l'amère flèche.
Celui-ci s'apprêtait à lever une belle coupe
à deux anses, en or, il l'avait déjà dans les mains
dans l'intention de boire ; son cœur était loin de songer
à la mort. Qui pouvait penser que parmi ces convives,
seul devant tant de gens, un homme, même vigoureux,
fait venir sur lui la mort mauvaise au noir génie ?

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, XXII, 5-14[122].

Le retour à l'ordre

Au chant XXIII, survient la reconnaissance entre les époux. Le soir, Ulysse rejoint Pénélope qui doute encore de sa véritable identité. En accord avec Télémaque, il retarde l'annonce de la nouvelle de la mort des prétendants. Pénélope met Ulysse à l'épreuve en demandant à déplacer le lit de leur chambre. Or, celui-ci avait été taillé par Ulysse dans le tronc d'un olivier robuste, et ne pouvait être déplacé sans que l'arbre ait été déraciné. Il révèle les caractéristiques du lit en bois, qui ne sont connus que de lui et de son épouse, et se fait ainsi reconnaître. Ils se tombent dans les bras et se racontent les souffrances qu'ils ont subies durant toutes ces longues années, Ulysse révélant sa véritable histoire[123]. Aristophane de Byzance et Aristarque de Samothrace entre autres homéristes, considèrent que le poème authentique s'achève avec le vers 296 du chant XXIII, après l'accomplissement de la vengeance d'Ulysse et une sobre évocation des retrouvailles des deux époux, qui partagent enfin à nouveau leur couche. Tout ce qui suit aurait été ajouté postérieurement[115],[124],[125].

Au chant XXIV, Hermès conduit aux Enfers les âmes des prétendants, qui rencontrent celles d'Agamemnon et d'Achille et discutent avec elles. De son côté, Ulysse retrouve Laërte, son vieux père, et s'en fait reconnaître, après un dernier mensonge sur son identité. Cependant, à Ithaque, la nouvelle du massacre des prétendants se répand et les membres de leur famille s'arment pour la vengeance. Mais Zeus et Athéna souhaitent que la paix règne enfin à Ithaque. Alors que le combat s'engage, la déesse s'interpose et force les prétendants à accepter la paix, formalisée par un traité[123]. La fin proposée par le chant XXIV, une préfiguration du deus ex machina des tragédies athéniennes, a souvent été jugée improbable et insatisfaisante, ce qui explique le choix de certains d'arrêter le récit au chant précédent[126]. Mais d'autres ont ont souligné qu'elle n'est pas si incohérente que cela : par une dernière évocation des héros de la guerre de Troie (et donc de l’Iliade) trépassés et le retour à un ordre durable dans le foyer d'Ulysse, elle proposerait une conclusion plus générale que celle, d'ordre privé, du chant précédent, donc plus heureuse et satisfaisante[127],[125].

Cependant, Athéna disait à Zeus, fils de Cronos :
« Ô Maître souverain, notre Père, fils de Cronos,
réponds à ma question : quelle dessein caches-tu ?
Vas-tu faire durer cette funeste guerre,
cette horrible mêlée, ou rétablir entre eux la paix ? »
Celui qui sait rallier les nuages répondit :
« Mon enfant, pourquoi donc me poses-tu cette question ?
N'avais-tu pas conçu toi-même ce projet,
afin qu'Ulysse, revenu, châtiât les prétendants ?
Fais comme tu voudras, mais écoute mon opinion :
puisque le noble Ulysse s'est vengé des prétendants,
que l'on prête serment et qu'il règne à demeure !
Nous, versons-leur l'oubli des frères et des enfants morts
que l'amitié renaisse entre eux comme autrefois, et que la paix et l'abondance viennent les combler ! »

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, XXIV, 472-486[128].

Style et narration

La réputation de l’Odyssée doit beaucoup à la richesse du style « homérique », partagé avec l’Iliade (même s'il y a des différences), qui mêle efficacité et ornementation. Il cherche à donner de la grandeur et du sublime à tout type d'actions, y compris les plus banales, et ce par différents procédés : l'emploi d'épithètes, de formules, et de différentes figures de style telles que la comparaison, la répétition, etc.[129],[130] Le monde irréel et imaginaire de l'épopée doit être raconté dans une langue qui l'est tout autant, d'une manière qui tranche avec la façon de parler courante : « par ses traits extérieurs eux-mêmes, l'épopée a pour trait premier de rompre avec la réalité quotidienne[131]. » Cette manière de raconter un récit doit manifestement beaucoup au milieu de l'oralité dont l’œuvre est le produit, qui se retrouve en particulier dans son usage de formules et de scènes typiques, dont le poète joue de différentes manières en les adaptant et les modifiant.

Genre

L’Odyssée est une épopée (du grec ancien epos, qui renvoie à l'idée de « parole », de « mots »), genre qui dans l'Antiquité se définit d'abord par sa métrique, les hexamètres dactyliques. Dans son acception moderne, ce terme se rapporte à des poèmes narratifs, toujours hexamétriques, sur les accomplissements des divinités et des héros, genre pour lequel l'Iliade et l'Odyssée constituent les références indépassées[132]. Ces épopées sont issues d'une longue tradition orale, et ont commencé à être mises par écrit à l'époque archaïque. Les autres poèmes épiques archaïques connus sont ceux d'Hésiode (Théogonie, Les Travaux et les Jours) ainsi que les Hymnes homériques, attribués par la tradition à Homère, mais plus tardifs. Bien d'autres épopées de cette époque ont été mises par écrit, notamment celles sur le cycle troyen (Chants cypriens, Éthiopide, Retours, etc.), mais aucune copie n'en a été préservée[133],[134].

Aristote comme le Pseudo-Longin ont comparé l’Odyssée à une comédie. À tout le moins, elle peut être vue comme un précurseur des comédies grecques antiques, parce que son scénario en présente les éléments de base, à savoir « rétablir l'ordre après le désordre grâce à des subterfuges par lesquels un jeune homme malchanceux et des esclaves rusés sauvent une fiancée des griffes de faux guerriers rustres, ce qui conduit à la punition des rustres, à un mariage et à une régénération psychologique[135]. »

Selon E. Hall, l’Odyssée peut être définie par un terme forgé à partir d'un de ses personnages, « protéiforme », d'après Protée, dieu marin évoqué par Ménélas, qui change constamment de forme pour être insaisissable : « Ce texte protéiforme absorbe également tellement de types différents de performances verbales – lamentation, récit onirique, prière, insulte, compliment, invitation, ordre, louange, prophétie, description, anecdote, conseil – qu’il est une représentation kaléidoscopique d’une société pré-littéraire en interaction orale intense. Pourtant, il mute aussi sans cesse en un type d’histoire différent – ​​l’Odyssée est un métamorphe générique, passant d’une épopée héroïque à un récit de quête, une tragédie de vengeance, une comédie domestique, une romance, un récit d'apprentissage (Bildungsroman) et une biographie. Comme Protée, à chaque fois que vous tentez de le cerner, il se transforme en autre chose ; comme Circé, d'innombrables dramaturges et écrivains ont tenté de le réduire et de fixer son sens à quelque chose d'à la fois plus définissable et moins fluide et merveilleux qu'il ne l'est[136]. »

Style épique et figures de style

La langue des épopées homériques est une langue construite, artificielle, qui n'a jamais été parlée au quotidien, seulement par les poètes de l'époque homérique qui en sont manifestement à l'origine, lors de leurs performances. Elle repose essentiellement sur un dialecte du grec parlé en Asie mineure, l'ionien, avec aussi une influence significative des dialectes l'éoliens, mais aussi des éléments d'autres dialectes, certains (surtout présents dans les formules) sans doute très anciens déjà à l'époque de leur composition (mycéniens ?), et aussi des ajouts plus récents, dans le dialecte attique (probablement dus à la version athénienne du VIe siècle). Le vocabulaire comprend aussi un certain nombres de mots artificiels, manifestement construits pour l'occasion, et des mots uniques (hapax), inconnus par d'autres textes grecs. Cette langue suit également une versification spécifique, l'hexamètre dactylique, composé de vers de six pieds, chacun composé de deux syllabes longues et une brève (dactyle) ou deux longues (spondée). Cette métrique influence la langue homérique, notamment pour le choix des mots et aussi des modifications internes (sur la longueur des voyelles), souvent guidés par le souci de la respecter[137],[138],[139].

Les travaux de Parry et de Lord sur la composition orale des épopées ont mis en évidence le fait que les poètes ont a leur disposition des formules types, des groupes de mots « préfabriquées », qu'ils peuvent insérer à un endroit précis lors de la composition du texte à l'oral pour désigner un personnage (Ulysse « au grand cœur », « égal aux dieux », « à l'esprit endurant », etc.), une chose (un navire « bien fait », « qui fait traverser la mer », etc.), un lieu (la « mer vineuse »), une situation, une action ou encore une idée (« il/elle dit ces paroles ailées ») ; le début d'une journée est souvent annoncé par la formule « Lorsque parut la fille du matin, l'Aurore aux doigts de rose » (22 occurrences). Ces formules sont manifestement choisies en fonction de leur longueur et de celle du vers qu'ils ont à composer, pour respecter la métrique. Plusieurs séquences de mots se retrouvent donc à l'identique en plusieurs endroits du récit, ou presque, car les formules sont modulables, par exemple le début de la journée peut aussi être annoncé par des formules variant par rapport à celle citée précédemment: « L'Aurore vient bientôt, trônant dans sa beauté », « Quand l'Aurore bouclée amena le (xème) jour », etc. Le choix des mots parmi les différentes possibilités que le poète aurait pu choisir dans les variantes dialectales du grec de son temps semble aussi guidé par ce genre de considérations. Néanmoins, le choix d'une formule ou d'un mot n'est pas systématiquement guidé par des considérations métriques : ce système étant flexible, leur signification et leur élégance ont aussi dû rentrer en ligne de compte, donc l'effet qu'ils produisent sur l'auditoire. La place des passages sans formules est du reste plus importante qu'envisagée par Parry et Lord. Il convient donc là aussi de prendre en compte la liberté créative laissée au poète[140],[141],[142],[143].

Un trait fondamental du style homérique est la parataxe, qui utilise la juxtaposition des éléments d'un énoncé pour les coordonner (plutôt que de les inscrire dans une relation subordonnée), donc un style cumulatif[144]. La répétition de mots importants dans un même passage, notamment des verbes conjugués et déclinés sous différentes formes, est également employée à plusieurs reprises[145].

Les longues comparaisons, développées sur plusieurs vers, sont un autre des traits marquants du style homérique, permettant de donner plus de grandeur à des événements. L’Odyssée en contient certes moins que l’Iliade, qui en usait beaucoup plus, notamment pour les scènes de bataille. Mais elle contient plusieurs passages élevés par l'usage de comparaisons frappantes, comme l'éborgnement du Cyclope comparé au labeur du forgeron, et les larmes de Pénélope comparées à de la neige qui fond puis grossit des rivières[146].

Comme quand le forgeron plonge une grande hache
ou une doloire dans l'eau froide pour la tremper,
le métal siffle, et là gît la force du fer,
ainsi son œil (du Cyclope) sifflait sous l'action du pieu d'olivier.

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, IX, 391-395[147].

Pénélope à l'entendre sanglotait, sa peau fondait.
Comme la neige fond sur les hautes montagnes,
qu'a fait descendre le Zéphyre et que chasse Borée,
et en fondant fait se gonfler le cours des fleuves,
ainsi versant des pleurs, ses belles joues fondaient
à pleurer son mari assis près d'elle ;

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, XIX, 204-209[148].

Le recours à l'ironie est une autre caractéristique du style de l’Odyssée. Elle permet des préfigurations : à plusieurs reprises les prétendants annoncent inconsciemment leur mort prochaine, alors qu'il est clair aux yeux de certains personnages, mais aussi du poète et des auditeurs/lecteurs, qu'elle va survenir. Ainsi dans un passage, après qu'Ulysse déguisé en mendiant eut battu le mendiant Iros, les prétendants le félicitent d'avoir chassé celui qu'ils voient comme un pique-assiette et lui souhaitent que ses vœux soient exaucés. Cela sans savoir que celui-ci médite leur perte parce qu'ils dévorent ses biens de la même manière. Ulysse ne manque pas de savourer l'ironie de la situation[149] :

« Étranger, puissent Zeus et les autres dieux exaucer
tous tes plus chers désirs, tout ce qui plairait à ton cœur !
Tu as mis fin à la voracité de ce glouton
dans le pays ; bientôt nous l'enverrons au continent
chez le roi Echétos, ce fléau de tous les mortels. »
Ils disaient, et Ulysse fut heureux de leurs souhaits.

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, XVIII, 112-117[150].

Scènes typiques

La narration dans les épopées homériques est marquée par plusieurs scènes appelées « scènes-typiques » (ou « thèmes »), parce qu'elles se déroulent suivant une séquence similaire à plusieurs reprises, avec des mots et formules-clés qui reviennent, pour produire un même effet. Elles concernent quelque chose qui revient à plusieurs reprises dans les épopées : des banquets, des sacrifices aux dieux (suivant le modèle des précédents), des assemblées, des supplications, de réceptions/hospitalité, des descriptions de rêves prémonitoires. L’Odyssée ne comprend pas les scènes d'armement et de bataille de l’Iliade, mais elle en présente d'autres comme la scène de reconnaissance et celle où un étranger rencontre un chien sur le palier d'une maison (la plus notable étant celle conduisant à la mort du chien Argos). Issues de la poésie orale, leur caractère « préfabriqué » devait permettre aux aèdes de les composer plus aisément lors de leurs performances, y compris en les manipulant. À partir d'une même séquence d'actes, ils peuvent ainsi en proposer des versions longues et d'autres abrégées, des versions subverties où la conclusion tourne mal (une réception avec une atteinte aux principes de l'hospitalité), ou adapter un type de scène pour dire autre chose[151],[152]. La scène de rencontre entre Ulysse et Nausicaa (VI, 126-148) est ainsi construite sur le modèle des scènes de duel de l’Iliade, la confrontation se déroulant néanmoins de manière pacifique puisqu'Ulysse choisit de supplier la princesse, là où les guerriers engageaient le combat[153].

Pour prendre un exemple, la scène de reconnaissance est une scène typique qui n'apparaît que dans la seconde partie de l’Odyssée, lorsqu'Ulysse révèle ou est sur le point de révéler son identité à un de ses proches : Pénélope, Télémaque, Eumée, etc. aussi Athéna, mais pas les prétendants avec lesquels aucune conciliation n'est possible. Elle se caractérise par trois étapes : une épreuve dans laquelle Ulysse teste la loyauté de la personne (et souvent son sens de l'hospitalité), puis un mensonge d'Ulysse qui invente une histoire pour observer la réaction de son interlocuteur, et enfin en principe la reconnaissance d'Ulysse, mais dans plusieurs cas la révélation ne survient pas, remplacée par une formule annonçant son retour prochain[154].

Narrateurs et discours

Le poète est inspiré par les Muses, grâce auxquelles il peut décrire avec assurance des événements qui ont eu lieu dans un passé lointain. C'est un narrateur fiable et discret, qui peut néanmoins donner son avis sur les personnages et leurs actions de manière subtile, notamment par le biais des comparaisons. Il connaît aussi les pensées des personnages, et peut les raconter de leur point de vue. Cela ressort en particulier dans les moments où les pensées d'Ulysse sont décrites alors qu'il ne peut pas les dire à voix haute parce qu'il est dans son palais sous une fausse identité. Et même s'il n'est en général pas particulièrement méticuleux sur la description des décors et des apparences des personnages, il raconte les scènes importantes de manière à la fois détaillée et vivante[155],[156]. Ainsi le récit du massacre des prétendants alterne des changements de point de vue, passant d'une action à une autre par le prisme des personnages, appuyé par des comparaisons évocatrices. La technique du poète a pu être qualifié de « cinématique »[157].

(…) ; Ulysse, avec
sa grande lance, blessa de près le fils de Damastor ;
Télémaque blessa Léocrite, fils d'Événor,
au creux de l'estomac, et le traversa d'outre en outre ;
il tomba en avant, frappant de tout son front le sol.
C'est alors qu'Athéna, au plafond, tint levée
l'égide meurtrière, et ils en furent terrifiés.
Ils couraient dans la salle comme un troupeau de vaches
que poursuit en le harcelant un taon agile
au moment du printemps, lorsque les jours deviennent longs.

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, XXII, 292-301[158].

Mais la narration des épopées homériques est surtout marquée par l'importance des discours directs, qui représentent environ les deux tiers de l'Odyssée, alors que les discours indirects sont rares. Ils peuvent être brefs ou longs, voire très longs dans le cas des récits d'Ulysse à Antinoos, qui couvrent plusieurs chants[159]. Ils permettent la multiplication des narrateurs, puisque de nombreux personnages, majeurs ou mineurs, prennent la parole. Le poète de présente ainsi leur point de vue par leur propre voix, créant un lien émotionnel plus fort entre eux et les auditeurs/lecteurs de l'épopée. Les discours sont formulés dans un style propre qui se distingue de celui du reste de la narration, plus expressif et critique, sans doute plus proche du langage parlé. Les discours sont de plusieurs types, puisqu'on trouve des lamentations, des prières, des supplications, aussi des monologues, et même des récitations de poèmes épiques Ils impliquent un échange entre celui qui parle et celui ou ceux qui entend(ent)[160]. Les personnages de l'Odyssée prennent manifestement du plaisir à raconter des histoires et à les écouter, les effets des discours sur leurs auditeurs étant décrits à plusieurs reprises. Cela d'autant plus que les discours d'Ulysse sont souvent des mensonges savamment élaborés, adaptés à la personne qui les entend, de manière à produire un effet précis. Le souci de la mise en récit est donc particulièrement poussé, et permet aussi une réflexion sur l'art des discours et les effets des histoires que l'on raconte[161].

Les discours sont aussi un moyen pour le poète d'introduire de nombreuses digressions tout au long de son récit, procédé couramment employé dans les épopées homériques, créant des enchâssements de récits. Elles évoquent surtout des événements passés, principalement ceux de la guerre de Troie et les aventures d'Ulysse, la plus longue digression étant de loin le récit de son voyage à la cour d'Alcinoos. Mais elles sont aussi l'occasion de développer les histoires mensongères « crétoises » du héros, aussi d'évoquer la légèreté de la société divine dans le récit des amours adultères d'Aphrodite et d'Arès (VIII, 266-369). En tout cas le récit principal est mis en pause pour un temps, en particulier aux moments les plus intenses (comme les scènes de reconnaissance d'Ulysse), pour développer un récit secondaire qui apporte des informations complétant le récit principal[162]. Ainsi les diverses évocations du meurtre d'Agamemnon préparé par son épouse Clytemnestre et son amant Égisthe, avant sa vengeance par son fils Oreste, proposent une version malheureuse du retour d'un héros de la guerre de Troie, l'inverse de celui d'Ulysse qui se termine bien[163].

Temporalités

Un des tours de force de la narration de l'Odyssée est son traitement du temps, la manière dont elle parvient à raconter, au sein d'un récit qui se déroule sur 42 jours (et en pratique consacré sur une minorité d'entre eux), des événements étalés sur plusieurs années. Il utilise pour cela les discours et les digressions qu'ils impliquent, surtout pour développer des récits de faits passés par des retours en arrière (ou analepses, ou flashbacks), et également parfois des préfigurations et anticipations d'événements à venir (ou prolepses, ou flash-forwards ; aussi foreshadowing). Le but n'étant pas de raconter l'entièreté des événements survenus durant la période sur laquelle se focalisent les récits, à savoir les événements survenus depuis la chute de Troie, mais une sélection de ceux-ci, ce qui permet comme le reconnaissait déjà Aristote de préserver l'unité du récit[82],[164].

Les plus longs récits du passé sont ceux d'Ulysse chez les Phéaciens, d'abord (VII, 241-297) à la reine Arétè pour ce qui concerne ses années sur l'île de Calypso et le périple jusqu'à Schérie (ce dernier ayant déjà été conté auparavant), puis dans la longue série des récits à Alcinoos (de IX, 1 à XII, 453), qui débute à son départ de Troie, dix ans auparavant[165]. Certains passages servent à rappeler le passé d'Ulysse, notamment l'évocation de sa cicatrice (XIX, 392-466), la construction de son lit nuptial (XXIII, 183-204) et ses accomplissements lors de la guerre de Troie, en particulier lors de l'épisode du cheval de Troie, évoqué dans trois passages (IV, 269-288 ; VIII, 492-520 ; XI, 523-533)[166]. Certains de ces épisodes passés servent à préparer d'autres qui ont lieu ensuite dans l'intrigue principale, fonctionnant alors aussi comme une anticipation : le récit par Hélène du moment où Ulysse pénètre dans Troie sous un déguisement (IV, 235-264) renvoie à son retour à Ithaque, là encore sous une fausse identité, et les deux constituent le prélude à un massacre, ceux des Troyens et des prétendants[167].

Les préfigurations peuvent se diviser entre celles qui annoncent un moment futur du récit, et d'autres qui prévoient un futur postérieur à la fin de l'Odyssée. Les premières sont bien plus fréquentes. Elles peuvent survenir de manière implicite et involontaire, comme dans le récit d'Hélène cité ci-dessus qui lie le passé et le futur, aussi dans des commentaires ironiques, pour le cas des annonces de la mort à venir des prétendants. Elle peuvent être plus explicites, notamment quand elles viennent de la bouche d'êtres qui connaissent l'avenir, en premier lieu les grandes divinités, mais aussi Protée, le devin Tirésias et Circé[167]. Les deux avertissements que reçoit Ulysse à propos du bétail du dieu Hélios qu'il ne faut surtout pas abattre (XI, 100-113 ; XII, 127-139) ont été vus comme un exemple de « fusil de Tchekhov », le fait que le risque soit suggéré impliquant que le poète mette ensuite la menace à exécution[112]. Quant aux préfigurations d'événements postérieurs au récit, elles sont bien moins nombreuses : l'allusion non explicite à la punition qui attend les Phéaciens pour avoir aidé Ulysse (VIII, 564-569 ; XIII, 172-183) et surtout la prophétie difficile à interpréter que formule Tirésias (XI, 119-137 ; XXIII, 248-284) qui enjoint à Ulysse d'aller accomplir un sacrifice à Poséidon en un lieu où les gens ignorent l'existence de la mer (ce qu'il devinera au fait qu'ils prennent une rame pour une pelle)[168].

La narration de l'Odyssée doit aussi négocier la description d'événements se produisant au même moment, mais pas au même endroit. Ces transitions dans l'espace, permettent de rapporter ce qui suivre le développement des histoires d'Ulysse d'un côté et de sa famille (Ithaque, pérégrinations de Télémaque) de l'autre. Le poète s'arrange pour les présenter de la façon la plus douce possible. Il procède par exemple en utilisant le sommeil, par exemple en terminant une scène avec un personnage qui s'endort en un endroit pour enchaîner avec un autre qui se réveille (XX, 56-58 ; aussi entre la fin du chant XIV et le début du XV) ; ou alors en passant de la salle de banquet où un aède s'apprête à jouer de la lyre à l'extérieur du palais où on peut l'entendre entamer son chant (XVII, 261-262)[169],[170].

Elle (Athéna) parla ainsi, versa le sommeil sur ses yeux (Ulysse)
et remonta, déesse merveilleuse, sur l'Olympe.
Tandis que le sommeil l'envahissait, qui dénoue les soucis
et le corps, sa bonne épouse s'éveilla
et se mit à pleurer, assise sur sa couche tendre ;

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, XX, 54-58[171].

Personnages

L'importance des personnages est une des caractéristiques de l'Odyssée mises en avant depuis l'Antiquité : Aristote y voyait une œuvre « centrée sur les caractères », le Pseudo-Longin une « comédie de caractères ». Un grand nombre de personnages sont mis en scène, y compris des gens humbles (qui n'apparaissent pas dans l'Iliade). Le poète épouse à plusieurs reprises leur point de vue pour complexifier son récit. Ils sont souvent organisés en paire, suivant un principe bon/mauvais ou maître/serviteur, et caractérisés par des épithètes distinctives[172]. En fin de compte, « le monde humain de l'Odyssée est plus varié que celui de l'Iliade. Il fait une large place aux femmes, avec les figures de Pénélope et de Nausicaa, ou d'Euryclée la nourrice. Il ménage un rôle important au « divin porcher », Eumée, et campe avec émotion la noble figure du vieux Laerte[173]. » Néanmoins les personnages sont généralement peu complexes, avec un nombre limité de traits spécifiques : les gens de l'Odyssée sont selon J. Griffin « vivants mais essentiellement simples. » On trouve néanmoins des exceptions, Pénélope et Télémaque, qui ont plus de profondeur[174].

Ulysse

Ulysse décochant une flèche sur les prétendants, détail d'un vase attique à figures rouges, v. 440 av. J.-C. Altes Museum.

Le protagoniste de l'Odyssée est Ulysse (Odysseus), et l'épopée lui doit d'ailleurs son nom[175],[176],[177]. C'est le roi d'Ithaque, un des principaux commandants de l'armée des Achéens durant la guerre de Troie (d'où son épithète ptoliporthos « destructeur de villes »), déjà connu par l'Iliade, où il a certes un rôle secondaire, et pas aussi flatteur que dans l'Odyssée, puisqu'il est certes déjà caractérisé par son intelligence, sa verve et son adresse au combat, mais est moins mis en valeur que les guerriers plus accomplis que sont Achille et Ajax, et sa ruse confine à la fourberie[29]. Il est donc un personnage déjà renommé, dont la gloire (kleos) est déjà chantée par les aèdes (et les sirènes), ce qu'il l'indique lui-même lors qu'il révèle sa véritable identité aux Phéaciens :

Je suis Ulysse, fils de Laërte, dont les ruses
sont fameuses partout, et dont la gloire touche au ciel.

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, IX, 287-305[178].

Sa principale caractéristique dans les épopées homériques est son intelligence, son astuce. Une de ses épithètes les plus courantes est polymetis, « aux mille ruses », la mètis étant une forme d'intelligence rusée qui permet en particulier de vaincre par l'esprit. Il est aussi dit polytropos, « aux mille tours », jeu de mots sur le fait que tropos renvoie aussi bien aux voyages qu'aux ruses du héros (comme « tour » en français)[179].

Les mensonges et déguisements d'Ulysse sont un rappel constant de sa mètis, et son rôle qui le rapproche de la figure folklorique du « fripon » (trickster). Après lui avoir servi pour la prise Troie (lors qu'il pénètre dans la cité déguisé en mendiant, lors du stratagème du cheval de Troie), ce qui est rappelé à plusieurs reprises dans l'Odyssée, ils sont essentiels dans son retour et pour sa survie durant son périple, quitte à lui donner les traits d'un personnage fourbe et très suspicieux, y compris vis-à-vis de ses proches. Ils lui permettent notamment de triompher par l'esprit du Cyclope, un adversaire plus fort que lui. Il développe à plusieurs reprises de fausses identités très élaborées, pour assurer sa sécurité, en se faisant passer pour un mendiant Crétois, de manière différente à chaque fois en fonction de ses interlocuteurs et des informations qu'il souhaite en obtenir (notamment tester la loyauté de ses proches). Son dernier mensonge, à son père Laërte, semble en revanche superflu, et plus relever d'une habitude désormais bien ancrée chez le personnage (ou le poète)[180]. Ces mensonges développent aussi un jeu complexe sur l'identité du personnage, qui paraît alors disparaître, et pas seulement lorsqu'il choisit de se faire connaître au Cyclope sous le nom de « Personne ». La révélation de son identité, qui peut être vue comme sa récupération, par le biais de différentes scènes de reconnaissance, permet de parachever son retour[181],[182].

C'est aussi un héros résistant, dont une autre épithète courante est polyatlos, « endurant ». Cela ressort là aussi des nombreuses péripéties contées dans l'Odyssée, où son intelligence et sa ruse sont mises au service de son instinct de survie. Ulysse est caractérisé par sa capacité à surmonter différents périls, à trouver les moyens de surmonter toutes les épreuves qui se présentent à lui, quelles qu'elles soient et malgré les souffrances, y compris dans la solitude, pour finalement retrouver son foyer et exercer sa vengeance[183],[184].

Mais c'est plus largement un héros polyvalent, et il est permis de supposer qu'il était particulièrement apprécié d'Homère et de son auditoire (majoritairement masculin), fournissant un modèle difficile à dépasser : en plus d'être ingénieux et imaginatif, il est fort, courageux et bon combattant ; selon son fils Télémaque, il a « le bras du guerrier et la sagesse du conseil » (XVI, 342). C'est un meneur d'homme et un orateur capable de captiver son auditoire. Il est curieux et aventureux, mais aussi capable de retenue et de tact. Il également des talents d'artisan (il construit un lit, un radeau) et de navigateur, et du succès avec les femmes (y compris les immortelles)[185],[186],[187]. En revanche par la suite ces vertus ont été plutôt comme des vices : l'art de ruse et de la duperie sont devenues des traits négatifs d'un Ulysse vu comme non digne de confiance, manipulateur, sans scrupule[185].

Le foyer d'Ulysse

Ulysse déguisé en mendiant revenant dans son foyer : Pénélope éplorée, Télémaque, Laërte et Eumée. Plaque en terre cuite, v. 450 av. J.-C. Metropolitan Museum.

Dans le récit du retour d'Ulysse, son foyer joue un rôle majeur, puisque c'est le lieu où se déroule l'action de pas moins de quatorze chants[88]. Le « foyer » ou « maison » (oikos en grec) est une notion large, puisqu'elle regroupe non seulement la résidence d'un chef de famille, ses possessions dont ses domaines agricoles et sans doute plus encore ses troupeaux, mais aussi les gens qui dépendent de lui, donc sa famille et ses serviteurs[188].

L'épouse d'Ulysse, Pénélope, occupe le rôle majeur en l'absence de son époux et tant que son fils n'a pas atteint l'âge adulte. Elle est convoitée par les prétendants, qui entendent mettre la main sur le foyer d'Ulysse en recevant la sienne, ce qui suscite son désespoir et ses lamentations. Pénélope est le personnage féminin le plus développé des épopées homériques, mais non sans ambiguïtés en raison des zones d'ombres laissées par le poète. Ses épithètes, notamment la plus courante periphron, mettent l'accent sur sa sagesse. Elle est également rusée, comme le montre la manière avec laquelle elle dupe les prétendants en tissant et détissant sa toile, puis en dupant Ulysse lui-même à propos de leur lit nuptial qui symbolise la solidité de leur union. Elle peut donc être vue comme la contrepartie de ce dernier, son double féminin le complétant par ses qualités, et celui-ci pense à elle quand il fait l'éloge d'un couple uni à Nausicaa (VI, 182-185). Pénélope est manifestement à la hauteur de sa tâche de maîtresse de maison jusqu'au retour de son époux, et elle a souvent été présentée comme l'« épouse idéale » de la Grèce antique, toute dévouée à son mari et répondant aux attentes des hommes. Pour le besoin du récit, elle doit être un personnage à même de justifier par ses qualités le désir de retour du héros, et aussi l'accepter pour lui permettre de conclure sa réintégration dans son foyer. Mais elle reste un personnage opaque dont les pensées restent souvent dissimulées, ce qui a ouvert la voie à d'autres interprétations selon lesquelles elle ne serait en tout cas pas aussi passive qu'on le suppose généralement ; certains analystes considèrent notamment qu'elle devine l'identité d'Ulysse avant la fin de l'histoire, mais le met à l'épreuve jusqu'au bout pour confirmer son intuition[189],[190],[191]. De fait, tout se passe comme si le récit ne pouvait se contenter d'en faire simplement le trophée d'un concours remporté par le plus fort, comme c'est le cas dans les contes traditionnels. Sa scène de reconnaissance d'Ulysse la montre au contraire active, vraiment satisfaite de son époux, lui offrant une réunion émotionnelle[192].

il n'est rien de meilleur au monde
qu'un homme et une femme dans l'accord de leurs pensées
tenant une maison, pour le malheur de leurs ennemis
et la joie des amis, mais d'abord pour leur propre joie !

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, V, 182-185[99].

Télémaque, fils unique d'Ulysse et de Pénélope, est le personnage principal des quatre premiers chants de l'Odyssée, surnommés de ce fait « Télémachie ». Dans l'attente de son père, spectateur impuissant de la souffrance de sa mère, menacé par les prétendants, il part pour rencontrer les anciens compagnons de son père au cours d'un voyage qui a une fonction de récit d'apprentissage. Il revient plus affirmé, plus autonome de sa mère, et en mesure de seconder son père dans sa vengeance et de le rendre fier de lui. Télémaque est présenté comme le digne fils de son père, un Ulysse en devenir : il lui ressemble physiquement, son épithète la plus courante, pepnumenos, insiste là aussi sur sa sagesse, il est doué d'un fort instinct de survie, endure les souffrances infligées par les prétendants, est vaillant au combat ; il aurait peut-être même pu réussir l'épreuve de l'arc avant son père si celui-ci ne l'avait pas arrêté, différant ainsi le moment où le fils égalerait le père[193],[194].

Le père d'Ulysse, Laërte, vit également dans l'espoir du retour de son fils, reclus dans son jardin bien tenu[195], qui symbolise la continuité de la lignée masculine[125]. Après avoir reconnu son fils, il participe au combat contre les parents des prétendants, à ses côtés et à ceux de son petit-fils Télémaque, union de trois générations qui ne manque pas de le ravir[196]. Quant à la mère d'Ulysse, Anticlée, elle est morte alors qu'elle attendait désespérément le retour de son fils, symbole éloquent de la détresse provoquée par le départ de celui-ci à la guerre. Il rencontre son âme lors de l'invocation des morts : elle lui donne des nouvelles de son foyer, mais il ne parvient pas à embrasser son fantôme car vivants et morts sont définitivement séparés[197].

Les serviteurs d'Ulysse sont séparés entre bons et mauvais. Certains souffrent de l'absence de leur maître et souhaitent ardemment son retour en maudissant les prétendants[198]. C'est le cas du porcher Eumée qui accueille Ulysse lors de son arrivée à Ithaque avec tous les égards dus à un hôte quel qu'il soit, et du bouvier Philétios qui se joint à eux par la suite. Ils combattent à ses côtés lors du massacre des prétendants[199]. Du côté des servantes, les bonnes personnes sont Euryclée, la nourrice d'Ulysse et de Télémaque, qui joue aussi un rôle d'intendante, et Eurynomé qui est une servante proche de Pénélope[200]. Les mauvais serviteurs sont incarnés par Mélanthios et Mélantho, frère et sœur, qui insultent chacun Ulysse alors qu'il est déguisé en mendiant le premier étant un chevrier et la seconde une servante du palais qui couche avec le prétendant Eurymaque[201].

La décrépitude du foyer d'Ulysse depuis son départ est également incarnée par le devenir de son chien, le fidèle Argos, autrefois très bon chasseur mais qui a dépéri depuis le départ de son maître. Il est le premier à le reconnaître, malgré son déguisement de mendiant, et meurt juste après cela, dans une des scènes les plus fameuses de l'Odyssée, qui est une version abrégé à la fois des scènes de reconnaissance et de celles de mort héroïque[202].

Les prétendants de Pénélope

Les prétendants de Pénélope, des jeunes aristocrates venus d'Ithaque et de ses alentours, sont les principaux antagonistes de l'Odyssée. Leurs prétentionsne sont pas clairement définies : ils convoient assurément Pénélope, mais il n'est pas clair que l'obtenir leur donnerait le trône d'Ithaque, et ils semblent plutôt chercher à se partager les richesses d'Ulysse qu'à les réserver au vainqueur[203]. Leur esprit de compétition pourrait prendre le pas sur les autres objectifs[204]. Il a été relevé que, dans une société patriarcale comme celle de la Grèce archaïque, épouser une veuve ne donne pas accès aux richesses de son époux, qui incomberaient dans cette situation à son fils ou à un autre membre masculin de sa lignée. Mais le réalisme n'est manifestement pas ce qui intéresse le poète en premier lieu, la recherche d'une bonne intrigue passe avant : les prétendants sont là pour jouer le rôle des méchants du conte, qui veulent la perte du héros et des siens, qui risque de tout perdre s'il ne rentre pas à temps chez lui, et dont il doit triompher à la fin de l'histoire[203].

Au nombre de 108, les prétendants sont souvent présentés collectivement, formant un groupe indéfini, mais quelques personnalités se détachent, notamment leurs chefs Antinoos et Eurymaque, et aussi quelques uns qui sont présentés comme moins pires que les autres, comme Amphinomos, qui n'est pas épargné pour autant. Les prétendants sont l'opposé d'Ulysse, et l'incarnation de tout ce qui représente l'irresponsabilité des humains et leur démesure (hybris). Souvent comparés à des bêtes sauvages, leurs excès et leur infamie ne semblent pas connaître de limites. Ils bafouent les règles de l'hospitalité, profitant des biens de la maison d'Ulysse, couchant avec ses servantes, convoitant son épouse, menaçant son fils, traitant sans aucun respect les autres invités. Au surplus, ils ne semblent ni respecter ni craindre particulièrement les dieux. Ces derniers décident donc leur perte, mais celle-ci est repoussée jusqu'au retour d'Ulysse, afin que celui-ci puisse exercer personnellement sa vengeance, avec l'aide d'Athéna, dans ce qui constitue un des points culminants du récit (au même titre que sa reconnaissance par son épouse et par son père)[205],[206].

Les compagnons d'Ulysse

Les compagnons d'Ulysse sont le groupe qui accompagne le héros lorsqu'il part de Troie pour rentrer à Ithaque, une flotte d'une douzaine de navires ayant chacun une cinquantaine d'hommes, tous placés sous ses ordres. Comme les prétendants, ils représentent une antithèse d'Ulysse et ses faire-valoir, mettant en évidence ses qualités par leurs défauts. Sans pour autant être des méchants à proprement parler, par leur imprudence et leur désobéissance ils incarnent eux aussi une facette de l'humanité qui déplaît aux dieux et est punie en conséquence. Tous meurent sans finir le chemin du retour. Leur comportement est en général irresponsable, et dans les moments cruciaux ils ignorent les avertissements et les ordres d'Ulysse : ils ouvrent l'outre d'Éole, empêchant la flotte d'accoster à Ithaque, refusent d'aller secourir leurs compagnons transformés en cochons par Circé, et enfin mangent le bétail d'Hélios malgré l'interdiction qui leur en a été faite, causant ainsi leur mort. Le seul moment où Ulysse les met en danger par sa propre inconséquence est le moment où il se rend dans la grotte du cyclope avec certains d'entre eux. Les rôles s'inversent aussi quand c'est eux qui convainquent Ulysse de partir de l'île de Circé. Comme les prétendants, les compagnons d'Ulysse sont généralement traités comme un groupe, seule deux personnalités se distinguant : Euryloque, le beau-frère d'Ulysse dont il a épousé la sœur, qui s'oppose à plusieurs reprises à lui et convainc ses camarades d'abattre le bétail d'Hélios ; Elpénor, personnage falot qui meurt en tombant de la terrasse du palais de Circé alors qu'il est saoul, comble de la mort non-héroïque[207],[208].

Les personnages féminins

La rencontre d'Ulysse et de Nausicaa, avec Athéna représentée entre les deux. Détail d'une amphore à figures rouges du « Peintre de Nausicaa », v. 450-440 av. J.-C. Collections d'Antiquités de l'État bavarois.

L'Odyssée se distingue par rapport à l'Iliade par la place plus importante qu'elle laisse aux personnages féminins[209],[210]. Pénélope est de loin la figure féminine la plus complexe des épopées homériques, mais d'autres personnalités marquantes sont décrites. Au-delà de leurs différences, ces femmes sont des figures dont les pensées sont généralement impénétrables, et cette opacité semble parfois vue comme une menace ou du moins quelque chose de déconcertant pour les personnages masculins dont le point de vue est dominant[211]. On peut par exemple distinguer entre des femmes vues comme honnêtes, qui font ou feront de bonnes épouses (Pénélope, Nausicaa) et des femmes séductrices et indépendantes, perçues comme un danger (Circé, Calypso)[212].

On observe des similitudes entre certaines femmes de l'Odyssée, ou alors des paires d'opposées. Circé et Calypso sont deux femmes aux pouvoirs surnaturels et rusées, ce qui les rend potentiellement dangereuses, ce à quoi s'ajoute leur pouvoir de séduction qui manque de faire succomber Ulysse, qui partage malgré tout leur couche. Elles veulent toutes deux en faire leur époux, la première insistant moins que la seconde, qui le retient pendant plusieurs années. Circé prodigue également des conseils essentiels pour la suite du voyage d'Ulysse[213].

Nausicaa représente une autre menace, celle de la belle jeune fille, ingénue, que le héros pourrait épouser en délaissant son épouse[214]. Elle joue en tout cas un rôle décisif en secourant Ulysse, sous l'inspiration d'Athéna, avant que sa mère Arétè ne le prenne à son tour sous sa protection[215].

Hélène, dont la beauté est vantée par diverses épithètes, celle pour qui s'est déclenchée la guerre de Troie, apparaît lorsque Télémaque se rend à Sparte, où elle a été ramenée par son époux Ménélas après la chute de Troie. Sa réputation est contrastée, certains personnages lui tenant rigueur de son passé, d'autres non, elle émet elle-même des regrets. C'est également une figure imposante, celle qui reconnaît Télémaque du premier coup d’œil par sa ressemblance avec son père, puis apaise les troubles de l'assistance causées par le souvenir des gens morts à Troie en leur versant un philtre d'oubli[214],[216].

Clytemnestre apparaît quant à elle indirectement mais son rôle n'est pas négligeable, loin de là. C'est l'épouse d'Agamemnon, le chef de l'expédition troyenne, qui l'a trompé avec son rival Égisthe alors qu'il était à la guerre, organisé son assassinat à son retour, avant d'être tuée par son fils Oreste en représailles. Ce contre-modèle de l'épouse, opposé de Pénélope, représente le sort qu'aurait pu connaître Ulysse s'il n'avait pas eu une épouse vertueuse[217].

Les divinités

Les épopées homériques mettent en scène les principales divinités que vénèrent les Grecs, pour en faire des personnages de fiction. Ce sont des personnages immortels, surpuissants (mais pas tout-puissants). Leur personnalités et leurs actes sont proches de ceux des humains, même s'ils s'en distinguent par leur insouciance, car l'absence de crainte de la mort en fait des bienheureux, ce qui a été résumé comme une « légèreté sublime ». En tout cas ils ne sont pas moralement irréprochables, n'hésitent pas à intervenir directement dans les affaires des humains, notamment quand ils ont un compte à régler avec un mortel qui les a offensés, comme c'est le cas de Poséidon qui poursuit Ulysse à cause de ce qu'il a fait subir à son fils Polyphème. Ils peuvent aussi intervenir pour protéger leurs favoris parmi les humains, ce qui explique pourquoi Athéna aide Ulysse. Ils peuvent apparaître directement aux humains (épiphanies), mais c'est rare et ils sont généralement invisibles, ou bien se métamorphosent, ce que fait souvent Athéna. Ils peuvent aussi intervenir sur l'aspect et les pensées des humains, ou leur annoncer l'avenir par des rêves[218],[219]. Ces traits sont partagés par l'Iliade et l'Odyssée, mais une inflexion se produit entre les deux. D'abord, les scènes d'assemblées divines sont moins nombreuses, et beaucoup moins de divinités apparaissent, alors que l'autorité de Zeus n'est plus bousculée par les autres divinités. Leur frivolité est également atténuée, et ils sont plus soucieux de justice et de rétribution des actes impies, ce qui explique pourquoi ils font en sorte qu'Ulysse rentre chez lui, pour châtier les prétendants[220],[221].

Athéna est de loin la déesse qui intervient le plus dans l'Odyssée. Elle y apparaît, comme souvent dans la mythologie, secondant son père Zeus dans l'exercice du pouvoir et la préservation de l'ordre divin, et aidant les héros qu'elle apprécie particulièrement, ce qui est le cas d'Ulysse. Dans un passage (XIII, 291-299), elle explique ce qui les lie, et pourquoi c'est un de ses favoris : parce qu'ils partagent la même mètis, l'intelligence et le goût pour la ruse, notamment les fausses identités. Elle accorde aussi son soutien à Télémaque. Athéna joue un rôle moteur dans l'intrigue de l'Odyssée, à plusieurs reprises : après s'être tenue à l'écart pendant plusieurs années par déférence envers Poséidon, elle obtient de son père son départ de l'île de Calypso, puis l'aide lorsqu'il arrive au pays des Phéaciens puis à Ithaque, lui donnant des conseils cruciaux pour qu'il parvienne à ses fins. Elle l'appuie également lors du massacre des prétendants. C'est enfin elle qui clôt l'histoire avec le soutien de son père, forçant les parents des prétendants à faire la paix avec Ulysse[222].

Il serait fourbe et astucieux, celui qui te vaincrait
en quelque ruse que ce soit, fût-il un dieu !
Ô malin, ô subtil, ô jamais rassasié de ruses,
ne vas-tu pas, même dans ton pays, abandonner
cette passion pour le mensonge et les fourbes discours ?
Allons ! n'en parlons plus ! puisque nous sommes toi et moi
des astucieux : toi de loin le premier des hommes
en conseil et discours, moi fameuse entre les dieux
pour ma finesse et mon astuce ; ainsi, tu n'as donc pas
su reconnaître en moi la fille de Zeus, Athéna,
celle qui t'assista dans chacune de tes épreuves, celle qui t'a gagné le cœur de tous les Phéaciens !

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, XIII, 291-302[223].

Les aèdes

Plusieurs aèdes, les chanteurs professionnels déclamant des poèmes accompagnés d'une lyre, sont présents dans l'Odyssée, pour exercer leurs talents de conteurs, captivant leur auditoire par leurs récits à la fois divertissants et édifiants. Cela permet aussi à l'épopée d'inviter à réfléchir sur les relations entre l'auditoire, le chant et le chanteur[224]. Il s'agit de Phémios à Ithaque (qui reçoit l'épithète polyphemos « aux mille discours », témoignant de sa connaissance d'un vaste répertoire de textes), d'un aède anonyme dans le palais de Ménélas, et de Démodoque chez les Phéaciens, aveugle comme Homère est supposé l'avoir été selon la tradition antique. Ils ne jouent pas un rôle important dans l'histoire, mais leur description permet aux lecteurs modernes d'approcher les réalités de la poésie orale de la Grèce archaïque, donc le milieu dans lequel a été composée l'Odyssée. La poésie épique est alors un divertissement apprécié de l'élite, dont elle met en exergue les valeurs en donnant des bons et des mauvais exemple, tout en procurant du plaisir par des histoires envoutantes exaltant la gloire des héros et assurant leur renommée, notamment les récits de la geste troyenne (alors que la guerre s'est achevée dix ans auparavant), dont les exploits d'Ulysse. Les aèdes sont réputés inspirés par les Muses, qui leur apportent la connaissance d'événements auxquels ils n'ont pas assisté, y compris parmi la société divine. Leur statut social n'est pas pour autant élevé, même si leurs talents sont appréciés des élites qui leur font des dons en échange de leurs services, les plus réputés étant entretenus par les rois. Ulysse, lui-même un excellent conteur, témoigne en tout cas de déférence envers les aèdes, offrant une part de choix de son repas à Démodoque, en complimentant son métier[225],[226],[227].

De tous les hommes de la terre, les aèdes
méritent les honneurs et le respect, car c'est la Muse,
aimant la race des chanteurs qui leur enseigne les voie des chants.

— Homère (trad. Ph. Jaccottet et S. Saïd), Odyssée, VIII, 479-481[228].

Thèmes

L'Odyssée est un récit complexe brassant de nombreuses thématiques, qui sont suscité un grand nombre de lectures depuis l'Antiquité (voir plus bas). L'unité du récit est assurée par la thématique du retour d'Ulysse dans son foyer, annoncée au tout début de l'épopée, de la même manière que l'Iliade est organisée autour de la colère d'Achille et ses conséquences funestes. Pourtant, la notion d'« odyssée » est passée dans le langage courant pour désigner un autre aspect du récit qui a plus intéressé les lecteurs modernes, celui du voyage et de ses périls, desquels Ulysse triomphe par son ingéniosité, ce qui lui donne aussi à l'épopée un aspect de récit de survie. Les analyses modernes, notamment des historiens, ont porté sur la manière dont le récit reflète les mentalités et valeurs de son temps, la « société homérique ». Parmi les autres aspects du récit, son aspect « humaniste » a également été mis en avant : c'est un récit sur la condition humaine, avec le plus humain des héros grecs.

Le retour

L'Odyssée est une épopée sur le retour (nostos), le retour au foyer de son héros Ulysse. Elle reprend des thèmes présents dans d'autres traditions mythologiques : l'époux qui revient chez lui avant que son épouse ne se remarie, le vétéran rentrant après de longues années de guerre, le roi revenant pour reprendre son trône, le marin perdu en mer, peut être aussi des rituels de retour à la vie et à la lumière. L'épopée concerne plus largement les retours d'autres vainqueurs de la guerre de Troie, revenus avant lui, qui sont racontés également : le retour facile de Nestor, le retour fatal d'Agamemnon qui sonne comme un avertissement pour Ulysse, le retour compliqué de Ménélas, mais bien moins long que celui d'Ulysse ; est également évoqué Achille, le héros qui a choisi la gloire et la mort plutôt que le retour. Ulysse, lui, obtient la gloire et le retour, et même la gloire par son retour couronné de succès. Or cette gloire (kleos ; aussi « renommée ») est un trait essentiel du statut héroïque dans les épopées grecques[229],[230].

Le retour d'Ulysse est un objectif posé d'emblée par le récit : dans les premiers chants, la situation périlleuse de son foyer est exposée, ainsi que la volonté des dieux qu'il rentre chez lui pour régler la situation et reprendre son statut d'époux, de chef de maison et de roi. Le retour devient un moyen d'exercer la justice et de rétablir l'ordre qui sont voulus par les dieux[231],[101]. Le fait que cette thématique du retour et de la reprise du contrôle du foyer soit le fil conducteur du récit est déjà reconnu par Aristote, et explique. Elle est souvent reléguée au second plan dans les analyses modernes, qui se sont focalisée sur les voyages d'Ulysse, laissant de côté le fait qu'Ulysse est déjà rentré à Ithaque au milieu du récit, et que la seconde moitié conte la manière dont il sauve et réintègre son foyer[232].

Ce retour s'inscrit plus largement dans un contexte post-conflictuel, dans un monde qui se remet de la guerre de Troie, guerre dont le souvenir hante le récit de l'Odyssée. Cette épopée annonce le développement d'un ensemble de récits sur les retours des héros troyens, ce qui est déjà évoqué par le fait que l'aède Phémios chante sur cette thématique[224]. C'était le sujet central d'une épopée perdue du cycle troyen, Les Retours (Nostoi), couvrant les années entre la fin de guerre et le retour d'Ulysse, et cela devient un des sujets privilégiés de la tragédie grecques.

Le voyage et les aventures

L'Odyssée est traditionnellement présenté comme un récit de voyage et son héros comme l'archétype du voyageur, mais cette dimension du récit paraît secondaire par rapport à celle du retour au foyer. Ulysse devient un voyageur par accident, il n'y a pas chez lui de recherche de l'inconnu, il veut juste rentrer chez lui. Les interprétations modernes qui font de ce héros un personnage curieux et aventureux ne fonctionnent donc pas avec l'épopée homérique[233] : « L’histoire d’Ulysse est donc celle de la perte et des retrouvailles avec des attaches, des liens, des racines, elle narre un détour dans un monde inconnu, il n’y apparaît pas comme un voyageur avide de découvertes, mais, le plus souvent, comme un “moins que rien”, un étranger, un errant, qui, suivant les recommandations de Circé, ne doit songer qu’au retour (XII, 137)[234]. »

La perception traditionnelle de l'Odyssée est essentiellement due aux récits à Alcinoos[103], la partie la plus célèbre du récit, qui se présentent comme une collection de contes de héros voyageurs, voire de sortes de récits que racontent les vieux matelots lors de veillés, et qui s'inspire de diverses sources folkloriques[235]. Le poème s'aventure dans des territoires littéralement et littérairement inexplorés[224]. C'est l'occasion d'explorer des pays inconnus : « le récit qui transporte l'auditeur d'une extrémité à l'autre du monde méditerranéen laisse s'exprimer un sentiment peu répandu dans la littérature grecque : le sentiment des beautés de la nature. Les « paysages de l'Odyssée », féériques, sont l'un des charmes du poème[173]. » C'est un récit de voyages maritimes, avec leurs périls, racontés notamment par le récit du naufrage d'Ulysse après une tempête déchaînée par Poséidon, le dieu des périls maritimes. De fait la mer est plutôt définie dans l'épopée comme un espace dangereux, notamment par le biais de comparaisons négatives[236].

C'est aussi un récit de nombreuses péripéties qui éveillent et éprouvent le héros, qui a pu être interprété comme une sorte de voyage initiatique[237], voire mystique, un voyage de l'âme[238]. Pour B. Graziosi, selon la manière dont le présente l'introduction de l'Odyssée (I, 3-5), il peut s'interpréter comme un poème de l'apprentissage et du développement d'Ulysse, focalisé vers son objectif de retour, ou bien plus simplement un récit, d'épreuves que subit et surmonte le héros, Ulysse l'endurant, sans forcément en sortir changé[239].

Depuis l'Antiquité, les savants débattent quant à savoir s'il y avait une réalité derrière les pays parcourus par l'Odyssée et s'il est possible d'en faire une sorte de guide de voyage et de retracer les voyages d'Ulysse sur une carte. Ératosthène ironisait sur la vanité de ces recherches, mais Strabon les prenait au sérieux et considérait même Homère comme le fondateur de la géographie. Selon les opinions modernes, certes les pays grecs sont décrits de façon relativement fiable, même s'il y a des remaniements poétiques et que l'Ithaque d'Homère ne ressemble pas vraiment à l'île du même nom. En revanche les pays où Ulysse rencontre des êtres fantastiques sont plus difficiles à situer et ont plutôt un rôle symbolique, même si l'épopée n'est pas forcément dénuée de connaissances sur le monde méditerranéen de l'époque. Elle est contemporaine du début de la colonisation grecque archaïque, qui s'accompagne d'explorations maritimes et d'une meilleure connaissance de mondes lointains, et reflète sans doute en partie cela[240],[35],[103],[237],[241].

Le merveilleux

Les voyages qu'Ulysse conte chez Alcinoos sont également l'occasion de développer un récit fantastique, aux accents de conte de fées : « le merveilleux, si discret dans l'Iliade, a envahi l'Odyssée[173]. ». On rencontre « une galerie d’êtres étranges, et tout un folklore des pays lointains, comme on pourrait en trouver dans les contes orientaux ou égyptiens et dans maint passage des Mille et une Nuits[242]. » Le poète a manifestement puisé dans tout un ensemble de récits folkloriques confrontant des humains à des monstres et des magiciennes[243],[30],[244], ainsi que des récits épiques comme celui des Argonautes, qui rencontrent également Circé et les Sirènes lors de leur périple maritime[32].

Ulysse visite des pays fabuleux et mystérieux, comme l'île d’Éole qui flotte sur la mer, l'île de Circé où l'on ne distingue ni est ni ouest, ou encore le pays de Schérie où vivent les Phéaciens, contrée idyllique où les vergers sont garnis de fruits toute l'année. Ces pays fantastiques sont l'occasion de péripéties qui le sont tout autant, face à des êtres non humains, voire monstrueux : les Lotophages, les Cyclopes, les Lestrygons, les Sirènes, Charybe, Scylla, ainsi que Circé et Calypso, Éole et sa famille. Il rencontre des substances étranges comme le lotos qui provoque l'oubli, l'outre d’Éole qui contrôle les vents, des créatures aux pouvoirs magiques comme Circé qui transforme les hommes en cochons, ou envoûtants comme les Sirènes, d'une force supérieure à celles des humains comme les Lestrygons, les Lotophages, ainsi que Charybde et Scylla. Ulysse rencontre enfin les âmes des défunts, qu'il invoque dans le pays sinistre des Cimmériens, qui ne voit jamais la lumière du jour[245],[246],[103].

Si on s'en tient à l'aspect divertissant et plaisant du récit, ce sont des aventures riches en découvertes et en péripéties, dans lequel le héros lutte pour sa survie au cours de plusieurs épreuves qui le confrontent à des défis surnaturels. Mais ces évocations ont aussi un sens plus profond : il s'agit de confronter le héros à des sociétés et des mœurs différentes des siennes et des autres Grecs, qui permettent par contraste d'affirmer leur idéal et leur identité. Ainsi que le souligne S. Saïd : « Ces rencontres contribuent à définir par contraste le sens de la vie humaine, l'importance de la mémoire et la valeur de la civilisation. En mangeant le fruit du lotus ou en écoutant le chant des sirènes, les hommes oublient de revenir. La victoire d'Ulysse sur les Cyclopes qui ignorent l'agriculture et la navigation et manquent d'institutions politiques démontre la supériorité de la civilisation sur la barbarie. L’île d’Éole est également très éloignée de la société grecque normale par ses festins perpétuels et sa pratique de l’endogamie[247]. »

C'est aussi un monde qu'Ulysse cherche à quitter pour rentrer dans son foyer. Il refuse l'immortalité promise par Calypso pour entamer une réintégration dans le monde des humains. Celui-ci se fait de manière progressive à partir du moment où il échoue, nu et démuni, sur les rivages du pays des Phéaciens qui présente certes des aspects fantastiques, mais une société très policée et hospitalière[96].

L'hospitalité

L'Odyssée, qui relate plusieurs voyages, accorde un grand intérêt à la question de l'hospitalité (xenia). Celle-ci est une valeur très importante dans le milieu aristocratique de la Grèce archaïque, où le fait d'être un étranger en déplacement loin de chez lui offre peu de garanties de protection. Elle implique un ensemble d'obligations, autant de la part de l'hôte que de l'invité, donc un respect réciproque. L'hôte doit accueillir l'invité avec égards, notamment en le logeant et le nourrissant, assurer sa sécurité et son bon départ, tandis que l'invité doit respecter son hôte, sa famille et ses biens, lui donner des informations, et, si l'occasion se présente, l'accueillir chez lui une fois prochaine. Le banquet est central dans l'hospitalité homérique. Un hôte généreux fait s'asseoir son invité près de lui, lui donne des bonnes parts de viande, et en principe il ne lui demande son identité qu'à la fin du banquet. Ce dernier s'exécute alors et racontant son histoire (qui permet à son hôte d'enquêter sur sa moralité). Des divertissements concluent le banquet (danses, chants d'aèdes) et que l'invité aille se coucher sur un lit préparé par son hôte (qui lui propose aussi un bain). Il repart ensuite avec un moyen de transport préparé par l'hôte, et des présents. L'Odyssée propose une sorte de manuel de savoir-vivre sur l'hospitalité. Le modèle de la bonne hospitalité est donné par les réceptions de Télémaque à Pylos et à Sparte, l'épisode où Ulysse est au palais d'Antinoos, le plus hospitalier des personnages de l'épopée, ou encore l'accueil d'Ulysse par le porcher Eumée, qui respecte les convention malgré son dénuement. Les contre-modèles sont nombreux, tournant là encore beaucoup autour de la question du banquet et de la nourriture. Ainsi le Cyclope dévore ses « invités », les Lestrygons les chassent pour les manger, les Lotophages offrent une nourriture provoquant l'amnésie, Circé les transforme en cochons. Calypso accueille bien Ulysse, mais son refus de le laisser partir en fait une mauvaise hôtesse. Le comportement des prétendants dans la maison d'Ulysse, dévorant son bétail, couchant avec ses servantes, tout en convoitant son épouse et cherchant à tuer son fils, et en maltraitant les étrangers qui y sont accueillis, est un ensemble d'atteintes gravissimes aux règles de l'hospitalité, ce qui justifie leur mise à mort[248],[249].

L'ordre politique et social

Le système politique et social des épopées homériques repose sur la « maison » ou « foyer » (oikos) une unité formée autour d'un chef de famille, de sa famille et de ses serviteurs[188]. Il suit une logique patriarcale, car le chef de famille a autorité sur les membres de sa maisonnée, et ceux-ci lui doivent obéissance et loyauté. Cela explique pourquoi Ulysse s'attelle à tester la confiance qu'il peut accorder aux membres de son foyer, avant de leur révéler son identité. Les prétendants et les serviteurs et servantes qui se joignent à eux ont donc un comportement qui profondément humiliant pour Ulysse, ce qui est considéré comme suffisamment grave pour justifier leur mort[250],[251].

Les communautés politiques telles qu'Ithaque, Pylos et Sparte, qui sont en pratique des regroupements de plusieurs maisons dirigées par leurs chefs de maison, sont dirigées par des personnages plus éminents qui portent le titre de basileus. Les traductions modernes le traduisent par « roi », et les entités politiques qu'ils dirigent sont des royaumes, mais en pratique leur pouvoir est celui de primus inter pares, qui doivent composer avec les autres, donc le pouvoir tel qu'il est exercé semble avoir un aspect collectif[252]. Un autre problème est de savoir si l'épopée reflète son époque de composition, durant laquelle le pouvoir des « rois » a périclité et qui voit la formation de la cité-État (polis) amenée à être la base de l'organisation de la Grèce antique[253].

L'Odyssée ne présente de toute manière pas une organisation politique particulièrement cohérente. La confrontation à d'autres types de sociétés et de systèmes politiques, notamment celui des Cyclopes qui n'ont ni lois ni assemblées, renvoie à la vision de ce que sont les pays « non-civilisés »[254]. L'idéal de l'Odyssée est une société bien ordonnée, stable et pacifiée, sans exactions, où le roi est une sorte de bon père de famille. L'inverse est une société désordonnée, où prospèrent les injustices et les abus, ce qu'implique le comportement des prétendants, et justifie une fois de plus leur châtiment. C'est aussi une société minée par les tensions et les conflits internes (stasis), voire les guerres civiles, risque qui se voit à la fin de l'épopée, quand les parents des prétendants cherchent à les venger[255].

Dans ce contexte, le retour d'Ulysse n'est pas seulement l'histoire d'un homme qui retrouve sa place auprès des siens, mais celui d'un chef de famille et d'un souverain qui reprend ses droits, rétablit l'ordre dans son foyer et son royaume. Il bénéficie pour cela de l'appui des dieux, en premier lieu de Zeus (avec Athéna comme exécutante), dieu souverain et garant de l'ordre social, qui décrète son retour au début de l'épopée pour qu'il rétablisse la justice à Ithaque, et qui intervient pour clore l'épopée en forçant les parents des prétendants à faire la paix avec Ulysse. Le retour a donc des conséquences à la fois domestiques, sociales, éthiques et religieuses[101] : « il devient un instrument de justice, sanctionné par les dieux, par lequel l'ordre social sera sauvé[256]. »

La justice divine

La problématique de la justice divine (théodicée) est particulièrement importante dans les épopées homériques, et par la suite dans la poésie grecque archaïque (en particulier chez Hésiode). Il s'agit de savoir dans quelle mesure les divinités sont justes envers les humains, et en premier lieu Zeus, le garant de l'ordre et de la justice. Cela a une implication importante pour les humains, puisqu'elle implique pour eux que les gens justes et pieux soient récompensés, et ceux qui sont injustes et impies soient punis. L'Iliade était ambigüe sur ce point, mais l'Odyssée l'est moins quitte à être en contradiction avec la première. Elle proclame d'emblée par la voix de Zeus (I, 32-43) que, quoi qu'ils en pensent, les humains sont responsables de leurs actes, et que les dieux les avertissent avant de les châtier en conséquence ; il prend pour cela l'exemple d'Égisthe, qui assassina Agamemnon après lui avoir pris sa femme, malgré le fait qu'Hermès lui ait dit qu'accomplir ces outrages entrainerait sa mort, qui lui est venue du fils de la victime, Oreste. L'épopée s'attelle durant le reste du récit à confirmer cela : les compagnons d'Ulysse comme les prétendants de Pénélope reçoivent des avertissements, avant de subir leur juste châtiment, pour impitoyable qu'il soit. Quand il apprend le sort des prétendants à la fin du récit, Laërte s'exclame que cela prouve que le règne de Zeus perdure (XXIV, 351-352). Les divinités ne sont pas des êtres omnipotents et irréprochables moralement, mais il n'en reste pas moins des gardiens de la justice, ce qui explique pourquoi ils sont en fin de compte du côté d'Ulysse[257],[258],[259].

Hélas ! Voyez comment les mortels vont juger les dieux !
C'est de nous que viendraient tous les malheurs, alors qu'eux-mêmes
par leur propre fureur outrant le sort se les attirent,
ainsi qu'on vit Égisthe outrant le sort prendre à l'Atride (Agamemnon)
sa femme légitime, et le tuer à son retour,
sachant que la mort l'attendait, puis nous l'avions prévenu
par l'entremise du Veilleur éblouissant, Hermès,
de na pas le tuer, de ne pas rechercher sa femme !
Car Oreste viendrait lui en faire payer le prix
dès qu'il aurait grandi et désirerait sa patrie …
Ainsi parla Hermès, bienveillant, sans persuader
les entrailles d'Égisthe : et maintenant, quel prix il a payé !

— Homère (trad. Ph. Jaccottet et S. Saïd), Odyssée, I, 32-43[260].

Zeus notre Père, il est encor sur l'Olympe des dieux,
s'il est vrai que les prétendants ont payé leurs fureurs !

— Homère (trad. Ph. Jaccottet), Odyssée, XXIV, 351-352[261].

Cela explique aussi pourquoi la piété envers les dieux est une qualité attendue des hommes de bien, en premier lieu Ulysse qui prie les dieux et leur rend grâce tout au long du récit. Zeus rappelle qu'il le voit d'un très bon œil parce qu'il accomplit plus de sacrifices que les autres (I, 65-67). Plus largement le respect des dieux est attendu, ce qui implique de se conformer aux règles dont ils sont les garants, en particulier l'hospitalité[262].

La condition humaine

L'Odyssée commence par le mot grec andra, qui signifie « l'homme », et peut être comprise comme une histoire qui cherche à définir ce que c'est qu'être un humain[263]. « Son héros, Ulysse, est l'homme par excellence : il refuse l'immortalité que lui offre Calypso et choisit héroïquement d'endurer les épreuves humaines et d'acquérir la renommée qui y est attachée[264]. » De fait, être humain dans la Grèce antique, c'est avant tout être mortel, et le fait qu'il refuse en connaissance de cause l'immortalité consacre ce statut. Elle impliquerait en effet pour lui de ne pas rentrer chez lui et de sombrer dans l'oubli, dissimulé sur l'île de Calypso (dont le nom comprend en grec ancien l'idée de « cacher », « couvrir »), ce qui le priverait de renommée (kleos)[243].

L'épopée oppose d'ailleurs les destins de son protagoniste et de celui de l'Iliade, Achille, dont l'âme défunte est rencontrée lors de l'invocation des morts. Ils incarnent chacun un type d'héroïsme : celui qui choisit la « belle mort » au combat, au prix de ne pas retourner dans son foyer, et celui qui choisit à tout prix de retourner vivant chez lui. Face à ce dilemme du héros, l'Odyssée, poème du retour, tranche en faveur du second et rend le verdict par la bouche d'Achille lui-même : il exprime à Ulysse son regret d'avoir préféré la mort sur le champ de bataille, la gloire qu'elle lui a apporté ne compensant en rien la perte irrémédiable de son futur (XI, 489-491)[265],[266],[243]. « La visite d’Ulysse dans l'Hadès et plus précisément son dialogue avec Achille démontrent la valeur inestimable de la vie[267]. »

Réceptions dans l'Antiquité

Postérité et réceptions après l'Antiquité

Traductions en français

Page de titre de l'édition de Leconte de Lisle, 1877.

Représentations artistiques

Littérature de fiction ancienne et classique

Littérature de fiction moderne et contemporaine

  • Louis Aragon, Les Aventures de Télémaque (1922), autre réécriture romanesque de la Télémachie.
  • Jean Giono, Naissance de l’Odyssée (1930), est une réécriture de l'Odyssée qui relate le mensonge d'un Ulysse très humain.
  • Michel Honaker, Odyssée, Flammarion, 2006.
  • James Joyce, Ulysse (1922) a pu être interprété comme une réécriture de l'Odyssée dans le Dublin moderne, en une journée.
  • Hervé Le Tellier, dans le roman Eléctrico W (2011), réutilise la trame, pendant neuf jours à Lisbonne, où un narrateur (Balmer-Homère) accompagne le héros (Flores-Ulysse).
  • Sándor Márai, Paix à Ithaque (1952), réécriture de l'Odyssée : après la mort du héros, Pénélope, Télémaque et Télégonos essayent de percer le mystère du personnage d'Ulysse.
  • Éric-Emmanuel Schmitt , dans le roman Ulysse from Bagdad (2008), relate l'itinéraire de Bagdad jusqu'à Londres d'un immigré clandestin comparé à Ulysse.
  • Dan Simmons, le diptyque de Ilium (2003) et Olympos (2005), est en partie une réécriture des épopées homériques dans un univers de science-fiction.
  • Margaret Atwood, L'Odyssée de Pénélope (2005), réécriture du point de vue de Pénélope
  • Emmanuelle Dourson, dans Si les dieux incendiaient le monde (Grasset, 2021), fait de l'épopée le medium d'une initiation aux pouvoirs du Verbe poétique au point qu'une jeune fille se vit un moment comme une Nausicaa moderne. Dans le final du roman, un Poséidon déchaîné incarne les puissances cosmiques.

Ulysse et Diomède aux Enfers, dessin de William Blake (1757-1827) illustrant le chant 26 de la Divine Comédie.

Poésie

Pastiche

  • Les Cryptes de la Critique. Vingt Lectures de l'Odyssée (2008) de Núria Perpinyà est un pastiche de vingt interprétations différentes sur l'Odyssée.

Théâtre

Musique

Danse

Peinture

  • Le peintre Georges-Antoine Rochegrosse a réalisé des dessins et des peintures pour une édition de l'Odyssée dans la traduction de Leconte de Lisle parue en 1930.
  • John Flaxman a réalisé une série de compositions portant sur les principaux épisodes de l'Odyssée, gravées par Reveil et publiées en 1835.
  • Le peintre Marc Chagall a réalisé une série de 82 lithographies représentant les grandes scènes de l'Odyssée, publiée en 1974-75.

Détournement du mythe : Le Retour d'Ulysse, caricature du magazine britannique Punch montrant le retour au pouvoir du premier ministre grec Elefthérios Venizélos, favorable à l'Entente, au grand dépit des « prétendants » François-Joseph d'Autriche et Guillaume II d'Allemagne, 23 juin 1915.

Bande dessinée

Cinéma

  • Le péplum Ulysse (1954) de Mario Camerini est une adaptation de l'Odyssée.
  • Le film O'Brother (2000) des frères Coen s'inspire librement de l'Odyssée dans certaines de ses péripéties.
  • La version longue du film Troie (2004) de Wolfgang Petersen qui est une adaptation de l'Iliade, comporte une référence à l'OdysséeUlysse (interprété par Sean Bean) dit que son chien va lui manquer avant d'aller à la guerre de Troie.
  • Le film Retour à Cold Mountain, inspiré du roman de Charles Frazier, possible transposition de l'Odyssée dans l'Amérique de la guerre de Sécession.
  • Le film The Return, le retour d'Ulysse (2024), réalisé par Uberto Pasolini, relate le retour d’Ulysse à Ithaque et son affrontement contre les prétendants de Pénélope.
  • Le prochain film L'Odyssée (2026), réalisé par Christopher Nolan, avec Zendaya, Tom Holland, Anne Hathaway, Matt Damon, Charlize Theron, Robert Pattinson, Lupita Nyong'o. Ce film suit Ulysse dans son périlleux voyage de retour après la guerre de Troie, mettant en scène ses rencontres avec Polyphème, les Sirènes, Circé, et se terminant par ses retrouvailles avec sa femme, Pénélope.

Télévision

  • L'Odyssée (1968), série télévisée italo-franco-allemande de Franco Rossi très fidèle à l'original.
  • Ulysse 31 (1981) est un dessin animé franco-japonais représentant le périple d’un Ulysse vivant au XXXIe siècle apr. J.-C.
  • L'Odyssée (1997) est un téléfilm de production européenne racontant le voyage de retour d'Ulysse vers Ithaque.
  • L'Odyssée (2003) est une série télévisée d'animation française, créée par David Michel, qui s'inspire librement de l'Odyssée pour mettre en scène les aventures d'Ulysse tout au long de son voyage de retour vers Ithaque.
  • Odysseus (2013), série franco-italo-portugaise de Frédéric Azémar, est une adaptation plus libre des douze derniers chants du point de vue des personnages restés à Ithaque.

Jeux vidéo

Notes et références

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Annexes

Consultez la liste des éditions de cette œuvre :
Odyssée (Homère).

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Bibliographie

Sources antiques

Études modernes

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