Le nom de pouilly se vendant bien comme vin, les producteurs du village de Pouilly cherchèrent à en interdire l'usage par ceux des autres communes. La loi de 1919 sur les appellations d'origine (AO)[5] autorise de poursuivre un présumé usurpateur d'appellation devant le tribunal de grande instance (du lieu d'origine du produit), mais aussi que « sur la base d'usages locaux, loyaux et constants, le juge pourra délimiter l'aire géographique de production et déterminer les qualités ou caractères du produit ». Cette phase judiciaire voit s'affronter les producteurs et négociants des différentes communes pour avoir le droit de vendre le vin sous le nom de pouilly, d'où le jugement du tribunal civil de Mâcon en date du qui restreint l'usage de l'appellation pouilly-fuissé, puis du et du qui délimitent plusieurs appellations limitrophes (pouilly-fuissé, pouilly-vinzelles et pouilly-loché)[6]. La cave coopérative de Vinzelles est fondée en 1929[7].
L'appellation est officiellement reconnue par le décret du , par le même texte que le pouilly-loché, chacune sur sa commune[8]. Les techniques en viticulture et œnologie évoluent à partir des années 1960-1970 : l'enjambeur remplace le cheval, pratique de la vendange en vert, usage de table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique, etc.). Avec la canicule de 2003, les vendanges débutèrent pour certains domaines cette année-là à la mi-août, soit avec un mois d'avance, des vendanges très précoces qui ne s'étaient pas vues depuis 1422 et 1865 d'après les archives[9].
En mars 2010, l'ODG commun aux pouilly-loché et pouilly-vinzelles dépose auprès de l'INAO sa demande de reconnaissance de premiers crus pour ces deux appellations[6]. Le cahier des charges de l’appellation a été modifié en novembre 2024[3]. Cette modification instaure le statut de premier cru pour la production de certains climats (sous réserve de respect des critères du cahier des charges) et limite l'aire de production à la seule commune de Vinzelles, alors que précédemment l'aire d'appellation comprenait également Loché (qui fait partie de la commune de Mâcon). Cela a pour conséquence que l'aire d'appellation du pouilly-loché n'est désormais plus incluse dans celle de pouilly-vinzelles. Les critères du cahier des charges portant une exigence accrue pour la production des premiers crus sont la charge maximale de la parcelle, la richesse naturelle en sucre, le titre alcoométrique minimum, les rendements et la période d'élevage.
Vignoble
Aire d'appellation
L'aire de production se situe au sud de la Bourgogne, en Saône-et-Loire dans le vignoble du Mâconnais, à moins de 10 kilomètres au sud-ouest de Mâcon, sur la commune de Vinzelles (avant la publication du nouveau cahier des charges de 2024, cette aire comprenait aussi le village mitoyen de Loché, mais aucune parcelle n'y était affectée à la production de pouilly-vinzelles).
Selon le service des Douanes, la superficie revendiquée en 2023 sous l'appellation est de 59hectares[2]. En 2008, la superficie de production était de 52,12 ha[10].
Le nom de l'appellation sur les déclarations comme sur l'étiquette peut être suivi du nom du climat (lieux-dits)[n 3] sur lequel le vin a été produit. Ces climats sont : « Aux Bourgeois », « Château Bardon », « Château de Vinzelles », « Les Bois Préaux », « Les Buchardières », « Les Verchères », « Pré du Château » et « Sency ».
Depuis 2024, trois climats (« Les Longeays », « les Pétaux » et « les Quarts ») peuvent apparaître sur l'étiquette, potentiellement avec la mention premier cru si les conditions du cahier des charges sont respectées[3], ce qui correspond approximativement à un tiers de l'aire d'appellation[2].
Géologie et orographie
Situés sur des roches du Jurassique (du Bathonien et du Bajocien) entre 200 et 250 mètres d'altitude et exposé à l'est, les sols sont à dominante argilo-calcaire.
Ses grappes sont relativement petites, cylindriques, moins denses que celles du pinot noir N[13], constituées de grains irréguliers, assez petits, de couleur jaune doré[13]. De maturation de première époque comme le pinot noir N, il s'accommode mieux d'une humidité de fin de saison avec une meilleure résistance à la pourriture s'il n'est pas en situation de forte vigueur. Il est sensible à l'oïdium et à la flavescence dorée. Il débourre un peu avant le pinot noir N, ce qui le rend également sensible aux gelées printanières. Les teneurs en sucre des baies peuvent atteindre des niveaux élevés tout en conservant une acidité importante, ce qui permet d'obtenir des vins particulièrement bien équilibrés, puissants et amples, avec beaucoup de gras et de volume[14].
Méthodes culturales
Taille à queue du Mâconnais.
Le travail manuel commence par la taille, dite « taille à queue du Mâconnais » caractéristique du Mâconnais : c'est une dérivation de la taille en guyot. Cette taille en « arcure » permet de lutter contre le phénomène d'acrotonie, typique du cépage chardonnay, elle permet aussi de préserver la vigne contre le gel de printemps[15]. Les tailles en « cordon de Royat » et « guyot simple » sont autorisées. Le tirage des sarments suit la taille. Les sarments sont enlevés et peuvent être brûlés ou mis au milieu du rang pour être broyés. On passe ensuite aux réparations. Puis vient le pliage des baguettes. Éventuellement, après le pliage des baguettes, une plantation de nouvelles greffes est réalisée. L'ébourgeonnage peut débuter dès que la vigne a commencé à pousser. Cette méthode permet, en partie, de réguler les rendements[15]. Le relevage est pratiqué lorsque la vigne commence à avoir bien poussé. En général, deux à trois relevages sont pratiqués. La vendange en vert est pratiquée de plus en plus dans cette appellation. Cette opération est faite dans le but de réguler les rendements et surtout d'augmenter la qualité des raisins restants[15]. Pour finir, avec le travail manuel à la vigne, se réalise l'étape importante des vendanges.
L'enjambeur est d'une aide précieuse. Les différents travaux mécaniques se composent du broyage des sarments, réalisé lorsque les sarments sont tirés et mis au milieu du rang. De trou fait à la tarière, là où les pieds de vignes sont manquants, en vue de planter des greffes au printemps. De labourage ou griffage, réalisé dans le but d'aérer les sols et de supprimer des mauvaises herbes. De désherbage fait chimiquement pour tuer les mauvaises herbes. De plusieurs traitements des vignes, réalisés dans le but de les protéger contre certaines maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium, pourriture grise, etc.) et certains insectes (eudémis et cochylis)[15]. De plusieurs rognages consistant à reciper ou couper les branches de vignes (rameaux) qui dépassent du système de palissage. Des vendanges mécaniques se réalisant avec une machine à vendanger ou une tête de récolte montée sur un enjambeur.
Les rendements sont limités par le cahier des charges de l'appellation à un maximum de 60 hectolitres par hectare, descendant à 58 hl/ha pour les premiers crus. Chaque année, ce rendement maximum peut être modifié à la hausse ou à la baisse par un arrêté du ministère de l'Agriculture, dans la limite des rendements butoirs de l'appellation, fixés respectivement à 70 et 66 hl/ha[3].
Vins
Volumes
Les données de production des années récentes, telles que publiées par les Douanes, sont[2] :
Année
pouilly-vinzelles
pouilly-vinzelles (climat, puis 1er cru depuis 2024)
superficie (ha)
production (hl)
rendement (hl/ha)
superficie (ha)
production (hl)
rendement (hl/ha)
2020
43
2 343
54
16
791
49
2021
43
1 774
41
15
592
39
2022
44
1 951
44
15
823
55
2023
59
3 323
56
pas de données distinctes (valeurs totales rapportées ici avec le pouilly-vinzelles)
Il existe des petites différences de méthode entre les différents viticulteurs, négociants et caves coopératives. La récolte est manuelle ou mécanique et peut être triée. Les raisins sont ensuite transférés dans un pressoir pour le pressurage. Une fois le moût en cuve, le débourbage est pratiqué généralement après un enzymage. À ce stade, une stabulation préfermentaire à froid (environ 10 à 12 °C pendant plusieurs jours) peut être recherchée pour favoriser l'extraction des arômes[15]. Mais le plus souvent, après 12 à 48 heures, le jus clair est soutiré et mis à fermenter[15]. La fermentation alcoolique se déroule avec un suivi tout particulier pour les températures qui doivent rester à peu près stables (18 à 24 °C)[15]. La chaptalisation est aussi pratiquée pour augmenter le titre alcoométrique volumique si nécessaire. La fermentation malolactique est réalisée en fûts ou en cuves. Les vins sont élevés « sur lies », en fûts, dans lesquels le vinificateur réalise régulièrement un « bâtonnage », c'est-à-dire une remise en suspension des lies[15]. Cette opération dure pendant plusieurs mois au cours de l'élevage des blancs. À la fin, la filtration du vin est pratiquée pour rendre les vins plus limpides[15]. La mise en bouteille clôture l'opération.
Sur des sols argilo-calcaires, ce vin a pour particularité une robeor pâle et cristalline, dont le nez peut évoquer des arômes discrets de noisette et d'amande, ou de brioche, parfois plutôt floraux (de fleurs blanches, d'acacia, ou de tilleul) ou fruités (de pêche, d'abricot, ou de coing)… Il peut être minéral, ample et opulent en bouche[16].
Il existe des domaines de tailles différentes. Ces domaines mettent tout ou une partie de leurs propres vins en bouteilles et s'occupent aussi de le vendre. Les autres, ainsi que ceux qui ne vendent pas tous leurs vins en bouteilles, les vendent aux maisons de négoce.
Les caves coopératives et leurs apporteurs sont des vignerons. Ces derniers peuvent leur amener leurs récoltes, ou bien la cave coopérative vendange elle-même (machine à vendanger en général).
Les maisons de négoce achètent leurs vins, en général, en vin fait (vin fini) mais parfois en raisin ou en moût[18]. Elles achètent aux domaines et passent par un courtier en vin qui sert d'intermédiaire moyennant une commission de l'ordre de 2 % à la charge de l'acheteur.
↑André Jullien, Topographie de tous les vignobles connus, suivie d'une classification générale des vins, Paris, Mme Huzard : L. Colas, , 566 p. (BNF30667644), p. 131-132, lire en ligne sur Gallica.
↑Malika Madelin, Benjamin Bois et Jean-Pierre Chabin, « Modification des conditions de maturation du raisin en Bourgogne viticole liée au réchauffement climatique », EchoGéo, no 14, (lire en ligne).
↑ a et bChristian Pessey, Vins de Bourgogne, chapitre « La vigne et le vin – Chardonnay », p. 13.
↑Catalogue des variétés et clones de vigne cultivés en France, ENTAV Éditeur.
↑ abcdefgh et iConduite et gestion de l'exploitation agricole, cours de viticulture du lycée viticole de Beaune (1999-2001), baccalauréat professionnel option viticulture-œnologie.
↑Dictionnaire des vins de France, Paris, Hachette, coll. « Les livrets du vin », , 383 p. (ISBN2-01-236-582-5), p. 294.
↑Michel Mastrojanni, Guide des vins de France, Paris, Solar, , 2e éd. (1re éd. 1992), 280 p. (ISBN2-263-01942-1), no 208.