Les Réflexions sur l'éducation (en allemand: Über Pädagogik) sont une œuvre de philosophie de l'éducation d'Emmanuel Kant, parue en 1803. S'inscrivant résolument dans la pensée des Lumières, Kant soutient que «l'homme ne peut devenir homme que par l'éducation. Il n'est que ce que l'éducation fait de lui [...] C'est au fond de l'éducation que gît le grand secret de la perfection de la nature humaine».
Présentation générale
Origines et influences
Dans Les Réflexions sur l'éducation, Kant discute les théories pédagogiques de son temps. Le XVIIIe siècle est en effet marqué par des débats sur l'enseignement et la manière d'élever les enfants. Kant a lu dès 1762 Émile ou De l'éducation de Jean-Jacques Rousseau, et lui accorde une grande influence, tout en s'écartant parfois des idées du philosophe français[1]. Les Pensées sur l'éducation de John Locke sont aussi une influence de Kant. Les trois ouvrages ont beaucoup de thèmes communs et Alexis Philonenko, dans son édition des Réflexions de Kant, utilise de larges notes de bas de page pour les comparer entre eux.
Contexte
On ne trouve pas d'autre ouvrage dédié spécifiquement à l'éducation dans l’œuvre de Kant mais seulement des remarques éparses, notamment dans son Anthropologie. Cependant, l'intérêt de Kant pour la question de l'éducation et de la pédagogie est attesté en général par sa vie d'enseignant et en particulier par son engagement en faveur de l'école expérimentale de Johann Bernhard Basedow, manifesté à travers la publication de deux Essais concernant le Philanthropin en 1776 et 1777.
Par obligation, Kant a donné des cours sur l'éducation à l'Université de Königsberg en 1776/1777, 1780, 1783/1784, 1786/1787 en s'appuyant sur le Methodenbuch de Basedow, puis le Manuel d'éducation de Friedrich Samuel Bock(de).
Historique de publication
Les Réflexions sur l'éducation sont publiées en 1803. Kant charge Rink de la publication du livre[2]. Nous ne savons presque rien de la source utilisée par Rink pour la publication du livre[3]; il peut ainsi s'agit de notes de cours d'un ou plusieurs étudiants, des propres notes de Kant, ou d'annotations en marge des manuels que Kant utilisait. Rink écrit que le texte provient du fait que Kant ne se serait pas tenu au manuel de Bock. Mais il n'est même pas certain d'après Weisskopf[4], Naragon[5] et Stark[6] que le matériau utilisé soit en lien avec les leçons sur l'éducation que Kant a données.
Fac-similé du manuscrit autographe du premier essai sur le Philanthropin (1776).
D'après Werner Stark[7], ce texte n'est pas une compilation mais suit un plan imposé avec ou par les manuscrits; il aurait été écrit au plus tôt au milieu des années 1780 et au plus tard en 1798, et serait un livre de pédagogie projeté par Kant tandis qu’il participe en 1780-1790 aux débats autour de l’institution d’un baccalauréat en Prusse et d’un séminaire de pédagogie. Il ferait partie du préalable du Conflit des facultés.
Les Réflexions ont été publiées par le disciple de Kant, Friedrich Theodor Rink(de), en 1803. La première traduction et publication française a lieu en 1855, sous le titre de Traité de pédagogie.
Résumé
Kant soutient que l'éducation doit assurer que l'enfant sorte d'un état de nature violent et égoïste dans lequel il se trouve naturellement. Il soutient par conséquent une éducation par la raison et en vue de la raison. L'éducation soumet l'homme à des règles, qui lui permettent ensuite de s'inscrire dans la société[8].
Kant trace un lien direct entre l'éducation et les Lumières. Il conçoit l'éducation comme le processus d'amélioration de l'homme qui lui permet de se développer dans toutes ses potentialités. Ainsi, «[l]'homme doit d'abord développer ses dispositions pour le bien [...] se rendre soi-même meilleur, se cultiver soi-même, et, si l'on est mauvais développer en soi la moralité, voilà le devoir de l'homme. Quand on y réfléchit mûrement, on voit combien cela est difficile. L'éducation est donc le problème le plus grand et le plus ardu qui nous puisse être proposé. Les lumières en effet dépendent de l'éducation, et à son tour l'éducation dépend des lumières»[9].
L'éducation a ainsi pour but l'autonomie du sujet. Les enfants doivent à ce titre apprendre «à substituer l'horreur de ce qui est révoltant ou absurde à celle de la haine, la crainte de leur propre conscience à celle des hommes et des châtiments divins, l'estime d'eux-mèmes et la dignité intérieure à l'opinion d'autrui».
Le livre est construit en quatre parties: une introduction; un développement; et enfin une dernière partie, divisée en deux sous-parties: l'éducation physique, et l'éducation pratique.
Postérité
Les multiples éditions et traductions de ce livre témoignent de sa relative popularité, surtout si on la compare aux autres notes de cours[5].
En France, Jules Barni traduit et publie ce texte sous le titre Traité de pédagogie en 1855 chez Auguste Durand. En 1966 Alexis Philonenko en livre une nouvelle traduction sous le titre Réflexions sur l'éducation parue chez Vrin. En 1986 Pierre Jalabert le traduit sous le titre Propos de pédagogie pour la bibliothèque de la Pléiade.
En anglais, la première traduction est due à Annette Churton en 1899 avec pour titre: Thoughts on Education. En 1904 Edward Franklin Buchner propose une autre traduction avec The Educational Theory of Immanuel Kant. Robert B. Louden en 2007 choisit de traduire par: Lectures on Pedagogy.
(1986) Emmanuel Kant, Propos de pédagogie: traduction de Pierre Jalabert. dans Œuvres philosophiques III: les derniers écrits. Gallimard, 1986, coll. «Pléiade», pages 1145-1203.
(1981) Emmanuel Kant, Traité de pédagogie: traduction de J. Barni, revue et actualisée, introduction et notes par Pierre-José About, Paris, Hachette, coll.«Œuvres et opuscules philosophiques», (réimpr.2011), 107p. (ISBN978-2-01-007840-8)
(1904) (en) The educational Theory of Immanuel Kant (trad.Edward Franklin Buchner), Philadelphia & London, J.B. Lippincott Company, (lire en ligne)
(1900) (en) Emmanuel Kant (trad.Annette Churton), Kant on Education, Londres, Kegan Paul, Trench, Trübner and Co, , 121p. (lire en ligne)
(1886) Emmanuel Kant, Traité de pédagogie: (traduction Jules Barni) avec une préface, des sommaires analytiques et un lexique, par Raymond Thamin, chargé du cours de pédagogie à la Faculté des lettres de Lyon, Paris, Félix Alcan, coll.«Bibliothèque des textes philosophiques», (réimpr.1931), 133p. (lire en ligne)
(1855) Emmanuel Kant (trad.Jules Barni), Éléments métaphysiques de la doctrine de la vertu (seconde partie de la Métaphysique des mœurs), suivis d'un Traité de pédagogie et de divers opuscules relatifs à la morale, Paris, Auguste Durand, , 278p. (lire en ligne)
Le traité de pédagogie se trouve pages 185 à 248.
(1803) (de) Emmanuel Kant, Immanuel Kant über Pädagogik: herausgegeben von Friedrich Theodor Rink, Königsberg, Friedrich Nicolovius, , vi-146 (lire en ligne)
Notes et références
↑Gilbert Py, Rousseau et les éducateurs: Étude sur la fortune des idées pédagogiques de Jean-Jacques Rousseau en France et en Europe au XVIIIe siècle, Oxford, Voltaire Foundation, , 624p..
↑Monique Samuel-Scheyder et Philippe Alexandre, Pensée pédagogique: enjeux, continuités et ruptures en Europe du XVIe au XXe siècle, Lang, (ISBN978-3-906762-62-3, lire en ligne)
↑Werner Stark, Kant et l'éducation, Arras, Artois Presses Université, , «Kant über Pädagogik, un cours comme les autres?», p.31-46.
↑Fatié Ouattara, De la crise de l'éducation: La rationalité comme principe de l'éducation à la liberté et à la paix chez Kant et Hegel, L'Harmattan, (ISBN978-2-14-031581-7, lire en ligne)
(2016) Jean-François Goubert (dir.), Sophie Grapotte, Werner Stark et al., Kant et l'éducation, Arras, Artois Presses Université, , 124p. (ISBN978-2-84832-260-5)
(2012) (en) Klas Roth (dir.) et Chris W. Surprenant (dir.), Kant and education: interpretations and commentary, New York, Routledge, , XVII-237p. (ISBN978-0-415-88980-3)
(2012) Heinrich Kanz, «Kant et l'éducation», sur Encyclopédie de l'Agora, (consulté le ).
(2004) Joseph Maalouf, «Présentation de Réflexions sur l'éducation d'Emmanuel Kant», Annales de philosophie et des sciences humaines, no18, , p.21-36 (lire en ligne[PDF], consulté le ).
(2000) (de) Werner Stark, «Vorlesung — Nachlass — Druckschrift? Bemerkungen zu Kant über Pädagogik», Kant-Studien, vol.91, , p.94-105
(1986) Anne-Marie Guillaume, «E. Kant, Traité de pédagogie. Traduction de J. Barni, revue et actualisée, introduction et notes par Pierre-José About [compte rendu]», Revue philosophique de Louvain, vol.84, no63, , p.396 (lire en ligne, consulté le ).
(1970) (de) Traugott Weisskopf, Immanuel Kant und die Pädagogik: Beiträge zu einer Monographie, Zurich, Editio academica, coll.«Basler Beiträge zur Philosophie und ihrer Geschichte» (no5), , XIX-704p.