Le territoire associe à l'est une chaîne de mornes, qui culmine au Pic Paradis (424 m), et à l'ouest les plateaux calcaires des Terres-Basses; son littoral est découpé en baies et bordé de nombreux étangs. Sous un climat tropical, il est exposé aux cyclones et classé dans la zone de sismicité la plus élevée du territoire français.
Le nom de l'île est traditionnellement attribué à Christophe Colomb, qui l'aurait aperçue en 1493. Néerlandais et Français s'y installent dans la première moitié du XVIIesiècle, et le traité de Concordia de 1648 partage l'île entre la France et les Provinces-Unies; la partie française est ensuite occupée à plusieurs reprises par les Britanniques. Le , l'ouragan Irma frappe directement l'île, fait onze morts dans la partie française et endommage la quasi-totalité du bâti.
La population, qui a fortement augmenté à partir des années 1980 sous l'effet de l'immigration, venue surtout d'Haïti et de la République dominicaine, diminue depuis 2010 et compte 31 160 habitants en 2023. Le français est la seule langue officielle, mais la langue la plus parlée est un créole à base lexicale anglaise, aux côtés des créoles haïtien et guadeloupéen et de l'espagnol. L'économie repose principalement sur le tourisme et le commerce, dans un contexte de chômage élevé.
Toponymie
Selon la tradition, l'île doit son nom à Christophe Colomb, qui l'aurait aperçue sans y débarquer le , jour de la fête de saint Martin de Tours, lors de son deuxième voyage, alors que sa flotte remontait l'arc des Petites Antilles vers Hispaniola[5]. L'historien de la marine Samuel Eliot Morison estime toutefois que l'île baptisée San Martín ce jour-là est l'actuelle Niévès: dans la confusion des nombreuses petites îles alors mal cartographiées, le nom aurait ensuite été reporté sur Saint-Martin[6].
Le missionnaire dominicain Raymond Breton relève le nom kalinago Oüalichi dans son Dictionnaire caraïbe-français (1665). Il le cite avec ceux de Saint-Barthélemy, de Saba et d'Anguilla, en précisant que ses informateurs ne savaient pas distinguer ces quatre îles[7],[8]. L'ethnographe suédois Sven Lovén traduit ce nom par «île aux femmes», en le rapprochant du mot oüelléchi, «Amazones»[8]. Le nom Soualiga (ou Sulauiga), rendu par «terre de sel» en référence aux salines de l'île, est quant à lui rapporté en 1977 par K. C. Dick[8]. Il reste couramment employé à Saint-Martin[9].
Géographie
Localisation
Partie française de Saint-Martin.
La collectivité de Saint-Martin occupe la partie nord de l'île de Saint-Martin, dans l'arc des Petites Antilles, par environ 18°04′ de latitude nord et 63°03′ de longitude ouest. L'île se trouve à quelque 260 km au nord-ouest de la Guadeloupe et à environ 300 km à l'est de Porto Rico[10]. Elle est bordée au nord et à l'ouest par la mer des Caraïbes, à l'est par l'océan Atlantique[11].
La partie française couvre 53 km2 et la partie néerlandaise, Sint Maarten, 34 km2, soit environ 87 km2 pour l'île[3],[12]. Saint-Martin est la plus petite île habitée au monde partagée entre deux États souverains[4].
La frontière terrestre entre les deux parties, longue d'environ 10 km[13], court d'est en ouest de l'étang aux Huîtres (Oyster Pond) à la bande de terre qui longe le lagon de Simpson Bay, à travers le massif peu habité de Flagstaff[14]. Elle ne comporte aucun contrôle douanier ni migratoire physique, la libre circulation des personnes et des biens étant un usage coutumier né de l'application du traité de Concordia de 1648, qui avait posé le principe du partage de l'île sans en fixer le tracé précis[13],[14]. Des contrôles ont toutefois été instaurés pendant la pandémie de Covid-19[14].
Les espaces maritimes de la collectivité sont délimités au nord avec ceux d'Anguilla, dont les sépare le canal d'Anguilla, par un accord franco-britannique signé à Londres le [15]. Au sud, ils sont délimités avec ceux de Sint Maarten, de Saba et de Saint-Eustache par un accord franco-néerlandais signé à Philipsburg le et entré en vigueur le [16]. Le canal de Saint-Barthélemy la sépare, au sud-est, de Saint-Barthélemy.
Le territoire de la collectivité se partage en deux ensembles: à l'est, un relief accidenté de mornes et de plateaux; au sud-ouest, les Terres-Basses, relativement planes et calcaires[17]. Les mornes reposent sur un socle de roches volcaniques et volcano-sédimentaires éocènes, mises en place en milieu sous-marin, recoupé à l'Oligocène, vers 27 millions d'années, par des intrusions de diorites à granodiorites, puis recouvert de calcaires surtout miocènes[18],[19].
L'île appartient à l'arc externe, ou «arc ancien», des Petites Antilles, actif de l'Éocène à l'Oligocène; comme les autres îles de cet arc au nord de la Martinique, elle n'a plus connu d'activité volcanique depuis la fin de l'Oligocène, et ses reliefs sont en partie recouverts de calcaires, d'où le nom d'«Antilles calcaires» donné à ces îles[20]. Ces calcaires forment les plateaux karstiques des Terres-Basses et l'île Tintamarre[21].
À l'est, une chaîne de mornes, orientée approximativement nord-est – sud-ouest, s'étend de Marigot vers Cul-de-Sac et forme l'axe central de l'île. Ses collines arrondies, hautes de 100 à 400 m, culminent au Pic Paradis (424 m)[21],[17]. Parmi ses autres sommets figurent le mont Caréta (401 m), Flagstaff (390 m), la montagne France (387 m) et le mont O'Reilly (360 m)[22], ainsi que le mont des Accords et First-Stick Hill[10].
Au nord de cette chaîne, le massif de Red Rock, avec les collines de Pigeon-Pea Hill, First-Stick Hill et Bell Hill, encadre les fonds de baie de l'Anse Marcel et de Cul-de-Sac[10]. Il est relié au reste de l'île par la plaine basse de Norman Estate, entre les étangs de Grand-Case et de Chevrise[22].
Ces mornes séparent des vallées, comme celles de Colombier, de Caréta, de Grand-Fond ou de Moho, parcourues par des ravines intermittentes[22], et des plaines, notamment celles de Marigot, de Grand-Case à la Baie Orientale, de Bellevue, de La Savane, de Concordia et de Quartier d'Orléans[21],[22].
Rocher Créole.
À l'ouest, la presqu'île des Terres Basses est un tombolo double: deux cordons littoraux sableux ont rattaché d'anciennes îles à la côte, en enserrant le Grand Étang de Simsonbaai[21]. Le cordon nord, à Sandy-Ground, a été percé d'un chenal qui permet aux bateaux de passer entre la mer et la lagune[21].
La pointe du Canonnier, à l'extrémité ouest des Terres-Basses, est une accumulation triangulaire de sable calcaire. Elle s'est formée là où se rejoignent les houles qui contournent Saint-Martin par le nord et par le sud[21].
Les précipitations, d'environ 1 000 mm par an en moyenne, sont faibles pour une île tropicale, ce qui limite le réseau hydrographique de Saint-Martin[23]. Il n'y a pas de rivière permanente sur l'île, seulement des ravines généralement sèches qui canalisent les eaux lors des épisodes pluvieux[23],[24]. Les ressources naturelles en eau douce sont donc trop limitées pour alimenter le réseau public, qui repose sur le dessalement de l'eau de mer[25] (voir Eau et assainissement). De petites ressources locales, d'eau douce ou légèrement saumâtre, existent toutefois:
la nappe phréatique, exploitée par des puits et des forages, notamment à Colombier, Bellevue, Concordia, Rambaud, La Savane, Espérance et Quartier-d'Orléans[23],[26];
quelques sources et résurgences[22], comme la source de Moho, dans la ravine du Paradis, exploitée depuis l'époque amérindienne et encore utilisée grâce à un puits[24];
un petit lac d'eau douce retenu par un barrage au lieu-dit «Hope», au pied de la ravine Caréta[27].
Carte des ravines (cours d'eau temporaires) de la partie française de Saint-Martin, avec courbes de niveau tous les 10 m.
Les eaux qui dévalent les pentes des mornes et des reliefs qui délimitent les bassins versants de l'île rejoignent les ravines et débouchent dans différents étangs d'eau plus ou moins salée. La plupart d'entre eux communiquent ponctuellement avec la mer par des déversoirs qui s'ouvrent naturellement ou sont creusés pour accélérer la vidange des trop-pleins. L'écoulement vers la mer n'a donc lieu qu'en cas de forts épisodes pluvieux, lorsque le niveau des étangs entraîne un débordement[23].
La partie française est parsemée d'une quinzaine d'étangs littoraux d'eau saumâtre[23],[21]: le Grand Étang des Terres-Basses[28], l'Étang Rouge, l'Étang de la Potence ou de Galisbay, l'Étang Guichard[28], l'Étang de Happy Bay, les étangs de Grand-Case (du cimetière, de Millrum et de l'aéroport)[28], les étangs ouest et est de l'Anse Marcel, l'Étang de la Barrière, l'Étang Chevrise, l'Étang des Salines d'Orient et l'Étang aux Poissons[28].
Le lagon de Simpson Bay (Grand Étang de Simsonbaai) est d'une autre nature: c'est une lagune d'eau salée d'environ 880ha, l'une des plus grandes lagunes littorales des Antilles[29]. Partagée entre les parties française et néerlandaise de l'île, elle s'étend de la baie de Simpson jusqu'aux Terres-Basses et à Marigot[30]. Ouverte sur la mer, elle forme un port naturel abrité, très utilisé par la plaisance[30].
Les étangs Guichard, de Grand-Case, Chevrise et de la Barrière ainsi que les Salines d'Orient sont d'anciennes salines. Dans l'étang de Grand-Case, les carottages montrent des dépôts récents liés à l'érosion des versants et à l'exploitation de la lagune en saline[31]. Les mangroves de l'île ont été dégradées par cette exploitation du sel, puis par l'urbanisation récente[32]: les étangs de Grand-Case et de Chevrise formaient encore une mangrove à l'époque précolombienne[22]. Des mangroves subsistent notamment autour de l'Étang aux Poissons, des Salines d'Orient et du lagon de Simpson Bay[22]. L'ouragan Irma (2017) a endommagé environ 80% de leur surface[32]; à l'Étang aux Poissons, seul un quart de la mangrove a survécu, et la réserve naturelle y a créé une pépinière pour la reconstituer[33].
Saint-Martin a un climat tropical, chaud et ensoleillé toute l'année. Deux saisons principales s'y distinguent, la saison sèche (carême) et la saison humide (hivernage), séparées par deux intersaisons moins marquées[34].
Pour sa station de la partie française, Météo-France publie une normale de précipitations sur la période 1991-2020, mais pas de normales de température ni d'ensoleillement[35]. Les normales complètes présentées ci-dessous proviennent donc de l'aéroport international Princesse-Juliana, situé sur la même île, dans la partie néerlandaise[36].
Source: Meteorological Service of the Netherlands Antilles and Aruba[36]
La saison sèche s'étend de janvier à avril. Les précipitations y sont faibles, et les minimales varient de 21°C à 24°C, les maximales de 28°C à 31°C[34]. Février et mars sont les mois les plus secs[36]. Des fronts froids affaiblis venus du nord peuvent toutefois apporter quelques averses[34].
La saison humide s'étend de juin à novembre. Plus chaude et plus humide, elle connaît des minimales de 25°C à 27°C et des maximales de 31°C à 33°C; elle correspond à la période cyclonique[34]. Septembre et novembre sont les mois les plus pluvieux, avec près de 140 à 150 mm par mois[36].
À l'aéroport Princesse-Juliana, les précipitations atteignent environ 1 050 mm par an et l'ensoleillement 3 000 heures, soit un peu plus de huit heures par jour (normales 1971-2000)[36]. À la station Météo-France de la partie française, la normale de précipitations est de 1 069 mm par an sur la période 1991-2020[35]. La température de la mer reste comprise entre 26°C et 29°C toute l'année[34].
Saint-Martin est soumise toute l'année aux alizés, de secteur est, qui tournent parfois au nord-est pendant la saison sèche. La houle qu'ils entretiennent bat en permanence la côte orientale, dite «au vent», comme à Baie Orientale ou à Oyster Pond, tandis que la côte nord-ouest et les Terres-Basses, «sous le vent», sont plus abritées[21].
Paysages
Plage de Happy Bay.
Plage de Baie Rouge.
Plage de Friars Bay.
Baie Longue.
Le littoral de la partie française alterne baies, anses et cordons sableux. Ces cordons isolent par endroits des étangs et des lagunes[21]. Les principales plages sont celles de Baie Longue, Baie aux Prunes, Baie Rouge, l'Anse des Sables, Baie Nettlé, l'Anse des Pères, Friar's Bay, Happy Bay, Grand-Case, l'Anse Marcel et Baie-Orientale[10].
Créée en 1998, la réserve naturelle nationale de Saint-Martin couvre 3 054 hectares: 2 796 hectares de zones marines, 154 hectares d'espaces terrestres et 104 hectares d'étangs. Elle protège des récifs coralliens frangeants, des herbiers de phanérogames marines et des mangroves, ainsi que les étangs des Salines d'Orient et aux Poissons et des forêts sèches du littoral et des falaises[37].
Sa partie terrestre comprend la bande littorale de l'île Tintamarre et de l'îlet Pinel, les îlets de Petite Clé, Caye Verte et Rocher Créole, ceux de la baie de l'Embouchure, la côte de la pointe des Froussards à Eastern Point et aux Grandes Cayes, ainsi que les abords des Salines d'Orient et de l'Étang aux Poissons[37].
Au bout de la plage de Baie Rouge, Devil's Hole, ou «trou du Diable», est un puits ouvert dans la falaise et envahi par la mer[38]. Le melocactus, cactus protégé, fait l'objet d'un suivi par la Réserve naturelle sur plusieurs sites du littoral, dont Cactus Place, Wilderness et Babit Point[39].
La collectivité de Saint-Martin identifie cinq risques naturels: cyclonique, d'inondation, de mouvement de terrain, sismique et de tsunami[40]. S'y ajoutent, sans figurer dans cette liste, le volcanisme (par ses retombées de cendres) et les échouements de sargasses.
Cyclones
Les îles du nord, dont Saint-Martin, sont les plus exposées de l'arc des Petites Antilles aux cyclones, qui y sont plus fréquents et globalement plus intenses que plus au sud[41]. La saison cyclonique s'étend du 1er juin au 30 novembre dans l'Atlantique nord, avec un maximum d'activité autour du 10 septembre et l'essentiel de l'activité entre la mi-août et la mi-octobre[42].
Outre le vent, les cyclones provoquent une surcote marine et une houle qui submergent les parties basses du littoral. Lors du passage de l'ouragan Irma, le , la surcote cyclonique a dépassé 3 m; le marégraphe a enregistré un niveau de 2,35 m et les niveaux d'eau relevés à terre ont varié de 1 à 4,25 m selon l'exposition des côtes[43]. L'élévation du niveau de la mer, de l'ordre de 3 mm par an aux Antilles, accroît cet aléa ainsi que l'érosion côtière[44].
Depuis 1950, vingt-deux tempêtes et ouragans comptent, dans leur trajectoire définitive, au moins un point situé à moins de 50 milles marins (environ 93 km) de l'île, distance retenue par le National Hurricane Center pour établir les périodes de retour des ouragans[42]. Parmi eux, treize ont atteint le stade d'ouragan, dont Irma (catégorie 5).
Tempêtes tropicales et ouragans dont la trajectoire définitive comporte un point à moins de 50 milles marins (≈ 93 km) de Saint-Martin depuis 1950[45]
Données de la trajectoire définitive (best track) du NHC (base HURDAT2[45],[46]): point de trajectoire le plus proche de l'île, vents maximaux soutenus sur une minute, catégorie de l'échelle de Saffir-Simpson au moment du passage[note 1].
Ces cyclones ont eu des effets considérables sur l'île. Le passage de Luis en septembre 1995, dont les vents soutenus dans le mur de l'œil sont estimés jusqu'à 115 nœuds (environ 213km/h), a fait neuf morts à Saint-Martin et Sint Maarten, avec des dégâts estimés à 60 % pour l'ensemble de l'île et des pertes évaluées à 1,8 milliard de dollars pour la seule partie néerlandaise[47]. Irma, en septembre 2017, a fait onze morts et détruit ou gravement endommagé 19,7 % des bâtiments de Saint-Martin[48]. En août 2019, le programme européen Copernicus évaluait la reconstruction de l'île à 49 %[49].
Inondations et mouvements de terrain
Les épisodes cycloniques s'accompagnent de fortes pluies qui provoquent des inondations dans les zones basses, notamment au pied des massifs[41]. Le passage de Marilyn, le , a ainsi provoqué des pluies, des crues et des mouvements de terrain[41]. Dans le bassin du Quartier-d'Orléans, les débits de pointe des crues sont essentiellement liés à l'intensité des précipitations sur de courtes durées[50]. Trois crues majeures sont documentées dans les années 1970: celle du , où un homme est emporté par la ravine Colombiers et où l'aéroport de l'Espérance est submergé, celle du passage d'Eloïse le , qui détruit des cases et emporte des véhicules au Quartier-d'Orléans, et celle du passage de la tempête Frederic le , qui détruit le pont de Grand-Case[50]. Leurs périodes de retour sont estimées à environ dix ans pour la crue de 1974, trente-cinq ans pour celle de 1975 sur la ravine Colombiers et trente ans pour celle de 1979[50].
Séismes
Saint-Martin se trouve à proximité de la zone de subduction où la lithosphère atlantique plonge sous la plaque Caraïbe. L'île est classée en zone de sismicité 5, le niveau le plus élevé du zonage sismique français[51].
Le séisme du 8 février 1843 fit plus de 3 000 morts en Guadeloupe[52] et fut ressenti à Saint-Martin avec une intensité V[53]. Les secousses modérées sont fréquentes dans la région: entre 2014 et 2019, près de 4 600 séismes ont été enregistrés dans les Antilles françaises, dont plus de 99 % de magnitude inférieure à 3, rarement ressentis; seuls trois ont atteint une magnitude de 4 ou plus[52].
Derniers séismes majeurs dans les Antilles françaises
Vingt-quatre tsunamis ont été recensés dans les Petites Antilles au cours des quatre derniers siècles, dont seize d'origine sismique, cinq d'origine volcanique et trois d'origine inconnue[59]. Le tsunami provoqué par le séisme de 1755 à Lisbonne atteignit les Petites Antilles[59]. À Saint-Martin, un document historique de 1756 rapporte un bateau amarré par 4,5 m de fond qui se coucha sur le côté lors du retrait de la mer, ce qui indique un retrait d'au moins cette ampleur; les auteurs soulignent toutefois que sa profondeur réelle pouvait être plus ou moins importante[60]. Celui des îles Vierges du , consécutif à un séisme de magnitude 7,5 dans le passage d'Anegada, produisit des vagues atteignant 10 m à Deshaies et à Sainte-Rose, en Guadeloupe[61].
Volcanisme
Aucun volcan n'est actif à Saint-Martin, qui appartient à l'arc ancien des Petites Antilles (voir Géologie et relief)[20]. L'île se situe toutefois juste au nord de Saba et de Saint-Eustache, qui portent les volcans actifs les plus septentrionaux de l'arc des Petites Antilles[62]. Le risque volcanique ne figure pas parmi ceux que retient la collectivité[40].
L'île a toutefois subi des retombées de cendres lors des éruptions de la Soufrière de Montserrat. Lors de l'éruption de juillet 2003, une couche de cendre a recouvert une grande partie de Sint Maarten, la partie néerlandaise de l'île, déposant de la poussière sur les maisons, les voitures et les arbres[63]. Les éruptions de l'arc peuvent aussi engendrer des tsunamis (voir Tsunamis).
Sargasses
Depuis 2011, et plus nettement depuis 2015, des bancs d'algues sargasses s'échouent massivement sur les côtes, surtout de juin à juillet[64]. Parmi les secteurs les plus touchés figurent Grandes Cayes, Cul-de-Sac, la baie Orientale, Le Galion, le Quartier-d'Orléans et la baie Lucas[64], ainsi que Mont-Vernon et Oyster Pond[65]. En se décomposant, les algues libèrent du sulfure d'hydrogène et de l'ammoniac, dont l'inhalation peut provoquer une irritation des yeux et de la gorge, des maux de tête et une gêne respiratoire[66]. Environ 16 000 tonnes d'algues ont été ramassées en 2025[65].
Les formations sèches xérophiles abritent une flore d'importance patrimoniale. Les sites encore préservés sont soumis à une pression foncière et, localement, à un pâturage qui favorise la végétation herbacée au détriment de la forêt; sur l'île Tintamarre, les chèvres sauvages modifient nettement la composition de la végétation[67].
Les zones humides associent étangs littoraux et mangroves. Quatorze étangs, appartenant au Conservatoire du littoral et bénéficiant d'un arrêté de protection de biotope, sont inscrits depuis 2012 au titre de la convention de Ramsar. Ils contribuent à atténuer les inondations, à retenir les sédiments et à épurer les eaux avant leur rejet en mer, et accueillent une part importante de l'avifaune de l'île, qui compte 85 espèces d'oiseaux, dont 55 protégées[68]. Les mangroves, surtout arbustives en raison du stress hydrique, sont dominées par le palétuvier rouge (Rhizophora mangle) et le palétuvier noir (Avicennia germinans). Déjà dégradées par des pressions humaines anciennes et par l'urbanisation, les mangroves de la partie française, étudiées sur huit sites, ont été endommagées sur environ 80% de leur surface par l'ouragan Irma en 2017[32]; leur état général est jugé défavorable[69].
Les récifs coralliens se situent principalement au nord-est et à l'est de l'île, dans le périmètre de la Réserve; ils protègent le littoral de la houle, tandis que les herbiers servent de nurserie et d'abri à de nombreuses espèces[67]. Quatre espèces de phanérogames marines coexistent à Saint-Martin, dont Thalassia et Syringodium; Halophila stipulacea, introduite par l'intermédiaire des ancres des bateaux, s'étend dans les herbiers et entre en compétition avec les espèces indigènes[70].
Marigot, chef-lieu de la collectivité territoriale, constitue la principale agglomération, devant Grand-Case et Quartier d'Orléans. Le reste de l'habitat, très dispersé, s'étend un peu partout sur les zones basses proches du littoral et dans les hauteurs.
La collectivité est divisée en six quartiers, dotés chacun d'un conseil de quartier institué en application de la loi organique du . Ces conseils sont des lieux d'échange sur la vie du quartier et sur l'amélioration du cadre de vie des habitants[72].
Quartiers et principaux lieux-dits de Saint-Martin
Le parc de logements de la collectivité de Saint-Martin s'inscrit dans un contexte de fortes contraintes structurelles, liées notamment à l'insularité, à la pression foncière et à l'exposition aux risques naturels. En 2021, le territoire compte environ 17 200 logements selon l'Insee[75].
Les résidences principales représentent environ 75% du parc, tandis que les logements secondaires ou occasionnels en constituent 10,5% et les logements vacants 14,9%[76].
La structure du parc se caractérise par une faible proportion de propriétaires occupants, estimée à 21,1% en 2021[76].
Le marché du logement est marqué par une tension importante, se traduisant notamment par des niveaux de loyers élevés dans le parc privé, atteignant en moyenne 22 €/m2 en 2022[76].
Le parc locatif social demeure limité au regard des besoins de la population. En 2022, il comprend 1 701 logements[76]. La gestion de ce parc est assurée par plusieurs opérateurs, parmi lesquels la SEMSAMAR, principal bailleur du territoire, qui en détient 63,8%, devant la Société immobilière de la Guadeloupe (28,2%) et la SIKOA (7,8%)[76]. La Commission européenne relève ainsi un déficit structurel d'offre de logements accessibles[77].
Les difficultés d'accès au logement contribuent à la persistance de formes d'habitat précaire sur le territoire[76].
Le parc de logements a été fortement affecté par le passage de l'ouragan Irma en 2017, qui a endommagé une part importante du bâti. Les années suivantes sont marquées par une phase progressive de reconstruction et de réhabilitation, accompagnée d'une reprise de la production de logements, sans toutefois résorber l'ensemble des tensions structurelles du marché[76].
Voies de communication et transports
Infrastructures de transport de l'île
Les déplacements dans la partie française de Saint-Martin reposent sur un réseau routier organisé autour d'un axe principal, sur un aéroport régional et sur deux ports. Les infrastructures de transport les plus importantes de l'île, comme l'aéroport international Princesse-Juliana et le port en eau profonde de Pointe Blanche, se trouvent en partie néerlandaise (Sint Maarten)[78]:56,[76]:14.
Voies routières
Réseau routier et équipements de transport de la Collectivité de Saint-Martin
Le réseau routier de la partie française est organisé autour de la route nationale 7 (RN 7), à laquelle se raccorde l'unique voie menant au port de Galisbay[79]:12, et il est complété par un réseau secondaire reliant les quartiers. Selon le schéma directeur routier de 2015, il se caractérise principalement par une route qui fait le tour de l'île; reposant sur cet axe unique, sans itinéraire de déviation de même calibre, le réseau primaire est vulnérable en cas d'accident ou de travaux[80]:4. Ce schéma dénombre environ 16,1 km de routes primaires, anciennes routes nationales dont la RN 7, et environ 17,3 km de routes secondaires[80]:4. Depuis 2008, la Collectivité est compétente en matière de circulation routière, de transports routiers et de voirie[76]:25.
Les comptages cités par le schéma de 2015 datent de : la RN 7 supportait alors en moyenne 20 000 véhicules par jour et était qualifiée de «saturée», la section Marigot – La Savane étant la plus chargée du territoire[80]:4 et 9. Pour la MRAe, la structure du réseau «ne favorise pas la fluidité d'un trafic par ailleurs extrêmement dense»[79]:12.
Transports en commun
Le transport en commun repose sur des minibus de ville, d'une capacité de huit passagers, exploités par des transporteurs privés regroupés au sein du «Regroupement des transporteurs indépendants de Saint-Martin», pour une quarantaine de véhicules. En 2023, le réseau compte deux lignes principales: la ligne 1, qui relie la gare routière de Marigot au Quartier d'Orléans, et la ligne 2, qui dessert Concordia et les Terres-Basses[81]. Les taxis appliquent des tarifs officiels, établis selon un barème en fonction des distances et des zones desservies, et disposent notamment de stations à Marigot et à Grand-Case[82].
Transport aérien
La partie française compte un aéroport, l'aéroport de Grand-Case Espérance (code AITA SFG, code OACI TFFG). Agrandi et rénové en 2004, il est ouvert au trafic aérien international depuis un arrêté du [78]:59. Son exploitation a été concédée le , pour vingt-cinq ans et dans le cadre d'une délégation de service public, à la société SESMA, filiale de SNC-Lavalin, dont les activités françaises ont été reprises par Edeis le [78]:59. Peu endommagé par Irma, l'aéroport a retrouvé un trafic proche de celui d'avant l'ouragan[78]:59. En 2024, il a enregistré 104 686 arrivées de passagers aériens, sur un total de 577 818 passagers arrivés par avion sur l'ensemble de l'île; ce total dépasse celui d'avant la pandémie de Covid-19, mais reste inférieur à celui d'avant Irma[76]:14.
L'aéroport est principalement desservi par des liaisons régionales. En 2020, Air Caraïbes et Air Antilles Express (devenue depuis Air Antilles[83]) réalisaient respectivement 57 % et 34 % des vols commerciaux, Saint-Barth Commuter assurant les 9 % restants[78]:59. Après la liquidation de sa maison mère, le groupe Caire, Air Antilles, désormais détenue à 60 % par la Collectivité de Saint-Martin et à 40 % par Edeis, a repris ses vols le [84]. Elle a vu son certificat de transporteur aérien suspendu par la DGAC le [85], puis a été placée en liquidation judiciaire avec cessation immédiate d'activité le [86]. En mai 2026, d'après le bilan de l'exploitant Edeis, les compagnies commerciales en activité étaient Air Caraïbes et Saint-Barth Commuter, complétées par l'aviation générale et les hélicoptères[87].
Le trafic international passe principalement par l'aéroport international Princesse-Juliana, en partie néerlandaise, desservi par plusieurs transporteurs nord-américains, sud-américains, caribéens et européens[78]:60. Gravement endommagé par Irma en , son terminal a rouvert en , sept ans après l'ouragan[88]. Selon l'IEDOM, la partie néerlandaise, qui dispose d'infrastructures portuaires et aéroportuaires plus importantes, a accueilli 94,6 % des touristes arrivant sur l'île en 2024[76]:14.
Transport maritime
Depuis le passage d'Irma, l'île ne dispose plus que de trois ports, dont deux en partie française: le port de Galisbay, dédié au trafic de marchandises, et le port de Marigot, consacré au trafic de passagers inter-îles et à l'accueil de quelques croisiéristes. En partie néerlandaise, le port en eau profonde de Pointe Blanche accueille l'essentiel des croisiéristes et traite la majorité des importations de l'île[78]:56.
Le port de commerce de Galisbay est géré par l'Établissement portuaire de Saint-Martin (EPSM), établissement public créé en 2007. Initialement implanté en centre-ville, le port a été transféré sur ce site après les dégâts causés par le cyclone Luis en septembre 1995. Il traite environ 30 % du trafic de marchandises de l'ensemble de l'île et, depuis 2001, il est l'unique point d'entrée des produits pétroliers de la partie française[78]:56. En 2024, les volumes de marchandises traités sont restés relativement stables, en hausse de 1,4 % sur un an[76]:14.
Un projet d'extension et d'approfondissement du port, étudié depuis 2012, vise notamment à accueillir directement des navires qui, en 2025, déchargent leurs marchandises en partie néerlandaise; il prévoit un chenal d'accès dragué à 9 m, trois nouveaux quais et un terre-plein de 10ha[79]:5-6. Le Conseil national de la protection de la nature a rendu le un avis défavorable sur la dérogation relative aux espèces protégées[89]. Le , le préfet a délivré l'autorisation unique du projet, valant dérogation, pour un investissement de 130 millions d'euros hors taxes et 37 mois de travaux prévus[90]:4-5.
La gare maritime du port de Marigot accueille des ferries réguliers qui relient l'île à Anguilla et à Saint-Barthélemy; le trafic maritime avec ces deux îles a progressé de 22,5 % en 2024[76]:14. La croisière reste en revanche concentrée en partie néerlandaise: sur les 1 378 452 croisiéristes débarqués sur l'île en 2024, la quasi-totalité l'a été de ce côté[76]:14.
Plaisance
Marinas de Saint-Martin
La partie française de l'île compte quatre marinas: Fort Louis et Port La Royale, à Marigot, la marina de l'Anse Marcel et Captain Oliver's, à Oyster Pond, à la frontière. Selon l'IEDOM, Fort Louis, la plus grande marina de l'île, compte de nouveau 150 amarrages fonctionnels depuis 2021. L'Anse Marcel a été la seule autre marina à reprendre du service, avec environ 120 à 130 places en 2021, tandis que la reconstruction de Port La Royale et de Captain Oliver's restait en suspens, laissant près de 220 places à quai inutilisables côté français[76]:87. Pour Port La Royale, un protocole transactionnel signé le a mis fin par anticipation à la délégation de service public confiée en 2007 à la Semsamar; la Collectivité a repris l'exploitation de la marina, confiée à son établissement portuaire comme celle de Fort Louis, dans l'attente d'une reconversion du site[91].
Captain Oliver's présente une situation particulière: les terres relèvent de la partie française, tandis que le plan d'eau relève de la partie néerlandaise[92]. L'accord franco-néerlandais de délimitation signé le prévoit de partager les eaux d'Oyster Pond selon une ligne médiane[93]. Le projet de loi autorisant son approbation, adopté par le Sénat puis définitivement par l'Assemblée nationale le [94], a été promulgué le (loi no2026-645) et publié au Journal officiel du [95].
Vulnérabilité et gestion des risques
À Saint-Martin, l'exposition aux aléas naturels est aggravée par la concentration de la population, des activités et des infrastructures sur un littoral bas et étroit[96].
Aléa cyclonique (submersion marine et choc mécanique des vagues) à Saint-Martin.
Risque cyclonique
Le littoral, constitué en grande partie de cordons sableux et de systèmes lagunaires de faible altitude, est particulièrement exposé aux submersions marines et aux houles cycloniques[41]. Cette vulnérabilité tient aussi aux dynamiques d'urbanisation, à la démographie et aux contraintes socio-économiques du territoire[96],[97].
La croissance démographique et le développement du tourisme ont concentré la population et les activités économiques dans les zones littorales basses. Malgré la loi Littoral de 1986, des constructions ont été réalisées dans des secteurs exposés, notamment à Sandy-Ground, Marigot, Grand-Case et Quartier-d'Orléans[97],[98].
Risque sismique et liquéfaction
Aléa sismique et potentiel de liquéfaction à Saint-Martin.
Le risque sismique est aggravé par la liquéfaction des sols. Les zones côtières bâties sur des sols sableux saturés en eau, notamment Sandy-Ground, Marigot, Grand-Case et Quartier-d'Orléans, peuvent perdre leur cohésion lors d'une secousse, ce qui entraîne des tassements et des effondrements de constructions. Selon l'Association française du génie parasismique (AFPS), un séisme de magnitude 5 ou plus peut suffire à déclencher ce phénomène[99].
Plan de prévention des risques naturels
Prescrit en 2007, le plan de prévention des risques naturels (PPRN) multirisque de Saint-Martin est approuvé le [100]. Il couvre les inondations, les mouvements de terrain, le risque sismique (liquéfaction des sols et faille active) et le risque cyclonique[101]. Ses volets inondation, mouvements de terrain et effets de site sismiques restent en vigueur[102].
Lors du passage d'Irma, la submersion marine dépasse localement les niveaux retenus par ce plan[100],[101]. L'État engage alors la révision de son volet cyclonique, qui distingue les zones de submersion forte (plus d'un mètre) et modérée (de 0,5 à 1 m)[101]. Appliquée par anticipation en , la révision délimite en bord de mer des zones où toute reconstruction est interdite. Elle suscite une forte opposition: en , des barrages sont dressés à Sandy-Ground, Marigot, Grand-Case et Quartier-d'Orléans[103]. Le tribunal administratif annule l'arrêté d'application anticipée le [102],[104]. Une nouvelle révision, qui reprend les recommandations de la mission interministérielle Lacroix et admet la reconstruction en zone rouge sous conditions, fait l'objet de consultations dans chaque quartier en 2021[105]. Après l'avis favorable de la commission d'enquête et du conseil territorial, fin , le préfet approuve le PPRN révisé pour l'aléa cyclonique, qui couvre la submersion marine et le choc mécanique des vagues[106].
Construction parasismique et préparation
Lancé en 2007, le Plan Séisme Antilles vise à renforcer la résistance des bâtiments et à mieux préparer la population, par des règles de construction parasismique conformes à l'Eurocode 8 et des actions de formation, d'information et de gestion de crise[41],[107]. Sa troisième phase, engagée en 2021, est commune à la Guadeloupe, à la Martinique, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin; elle s'appuie notamment sur une enveloppe de 50 millions d'euros du plan de relance destinée au confortement parasismique et paracyclonique de bâtiments publics prioritaires aux Antilles[108]. Depuis l'entrée en vigueur du nouveau zonage sismique, le [52], ces règles s'imposent aux constructions neuves, avec des dispositions simplifiées pour les maisons individuelles et les petits bâtiments[107].
Chaque saison cyclonique, la collectivité publie la liste des abris ouverts à la population, répartis par secteur[109].
Gestion des sargasses
Face aux échouements de sargasses, un plan d'urgence associant l'État et la collectivité est en place depuis 2018. L'Agence régionale de santé surveille les émanations de sulfure d'hydrogène sur les sites touchés[64]. En 2026, des barrages déviants d'une longueur totale de 850 m sont déployés pour canaliser les algues vers des points de collecte, et des capteurs fixes doivent alerter la population en cas de concentration dangereuse de gaz[65].
Carte des Petites Antilles, dont Saint-Martin, dans l'Isolario de Benedetto Bordone, 1534.
Les plus anciennes traces de présence humaine sur l'île remontent à la fin du IIIe millénaire av. J.-C. Plusieurs siècles avant notre ère, des groupes de culture saladoïde, parmi les premiers potiers des Petites Antilles, occupent le site de Hope Estate[110],[22]. Les sites de Norman Estate, le plus ancien connu sur l'île, et d'Anse des Pères ont également fait l'objet de fouilles[111].
Christophe Colomb aperçoit l'île en 1493, mais les Européens ne s'y fixent qu'au XVIIesiècle. Des Néerlandais viennent y exploiter le sel et des Français s'installent à la même période. De son côté, l'Espagne y maintient une présence militaire des années 1630 jusqu'au début de 1648[112],[113]. Peu après le départ des Espagnols, le , Français et Néerlandais signent le traité de Concordia: les premiers prennent le nord de l'île, les seconds le sud, et les ressources restent communes[113]. En 1651, l'ordre de Malte achète les possessions françaises de Saint-Christophe, Sainte-Croix, Saint-Martin et Saint-Barthélemy[114]. Vers 1660, une douzaine de sucreries fonctionnent dans la partie française[115].
Les Britanniques occupent la partie française à plusieurs reprises jusqu'au début du XIXesiècle[115] (voir les listes des dirigeants). L'économie repose alors sur la canne à sucre, cultivée par des esclaves. À partir de 1838, année où l'émancipation devient effective dans les colonies britanniques voisines, des centaines d'esclaves de Saint-Martin s'enfuient vers Anguilla. Trois ans plus tard, des planteurs réclament eux-mêmes l'abolition[116],[115]. Elle est proclamée à Saint-Martin le , un jour après la Guadeloupe[116],[117]. Dans la partie néerlandaise, il faut attendre 1863[112]. Côté français, l'exploitation des salines, concédée en 1842 et effective à partir de 1845, prend le relais d'une économie sucrière en déclin depuis les années 1820, mais à une échelle plus modeste[118],[116].
Toujours commune de la Guadeloupe, Saint-Martin est rattachée en 1963, avec Saint-Barthélemy, à l'arrondissement des Îles du Nord[119]. Le tourisme s'y développe à partir du milieu du XXesiècle[112]. Dans les années 1980, les lois de défiscalisation provoquent un boom de la construction touristique et attirent une importante main-d'œuvre immigrée[120] (voir Démographie).
Après la consultation du , la commune devient une collectivité d'outre-mer le (voir Statut et représentation). Le , l'ouragan Irma frappe l'île: onze personnes meurent dans la partie française et 95% des bâtiments de la partie française sont endommagés[121],[122].
Avec l'île de Saint-Barthélemy, Saint-Martin formait le 3earrondissement de la Guadeloupe (les Îles du Nord), lequel ne possédait pas de chef-lieu. La commune était divisée en deux cantons, Saint-Martin-1 et Saint-Martin-2[123],[124]. Lors du référendum du , avec un taux de participation de 44,1%, plus des trois quarts des suffrages exprimés (76,17%) se sont prononcés en faveur de l'évolution statutaire de la commune en collectivité d'outre-mer (COM). La loi organique créant la nouvelle collectivité a été définitivement adoptée par le Parlement le [125], puis promulguée le [126]. La création effective de la collectivité date toutefois de la première réunion de son conseil territorial, le , au cours de laquelle Louis-Constant Fleming a été élu premier président[127].
Depuis le , le code officiel géographique (code Insee) de Saint-Martin est le 978; le code 97801 est utilisé par les applications nécessitant une codification à cinq chiffres. Auparavant, en tant que commune de la Guadeloupe, Saint-Martin avait pour code Insee le 97127[128]. Son code postal est le 97150[129].
Auparavant, le représentant de l'État était le préfet de la Guadeloupe, assisté sur place par le préfet délégué de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, dit «préfet délégué des Îles du Nord».
Les institutions de la collectivité comprennent le conseil territorial, le président du conseil territorial, le conseil exécutif et le conseil économique, social et culturel[140].
Le conseil territorial est l'assemblée délibérante de la collectivité[141]. Il est composé de 23 membres élus au suffrage universel direct pour cinq ans, au scrutin de liste à deux tours; sa composition et la durée du mandat sont régies par le titre III du livre VI du code électoral[141],[142]. Il élit son président lors de la réunion de droit qui suit chaque renouvellement[143], puis les membres du conseil exécutif, composé du président, de quatre vice-présidents et de deux autres conseillers, soit sept membres[144].
Le conseil économique, social et culturel (CESC), composé de 23 membres issus de la société civile[145] et présidé par Ida Zin-Ka-Ieu pour la mandature 2025-2030[146], assiste le conseil territorial à titre consultatif; ses membres sont désignés pour cinq ans et ne peuvent pas être conseillers territoriaux[147]. Chacun des six quartiers est doté d'un conseil de quartier, consulté par le président du conseil territorial avant certaines délibérations[148]; ces six conseils ont été installés le pour la mandature 2022-2027[149]. La collectivité exerce les compétences communales, départementales, régionales et certaines compétences de l'État qui lui sont transférées[142].
Le conseil territorial issu des élections territoriales de mars 2022 a été installé le ; Louis Mussington (RSM) en a été élu président le [150]. Le conseil exécutif comprend notamment Alain Richardson, 1er vice-président, Bernadette Davis, Dominique Louisy et Michel Petit, 2e, 3e et 4e vice-présidents, ainsi que Martine Beldor et Daniel Gibbs, conseillers[150]. La mandature s'achève en 2027.
Fiscalité
La loi organique no2007-223 du a conféré à la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin une compétence propre en matière fiscale[126]. L'article LO 6314-3 du code général des collectivités territoriales prévoit que la collectivité fixe les règles applicables en matière d'impôts, droits et taxes[151]. Le produit des impositions perçues sur le territoire est ainsi attribué à la collectivité elle-même[126].
Cette autonomie fiscale s'inscrit dans le cadre de l'article 74 de la Constitution[152]. Elle s'accompagne de la mise en place d'un système fiscal distinct de celui applicable dans les autres collectivités territoriales françaises[151].
Toutefois, cette autonomie demeure encadrée: l'assiette, le contrôle et le recouvrement de l'impôt sont assurés par des agents de l'État, dans les conditions prévues par une convention entre l'État et la collectivité[153], et certaines matières juridiques continuent de relever de la compétence nationale, notamment le droit civil et le droit des sociétés[126].
Une convention fiscale destinée à éliminer les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu a été signée entre l'État et la collectivité le ; elle est entrée en vigueur le [154]. Elle précise les règles de détermination du domicile fiscal et les modalités d'imposition des revenus[154].
La loi organique prévoit en outre qu'une personne physique dont le domicile fiscal se trouvait dans un département de métropole ou d'outre-mer au cours des cinq années précédant son installation ne peut être considérée comme domiciliée fiscalement à Saint-Martin qu'après y avoir résidé au moins cinq ans[153].
Équipements et services publics
Eau et assainissement
Saint-Martin est une île sèche. Toute l'eau du réseau public provient du dessalement de l'eau de mer, et aucune ressource en eau douce n'y est utilisée. Les habitants recueillent pourtant encore beaucoup d'eau de pluie[25] (voir Hydrographie).
L'usine de dessalement de Galisbay, près de Marigot, produit l'eau par osmose inverse. Elle est ensuite stockée dans six réservoirs[25],[155]. En 2023, l'usine est alimentée par une centrale diesel, dont le surcoût est payé par la solidarité nationale[25]. Les installations appartiennent à l'Établissement des eaux et de l'assainissement de Saint-Martin (EEASM). Leur exploitation est confiée à la société Saur par un contrat de dix ans, signé en 2018 et qui expire en 2028[156].
En 2022, les fuites font perdre au réseau environ 30% de l'eau produite. En 2020, une forte hausse de la consommation avait déjà provoqué des coupures dans plusieurs quartiers. L'eau distribuée reste conforme dans l'ensemble: en 2022, 98,5% des échantillons respectent les limites de qualité biologique[155].
L'eau coûte 5,51 €/m3 en 2021-2022, contre 2,11 €/m3 en France en 2021[155]. En 2023, la Cour des comptes juge ce tarif très élevé. Elle estime aussi que la confiance de la population dans l'eau du réseau est à restaurer, alors que certains hôtels produisent désormais leur propre eau dessalée[25].
Pour l'assainissement, 59,3% des ménages sont raccordés au réseau d'égouts en 2020, et 40,3% utilisent une fosse septique. Environ 3 900 logements ont un assainissement non collectif en 2022. En 2024, une station d'épuration commune aux deux parties de l'île est en projet, pour un coût estimé à 27 millions d'euros, dans le cadre du programme européen Interreg[155].
Gestion des déchets
La collectivité de Saint-Martin est responsable des déchets. Depuis 2008, ceux de la partie française sont traités sur l'écosite des Grandes Cayes. Le site appartient à la collectivité et il est exploité par la société Verde SXM. Il regroupe une installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND), une plateforme de compostage et des filières de tri pour les métaux, le verre, les plastiques, les cartons et les véhicules hors d'usage. Une déchèterie se trouve à Galisbay[157].
Le territoire produit environ 45 000 tonnes de déchets par an. En 2024, l'écosite a reçu près de 16 000 tonnes d'ordures ménagères, 8 400 tonnes d'encombrants et 10 600 tonnes de sargasses[157].
Les déchets laissés par l'ouragan Irma, traités jusqu'en 2023, ont rempli plus vite l'installation de stockage. La nouvelle alvéole a perdu plus d'un tiers de sa capacité prévue[157]. Le casier en service est plein le . Faute d'autorisation préfectorale pour une zone de stockage provisoire, les déchets restent une semaine à ciel ouvert. L'extension de l'écosite est prévue pour [158]. Une unité de valorisation énergétique des déchets est à l'étude[157].
Saint-Martin relève de l'académie de la Guadeloupe. À la rentrée 2022, la collectivité compte 19 établissements scolaires publics: 14 écoles (6 maternelles et 8 élémentaires), 3 collèges et 2 lycées, soit deux de moins qu'à la rentrée 2017, des établissements détruits par l'ouragan Irma n'ayant pas été reconstruits. Elle ne dispose d'aucun établissement privé sous contrat, mais compte une dizaine d'établissements privés hors contrat[159].
Détruit par Irma, le collège Soualiga de Cul-de-Sac est relogé pendant neuf ans dans la cité scolaire de La Savane, aux côtés du lycée Robert-Weinum[160]. Son remplaçant, un collège de 900 places construit à La Savane à partir d'[161], ouvre ses portes le [162] et connaît sa première rentrée complète en [163]; son coût total est réévalué à 44,7 millions d'euros en [164]. Le collège Roche-Gravée-de-Moho de Quartier-d'Orléans, lui aussi endommagé, est reconstruit sur site occupé pour une capacité de 600 places; une première tranche de onze salles et le pôle administratif sont inaugurés le [165], et le coût du projet est porté à 28,8 millions d'euros en [164].
L'offre d'enseignement supérieur repose surtout sur les sections de techniciens supérieurs du lycée Robert-Weinum et du lycée polyvalent Daniella-Jeffry (ancien lycée des Îles du Nord)[166], qui comptent environ 70 étudiants en 2022-2023; la collectivité leur attribue une aide financière destinée notamment à l'équipement informatique, au transport et à la restauration[167]. Une convention signée en 2025 avec l'université des Antilles ouvre en outre deux formations diplômantes sur le territoire pour l'année 2025-2026[168]. Les étudiants qui poursuivent leurs études hors de l'île peuvent obtenir de l'académie une attestation d'inexistence de la formation sur le territoire, afin de candidater en France hexagonale, et déposer un dossier de «Passeport pour la mobilité des études» auprès de LADOM, qui prend en charge tout ou partie de leurs frais de transport[169],[170].
Le centre hospitalier comprend un service d'accueil des urgences et une structure mobile d'urgence et de réanimation (SMUR). Il compte 92 lits en 2021[159]. Sa maternité est de niveau 2B[171]. Plusieurs spécialités, dont l'urologie, la cardiopédiatrie, la chirurgie infantile et la neurochirurgie, n'y sont pas assurées: les soins correspondants sont réalisés en Guadeloupe, dont des spécialistes viennent aussi assurer des consultations avancées à Saint-Martin dans le cadre de conventions entre établissements[159]. Les évacuations sanitaires vers la Guadeloupe représentent pour l'hôpital une dépense d'environ 2,5 millions d'euros par an[172].
Au , la collectivité compte 25 médecins généralistes et 22 médecins spécialistes libéraux, 89 infirmiers libéraux, 43 masseurs-kinésithérapeutes et 11 pharmacies; la densité de chirurgiens-dentistes y est de 79 pour 100 000 habitants[173]. Endommagé par l'ouragan Irma, l'EHPAD Bethany Home ne dispose plus en 2022 que de 28 places, contre 40 auparavant[159].
La clinique Wataki, établissement privé de soins médicaux et de réadaptation (SMR) du groupe guadeloupéen Manioukani, ouvre le à Concordia, à côté de l'hôpital. D'une capacité de 29 lits, elle a coûté 22 millions d'euros, dont 3 millions apportés par le Fonds européen de développement régional. Elle accueille des patients qui n'ont pas retrouvé leur autonomie après une hospitalisation en chirurgie ou en médecine, pris en charge par une équipe pluridisciplinaire de rééducation avant leur retour à domicile, ainsi que des patients adressés par leur médecin traitant pour un bilan. Ce type d'établissement faisait jusque-là défaut dans les îles du Nord; la clinique peut également recevoir des patients venus d'autres îles de la Caraïbe[174].
Annoncée en décembre 2025 par le ministre de la Justice, en même temps qu'un établissement pénitentiaire local[178], la création d'un tribunal judiciaire de plein exercice commun à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy est rendue possible par une décision du Conseil constitutionnel du [179] et un décret du [180]; son installation est prévue courant 2027[181]. Le palais de justice actuel ne répondant plus aux normes du service public de la justice, une cité administrative et judiciaire de 8 000 m2, financée par le plan France Relance (41,9 millions d'euros), est construite à Concordia pour regrouper les juridictions et une douzaine de services de l'État[182]; les travaux, commencés en , doivent aboutir à une prise de possession en 2026[183].
La sécurité intérieure est assurée principalement par la Gendarmerie nationale, au sein d'un commandement des îles du Nord créé le et fort d'environ 200 militaires[184]. Elle dispose de brigades à Marigot et à Hope Estate, cette dernière ouverte en 2019 pour remplacer celle de Quartier-d'Orléans détruite par l'ouragan Irma[185], ainsi que d'une brigade motorisée[186].
La Police nationale est représentée surtout par la Police aux frontières, qui contrôle les entrées sur le territoire[187]. Faute de centre de rétention administrative, les étrangers en situation irrégulière peuvent être placés dans un local de rétention avant leur transfert vers la Guadeloupe[188]. Une police territoriale, relevant de la collectivité, est chargée d'assurer la sécurité publique, de maintenir l'ordre et de veiller au respect de la réglementation[189].
Les secours relèvent depuis le du service territorial d'incendie et de secours (STIS) de Saint-Martin, créé par décret en 2024[190], qui remplace le rattachement au SDIS de la Guadeloupe[191].
Population et société
Démographie
L'évolution démographique de Saint-Martin est étroitement liée aux flux migratoires.
Jusqu'en 1980, la partie française de l'île était peu peuplée et caractérisée par une forte émigration vers la Guadeloupe, la République dominicaine et les Antilles néerlandaises[194]. Dans les années 1980, le boom immobilier et touristique lié aux lois successives de défiscalisation crée d'importants besoins de main-d'œuvre[120]. Ils déclenchent une forte immigration de travail et de peuplement, venue essentiellement d'Haïti, mais aussi de la République dominicaine et d'autres territoires anglophones des Caraïbes. Selon l'IEDOM, d'après le recensement de l'Insee de 2020, près d'un tiers des habitants de Saint-Martin (30,0%) sont issus de l'immigration[159],[note 7].
Entre 1982 et 1990, la population est multipliée par 3,5, passant de 8 072 habitants à 28 518; cette explosion démographique s'explique par les arrivées massives d'immigrants. Elle stagne ensuite dans les années 1990 (29 078 habitants en 1999), puis gagne environ 7 500 habitants entre 1999 et 2008, soit une croissance de 2,6% par an. Sur l'ensemble de la période, le solde naturel reste très positif, tandis que le solde migratoire varie fortement[120],[note 8].
La population atteint son maximum en 2010 avec 36 979 habitants[195], puis diminue légèrement jusqu'en 2014 (35 107 habitants), avant de remonter un peu en 2015 et 2016 (35 746 habitants).
On estime de 7 000 à 8 000 le nombre de personnes qui ont quitté Saint-Martin et Saint-Barthélemy dans les jours qui ont suivi l'ouragan Irma, en septembre 2017[196],[197]. Une partie de ces personnes est revenue par la suite. Les recensements montrent néanmoins une baisse de 12% de la population entre 2016 et 2021, soit 4 269 habitants en moins[195]. Elle se stabilise ensuite autour de 31 500 habitants, avant de reculer à 31 160 habitants en 2023[198]. En treize ans, de 2010 à 2023, Saint-Martin a ainsi perdu près de 16% de ses habitants.
Histogramme de l'évolution démographique
Langues
La seule langue officielle de la partie française de Saint-Martin est le français. Il est utilisé par l'administration, les écoles et les médias locaux. Dans les faits, la population mobilise des répertoires linguistiques d'une grande diversité, et la grande majorité des habitants n'a pas le français pour langue maternelle[199]. Plusieurs langues sont parlées au sein de la population en raison de sa diversité culturelle, de l'histoire de la partie française et de la présence d'immigrés et de descendants d'immigrés.
Un créole à base lexicale anglaise
Bien que l'île de Saint-Martin soit historiquement franco-hollandaise, sa langue vernaculaire est un anglais local, que les linguistes rattachent aux créoles à base lexicale anglaise: selon Rhoda Arrindell, la langue des Saint-Martinois est un «dialecte créole à base lexicale anglaise»[200]. Cet anglais vernaculaire, propre à la population originaire de l'île, présente des variantes selon les parties de l'île; il coexiste avec un anglais véhiculaire utilisé par l'ensemble des habitants[200]. Il se distingue de l'anglais standard par de nombreux écarts, sur les plans de la phonétique, de la phonologie, de la morphologie, du vocabulaire et de la grammaire[201].
À Saint-Martin même, il est désigné comme West Indian English, et parfois, péjorativement, comme broken English («anglais cassé»)[200].
Les linguistes le rattachent au «créole des îles Vierges» (Virgin Islands Creole), parlé dans les îles Vierges et dans les îles voisines de Saba, de Saint-Eustache et de Saint-Martin, sous les noms d'anglais de Saba, d'anglais eustachois et d'anglais saint-martinois. Cette dénomination savante est rarement employée par les locuteurs eux-mêmes, qui y voient souvent un dialecte de l'anglais plutôt qu'une langue créole[202].
Les créoles à base lexicale française
Il n'existe pas un créole à base lexicale française propre à Saint-Martin: plusieurs créoles à base lexicale française coexistent et sont utilisés dans la vie quotidienne par différentes communautés, surtout dans les interactions informelles et familiales.
Les créoles parlés à Saint-Martin incluent principalement ceux d'Haïti, de la Guadeloupe et, dans une moindre mesure, ceux de la Martinique et de la Dominique[199],[120]. Nés aux XVIIesiècle et XVIIIesiècle de formes régionales et populaires du français dans les sociétés de plantation, ces créoles partagent une base lexicale française et des structures grammaticales proches[203]. Les variétés des Petites Antilles sont très proches et immédiatement intelligibles entre elles[204],[205], tandis que l'intercompréhension avec le créole haïtien est plus limitée, notamment entre locuteurs unilingues[203], malgré de nombreuses proximités grammaticales[206].
Historiquement, Saint-Martin était une commune de la Guadeloupe jusqu'en 2007. Cette relation a façonné les pratiques linguistiques des locuteurs créolophones, le créole guadeloupéen étant parlé à Saint-Martin[207].
À partir des années 1980, le développement du tourisme entraîne à Saint-Martin une importante immigration haïtienne. Parmi les immigrés résidant sur le territoire en 2012 et arrivés en France dans les années 1980, 53% sont nés en Haïti. En 2012, les immigrés représentent un tiers de la population saint-martinoise, dont 38% sont nés en Haïti[120],[208]. Cette immigration fait du créole haïtien l'une des principales langues de la partie française. Les inventaires des langues parlées à Saint-Martin le citent aux côtés du créole guadeloupéen[199],[200].
Autres langues
À Saint-Martin, l'espagnol est l'une des langues parlées en raison de l'immigration provenant de pays hispanophones, en particulier de la République dominicaine[209], d'où sont originaires 14% des immigrés[120]. L'espagnol est couramment utilisé dans les interactions quotidiennes, dans les commerces et au sein des foyers hispanophones. Le néerlandais et le papiamento sont également présents, de façon minoritaire[199].
Langues et école
L'enseignement est dispensé en français à des élèves dont beaucoup ont pour langue maternelle l'anglais, le créole haïtien ou l'espagnol[209].
Le paysage religieux de Saint-Martin est marqué par son histoire et par l'immigration. Aucune statistique officielle ne mesure l'appartenance religieuse, que la France ne recense pas. Le christianisme, protestant et catholique, est la religion la plus implantée.
Le protestantisme est implanté de longue date à Saint-Martin: dès le XVIIIesiècle, l'anglicanisme et surtout le méthodisme se diffusent dans la population anglophone de l'île, y compris parmi les esclaves, tandis que le catholicisme, religion officielle de la partie française, y reste marginal jusqu'aux années 1840[210]. Au XXIesiècle, il est représenté par diverses dénominations: églises pentecôtistes, méthodistes, évangéliques, adventistes du septième jour et baptistes.
Les Témoins de Jéhovah sont également présents, avec environ 320 fidèles répartis en cinq congrégations[213].
Le rastafarisme possède une petite communauté d'adeptes, qui mettent souvent l'accent sur une vie naturelle et suivent un régime alimentaire appelé Ital[214].
La diversité des lieux de culte reflète celle de la population.
Médias
La presse locale paraît en français et en anglais. Parmi les titres figurent Le Pélican, St. Martin's Week, Le 97150[215] et le quotidien anglophone de Sint Maarten The Daily Herald[216]. Des médias d'information en ligne, comme Soualiga Post, Faxinfo et SXM Info, complètent cette offre[215].
En radio, le service public est représenté par Guadeloupe La 1re et France Inter[217]. Fin 2023, l'Arcom recense à Saint-Martin dix services de radio privés; à l'issue d'un appel à candidatures, elle en autorise deux nouveaux en mars 2024: Radio Fusion, station musicale avec de l'information locale, et Radio Scolaire SXM, radio en milieu scolaire[218]:3 et 7,[219]. En 2026, à l'issue d'un nouvel appel à candidatures lancé en mars 2024, elle autorise trois radios privées de catégorie B, Radio Transat, SXM La Radio et Radio Saint-Barth[220], puis deux radios associatives, Youth Radio et Radio Saint-Martin[221]. Parmi les autres radios privées diffusées à Saint-Martin figurent SOS Radio, Tropik FM, Radio Music FM, Sun FM Music, Maxxi RMC, Radio Maranatha, Radio Sainte-Marie des Îles et RCI Guadeloupe[217].
En télévision, la TNT diffuse à Saint-Martin les chaînes publiques Guadeloupe La 1re, France 2, France 3, France 4, France 5, Arte et Franceinfo, ainsi qu'une seule chaîne locale privée, IO TV[222]. Celle-ci est un service de télévision locale de proximité et d'information, diffusé en clair, en français et, pour certaines émissions, en créole[223]. Ses studios ayant été détruits par l'ouragan Irma en 2017, la chaîne reprend sa diffusion en 2018 sur le bouquet Canal+ Caraïbes[224].
Économie
Histoire économique
Le sel attire les premiers colons néerlandais au XVIIesiècle[112]. L'économie de plantation repose ensuite sur la canne à sucre, cultivée par des esclaves[115]. Ruinée par la fuite de la plupart d'entre eux, elle cède la place à partir de 1842 à l'exploitation du sel pour l'exportation, en particulier à Grand-Case[116]. L'abolitionniste Auguste-François Perrinon y monte une affaire de salines, où il revient s'installer après le coup d'État de 1851[225]. La production sucrière cesse en 1875 et celle du coton en 1923[112]. La saline de Grand-Case, la dernière en activité, ferme en 1961[226]. Depuis 1955, l'économie de l'île est étroitement liée au tourisme[112].
Vue d'ensemble
L'économie de la partie française est dominée par les services. Fin 2025, le territoire compte 8 119 salariés, un niveau record, en hausse de 5,3% sur un an; 85% d'entre eux travaillent dans le tertiaire[227]. En 2021, les services principalement non marchands (administration, enseignement, santé et action sociale) produisent environ un tiers de la valeur ajoutée[228].
Les deux parties de l'île ont des statuts institutionnels (voir Statut et représentation) et des structures économiques différents. Le PIB de Sint Maarten est environ deux fois supérieur à celui de la partie française; comparée à celle-ci, son économie est davantage tournée vers les secteurs marchands[228].
Produit intérieur brut
En 2019, le produit intérieur brut (PIB) de Saint-Martin s'élève à 582,6 millions d'euros, un niveau inférieur de 0,7% à celui de 2014. Après deux reculs liés à l'ouragan Irma, de 7,8% en 2017 et de 8,1% en 2018, il progresse de 6,5% en volume en 2019. Il chute de 12,5% en 2020 avec la crise sanitaire, puis augmente de 4,9% en 2021. En euros constants, il reste alors inférieur de 17,2% à son niveau de 2016. Les données de 2019 et 2020 sont semi-définitives, celles de 2021 provisoires[228].
En 2019, le PIB par habitant atteint 17 800 euros. Il est inférieur de 41% à celui de la Guadeloupe, de 42% à celui de la Martinique et de 34% à celui de Sint Maarten, mais supérieur de 15% à celui de la Guyane et de 45% à celui de Mayotte. Selon les données comparatives de l'Insee, Saint-Martin figure parmi les dix territoires de la Caraïbe où le PIB par habitant est le plus élevé[228].
Administration publique, enseignement, santé et action sociale
32,6%
Commerce, transports, hébergement et restauration
22,2%
Autres activités de services
18,0%
Activités immobilières
10,8%
Industrie
9,8%
Construction
6,4%
Agriculture, sylviculture et pêche
0,2%
L'ouragan Irma puis la crise sanitaire touchent la plupart des secteurs. En 2021, la valeur ajoutée de l'hébergement-restauration reste inférieure de 36,1% à son niveau de 2016. Celle du commerce, qui représente cette année-là 9,7% du total, a perdu 20,7% depuis 2014. Les transports, qui en représentent 5,5%, n'ont pas retrouvé leur niveau d'avant Irma[228].
D'autres secteurs progressent. Portée par la reconstruction, la construction voit sa valeur ajoutée croître de 1,7% par an en moyenne entre 2014 et 2021; en 2021, elle dépasse de 8,3% son niveau de 2016. En 2021, la part de l'industrie atteint 11,4% de la valeur ajoutée, contre 9,8% en 2019, grâce notamment à l'électricité ainsi qu'à l'eau et à la gestion des déchets, alors que l'agroalimentaire et l'industrie manufacturière reculent[228].
Fin 2025, l'encours de crédits des banques implantées à Saint-Martin atteint 518,6 millions d'euros, en hausse de 7,1% sur un an[227].
Tourisme
En 2014, l'île accueille 2,7 millions de visiteurs, dont 78% de croisiéristes. Après le recul dû à Irma, elle repasse la barre des deux millions en 2019. La crise sanitaire interrompt brutalement cette reprise: en 2021, la fréquentation de l'île ne représente plus que 23% de son niveau d'avant Irma, et 50% du côté français[228]. La fréquentation touristique augmente ensuite de 144,8% en 2022[159].
Le parc hôtelier de la partie française passe de 1 678 chambres en 2012 à 1 214 en 2022, soit 75,8% de sa capacité de 2016: de nombreux hôtels ont fermé ou ont été transformés en meublés de tourisme[229]. Selon l'Insee, le tourisme n'a toujours pas retrouvé son niveau d'avant Irma[230].
Emploi
En 2022, Saint-Martin compte 4 565 chômeurs, soit un taux de chômage de 28,8%[76], contre 30,1% en 2021[159].
En 2022, 98% des entreprises dont le siège est à Saint-Martin sont des microentreprises. Les entreprises de l'hébergement-restauration regroupent 17% des salariés. Seuls 11% des emplois salariés sont des postes de cadres, et 9% dans le secteur privé; cette part est la plus basse dans l'hébergement-restauration[230]. En 2024, 41% des projets de recrutement rencontrent des difficultés, et 60% dans le commerce, le secteur le plus touché[76].
Culture locale et patrimoine
La culture de Saint-Martin se caractérise par un mélange d'influences caribéennes, européennes et nord-américaines, lié à son histoire et à sa situation d'île partagée avec Sint Maarten. Elle se retrouve dans les langues, la musique et les fêtes de l'île.
L'île compte deux carnavals. Celui de la partie française se tient à Marigot dans les semaines qui précèdent le Carême[231]. Il est organisé par l'association Festivités carnavalesques de Saint-Martin, dont le budget est couvert à 85 % par des subventions publiques[232]. En 2026, les défilés se sont déroulés du 7 au 18 février: défilé d'ouverture, J'ouvert à l'aube, parades du dimanche gras et du mardi gras, puis dernier défilé le mercredi des Cendres. Le carnaval s'est terminé ce soir-là par le brûlage du roi Momo[233],[234].
Le carnaval de Sint Maarten se tient en avril et en mai à Philipsburg[231]. Créé en 1970, il s'organise autour d'un village de stands, devenu le Festival Village, inspiré du carnaval de Saint-Thomas[235]. Les deux carnavals se rejoignent lors d'un Unity Jump-Up, organisé à tour de rôle par chaque partie de l'île[231] et encore au programme en 2026[236].
En dehors de la période du carnaval, les Mardis de Grand-Case animent chaque mardi soir, pendant plusieurs mois, la rue principale de Grand-Case avec un marché artisanal, de la musique et des défilés inspirés du carnaval. L'édition 2020 en était la dix-huitième[237].
Musique
La musique occupe une place importante dans la culture locale et reflète la diversité des influences de l'île. Plusieurs genres musicaux sont présents:
la salsa et d'autres musiques latino-caribéennes, liées notamment à la présence de populations hispanophones sur le territoire.
Les instruments à percussion, ainsi que les steelpans (tambours métalliques), sont couramment utilisés lors des manifestations culturelles et festives. Plusieurs ensembles de steelpan sont présents sur l'île, parmi lesquels les Gunslingers de Grand-Case, orchestre né en 1954 autour de Victor Benjamin et constitué en association en 1999[238],[239].
La scène musicale locale repose également sur des artistes issus du territoire ou y ayant développé leur carrière. Parmi eux figure notamment Oswald Clerveus, chanteur de kompa et de zouk, né à Saint-Martin et d'origine haïtienne, qui s'est fait connaître après avoir remporté en 2007[240] le concours «Défi lycéen» en Guadeloupe. Il s'est ensuite imposé sur la scène caribéenne et au-delà dans les genres du zouk et du kompa[241].
Fêtes et évènements
Plusieurs fêtes et commémorations jalonnent l'année à Saint-Martin, en plus du carnaval. L'abolition de l'esclavage y est commémorée le , jour où elle a été effectivement proclamée sur le territoire en 1848, un mois après la signature du décret du 27 avril. Cette date, distincte de celles de la Martinique (22 mai) et de la Guadeloupe (27 mai), a été adoptée à la suite des recherches de l'historienne Daniella Jeffry et d'une demande de la Collectivité[242].
La fête de Grand-Case a lieu chaque , jour de la Saint-Victor, et associe la fête du village à un hommage à Victor Schœlcher. Après l'office œcuménique et la cérémonie officielle, la journée se poursuit par un défilé de groupes folkloriques, des jeux et un concert[243],[239]. Le Fish Day, organisé par la Collectivité depuis 2002, met à l'honneur les pêcheurs de l'île[244]. La baie de Cul-de-Sac étant envahie par les sargasses, la fête s'installe en 2022 à Galisbay, à Marigot[245], où se tient la 24e édition en 2026[246]. À Colombier, l'association I Love My Ram organise à partir de 2000 un concours de beauté de boucs[247]; la dernière édition documentée, la dix-septième, se tient le et réunit des animaux venus des deux parties de l'île et d'Anguilla[248].
L'île accueille aussi des manifestations internationales. Créé en 2016 sous le nom de SXMusic, le SXM Festival de musiques électroniques se déroule sur plusieurs sites des deux parties de l'île, dont la plage de Happy Bay[249],[250]. Annulé en 2018 après l'ouragan Irma, il revient en 2019 avec environ 5 000 bracelets en circulation[249]. Côté néerlandais, la St. Maarten Heineken Regatta, créée en 1980 et parrainée par Heineken depuis 1983, rassemble chaque mois de mars plus d'une centaine de bateaux[251].
Architecture créole
Le centre de Marigot compte des cases créoles, dont plusieurs, restaurées, abritent aujourd'hui des boutiques[252]. La rue de la République en conserve des façades traditionnelles du XIXesiècle, qui ont pour la plupart gardé leur caractère d'origine[253].
Ces maisons associent un rez-de-chaussée en pierres liées au mortier de chaux à un étage en bois, construit selon les techniques de la case traditionnelle. Tournée vers la rue, la façade comporte au moins une galerie à l'étage, ornée de frises ajourées (gingerbreads) et de balustrades ouvragées, et elle est peinte de couleurs vives[253],[254]. Souvent à deux niveaux et couvertes de toits de tôle, ces cases se retrouvent dans les rues de Marigot comme dans celles de Grand-Case[255].
Sur les habitations sucrières, les maisons de maître de la fin du XVIIIesiècle, assez modestes, reposent sur un soubassement maçonné surmonté d'un étage en bois couvert d'essentes (bardeaux de bois), auquel on accède par une galerie ou un portique[256]. À l'arrière se regroupent les annexes: cuisine, case à eau, citerne et parfois case à ouragan[257]. En 1994, seule la maison de l'habitation Mont Vernon, à Grand-Case, conserve sa couverture d'essentes[258].
Ce type d'architecture est aussi protégé par les règles d'urbanisme: les documents d'urbanisme de Saint-Martin interdisent, sauf dérogation, les toitures en béton, à la fois pour conserver une architecture créole à toit incliné et en raison du risque sismique. Cette règle est débattue depuis le passage de l'ouragan Irma en 2017: les bâtiments à toit en béton ont nettement mieux résisté que ceux à charpente et couverture, et de nombreux habitants préfèrent désormais ce type de toiture[259].
Maison de commerce rue de la République à Marigot: rez-de-chaussée maçonné, galerie en bois et consoles en fer forgé.
Bâtiment maçonné rue de la République à Marigot: toit de tôle à lucarnes, volets peints et balcon en fer forgé.
Maison à étage en bois et galerie ajourée, près de la rue de la Liberté à Marigot.
Bâtiment à essentes et galeries à arcades à Grand-Case.
Monuments et sites
Cupules figurant un visage sur la roche gravée de Moho, seul monument historique classé de Saint-Martin.
La roche gravée de Moho, à Quartier-d'Orléans, est le seul monument historique classé de Saint-Martin; deux autres édifices, le fort Louis et l'ancienne prison de Marigot, sont inscrits[260]. Ce bloc de diorite portant quatre-vingts cupules, dont certaines figurent des visages, est classé par arrêté du [261],[24]. Les vestiges précolombiens comprennent aussi le site archéologique de Hope-Estate (voir Histoire). Le patrimoine bâti de l'île se dégrade faute d'entretien, ce qui conduit le député de la circonscription à demander en 2026 l'envoi d'un architecte des monuments historiques[262].
Le fort Louis, qui domine Marigot, est construit en 1789 à l'initiative du gouverneur Jean-Sébastien de Durat, à l'emplacement d'une batterie installée en 1765 par le chevalier Descoudrelles, pour protéger les entrepôts du port[263],[264]. Inscrit en totalité au titre des monuments historiques par arrêté du [260],[265], il est endommagé par l'ouragan Irma et fait l'objet de travaux d'urgence en 2018[266]. L'ancienne prison, construite elle aussi en 1789 et inscrite le [260], sert de caserne de pompiers à partir de 1968, puis abrite les collections du musée de Saint-Martin de 2009 à 2013[267]; elle est signalée en 2026 comme gravement dégradée[262].
Des trente-cinq habitations-sucreries de la partie française, édifiées pour la plupart vers 1780, certaines conservent des ruines maçonnées[271]. Celles de Spring, à l'est de Marigot, voisine de l'habitation Concordia, en activité de 1773 à 1915 et rénovée en 1883, comptent parmi les mieux préservées, notamment la table de son moulin à bêtes[272]. Les vestiges de la plantation de Saint-Jean, au sud de Marigot à Bellevue, et de l'habitation Paradis, à Colombier, sont également notables[273]. Au nord-est, la plantation Mont Vernon, en activité de 1786 à 1789 puis de 1814 à 1850[274], a fait l'objet de fouilles qui ont mis au jour la sucrerie et le quartier des esclaves[275]. À Grand-Case, le moulin à sel rappelle l'exploitation des salines, dont la dernière récolte a lieu en 1961[226] (voir Histoire économique).
Le fort Louis, construit en 1789, au-dessus de Marigot.
L'église Saint-Martin-de-Tours de Marigot, consacrée en 1842.
L'obélisque de la frontière, inauguré en 1948 pour le tricentenaire du traité de Concordia.
Le moulin à sel de Grand-Case, vestige de l'exploitation des salines.
Gastronomie
Le gril d'un lolo à Grand-Case.
Le Johnny cake tient une place à part dans la cuisine de l'île. Cette galette, frite ou cuite au four, se conservait plusieurs jours, ce qui lui vaut son autre nom de journey cake: on l'emportait en chemin[276]. Au petit déjeuner, on le mange traditionnellement avec de la morue salée (saltfish)[277]. Pour l'office de tourisme, les acras de morue, les crabes farcis et la fricassée de lambis font partie des spécialités de l'île, tout comme les travers de porc et le crab and rice[278]. Quant au locri, un riz cuit avec du poulet et des légumes, c'est un plat qu'on prépare volontiers pour les fêtes[279].
Marigot accueille chaque mois de novembre, depuis 2021, un festival de la gastronomie, avec un village culinaire installé sur le port. Le tamarin a été le produit vedette de la première édition, la banane plantain celui de la deuxième, et l'oseille-pays a pris le relais en 2023. Les chefs ne viennent pas tous de l'île: la Barbade, le Ghana ou le Brésil y sont aussi représentés, de même qu'un cuisinier d'origine haïtienne installé à Saint-Martin[276].
Atout France qualifie Grand-Case de «capitale gastronomique de la Caraïbe»[280]. C'est là, et à Marigot, que se trouvent la plupart des lolos. Ces petits restaurants d'une trentaine de mètres carrés vivent autour de leur barbecue et servent une cuisine locale, du colombo de crabe à la queue de bœuf en passant par le crab and rice[281].
La liqueur de guavaberry se partage entre les deux côtés de l'île. On la fabrique avec du rhum vieilli, du sucre de canne et une petite baie sauvage que personne n'a jamais cultivée. C'était autrefois la boisson de Noël, et à Sint Maarten on la tient pour la liqueur nationale[282]. À Noël, la baie sert encore à préparer le punch et les tartes[283].
Le 15 octobre 2016, la présidente de la collectivité Aline Hanson et le maire de Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), Jean-Pierre Spielbauer, signent à Saint-Martin un serment de jumelage. La signature du jumelage proprement dit a lieu à Bry le 28 janvier 2017[285],[286]. Ce rapprochement trouve son origine dans la volonté de Saint-Martin de développer le secteur audiovisuel pour lutter contre le chômage: un partenariat est conclu, notamment avec les studios de cinéma de Bry et l'Institut national de l'audiovisuel (INA), afin d'accueillir des élèves saint-martinois dans leurs formations, et un projet de centre de formation aux métiers du cinéma est envisagé[286],[285].
Après le passage de l'ouragan Irma en septembre 2017, le partenariat prend un tour solidaire. La municipalité de Bry lance un appel aux dons: collecte de chèques, stand tenu par de jeunes Bryards au forum des associations, urne en mairie[286],[287]. En octobre 2017, le conseil municipal vote un don de 85 000 € à la collectivité[288]. Les 6 et 7 décembre suivants, le maire Jean-Pierre Spielbauer se rend à Saint-Martin avec le coordinateur du conseil municipal des jeunes de Bry. Il parcourt l'île pour constater les dégâts et participe à l'opération «Un jouet, un sourire». Il s'agit d'une collecte de jouets lancée à l'initiative de Bry en faveur des enfants saint-martinois, préparée avec le Conseil territorial des jeunes. Il est ensuite reçu par le président de la collectivité Daniel Gibbs, qui salue le soutien apporté par la commune depuis le jumelage, notamment dans le domaine des métiers de l'audiovisuel[288],[289].
Le jumelage comporte aussi un volet jeunesse: le Conseil territorial des jeunes (CTJ) de Saint-Martin et le conseil municipal des jeunes de Bry-sur-Marne se rencontrent régulièrement. En décembre 2019, une délégation du CTJ séjourne une semaine en métropole; elle échange sur la participation des jeunes à la vie publique avec ses homologues de Bry-sur-Marne et de Courbevoie, et formule des propositions d'actions destinées à nourrir la convention de jumelage[290].
Symboles
Logo de la collectivité
Le logo de la collectivité se compose d'un ruban bleu formant un «S» stylisé et d'un ruban vert formant un «M», placés au-dessus du nom «Saint-Martin», accompagné des mentions «Caraïbe française» et «French Caribbean».
Il figure sur le site internet de la collectivité au moins dès le 21 février 2009[291]. Selon Flags of the World, il a été adopté le 9 janvier 2009, à la suite d'un appel d'offres lancé en 2008[292].
Une délibération du conseil territorial du 25 mars 2010 relative au système d'immatriculation des véhicules le mentionne comme le «logo officiel de la Collectivité de Saint-Martin» et le retient comme «identifiant territorial» des plaques d'immatriculation, dont la reproduction est réservée aux fabricants de plaques homologués[293]. Il est également utilisé par le conseil territorial. Selon les mentions légales du site de la collectivité, il est la propriété de la collectivité: toute modification de ses proportions, couleurs, éléments ou constituants est interdite, et sa reproduction sans autorisation écrite préalable est prohibée[294].
Le 9 avril 2026, le conseil exécutif approuve le lancement du processus de création d'un drapeau institutionnel de Saint-Martin, qui doit compléter le drapeau français sans le remplacer[295]. Le projet, intitulé «My Saint-Martin Flag», comprend une consultation de la population (du 1er mai au 30 juin 2026), puis un concours de création (du 11 août au 30 septembre 2026)[296]. Un vote public doit désigner trois finalistes en octobre 2026, et le conseil territorial doit valider le choix final, attendu en décembre 2026[297].
Emblème depuis 2010
Emblème de la collectivité de Saint-Martin (2010).
L'emblème, en forme d'écu, figure un pélican en vol, la carte de Saint-Martin sur son œil et l'Obélisque de la frontière sur son aile. L'oiseau survole la mer et la plage, accompagné de papillons, et tient dans ses pattes des fleurs d'hibiscus et de flamboyant. À l'horizon figurent des collines et, en bas, un muret en pierre sèche, appelé «mur des esclaves»[298].
Il est l'œuvre de Claudio Arnell, lauréat d'un concours organisé par la collectivité en 2010 sur le thème «L'avenir inspiré par notre héritage». Les œuvres de cinquante candidats sont présentées à un jury de six personnes, présidé par Guillaume Arnell, qui retient cinq lauréats[299]. Le 26 octobre 2010, le conseil territorial valide le projet, intitulé «l'envol», et en fait l'emblème de la collectivité, par 21 voix pour et 1 contre[300]. Selon son auteur, le pélican «symbolise le renouveau de l'île et l'envol de son économie»[301].
La version lauréate a ensuite été retravaillée pour produire la version officielle. Celle-ci n'est pas une armoirie héraldique: elle a le statut de logo[292].
Logo «Phoenix» (2018)
Après le passage de l'ouragan Irma, Daniel Gibbs, président de la collectivité, dévoile en octobre 2017 le «Plan Phoenix», plan de reconstruction et de relance économique de l'île[302]. Selon Faxinfo, il a baptisé son plan du nom de l'oiseau légendaire qui renaît de ses cendres, déclarant: «Saint-Martin renaîtra du chaos»[303].
En janvier 2018, un logo illustrant ce plan figure sur le site internet de la collectivité à la place du logo officiel. Il représente un phénix volant au-dessus de Saint-Martin, entourée d'un cœur. Aux couleurs orange et vert de l'Union pour la démocratie, parti de Daniel Gibbs, alors que celles du logo officiel sont le vert et le bleu, il devait être utilisé pendant la durée de la reconstruction[303].
Il figure encore sur la page d'accueil du site de la collectivité le 7 mars 2022[304] et n'y apparaît plus dans la capture du 15 mars 2022[305].
Notes et références
Notes
↑Les dates sont en temps universel; l'heure locale étant UTC−4, plusieurs passages ont eu lieu la veille au soir (Claudette, Luis, Jose, Lenny, Maria, Rafael). Les vents sont convertis en km/h (1 nœud = 1,852 km/h). Une pression absente de la base est signalée par un tiret. La catégorie et les vents sont ceux du système au moment du passage, et non son maximum.
↑Le bilan varie selon les sources: 261 morts selon le CGDD (d'après SisFrance), 317 morts et 250 blessés à Fort-Royal selon Sainte-Claire Deville, cité par le BRGM[54].
↑Le dossier Géorisques avance pour sa part «plus de 1 500» morts[57].
↑Décès indirect, à la suite d'un malaise cardiaque. La Sécurité civile a également fait état d'une centaine de malaises et de six blessés par défenestration[58].
↑À ne pas confondre avec le lieu-dit Spring du quartier 4, près de Marigot.
↑Lieu-dit à l'est de Marigot, voisin de Concordia, où subsistent les ruines de l'habitation sucrière du même nom[74]. À ne pas confondre avec le lieu-dit Spring du quartier 1, à Quartier-d'Orléans.
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L'article détaillé indiqué ci-dessus récapitule par thèmes l'ensemble de la bibliographie concernant la partie française. Les thèmes couvrent l'histoire, la société, l'économie, la nature (faune, flore, géologie, écosystème marin), les guides et divers sujets spécifiques à Saint-Martin.
Didier Quentin, Rapport no3248 sur la proposition de loi organique (no3164), adoptée par le Sénat, tendant à l'approbation d'accords entre l'État et les collectivités territoriales de Saint-Martin, de Saint-Barthélemy et de Polynésie française, Paris, Assemblée nationale, , 64p. (lire en ligne)