Son code officiel géographique (code Insee) est le 978 depuis le . Néanmoins, le code 97801 est utilisé par les applications nécessitant une codification à cinq chiffres[3]. Jusqu'en 2007, son code INSEE était le 97127. Son code postal est le 97150, il n’a pas changé depuis la séparation d'avec la Guadeloupe.
Ses habitants sont appelés les Saint-Martinois et la langue officielle est le français. Néanmoins, du fait de l'histoire de l’île, l’anglais est largement maitrisé. De la composante cosmopolite de l'île, de la forte influence nord-américaine et de la nécessité de simplifier les échanges entre les deux parties de l'île[4], l'anglais est largement parlé et compris dans la partie française.
L'euro est la monnaie officielle en partie française de l'île. Le florin caribéen est la monnaie officielle en partie néerlandaise. Le dollar américain est accepté des deux côtés de l’île et fréquemment utilisé.
La Collectivité de Saint-Martin est une région ultrapériphérique de l'Union européenne, et donc fait partie intégrante de l'UE, de l'espace Schengen, du territoire douanier européen, et de la zone euro, ce qui n'est pas le cas de sa voisine néerlandaise Sint Maarten en tant qu'État autonome des Pays-Bas.
Toponymie
Christophe Colomb aurait ainsi nommé l'île lors de son retour d'Hispaniola au cours de son deuxième voyage, en passant au large avec sa flotte de 17 navires entre le 11, jour de la fête de saint Martin de Tours, et le [5]. Cependant la tradition locale désigne l'île par deux autres noms "Soualiga" (Terre de sel ou terre riche en sel ) et "Oualichi" (l'île aux femmes)[6]. Ces noms proviendraient de la langue des Arawaks, un peuple amérindien qui habitait les Caraïbes avant l'arrivée des Européens.
Le terme Soualiga reflète l'importance des salines de l'île pour les Arawaks et les premiers colons européens tandis que le nom Oualichi honore le rôle important des femmes dans la société arawak. L'origine des termes n'est pas réellement établie car non identifiés dans les dictionnaires anciens ou actuels de langue Arawak ou de langue Caraibe/Kalinagos.
Géographie
Localisation
Partie française de Saint-Martin.
La Collectivité de Saint-Martin est située dans la partie nord de l’île de Saint-Martin, dans l’archipel des Petites Antilles, entre le tropique du Cancer et l’équateur, à environ 18°4′ de latitude nord et 63°3′ de longitude ouest. L’île se trouve à environ 260 kilomètres au nord-ouest de la Guadeloupe et à environ 300 kilomètres à l'est-sud-est de Porto Rico.
La collectivité territoriale française couvre environ 53 km2 sur les 93 km2 que compte l'île. Le reste du territoire insulaire forme, au sud, Sint Maarten, territoire autonome du royaume des Pays-Bas. La frontière internationale entre les deux entités s’étend sur environ 14,7 km sur l’île, dont près de 10 km de tracé terrestre, le reste traversant notamment le lagon de Simpson Bay. L’île constitue ainsi la plus petite île habitée au monde partagée entre deux États souverains[7].
Elle partage des limites maritimes avec Anguilla au nord, Sint Maarten au sud, Saint-Barthélemy au sud-est et Saba au sud-ouest. Les principaux canaux qui la séparent des îles voisines sont le canal d'Anguilla et le canal de Saint-Barthélemy.
Le territoire de la collectivité se partage en deux ensembles: à l'est, un relief accidenté de mornes et de plateaux; au sud-ouest, les Terres-Basses, relativement planes et calcaires[8]. Les mornes reposent sur un socle de roches volcaniques et volcano-sédimentaires éocènes, mises en place en milieu sous-marin, recoupé à l'Oligocène, vers 27 millions d'années, par des intrusions de diorites à granodiorites, puis recouvert de calcaires surtout miocènes[9],[10]. Ces calcaires forment les plateaux karstiques des Terres-Basses et l'île Tintamarre[11].
À l'est, une chaîne de mornes, orientée approximativement nord-est – sud-ouest, s'étend de Marigot vers Cul-de-Sac et forme l'axe central de l'île. Ses collines arrondies, hautes de 100 à 400 m, culminent au Pic Paradis (424 m)[11],[8]. Parmi ses autres sommets figurent le mont Caréta (401 m), Flagstaff (390 m), la montagne France (387 m) et le mont O'Reilly (360 m)[12], ainsi que le mont des Accords et First-Stick Hill[13].
Rocher Créole.
Au nord de cette chaîne, le massif de Red Rock, avec les collines de Pigeon-Pea Hill, First-Stick Hill et Bell Hill, encadre les fonds de baie de l'Anse Marcel et de Cul-de-Sac[13]. Il est relié au reste de l'île par la plaine basse de Norman Estate, entre les étangs de Grand-Case et de Chevrise[12].
Ces mornes séparent des vallées, comme celles de Colombier, de Caréta, de Grand-Fond ou de Moho, parcourues par des ravines intermittentes[12], et des plaines, notamment celles de Marigot, de Grand-Case à la Baie Orientale, de Bellevue, de La Savane, de Concordia et de Quartier d'Orléans[11],[12].
À l'ouest, la presqu'île des Terres Basses est un tombolo double: deux cordons littoraux sableux ont rattaché d'anciennes îles à la côte, en enserrant le Grand Étang de Simsonbaai[11]. Le cordon nord, à Sandy-Ground, a été percé d'un chenal qui permet aux bateaux de passer entre la mer et la lagune[11].
La pointe du Canonnier, à l'extrémité ouest des Terres-Basses, est une accumulation triangulaire de sable calcaire. Elle s'est formée là où se rejoignent les houles qui contournent Saint-Martin par le nord et par le sud[11].
Les précipitations, d'environ 1 000 mm par an en moyenne, sont faibles pour une île tropicale, ce qui limite le réseau hydrographique de Saint-Martin[14]. Il n'y a pas de rivière permanente sur l'île, seulement des ravines généralement sèches qui canalisent les eaux lors des épisodes pluvieux[14],[15]. Néanmoins, on peut trouver de l'eau douce ou légèrement saumâtre:
dans la nappe phréatique, via des puits et des forages, notamment à Colombier, Bellevue, Concordia, Rambaud, La Savane, Espérance et Quartier-d'Orléans[14],[16];
dans quelques sources et résurgences d'eau douce[12], telle la source de Moho dans la ravine du Paradis, exploitée depuis l'époque amérindienne et encore utilisée aujourd'hui grâce à un puits[15];
dans un petit lac d'eau douce retenu par un barrage au lieu-dit «Hope», au pied de la ravine Caréta[17].
Carte des ravines (cours d'eau temporaires) de la partie française de Saint-Martin, avec courbes de niveau tous les 10 m.
Les eaux qui dévalent les pentes des mornes et des reliefs qui délimitent les bassins versants de l'île rejoignent les ravines et débouchent dans différents étangs d'eau plus ou moins salée. La plupart d'entre eux communiquent ponctuellement avec la mer par des déversoirs qui s'ouvrent naturellement ou sont creusés pour accélérer la vidange des trop-pleins. L'écoulement vers la mer n'a donc lieu qu'en cas de forts épisodes pluvieux, lorsque le niveau des étangs entraîne un débordement[14].
La partie française est parsemée d'une quinzaine d'étangs littoraux d'eau saumâtre[14],[11]: le Grand Étang des Terres-Basses[18], l'Étang Rouge, l'Étang de la Potence ou de Galisbay, l'Étang Guichard[18], l'Étang de Happy Bay, les étangs de Grand-Case (du cimetière, de Millrum et de l'aéroport)[18], les étangs ouest et est de l'Anse Marcel, l'Étang de la Barrière, l'Étang Chevrise, l'Étang des Salines d'Orient et l'Étang aux Poissons[18].
Le Grand Étang de Simsonbaai (lagon de Simpson Bay) est d'une autre nature: c'est une lagune d'eau salée d'environ 880ha, l'une des plus grandes lagunes littorales des Antilles[19]. Partagée entre les parties française et néerlandaise de l'île, elle s'étend de la baie de Simpson jusqu'aux Terres-Basses et à Marigot[20]. Ouverte sur la mer, elle forme un port naturel qui offre un abri sûr aux activités nautiques et à la plaisance[20].
Les anciennes salines sont les étangs Guichard, de Grand-Case, Chevrise, de la Barrière et les Salines d'Orient; les carottages réalisés dans l'étang de Grand-Case montrent ainsi des dépôts récents liés à l'érosion des versants et à l'exploitation de la lagune en saline[21]. Les mangroves de l'île ont été dégradées par cette exploitation du sel, puis par l'urbanisation récente[22]: les étangs de Grand-Case et de Chevrise formaient encore une mangrove à l'époque précolombienne[12]. Des mangroves subsistent notamment autour de l'Étang aux Poissons, des Salines d'Orient et de la lagune de Simsonbaai[12]. L'ouragan Irma (2017) a endommagé environ 80% de leur surface[22]; à l'Étang aux Poissons, seul un quart de la mangrove a survécu, et la réserve naturelle y a créé une pépinière pour la reconstituer[23].
Saint-Martin a un climat tropical, chaud et ensoleillé toute l'année. Deux saisons principales s'y distinguent, la saison sèche (carême) et la saison humide (hivernage), séparées par deux intersaisons moins marquées[24].
Source: Meteorological Service of the Netherlands Antilles and Aruba[25]
La saison sèche s'étend de janvier à avril. Les précipitations y sont faibles, et les minimales varient de 21°C à 24°C, les maximales de 28°C à 31°C[24]. Février et mars sont les mois les plus secs[25]. Des fronts froids affaiblis venus du nord peuvent toutefois apporter quelques averses[24].
La saison humide s'étend de juin à novembre. Plus chaude et plus humide, elle connaît des minimales de 25°C à 27°C et des maximales de 31°C à 33°C; elle correspond à la période cyclonique[24]. Septembre et novembre sont les mois les plus pluvieux, avec près de 140 à 150 mm par mois[25].
Saint-Martin reçoit environ 1 050 mm de pluie et 3 000 heures d'ensoleillement par an, soit un peu plus de huit heures par jour[25]. La température de la mer reste comprise entre 26°C et 29°C toute l'année[24].
Saint-Martin est soumise toute l'année aux alizés, de secteur est, qui tournent parfois au nord-est pendant la saison sèche. La houle qu'ils entretiennent bat en permanence la côte orientale, dite «au vent», comme à Baie Orientale ou à Oyster Pond, tandis que la côte nord-ouest et les Terres-Basses, «sous le vent», sont plus abritées[11].
Paysages
Baie de l'Embouchure.
Plage de Baie Rouge.
Plage de Friars Bay.
Baie Longue.
Les côtes de la Collectivité de Saint-Martin sont bien découpées en une succession de baies et d’anses dont le fond est très souvent constitué de cordons sableux isolant des lagunes de taille très variable et typiques de l’île. Les plages principales du littoral sont:
du côté de la mer des Caraïbes: Baie longue, Baie aux prunes, Baie Rouge, Anse des Sables, Baie Nettlé, Anse des pères, Friar's bay, Happy bay, Grand-Case, Anse Marcel;
La réserve naturelle de Saint-Martin (2 796 hectares marins et 164 hectares terrestres), inclut cette mangrove, la crique de Oyster Pond et salines d'orient, la côte de Pointe des froussards à Cul-de-Sac, les îles Tintamarre et Pinel et des îlets (Caye Verte, Petite Clef…).
Environnement
Cyclones
L'île est située dans une zone de convergence intertropicale, propice à la formation de cyclones tropicaux. Le risque cyclonique constitue le principal risque naturel à Saint-Martin.
Sa localisation au nord de l’arc antillais expose l’île à des phénomènes parfois plus intenses que dans les Antilles méridionales[26]. Les côtes basses, caractérisées par des systèmes lagunaires et des cordons sableux de faible altitude, sont particulièrement vulnérables aux submersions marines et aux houles cycloniques.
L’exposition au risque est renforcée par la concentration des populations et des activités sur le littoral[27].
La saison cyclonique s’étend généralement de juin à novembre, avec un maximum d’activité entre août et octobre[28].
Principaux phénomènes ayant affecté l'ile directement depuis 1950
Saint-Martin est située dans une zone de subduction liée à l’enfoncement de la lithosphère atlantique sous la plaque Caraïbe. Elle est classée en zone de sismicité 5, le niveau le plus élevé en France[29].
L'analyse des données sismiques historiques et instrumentales montre que Saint-Martin a subi plusieurs séismes de magnitude modérée à forte. Le séisme de 1843 est l'un des plus anciens séismes documentés qui a affecté la région des Petites Antilles. Bien que les dommages spécifiques à Saint-Martin ne soient pas largement détaillés, l'ensemble de la région a subi des secousses importantes.
Derniers séismes majeurs dans les Antilles françaises[30]
Bien que les forts séismes soient peu fréquents, Saint-Martin subit régulièrement des secousses de faible à moyenne intensité de magnitudes variant entre 3.0 et 5.0, qui rappellent la nature sismiquement active de la région[31].
Entre 2014 et 2019, près de 4 600 séismes ont été enregistrés dans les Antilles françaises, dont une partie à Saint-Martin. Parmi ces séismes, la majorité avait une magnitude inférieure à 3.0, ce qui signifie qu'ils sont généralement peu ressentis et causent rarement des dommages. Cependant, 1 535 séismes avaient une magnitude comprise entre 3.0 et 4.0, et 313 séismes avaient une magnitude comprise entre 4.0 et 5.0[31].
Dans les zones côtières constituées de sols sableux saturés en eau, des phénomènes de liquéfaction des sols peuvent survenir lors de séismes, entraînant une perte de cohésion des terrains.
Volcanisme
Saint-Martin appartient à l’arc volcanique externe des Petites Antilles, aujourd’hui inactif[32]. L’île ne présente pas d’activité volcanique actuelle.
Elle peut toutefois être indirectement affectée par l’activité volcanique des îles voisines, notamment la Soufrière (Guadeloupe) ou le volcan de Montserrat, par des retombées de cendres ou des phénomènes associés.
Milieux naturels et biodiversité
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Urbanisme
Lieux-dits, hameaux et écarts
Marigot, chef-lieu de la collectivité territoriale, constitue la principale agglomération, devant Grand-Case et Quartier d'Orléans. Le reste de l'habitat, très dispersé, s'étend un peu partout sur les zones basses proches du littoral et dans les hauteurs.
La collectivité d'outre-mer de Saint-Martin a subdivisé son territoire en quartiers, en application des articles L2313-1 à L2313-4 du Code général des collectivités territoriales, afin de favoriser la participation des habitants à la vie locale et d'améliorer la gestion des services publics de proximité[33].
Le parc de logements de la collectivité de Saint-Martin s’inscrit dans un contexte de fortes contraintes structurelles, liées notamment à l’insularité, à la pression foncière et à l’exposition aux risques naturels. En 2021, le territoire compte environ 17 200 logements selon l’Insee[34].
Les résidences principales représentent environ 75% du parc, tandis que les logements secondaires ou occasionnels en constituent 10,5% et les logements vacants 14,9%[35].
La structure du parc se caractérise par une faible proportion de propriétaires occupants, estimée à 21,1% en 2021[35]. Cette situation reflète des difficultés d’accès à la propriété dans un contexte de forte pression immobilière.
Le marché du logement est marqué par une tension importante, se traduisant notamment par des niveaux de loyers élevés dans le parc privé, atteignant en moyenne 22 €/m² en 2022[35].
Le parc locatif social demeure limité au regard des besoins de la population. En 2022, il comprend 1 701 logements[35]. La gestion de ce parc est assurée par plusieurs opérateurs, parmi lesquels la SEMSAMAR, principal bailleur du territoire, qui en détient 63,8%, devant la Société immobilière de la Guadeloupe (28,2%) et la SIKOA (7,8%)[35]. Plusieurs analyses institutionnelles soulignent ainsi un déficit structurel d’offre de logements accessibles[36].
Les difficultés d’accès au logement contribuent à la persistance de formes d’habitat précaire sur le territoire[35].
Le parc de logements a été fortement affecté par le passage de l’ouragan Irma en 2017, qui a endommagé une part importante du bâti. Les années suivantes sont marquées par une phase progressive de reconstruction et de réhabilitation, accompagnée d’une reprise de la production de logements, sans toutefois résorber l’ensemble des tensions structurelles du marché[35].
Voies de communication et transports
Voies routières
Le réseau routier saint-martinois est géré par la Collectivité de Saint-Martin, compétente en matière d’entretien, de rénovation et d’administration des infrastructures routières sur l’ensemble de son territoire. Il s’organise autour d’une ceinture principale d’environ 16 km, la route nationale 7 (RN 7), qui ceinture l’île, complétée par un réseau secondaire reliant les quartiers et les plages[37],[38]. La RN 7 débute et se termine à la frontière connectant Marigot à Quartier d'Orléans en passant par Rambaud, La Savane, Grand-Case Mont-Vernon et la Baie Orientale.
La frontière entre la partie française et la partie néerlandaise, issue du traité de Concordia de 1648, traverse l’île sur environ 10 kilomètres. Elle n’est matérialisée par aucun dispositif de contrôle, permettant une libre circulation des personnes et des biens entre les deux parties. Cette situation favorise les échanges et la coopération entre les deux territoires.
Transport en commun
Infrastructures de transport.
La collectivité territoriale de Saint-Martin mène des actions visant à structurer et améliorer l’offre de transports en commun[39].
Les moyens de transport en commun incluent des minibus privés qui desservent les principales routes de l'île. Ces minibus, bien que gérés par des opérateurs privés, suivent des itinéraires définis et des horaires fixes pour offrir un service fiable et organisé. Des efforts sont également déployés pour instaurer des arrêts clairement identifiés et des informations accessibles sur les lignes desservies et les horaires[37].
Transport aérien
L'aéroport de Grand-Case Espérance a été construit sur un remblai de l'étang de Grand-Case. Il a la particularité d'avoir deux codes IATA: CCE et SFG. Il dessert principalement des vols régionaux en provenance de la Guadeloupe, de la Martinique et des îles voisines, assurant la desserte interinsulaire.
Transport maritime
Saint-Martin dispose de deux ports. Le port de Galisbay-Bienvenue qui est destiné au trafic de marchandises tandis que la gare maritime de Marigot se consacre au trafic de passagers.
Le port de commerce traite environ 30% du trafic de marchandises de l’ensemble de l’île. Depuis 2001, ce port reste l’unique point d’entrée des produits pétroliers pour la partie française.
En raison de sa proximité avec la partie néerlandaise, le port de Galisbay fait face à une concurrence directe avec le port de Philipsburg, dont les infrastructures plus profondes et mieux dimensionnées captent une part importante du trafic maritime. Néanmoins, le port de commerce joue un rôle stratégique en période de crise comme cela a été le cas lors de la pandémie de Covid-19 en 2020 ou après le passage d’Irma en 2017: il a notamment permis l’accostage de bâtiments militaires pour l’acheminement du matériel sanitaire gérant la logistique d'urgence pour toute l'île[38],[40].
La gare maritime de Marigot est un hub maritime clé pour Saint-Martin. Il accueille des ferries réguliers qui relient l'île à Anguilla et Saint-Barthélemy[41]. Ces services de ferry sont essentiels pour les déplacements des résidents et des touristes entre les îles, facilitant ainsi le commerce et les échanges culturels. En plus des ferries, elle reçoit également des bateaux de croisière, contribuant à l'économie touristique de l'île.
Marinas à Saint-Martin.
Plaisance
La partie française de l’île compte également quatre marinas: les marinas Fort Louis et Port La Royale situées respectivement dans la baie de Marigot et le lagon de Simpson Bay et la marina de l’Anse Marcel. À cela s'ajoute une quatrième marina située exactement sur la frontière à Oyster Pond, la marina Captain Oliver's.
Jusqu’en 2023, cette marina présentait une situation particulière: les eaux relevaient de la juridiction néerlandaise tandis que les terres étaient françaises. Un accord signé entre la France et les Pays-Bas en a clarifié la frontière, plaçant désormais l’ensemble de la marina sous juridiction française[42].
Les baies de Grand Case, de Cul-de-Sac et de Marigot constituent les principaux mouillages naturels traditionnels de l’île.
Vulnérabilité et gestion des risques
En urbanisme, on distingue l’aléa du risque: l’aléa correspond à un phénomène naturel, tandis que le risque résulte de la rencontre entre cet aléa et des enjeux humains, économiques et environnementaux. À Saint-Martin, la vulnérabilité du territoire est élevée en raison de la forte exposition des populations et des infrastructures.
Vulnérabilité face au risque cyclonique
Carte représentant l’aléa cyclonique (submersion marine et choc mécanique des vagues) à Saint-Martin
La localisation de l’île au nord de l’arc antillais l’expose à des phénomènes cycloniques parfois plus intenses que dans les Antilles méridionales[26]. Cette exposition est accentuée par les caractéristiques géomorphologiques du littoral, constitué en grande partie de cordons sableux et de systèmes lagunaires de faible altitude, particulièrement sensibles aux submersions marines et aux houles cycloniques[26].
La vulnérabilité du territoire ne s’explique toutefois pas uniquement par ces caractéristiques physiques. Elle résulte également de dynamiques d’urbanisation, de facteurs démographiques et de contraintes socio-économiques[43],[44].
La croissance démographique et le développement du tourisme ont conduit à une concentration des populations et des activités économiques dans les zones littorales basses. Malgré l’existence de réglementations telles que la loi Littoral de 1986, des constructions ont été réalisées dans des secteurs exposés, notamment à Sandy Ground, Marigot, Grand-Case ou Quartier d’Orléans[44],[45]. Cette situation accroît la vulnérabilité du territoire, notamment en matière de protection des populations et de continuité des activités économiques.
L’artificialisation de ces milieux littoraux, notamment par la disparition partielle des mangroves et des zones naturelles de drainage, a réduit la capacité du territoire à absorber les impacts des aléas cycloniques. La présence de logements précaires dans certains secteurs exposés constitue également un facteur aggravant.
Vulnérabilité sismique et liquéfaction des sols
Carte représentant l’aléa sismique et le potentiel de liquéfaction à Saint-Martin
Saint-Martin, en raison de sa localisation, est exposée à un aléa sismique élevé du fait du passage de la lithosphère atlantique sous l'arc des Petites Antilles. Saint-Martin est classée dans la zone de sismicité 5, le niveau le plus élevé de l'échelle de zonage sismique en France[29].
À Saint-Martin, la vulnérabilité sismique est accentuée par la présence de zones potentiellement sujettes à la liquéfaction des sols, en raison des caractéristiques géologiques et hydrologiques du littoral.
Certaines zones urbanisées présentent une vulnérabilité spécifique liée à la liquéfaction des sols. Les zones côtières de Saint-Martin, notamment Sandy-Ground, Marigot, Grand-Case ou Quartier d'Orléans, sont particulièrement sujettes à la liquéfaction. Composées de sols sableux saturés en eau, elles peuvent perdre leur cohésion lors de secousses sismiques, entraînant des déformations importantes et des effondrements de structures.
Pour déclencher la liquéfaction des sols dans ces zones, un séisme d'une magnitude modérée à forte est nécessaire. Selon les études de l’Association Française du Génie Parasismique (AFPS), les séismes de magnitude 5.0 ou plus peuvent provoquer ce phénomène[46].
Vulnérabilité volcanique
Les études menées sur les dépôts volcaniques de l’arc antillais distinguent plusieurs types d’éruptions, de fréquence et d’intensité variables, dont certaines peuvent avoir des effets à l’échelle régionale.
À Saint-Martin, le risque volcanique direct est quasi nul. Toutefois, des effets indirects peuvent survenir en lien avec l’activité des volcans des îles voisines, notamment en Guadeloupe, à Montserrat ou à Saba. Les principaux impacts potentiels concernent des retombées de cendres susceptibles d’altérer la qualité de l’air, de perturber les activités et d’endommager les infrastructures.
Des phénomènes secondaires, tels que des tsunamis liés à des événements volcaniques majeurs, sont également évoqués à l’échelle régionale, bien que leur probabilité demeure faible.
Gestion et adaptation
La gestion des risques constitue un enjeu majeur pour l’aménagement du territoire. Elle repose sur des politiques de prévention, notamment les plans de prévention des risques naturels (PPRN), ainsi que sur des stratégies d’adaptation visant à renforcer la résilience face aux aléas naturels et au changement climatique.
Dans ce cadre, la réduction de la vulnérabilité aux séismes s’appuie sur la combinaison de la surveillance des aléas, du respect des normes de construction parasismique et des actions de sensibilisation des populations.
En 2007, le Plan Séisme Antilles (PSA) a été mis en place afin de renforcer la résilience des infrastructures et d’améliorer la préparation des populations face au risque sismique. Il prévoit notamment l’application de règles de construction conformes aux normes Eurocode 8, ainsi que des programmes de formation, d’information et de gestion de crise[47],[48].
Depuis le avec l'entrée en vigueur du zonage sismique[31], ces normes s’imposent aux constructions neuves afin de limiter leur vulnérabilité aux secousses. Des dispositions simplifiées existent pour les maisons individuelles et les petits bâtiments[48].
Les recherches archéologiques montrent qu'elle fut visitée ou habitée au cours de la période précolombienne par des peuples Ciboneys, Arawaks et Taïnos.
À partir de 1624, des Français s'installent sur la côte Est de Saint-Martin, au lieu-dit "Orléans"[49].
Au cours des siècles suivants, l'île sera revendiquée par les Espagnols, les Hollandais, et les Britanniques.
Au XXesiècle, la participation de la population de l'île aux deux guerres mondiales changera sa vocation. En 1940, l'anglais devient langue officielle, aux côtés du français et du néerlandais, pour faciliter les échanges avec les militaires alliés. Durant la seconde guerre mondiale, elle intensifie les échanges avec les États-Unis qui devient son unique fournisseur. En 1943, la marine américaine construisit un aéroport sur le site actuel de l’Aéroport international Princesse-Juliana[50]. Il devint une importante base aérienne pour les États-Unis. Les alliés quittent l'île en 1945.
Le , l'ouragan Irma frappe Saint-Martin. L'œil du cyclone traverse directement l'île dans la matinée (vers 7 h 15 heure locale)[51].
À Saint-Martin, certaines stations météorologiques sont arrêtées de manière préventive avant le passage du mur de l'œil, ce qui limite les relevés durant la phase la plus intense. Une rafale d'environ 250km/h est néanmoins enregistrée à Grand-Case avant l'interruption des mesures[52].
À Saint-Barthélemy, une rafale maximale de 244km/h est mesurée avant l'arrêt des observations[52]. Les analyses postérieures de Météo-France indiquent toutefois que les vents ont probablement dépassé 300km/h au plus près du mur de l'œil[53]. Le bilan humain officiel s'élève à 11 morts dans la partie française de Saint-Martin[54].
Vue aérienne des dégâts à Marigot deux jours après le passage d'Irma.
Les destructions matérielles sont considérables: selon les assureurs, 95% du bâti de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy est endommagé à divers degrés[55]. Les secteurs de Marigot, Grand-Case et Philipsburg figurent parmi les plus touchés.
Le coût total des dégâts pour Saint-Martin et Saint-Barthélemy est estimé à environ 3 milliards d'euros[56], dont 1,9 milliard de pertes assurées[55]. En 2018, l'ouragan est qualifié de catastrophe naturelle la plus coûteuse de l'histoire de l'assurance outre-mer[57].
Avant 2017, l'ouragan Luis constituait la principale référence en matière de catastrophes cycloniques dans la mémoire collective et institutionnelle du territoire[58]. Toutefois, l'ampleur des dommages causés par Irma, tant sur le plan humain qu'économique, dépasse largement ceux observés lors des événements précédents. L'importance des indemnisations versées après le passage du cyclone confirme ce changement d'échelle[57].
Avec l'île de Saint-Barthélemy, Saint-Martin formait le 3earrondissement de la Guadeloupe (les Îles du Nord), lequel ne possédait pas de chef-lieu. Lors du référendum du , avec un taux de participation de 44,1%, plus des trois quarts des suffrages exprimés (76,17%) se sont prononcés en faveur de l'évolution statutaire de la commune en collectivité d'outre-mer (COM). La loi organique créant la nouvelle collectivité a été adoptée par le Parlement le [59] et est entrée en vigueur le .
Administrativement, elle ne comprenait avant la réforme statutaire de 2007 qu'une seule commune, divisée en deux cantons électoraux.
Le représentant de l'État est le préfet de Saint-Barthélémy et de Saint-Martin, fonction de plein exercice créée par décret le [60]. Il siège à l'Hôtel de préfecture à Saint-Martin. L'hôtel de la collectivité, la préfecture ainsi que la plupart des administrations et services sont localisés dans le chef-lieu Marigot.
Auparavant, le représentant de l'État était le préfet de la Guadeloupe, assisté sur place par le préfet délégué de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin (alias des Îles du Nord).
La nouvelle collectivité d'outre-mer est composée d'un conseil territorial de 23 membres élus au suffrage universel pour cinq ans, d'un conseil exécutif de sept membres issus du conseil territorial mené par le président de la collectivité et d'un conseil économique social et culturel de 23 membres issus de la société civile. Il existe aussi six conseils de quartier. La COM exerce les compétences communales, départementales, régionales et certaines compétences de l'État qui lui sont transférées.
La loi organique n° 2007-223 du a conféré à la collectivité d’outre-mer de Saint-Martin une compétence propre en matière fiscale[63]. L’article LO 6314-3 du code général des collectivités territoriales prévoit que la collectivité fixe les règles applicables en matière d’impôts, droits et taxes[64]. Le produit des impositions perçues sur le territoire est ainsi attribué à la collectivité elle-même[63].
Cette autonomie fiscale s’inscrit dans le cadre de l’article 74 de la Constitution[65]. Elle s’accompagne de la mise en place d’un système fiscal distinct de celui applicable dans les autres collectivités territoriales françaises.
Toutefois, cette autonomie demeure encadrée: le recouvrement de l’impôt est assuré sous l’autorité de l’État[64], et certaines matières juridiques continuent de relever de la compétence nationale, notamment en droit civil et en droit des sociétés[63].
Le régime fiscal repose sur un principe de territorialité défini par la convention fiscale conclue entre l’État et la collectivité[66]. Celle-ci précise les règles de détermination du domicile fiscal et les modalités d’imposition des revenus, ainsi que les mécanismes visant à éviter les doubles impositions[66].
Cette convention prévoit notamment qu’une personne physique transférant son domicile fiscal depuis une autre collectivité territoriale française demeure, en principe, imposable en France pendant une durée de cinq ans, sauf exceptions[67].
Équipements et services publics
L'approvisionnement en eau potable à Saint-Martin repose sur le dessalement de l'eau de mer, en l'absence de ressources naturelles en eau douce exploitables[68],[69]. L'eau est produite par osmose inverse dans une usine de dessalement située à Galisbay, près de Marigot[70], puis stockée dans six réservoirs[69].
Les infrastructures appartiennent à l'Établissement des eaux et de l'assainissement de Saint-Martin (EEASM), qui en délègue l'exploitation à la société Saur dans le cadre d'un contrat de dix ans conclu en 2018 et arrivant à échéance en 2028[71]. En 2022, le rendement du réseau est de 70%; 98,5% des échantillons d'eau distribuée sont conformes aux limites de qualité biologique[69].
La gestion des déchets relève de la collectivité de Saint-Martin. Depuis 2008, les déchets de la partie française sont triés, valorisés ou stockés sur l'écosite des Grandes Cayes, qui comprend une installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND) appartenant à la collectivité et exploitée par la société Verde SXM, ainsi qu'une plateforme de compostage et des filières de tri des métaux, du verre, des plastiques, des cartons et des véhicules hors d'usage; une déchèterie est implantée à Galisbay. Le territoire produit environ 45 000 tonnes de déchets par an. En 2024, le site reçoit 16 136 tonnes d'ordures ménagères, 8 422 tonnes d'encombrants et 10 630 tonnes d'algues sargasses. Les déchets de l'ouragan Irma, traités jusqu'en 2023, ont accéléré la saturation de l'ISDND: la capacité de la nouvelle alvéole a été ramenée de 36 000 m3 à 20 874 m3[72]. Le casier en service atteint sa capacité maximale le ; dans l'attente d'une autorisation préfectorale pour une zone de stockage temporaire, les déchets sont entreposés à ciel ouvert pendant une semaine. L'extension de l'écosite est attendue pour mars 2027[73]. Un projet d'unité de valorisation énergétique des déchets est à l'étude[72].
Saint-Martin est rattachée à l'Académie de la Guadeloupe administrativement vis-à-vis du ministère de l'Éducation nationale et du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. À la rentrée 2022, la collectivité compte 19 établissements scolaires publics, dont 14 destinés au premier degré et 5 au second degré, soit autant qu’en 2021, mais 2 de moins qu’à la rentrée 2017 (établissements détruits après le passage du cyclone Irma et non reconstruits depuis). Elle ne dispose pas d’établissement privé sous contrat, mais compte toutefois une dizaine d'établissements privés hors contrat[74].
Nombre d'établissements scolaires pour la rentrée 2022
Enseignement public
1er degré
14
Maternelle
6
Élémentaire
8
2nd degré
5
Collège
3
Lycée
2
Total
19
Les importants dégâts irrémédiables, occasionnés par le passage de l’ouragan sur le collège Soualiga et de Quartier d'Orléans, ont considérablement perturbé le système éducatif, entraînant des montées en charge dépassant les capacités d’accueil maximales des autres équipements éducatifs de l’île.
Dans le cadre de la reconstruction post-Irma mais également pour mieux répondre aux enjeux environnementaux, les travaux de construction d'un futur collège de 900 places à La Savane ont démarré en . Ce futur établissement complètera l’opération de reconstruction du collège Roche-gravée-de-Moho de Quartier d’Orléans de 600 places, vétuste et lui aussi fortement endommagé par l’ouragan en 2017. Les collèges 900, à La Savane, et 600, à Quartier d’Orléans doivent être livrés fin 2025 pour viser une rentrée en [74],[75],[76].
Saint-Martin propose actuellement quelques formations supérieures, uniquement dans les sections de techniciens supérieurs. En 2022-2023, environ 70 étudiants étaient inscrits dans les BTS offerts par les lycées publics Robert Weinum et Daniela Jeffry[77]. Néanmoins, la collectivité fait face à un exode de ses étudiants qui quittent l'île pour poursuivre des études supérieures en raison du nombre limité d'options éducatives locales. Cette situation entraîne une perte de jeunes talents et pose des défis significatifs pour le développement local.
Afin d'améliorer la situation de l'enseignement supérieur, plusieurs mesures ont été envisagées. En 2024, une antenne de l'Université des Antilles était en cours de mise en place pour offrir des cursus de proximité et limiter l'exode des étudiants[78]. La montée en puissance de ce projet, prévue entre 2023 et 2026, vise à renforcer l’offre locale de formation post-baccalauréat, dans l’objectif de permettre aux jeunes de poursuivre leurs études sur le territoire et de réduire les départs vers d’autres pôles universitaires.
Par ailleurs, la collectivité a décidé de mettre en place un soutien financier à destination des étudiants poursuivant leurs études à Saint-Martin. Cette aide vise notamment à couvrir certains frais liés à la vie étudiante, tels que l’acquisition de matériel informatique, les transports ou la restauration[77].
Pour ceux devant quitter l'île, l'Académie de la Guadeloupe délivre aux étudiants saint-martinois des attestations d'inexistence de formations universitaires afin de leur permettre de candidater en France hexagonale, dans un autre DROM-COM, ou dans l'UE/EEE[79]. Ce sésame en main leur permet d'être éligible au dispositif «Passeport pour la Mobilité des Études» (PME) de LADOM. Ce dispositif offre une prise en charge totale ou partielle des frais de transport (aérien et ferroviaire) entre le lieu de résidence et celui des études. Ce dispositif est disponible pour les étudiants résidant habituellement en outre-mer et remplissant certaines conditions d'âge, financières et académiques[80].
Le centre hospitalier comprend un service d'accueil des urgences et une structure mobile d'urgence et de réanimation (SMUR). Il compte 92 lits en 2021[74]. Sa maternité est de niveau 2B[81]. Plusieurs spécialités, dont l'urologie, la cardiopédiatrie, la chirurgie infantile et la neurochirurgie, n'y sont pas assurées: les soins correspondants sont réalisés en Guadeloupe, dont des spécialistes viennent aussi assurer des consultations avancées à Saint-Martin dans le cadre de conventions entre établissements[74]. Les évacuations sanitaires vers la Guadeloupe représentent pour l'hôpital une dépense d'environ 2,5 millions d'euros par an[82].
Au , la collectivité compte 25 médecins généralistes et 22 médecins spécialistes libéraux, 89 infirmiers libéraux, 43 masseurs-kinésithérapeutes et 11 pharmacies; la densité de chirurgiens-dentistes y est de 79 pour 100 000 habitants[83]. Endommagé par l'ouragan Irma, l'EHPAD Bethany Home ne dispose plus en 2022 que de 28 places, contre 40 auparavant[74].
La clinique Wataki, établissement privé de soins médicaux et de réadaptation (SMR) du groupe guadeloupéen Manioukani, ouvre le à Concordia, à côté de l'hôpital. D'une capacité de 29 lits, elle a coûté 22 millions d'euros, dont 3 millions apportés par le Fonds européen de développement régional. Elle accueille des patients qui n'ont pas retrouvé leur autonomie après une hospitalisation en chirurgie ou en médecine, pris en charge par une équipe pluridisciplinaire de rééducation avant leur retour à domicile, ainsi que des patients adressés par leur médecin traitant pour un bilan. Ce type d'établissement faisait jusque-là défaut dans les îles du Nord; la clinique peut également recevoir des patients venus d'autres îles de la Caraïbe[84].
Annoncée en décembre 2025 par le ministre de la Justice, en même temps qu'un établissement pénitentiaire local[88], la création d'un tribunal judiciaire de plein exercice commun à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy est rendue possible par une décision du Conseil constitutionnel du [89] et un décret du [90]; son installation est prévue courant 2027[91]. Le palais de justice actuel ne répondant plus aux normes du service public de la justice[92], une cité administrative et judiciaire de 8 000 m2, financée par le plan France Relance (41,9 millions d'euros), est construite à Concordia pour regrouper les juridictions et une douzaine de services de l'État; sa livraison était prévue pour l'été 2026[93].
La sécurité intérieure est assurée principalement par la Gendarmerie nationale, au sein d'un commandement des îles du Nord créé le et fort d'environ 200 militaires[94]. Elle dispose de brigades à Marigot et à Hope Estate, cette dernière ouverte en 2019 pour remplacer celle de Quartier-d'Orléans détruite par l'ouragan Irma[95], ainsi que d'une brigade motorisée[96].
La Police nationale est représentée surtout par la Police aux frontières, qui contrôle les entrées sur le territoire[97]. Faute de centre de rétention administrative, les étrangers en situation irrégulière peuvent être placés dans un local de rétention avant leur transfert vers la Guadeloupe[98]. Une police territoriale, placée sous l'autorité de la collectivité, est chargée de la tranquillité publique[99].
Les secours relèvent depuis le du service territorial d'incendie et de secours (STIS) de Saint-Martin, créé par décret en 2024[100], qui remplace le rattachement au SDIS de la Guadeloupe[101].
Population et société
Démographie
L'évolution démographique de Saint-Martin est étroitement liée aux flux migratoires.
Jusqu'en 1980, la partie française de l'île était peu peuplée et caractérisée par une forte émigration vers la Guadeloupe, la République dominicaine et les Antilles néerlandaises[104]. La population a ensuite connu une très forte croissance à la faveur du développement du tourisme consécutif à la loi de défiscalisation DOM-TOM de 1985. Les besoins de main-d'œuvre du tourisme et du bâtiment ont déclenché une forte immigration de travail et de peuplement, venue essentiellement d'Haïti, dont l'instabilité politique a encouragé les départs, mais aussi de la République dominicaine et d'autres territoires anglophones des Caraïbes. Selon le recensement de l'Insee de 2020, près d'un tiers des habitants de Saint-Martin (30,0%) sont issus de l'immigration[74].
En huit ans, la population a été multipliée par 3,5, passant de 8 072 habitants en 1982 à 28 518 en 1990; cette croissance est due pour les deux tiers à l'immigration. La population stagne ensuite entre 1990 et 1999 (29 078 habitants): les nombreux départs sont compensés par un solde naturel positif. Entre 1999 et 2006, elle augmente à nouveau de 21%, grâce à un solde naturel et un solde migratoire tous deux positifs.
La population atteint son maximum en 2010 avec 36 979 habitants, puis diminue légèrement jusqu'en 2014 (35 107 habitants), avant de remonter un peu en 2015 et 2016 (35 746 habitants).
On estime de 7 000 à 8 000 le nombre de personnes qui ont quitté Saint-Martin et Saint-Barthélemy dans les jours qui ont suivi l'ouragan Irma, en septembre 2017[105],[106]. Si beaucoup sont revenues depuis, les recensements montrent l'ampleur du déclin: entre 2016 et 2021, la population diminue de 12%, soit 4 269 habitants en moins[107]. Elle se stabilise ensuite autour de 31 500 habitants, avant de reculer à 31 160 habitants en 2023[108]. En treize ans, de 2010 à 2023, Saint-Martin a ainsi perdu près de 16% de ses habitants.
Histogramme de l'évolution démographique
Langues
La seule langue officielle de la partie française de Saint-Martin est le français. Il est utilisé par l'administration, les écoles et les médias locaux. Dans les faits, la population mobilise des répertoires linguistiques d'une grande diversité, et la grande majorité des habitants n'a pas le français pour langue maternelle[109]. Plusieurs langues sont parlées au sein de la population en raison de sa diversité culturelle, de l'histoire de la partie française et de la présence d'immigrés et de descendants d'immigrés.
Un créole à base lexicale anglaise comme langue vernaculaire
Bien que l'île de Saint-Martin soit historiquement franco-hollandaise, la langue vernaculaire est un créole à base lexicale anglaise en raison de l'influence historique et géographique de l'anglais dans la région, ainsi que des échanges économiques et migratoires[110]. Dans la partie française comme dans la partie néerlandaise de Saint-Martin, la majorité des insulaires parle ce créole comme langue maternelle, devant les créoles haïtien ou guadeloupéen, l'espagnol et le néerlandais. Il se distingue de l'anglais standard par de nombreux écarts, sur les plans de la phonétique, de la phonologie, de la morphologie, du vocabulaire et de la grammaire[111].
À Saint-Martin même, il est souvent désigné comme un anglais saint-martinois (en anglais: West Indian English), et parfois qualifié de patois ou d'English Patois, d'anglais-pays ou encore, un peu péjorativement, de broken English («anglais cassé»)[110].
Les linguistes le rattachent à ce qu'ils appellent le «créole des îles Vierges», ou «anglais créole des îles Vierges»[110], bien que cette terminologie soit rarement utilisée par les locuteurs eux-mêmes. Ce créole est composé de plusieurs variétés parlées dans les îles Vierges et dans les îles voisines de Saba et Saint-Eustache, où il est connu sous les noms d'anglais de Saba et d'anglais eustachois, respectivement[112]. Ces variétés sont toutes aisément compréhensibles entre elles.
Les créoles à base lexicale française
Il n'existe pas un créole à base lexicale française propre à Saint-Martin: plusieurs créoles à base lexicale française coexistent et sont utilisés dans la vie quotidienne par différentes communautés, surtout dans les interactions informelles et familiales.
Les créoles parlés à Saint-Martin incluent principalement ceux d'Haïti, de la Guadeloupe et, dans une moindre mesure, ceux de la Martinique et de la Dominique[109],[113]. Ces créoles partagent une base lexicale française commune et sont largement intelligibles entre eux. Cela s'explique par leur développement similaire durant la période coloniale française[114].
Historiquement, Saint-Martin était une commune de la Guadeloupe jusqu'en 2007. Cette relation a façonné les pratiques linguistiques des locuteurs créolophones, le créole guadeloupéen étant parlé à Saint-Martin[115].
À partir des années 1980, le développement du tourisme entraîne à Saint-Martin une importante immigration haïtienne. Parmi les immigrés résidant sur le territoire en 2012 et arrivés en France dans les années 1980, 53% sont nés en Haïti. En 2012, les immigrés représentent un tiers de la population saint-martinoise, dont 38% sont nés en Haïti[113],[116]. Cette immigration fait du créole haïtien l'une des principales langues de la partie française. Les inventaires des langues parlées à Saint-Martin le citent aux côtés du créole guadeloupéen[109],[110].
Autres langues
À Saint-Martin, l'espagnol est l'une des langues parlées en raison de l'immigration provenant de pays hispanophones, en particulier de la République dominicaine[117], d'où sont originaires 14% des immigrés[113]. L'espagnol est couramment utilisé dans les interactions quotidiennes, dans les commerces et au sein des foyers hispanophones. Le néerlandais et le papiamento sont également présents, de façon minoritaire[109].
Langues et école
L'enseignement est dispensé en français à des élèves dont beaucoup ont pour langue maternelle l'anglais, le créole haïtien ou l'espagnol[117].
Saint-Martin possède un paysage religieux diversifié, influencé par son histoire, l'immigration et les échanges culturels. La majorité de la population se considère comme croyante, avec un fort ancrage dans le christianisme. Il n'existe toutefois pas de statistiques officielles sur l'appartenance religieuse, la France ne la recensant pas.
Le protestantisme est implanté de longue date à Saint-Martin: dès le XVIIIesiècle, l'anglicanisme et surtout le méthodisme se diffusent dans la population anglophone de l'île, y compris parmi les esclaves, tandis que le catholicisme, religion officielle de la partie française, y reste marginal jusqu'aux années 1840[118]. Il est aujourd'hui représenté par diverses dénominations: églises pentecôtistes, méthodistes, évangéliques, adventistes du septième jour et baptistes.
Les Témoins de Jéhovah sont également présents, avec environ 320 fidèles répartis en cinq congrégations[121].
Le rastafarisme possède une petite communauté d'adeptes, qui mettent souvent l'accent sur une vie naturelle et suivent un régime alimentaire appelé Ital[122].
La diversité des lieux de culte reflète celle de la population.
Médias
Presse écrite
La presse locale de Saint-Martin comprend plusieurs titres d’information en français et en anglais, diffusés sur l’ensemble de l’île.
Le Pélican: journal d’information locale paraissant quotidiennement.
St. Martin's Week: journal gratuit d’information paraissant plusieurs fois par semaine.
The Daily Herald: quotidien d’information en langue anglaise diffusé sur l’ensemble de l’île.
D’autres publications, notamment sous forme d’infolettres ou de médias numériques, complètent cette offre, parmi lesquelles Faxinfo, SXMINFO, Soualiga Post, Le 97150 et Unity Ya Magazine.
Médias en ligne
Le développement du numérique a favorisé l’essor de médias exclusivement en ligne, contribuant à la diffusion de l’information locale. Parmi ceux-ci figurent notamment SXMINFO et Soualiga Post[123],[124].
Radios
Le territoire est desservi par plusieurs stations de radio publiques et privées[125].
Historiquement, l'économie de Saint-Martin reposait principalement sur l'agriculture vivrière et l'exploitation des salines jusqu'aux années 1950. L'île a connu plusieurs cycles économiques: le tabac (1630-1674), l'indigo (1680-1700), le coton (fin du XVIIe siècle aux années 1820), le sucre (XVIIIe siècle au début du XXe siècle), et enfin le sel (fin XIXe aux années 1960) jusqu'à la fermeture de la dernière saline à Grand-Case en 1961[5]. Ces activités traditionnelles ont graduellement laissé place à d'autres formes d'économie, notamment avec le développement du tourisme qui a commencé à prendre de l'importance au milieu du XXesiècle.
Aujourd'hui, l'économie de Saint-Martin s'est diversifiée vers les services, en particulier le tourisme, le commerce et les services financiers régionaux. Elle est marquée par un grand nombre de petites et moyennes entreprises et un secteur informel notable . Malgré les défis posés par des catastrophes naturelles dans son histoire récente, l'économie montre des signes de résilience et d'adaptation .
L'économie de la partie française de Saint-Martin est façonnée par sa configuration géographique unique, se distinguant nettement du sud néerlandais. En effet, Sint Maarten, état autonome du royaume des Pays-Bas, est classée comme Pays et Territoire d'Outre-Mer (PTOM), ce qui lui confère un statut différent vis-à-vis de l'UE. Elle bénéficie d'une certaine autonomie réglementaire et fiscale qui lui permet d'adopter des politiques économiques propices à un environnement économique plus commercial et compétitif.
En revanche, la collectivité territoriale de Saint-Martin, en tant que Région Ultrapériphérique (RUP) de l'UE, reçoit un soutien financier substantiel de l'Union européenne, ce qui favorise son développement économique et social. Cependant, cette intégration implique également l'application directe des politiques économiques et du droit européen, qui peuvent parfois représenter des contraintes réglementaires et économiques. Ces règles strictes, tout en garantissant des normes élevées, peuvent limiter certaines formes de flexibilité économique ou d'innovation locale.
Cette dualité territoriale engendre des dynamiques économiques divergentes, des déséquilibres influant sur le développement, les opportunités, les flux de travail et les investissements entre les deux parties de l'île.
Performance économique et PIB
En 2019, le PIB de Saint-Martin s'élevait à 582,6 millions d'euros, marquant une augmentation significative après le choc économique majeur que le territoire a d'abord subi après l'impact dévastateur de l'ouragan Irma en 2017. Ce dernier a entraîné une réduction drastique du PIB de 8% en 2017 et 8% supplémentaires en 2018. Cette période difficile a été suivie d'un rebond impressionnant en 2019 avec une croissance de 19,7%, illustrant la résilience et les efforts de reconstruction de l'île. Cependant, la crise sanitaire de la COVID-19 a de nouveau plongé l'économie en 2020, provoquant une baisse de 12,5%. En 2021, la croissance a repris avec une augmentation de 4,9%, mais cela n'a pas suffi à compenser pleinement les pertes subies au cours des années précédentes[127],[128].
Évolution du PIB de Saint-Martin (2014-2021)[127],[74]
Année
PIB (en millions d'euros)
Variation annuelle (%)
2014
586.6
-
2015
578.4
-1.40
2016
575.0
-0.59
2017
529.0
-8.00
2018
486.7
-8.00
2019
582.6
+19.70
2020
509.5
-12.55
2021
534.3
+4.87
En 2019, le PIB par habitant s’élève à 17 800 €, en hausse de 1,6% en moyenne par an depuis 2014. Il est nettement inférieur à celui de la Guadeloupe (-41%), de la Martinique (-42%) et de Sint-Marteen (-34%) mais reste supérieur à celui de la Guyane (+15%) et nettement plus élevé que celui de Mayotte (+45%). Dans la zone Caraïbe, Saint-Martin se classe dans le top 10 des PIB par habitant les plus élevés.
Tourisme
Le tourisme est le pilier de l'économie de Saint-Martin, représentant une part significative du PIB et de l'emploi (26,1% en 2020). L'île en port franc compte de nombreuses boutiques en duty free dont certaines de grand luxe (habillement, bijoux, caméras, cigares, alcools, meubles…). Il y a beaucoup de restaurants de gastronomie française, cuisine caribéenne ou cuisine internationale. Grand-Case, village de la côte nord-ouest composé de pittoresques maisons en bois cernées d'hibiscus, offre des restaurants en bordure de plage qui lui valent d'être souvent désignée dans les guides touristiques comme la «capitale gourmande de la Caraïbe»[129].
Les infrastructures touristiques, y compris les hôtels et les ports de plaisance, ont été sévèrement touchées par l'ouragan Irma, mais des efforts de reconstruction ont permis une reprise progressive. Le nombre de chambres d’hôtel, qui avait chuté après l’ouragan, montre des signes de reprise avec une offre stabilisée autour de 1 600 chambres[129].
En 2022, le secteur a connu une reprise spectaculaire avec une augmentation de 145% de la fréquentation touristique par rapport à l'année précédente. Cette reprise est toutefois limitée par l'insuffisance de structures d'accueil de qualité, certaines portant encore les stigmates de l'ouragan Irma[74].
Le littoral de la baie de Marigot, avec, en arrière-plan, le centre commercial du West Indies Mall et le Fort-Louis.
Zone est de Saint-Martin face atlantique.
Commerce et Services
Le commerce, notamment les ventes hors taxes, et les services sont des éléments clés de l'économie. Les principales zones commerciales sont Marigot sur la partie française et Philipsburg sur la partie néerlandaise. Les services financiers jouent également un rôle crucial en soutenant les activités économiques locales.
Répartition de l'emploi par secteur (2020)
Tourisme (26,1%)
Commerce (20,7%)
Services non-marchands (33,9%)
Construction (6,6%)
Industrie (4%)
Agriculture et pêche (0,2%)
Autres services (8,5%)
Pêche et Agriculture
La pêche et l'agriculture sont des secteurs marginaux à Saint-Martin. La pêche locale fournit du poisson frais aux marchés et restaurants de l'île, mais l'agriculture est limitée en raison des conditions géographiques et climatiques.
Secteur de la Construction
Le secteur de la construction a été fortement affecté par l'ouragan Irma, mais les projets de reconstruction ont stimulé une reprise progressive. La promotion immobilière, soutenue par les financements bancaires locaux, contribue désormais à la dynamique du secteur[74].
Marché de l'Emploi
Le marché du travail à Saint-Martin se caractérise par un niveau de chômage élevé. En 2022, le taux de chômage s’établit à 28,8% de la population active, selon les données consolidées de l’IEDOM[130], soit un niveau nettement supérieur à celui observé en France hexagonale, où il atteint 7,3% la même année d’après l’INSEE. En recul par rapport à 30,1% en 2021[131], ce taux reste néanmoins élevé et s’explique en partie par des facteurs structurels propres à l’économie locale. Il est notamment lié à la forte tertiarisation de l’économie, dominée par le tourisme et les services, ainsi qu’à une faible diversification des activités.
Le marché du travail présente par ailleurs des déséquilibres importants, avec à la fois un chômage élevé et des difficultés de recrutement dans certains secteurs. La crise sanitaire liée à la Covid-19, ainsi que les conséquences durables de l’ouragan Irma en 2017, ont accentué ces fragilités dans un territoire fortement dépendant de son environnement économique et touristique. Malgré une reprise économique amorcée par la suite, celle-ci ne suffit pas à résorber durablement le chômage, qui reste à un niveau élevé à l’échelle du territoire[130].
Culture locale et patrimoine
La culture de Saint-Martin se caractérise par un mélange d’influences caribéennes, européennes et nord-américaines, lié à son histoire et à sa situation d’île partagée avec Sint Maarten. Cette diversité se traduit par une forte hybridation linguistique, musicale et festive.
Carnaval
Carnaval de Saint-Martin
Le carnaval constitue l’un des principaux événements culturels du territoire. L’île de Saint-Martin présente la particularité d’accueillir deux carnavals distincts, en raison de sa division entre une partie française et une partie néerlandaise[132]. Dans la partie française, le carnaval se déroule généralement entre février et le début du mois de mars, tandis que dans la partie néerlandaise de Sint Maarten, il a lieu plus tard dans l’année, entre mi-avril et début mai[133].
Ces deux événements, bien que distincts dans leur organisation et leur calendrier, sont étroitement liés par des influences culturelles communes et des échanges constants entre les deux parties de l’île[133].
Les festivités incluent notamment le J’ouvert, qui marque traditionnellement l’ouverture du carnaval au petit matin. Issu du créole français «jour ouvert», le terme désigne l’aube, moment où les participants se rassemblent dans les rues avant le lever du jour dans une ambiance festive, au rythme des percussions, des steelbands et des sound systems[134]. Il se prononce généralement /ˈdʒuː.vɛrt/ («djou-vèrt»).
Cette tradition, largement répandue dans les carnavals caribéens anglophones, trouve ses origines à Trinité-et-Tobago et s’inscrit dans les pratiques culturelles héritées de la période coloniale et de l’esclavage. Elle constitue une forme d’expression collective issue des traditions afro-caribéennes, développée notamment à la suite de l’abolition de l’esclavage[135],[136].
Des formes proches du J’ouvert existent dans les carnavals de Guadeloupe et de Martinique, notamment à travers des défilés nocturnes ou matinaux, bien que ce terme n’y soit pas employé.
Le carnaval comprend également plusieurs Jump Up, défilés festifs de rue organisés en soirée, mêlant musique, danse et animations dans une ambiance caribéenne. Présents dans les deux parties de l’île et fréquentés par des participants de l’ensemble du territoire, ils témoignent du caractère partagé des traditions carnavalesques de Saint-Martin. Hérités des cultures anglophones de la Caraïbe, ils se distinguent du J’ouvert par leur déroulement nocturne et leur caractère moins rituel.
Dans le carnaval de Sint Maarten, plusieurs Jump Up jalonnent les festivités[137]. Son Unity Jump Up revêt toutefois une portée particulière: par son itinéraire, ses intervenants et son public, il symbolise le dépassement de la frontière interne et l’unité culturelle de Saint-Martin autour d’une tradition carnavalesque partagée.
Le carnaval donne également lieu à une grande parade, défilé structuré organisé selon un parcours défini, rassemblant groupes carnavalesques, chars décorés et participants en costumes élaborés dans les principales rues.
Les célébrations s’achèvent par des défilés de clôture et des événements festifs marquant la fin du carnaval, correspondant à une clôture symbolique du cycle carnavalesque.
Parallèlement, les «Mardis de Grand-Case», organisés chaque année dans le village de Grand-Case, s’inscrivent dans le prolongement de cette culture festive et reprennent certains codes du carnaval. Chaque mardi soir, le boulevard principal devient piéton et accueille un marché artisanal, des animations musicales et des défilés inspirés du carnaval, réunissant habitants et visiteurs autour de la culture locale[138].
Ces manifestations participent à la valorisation de l’artisanat, de la gastronomie et des traditions musicales de l’île, dans une ambiance festive caractéristique des cultures caribéennes[139].
Musique
La musique occupe une place importante dans la culture locale et reflète la diversité des influences de l’île. Plusieurs genres musicaux sont présents:
le Zouk , caractéristique des Antilles françaises;
la Salsa et d’autres musiques latino-caribéennes, liées notamment à la présence de populations hispanophones sur le territoire.
Les instruments à percussion, ainsi que les Steelpans (tambours métalliques), sont couramment utilisés lors des manifestations culturelles et festives. Plusieurs ensembles de steelpan sont présents sur l’île, parmi lesquels l’association Gunslingers de Grand-Case, fondée par Victor Benjamin[140].
La scène musicale locale repose également sur des artistes issus du territoire ou y ayant développé leur carrière. Parmi eux figure notamment Oswald Clerveus, chanteur de kompa et de zouk, né à Saint-Martin et d’origine haïtienne, qui s’est fait connaître après avoir remporté en 2007[141] le concours «Défi lycéen» en Guadeloupe. Il s’est ensuite imposé sur la scène caribéenne et au-delà dans les genres du zouk et du kompa[142].
Pratiques culturelles et vie locale
La vie culturelle de Saint-Martin est marquée par l’organisation régulière d’événements culturels, notamment des festivals et des manifestations musicales[143].
Plusieurs manifestations rythment ainsi l’année, parmi lesquelles des événements gastronomiques et musicaux tels que le festival «I Love My Ram», consacré aux traditions culinaires et musicales locales, ou encore la fête de Grand-Case et Victor Schœlcher, qui met en valeur la culture du village à travers des animations, concerts et activités populaires[144],[145].
Créé en 2002, le Fish Day s’est progressivement imposé comme un événement culturel incontournable de Saint-Martin, mettant à l’honneur les traditions liées à la pêche et à la mer[146]. Historiquement organisé dans le quartier de Cul-de-Sac, l’événement a été déplacé à Galisbay à partir de 2022, notamment en raison des échouements massifs d’algues sargasses affectant le littoral[147]. Depuis 2022, il se tient à Galisbay, où sont proposées des animations culturelles, des démonstrations culinaires et des dégustations de produits issus de la pêche[148].
Le territoire accueille également des manifestations à dimension internationale, telles que le SXM Festival, événement consacré aux musiques électroniques[149]. Créé en 2016, ce festival réunit chaque année des artistes et des publics venus du monde entier, et s’est imposé comme l’un des principaux événements de musique électronique de la Caraïbe[150].
Organisé sur plusieurs jours, il propose une programmation mêlant concerts, performances artistiques et événements festifs répartis sur différents sites de l’île, notamment des plages, des espaces naturels ou des lieux privés[151]. Cette programmation répartie sur différents sites de l’île contribue à une expérience associant musique, paysage et culture locale[152].
Parmi les événements majeurs figure également la Heineken Regatta, compétition nautique internationale organisée chaque année depuis 1980 dans les eaux de Saint-Martin et de Sint Maarten. Elle réunit des centaines d’équipages venus du monde entier et constitue l’un des principaux rendez-vous de la voile dans la Caraïbe[153].
Au-delà de la compétition sportive, la manifestation s’accompagne d’un programme festif comprenant concerts et animations, attirant un public local et international.
Bien que se déroulant sur l’île voisine d’Anguilla, l’«August Monday», point culminant de son festival estival, attire également de nombreux habitants de Saint-Martin en raison de la proximité géographique et des liaisons régulières entre les deux îles[154].
La population du territoire se caractérise par une forte diversité d’origines, notamment caribéennes, avec une part importante de personnes nées à l’étranger, contribuant à une culture locale marquée par le métissage[155]. Cette diversité se reflète dans les pratiques culturelles, qui s’expriment notamment à travers la gastronomie, les traditions et les manifestations collectives, ainsi que dans des initiatives telles que le Black History Month, consacré à l’histoire et aux héritages afro-caribéens[156].
Le musée Sur la trace des Arawaks, à Marigot dans l'ancienne prison (construite en 1789), retrace cinq mille ans d'histoire insulaire, de l'époque des populations précéramiques jusqu'aux années 1930 (actuellement fermée au public).
Les ruines des anciennes habitations-sucreries: Spring (Concordia), La Colombe (Concordia), la plantation Saint Jean (Bellevue), Anse des Pères (Friar's Bay),etc. permettent de contempler à quoi ressemblait une plantation au XVIIIesiècle.
L'habitation-sucrerie de la Plantation Mont Vernon bâtie en 1786, ce site comprenant une ancienne résidence sucrière a été détruit par l’ ouragan Irma le 6 septembre 2017.
Le musée du rhum (route de Quartier-d'Orléans) (actuellement fermée au public).
Dès le XVIIesiècle, les étangs de Saint-Martin furent exploités pour la récolte du sel. La saline de Grand-Case était la plus grande de la partie française et sa production était exportée en France, dans la Caraïbe, au Canada et aux États-Unis. C'est au milieu du XIXesiècle que l'exploitation industrielle du sel commença par Auguste-François Perrinon célèbre abolitionniste. Le sel était broyé à l'aide d'un moulin fonctionnant avec une chaudière à vapeur, aujourd'hui disparue. Côté français, la dernière récolte du sel eut lieu en 1961.
La caverne marine effondrée: Devil's hole ou «Trou du Diable» (accès par chemin à Baie Rouge).
Sur la côte nord, près de la Pointe des Froussards, des cactus dits «coussins de belle-mère» ou tête-à-l'anglais, sont le fleuron d'une réserve naturelle terrestre et maritime qui compte 3 000 hectares.
La gastronomie de Saint-Martin repose sur l’utilisation de produits locaux, notamment les poissons et fruits de mer (vivaneau, thon, mahi-mahi), ainsi que sur des préparations épicées héritées des traditions culinaires antillaises. Parmi les spécialités figurent les accras de morue, les grillades de poisson, le colombo de poulet ou de cabri, les Johnny cakes, petits pains frits typiques de la Caraïbe, ainsi que le locri, plat emblématique de l’île à base de riz cuit en une seule préparation avec de la viande ou du poisson, des légumes, des épices et parfois de la pâte de tomate[157].
La cuisine locale intègre également des influences issues des cultures voisines, notamment haïtienne, dominicaine et jamaïcaine, ainsi que des apports européens, en particulier français, visibles dans la présence d’une offre gastronomique développée.
Le village de Grand-Case est réputé pour sa concentration de restaurants et est souvent présenté comme l’un des principaux pôles gastronomiques de la Caraïbe. Il abrite à la fois des établissements de cuisine traditionnelle locale, appelés «lolos», et des restaurants d’inspiration française[158].
Parmi les boissons traditionnelles figure la liqueur de guavaberry, élaborée à partir d’une baie locale et associée aux fêtes de fin d’année, témoignant de l’héritage culturel de l’île[159].
Le logo de la Collectivité de Saint-Martin adopté en 2009 comporte plusieurs éléments symboliques représentant l'identité et les caractéristiques de l'île. Ce logo intègre un ruban bleu formant la lettre stylisée "S" et un ruban vert formant un "M", symbolisant respectivement Saint et Martin. Ces éléments sont placés sous le nom "Saint-Martin" accompagné des mentions "Caraïbe Française" et "French Caribbean", soulignant l'appartenance de l'île à la région des Caraïbes tout en étant une collectivité française.
Emblème depuis 2010
Emblème officiel de la COM de Saint-Martin.
L'emblème de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin, partie française de l'île Saint-Martin représente un pélican en plein vol avec la carte de Saint-Martin sur son œil et l'Obélisque de la frontière sur son aile, ainsi qu'un symbole de paix; survolant la mer et la plage, il est accompagné de papillons et tient dans ses pattes des fleurs d'hibiscus et de flamboyant. Collines à l'horizon, et, tout en bas, un muret en pierre sèche appelé «mur des esclaves»[161].
Cet emblème en forme d'écu a été réalisé par Claudio Arnell, professeur d’art plastique, à la suite d'un concours organisé par la collectivité en 2010 dont le thème était "L’avenir inspiré par notre héritage". Les 50 candidats devaient s’inspirer du passé et se projeter dans l’avenir[162]. Il a été sélectionné par un jury présidé par Guillaume Arnell et validé par le conseil territorial le 26 octobre 2010.
La version lauréate de cet emblème a été retravaillée pour obtenir une version officielle qui n'est pas une armoirie héraldique mais reste un logo. Cette finalisation a permis d'adapter le design gagnant aux besoins visuels et représentatifs de la collectivité tout en conservant les éléments clés choisis pour symboliser l'identité et l'héritage de Saint-Martin.
Logo 2018-2021: Reconstruction post-Irma
Logo de la COM de Saint-Martin.
Le logo de la Collectivité de Saint-Martin, mis à jour après le passage dévastateur de l'ouragan Irma, incarne un renouveau symbolique pour l'île. Inspiré par le plan de relance intitulé "Phoenix", évoqué par le président Daniel Gibbs, ce nouveau design reflète la résilience et l'espoir de reconstruction. Le logo représente un phénix, cet oiseau légendaire connu pour sa capacité à renaître de ses cendres, survolant l'île de Saint-Martin, qui est stylisée dans un cœur[163].
Ce changement d'identité visuelle, intégrant les couleurs orange et vert - représentatives du parti politique de Gibbs, l'Union pour la démocratie - marque un tournant dans la communication de la collectivité, soulignant son engagement envers la renaissance et la restauration de l'île. Ce logo temporaire, destiné à être utilisé durant la période de reconstruction, symbolise l'optimisme et la solidarité face aux défis, renforçant ainsi le message que "Saint-Martin renaîtra du chaos"[163].
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L'article détaillé indiqué ci-dessus, récapitule par thèmes l'ensemble de la bibliographie concernant la partie française. Les thèmes couvrent l'histoire, la société, l'économie, la nature (faune, flore, géologie, écosystème marin), les guides et divers sujets spécifiques à Saint-Martin.
Didier Quentin, Rapport no3248 sur la proposition de loi organique (no3164), adoptée par le Sénat, tendant à l’approbation d’accords entre l’État et les collectivités territoriales de Saint-Martin, de Saint-Barthélemy et de Polynésie française, Paris, Assemblée nationale, , 64p. (lire en ligne)