La sardine (Sardina pilchardus) est une espèce de poissons de la famille des Alosidae (qui comprend également l'alose). Selon la région, elle prend les noms de célan, célerin, pilchard, royan, sarda, sardinyola ou magne. C'est la seule espèce du genreSardina.
Son nom provient de la Sardaigne car les Grecs avaient remarqué qu'elle abondait dans ses eaux côtières[1]. Ce n'est pas une espèce considérée comme menacée, mais, conséquence de la surpêche, elle a fortement régressé dans une grande partie de son aire de répartition où elle a été très abondante jusqu'au début du XXe siècle. Entre 2006 et 2016, en Méditerranée, la biomasse des sardines a été divisée par trois, passant de 200 000 à moins de 67 000 tonnes[2].
La régression des sardines a des effets sur les réseaux trophiques et la structure des écosystèmes. Sa disparition pourrait contribuer à l'extension des zones marines mortes. De plus, certains scientifiques pensent que restaurer leurs populations pourrait contribuer à améliorer l'état des eaux, et notamment limiter les émissions de méthane (puissant gaz à effet de serre) des zones très dégradées (dystrophisées)[3].
Description
Le pilchard européen (''Sardina pilchardus'') est un poisson de taille petite à moyenne. Elle Mesure généralement jusqu’à une vingtaine de centimètres de long. Son corps est légèrement allongé ou fusiformes et rappelant celui des harengs. L’origine des nageoires pelviennes est située nettement en arrière de celle de la nageoire dorsale, et les deux derniers rayons mous de la nageoire anale sont plus développés que les autres. La coloration est caractérisée par un dos vert olive (bleuté), des flancs dorés et un ventre argenté[4]
Elle se distingue par un opercule strié, contrairement à celui des sardinelles, ainsi que par la présence de taches sombres sur le dos et, dans une moindre mesure, sur les flancs. Sa carène ventrale est peu aiguë, ses écailles sont sessiles et les deux derniers rayons de la nageoire anale sont allongés.
Lieux de vie et lieux de pêche
Ce poisson vit dans la mer mériterranienne, et dans presque tout l'Atlantique nord, de l'Irlande jusqu'aux Açores, entre les côtes Atlantique Marocaine et Européenne en zone pélagique côtière de 15 à 35 m de profondeur.et en zone tropicale (devant le Sénégal et la Mauritanie) et enfin entre les côtes Atlantique Marocaine et Européenne en zone pélagique côtière de 15 à 35 m de profondeur.
En Méditerranée où il est le second poisson le plus pêché (16 %) parmi les « petits pélagiques » (qui constituent 50 % de la pêche totale), loin derrière l'anchois (Engraulis encrasicolus) qui constitue 59 % des captures de petits pélagiques[5].
Le stock
La sardine (Sardina pilchardus) est une espèce fortement exploitée sur l’ensemble de son aire de répartition et constitue l’une des pêcheries les plus importantes de l’Atlantique Est[6],[7].
Dans les eaux atlantiques européennes, la gestion repose sur la distinction de trois grands stocks : un stock septentrional (de la mer Celtique à la Manche, zone VII du CIEM), un stock central (golfe de Gascogne, sous-zones VIIIa, VIIIb et VIIId, incluant certains rectangles statistiques de la zone VII à l’extrémité de la Bretagne) et un stock méridional (de la mer Cantabrique au golfe de Cadix, sous-zones VIIIc et IXa)[7].
Le long des côtes marocaines, trois stocks ont été identifiés[6]. En mer Méditerranée, la structuration des populations apparaît encore plus complexe, avec un nombre plus élevé de stocks décrits[8].
Au début des années 2000, pour la Méditerranée, les scientifiques ont recommandé de ne pas augmenter l’effort de pêche (tableau B5.1 ; observations et recommandations ; évaluations présentées à la réunion du SAC, 2001–2004)[9].
Par ailleurs, des changements environnementaux affectent les populations méditerranéennes : les individus tendent à vivre moins longtemps, à présenter une taille et une condition corporelle plus faibles, en lien avec des modifications du plancton, leur principale source de nourriture. La diminution des populations de copépodes, composante essentielle de ce plancton, est observée sans que ses causes profondes soient clairement établies[10].
La reproduction a lieu en haute mer et peut advenir toute l'année, avec une période maximale en fin d'automne et début d'hiver au large de l'Afrique[12]. La période de reproduction s’étend d’octobre à juillet, avec un pic de ponte observé entre octobre et février. Dans cette zone la maturité sexuelle semble atteinte à 16,3 ± 0,31 cm pour les mâles et à 17,5 ± 0,35 cm pour les femelles qui se reproduisent dans une eau dont la température est de 16,3 °C à 18,9 °C (avec certaines variations annuelles). La réussite de la reproduction[13] dépend aussi des remontées d'eau froide (upwellings en anglais)[12],[14],[15]. Après une phase planctonique[16], les alevins rejoignent les côtes au printemps, et y restent jusqu'au début de l'hiver.
La sardine se nourrit de plancton, d'œufs et de larves de crustacés.
Taxonomie
Sardina pilchardus est une espèce de poissons téléostéens appartenant à la famille des Clupeidae, qui regroupe plus de 300 espèces. Connue sous le nom de « sardine de l’Atlantique Nord et de la Méditerranée », elle est la première sardine à avoir été décrite scientifiquement. Initialement classée dans le genre Clupea entre 1842 et 1879, elle a ensuite fait l’objet de révisions taxonomiques. Dans ce genre, Albert Günther (1868) décrit des caractères généraux tels qu’une bouche terminale, des dents réduites ou absentes, une série médiane ventrale complète d’écailles en carène et une nageoire anale bien développée[17].
Par la suite, Charles Tate Regan (1916, 1917) subdivise Clupea en deux sous-genres : Sardina (subtropical) et Sardinella (tropical). Sardina pilchardus, ainsi que d’autres espèces comme S. sagax et S. neopilchardus, sont alors rattachées au genre Sardina. Les différences entre ces genres reposent notamment sur le nombre de branchiospines et la longueur relative de la tête[18].
Selon Anatolii Svetovidov (1952), les Clupéidés présentent des caractères communs, parmi lesquels : une nageoire dorsale insérée plus en avant, un canal latéral céphalique bien développé, des rayons postérieurs de la nageoire anale formant des lobes allongés, des taches pigmentaires latérales sombres, des écailles allongées à la base de la nageoire caudale, ainsi que des stries transversales interrompues sur les écailles et radiales sur l’opercule chez Sardina et Sardinops. Une particularité du genre Sardina réside dans la variabilité de la taille des écailles, les plus petites étant dissimulées sous les plus grandes[19].
Les variations observées au niveau des otolithes chez Sardina pilchardus seraient davantage liées à des facteurs environnementaux qu’à une différenciation génétique[20].
Les analyses de variance moléculaire de la population du golfe de Gascogne) et celles de la Méditerranée et de la côte marocaine, et de la zone de contact située autour du détroit de Gibraltar a montré l’existence de deux sous-espèces, S. pilchardus pilchardus et S. pilchardus sardina, identifiées sur la base de caractères méristiques et morphométriques[21].
Histoire
La pêche à la sardine remonte à la préhistoire, l'homme utilisant des lignes à appât pour la capturer[22]. Les sardines font partie des poissons que Columelle recommande de saler et que, par ailleurs, les Romains utilisent pour faire du garum. Les sardines séchées font partie de l'alimentation des légions romaines[23].
C'est un poisson bon marché, riche en oméga-3, phosphore, vitamine B3 et vitamine B6. On peut la conserver dans l'huile durant plusieurs années (voire décennies) dans une boîte conditionnée par l'industrie sardinière, comme c'était le cas en Bretagne dans la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle[24].
À Douarnenez, elle a fait vivre plusieurs milliers de pêcheurs et ouvrières de conserveries. Douarnenez fut longtemps le premier port de pêche
mondial de la sardine, et précurseur en matière de conserverie industrielle de
poissons[réf. nécessaire].
La technique de pêche employait des chaloupes sardinières avec des filets maillants, plus tard remplacées par des bolincheurs. De plus en plus, les bolinches ou lamparos traditionnels sont remplacés par les chaluts pélagiques[25].
Les conserveries de sardines : l'exemple de la Bretagne
Mise à sac d'une conserverie en juillet 1902 à Douarnenez en raison du refus par les ouvriers soudeurs de l'utilisation de machines à sertir (sertisseuses) qui menacent leur emploi (revue L'Illustration du ).Douarnenez : grève des sardinières, le .
Le poisson était traditionnellement conservé par séchage ou par salage. En 1795 Nicolas Appert met au point une technique de conservation en stérilisant des bouteilles étanches, c'est l'appertisation ; le premier atelier de fabrication de conserves de poissons est ouvert à Nantes en 1824 par les frères Colin. Dans les années 1840-1850 l'autoclave est mis au point et des usines de conserves essaiment, souvent grâce à des capitaux nantais, tout le long de la côte sud de la Bretagne. Dans la décennie 1880 la sardine déserte les côtes bretonnes et les usiniers français vont chercher le poisson plus au sud, ouvrant des conserveries en Espagne et au Portugal. Entre 1902 et 1908 une nouvelle crise liée à la raréfaction de la sardine plonge la Bretagne côtière dans la misère, alors que les conserveries plus méridionales prospèrent. En 1909 la sardine est de retour sur les côtes bretonnes, mais les patrons tentent d'imposer de nouvelles machines, les sertisseuses, afin de réduire les coûts ; l'emploi des ouvriers soudeurs est menacé et les émeutes font rage dans les ports de pêche bretons. Une certaine prospérité revient pendant la Première Guerre mondiale en raison des débouchés offerts par la guerre (fourniture aux armées). Alors que des bateaux à moteur commencent à remplacer les traditionnels bateaux à voile, l'Entre-deux-guerres connaît des mouvements sociaux dans les conserveries, notamment en 1925-1926 dans le Pays bigouden, à Douarnenez et à Concarneau où les sardinières (ouvrières d'usines) se mettent en grève, réclamant d'être payées 1,25 franc de l'heure. Dans la décennie 1930 la sardine bretonne s'exporte de plus en plus difficilement en raison de la crise économique de 1929, et de l'essor du protectionnisme qui fait perdre notamment le marché anglais, le Royaume-Uni ayant augmenté considérablement ses droits de douane. Après la Seconde Guerre mondiale, les conserveries se modernisent, mais deviennent de moins en moins nombreuses, les conserveries familiales ferment les unes après les autres, par exemple la conserverie Alexis Le Gall de Loctudy[26].
La sardine peut se préparer au barbecue. Les avis sont partagés quant à la nécessité de la vider et de l'écailler avant de la griller[27], quoique pour les plus grosses le vidage s'avère nécessaire pour éviter que les tripes du poisson ne parfument trop la chair. On peut également les cuire en friture. Les arêtes de la sardine sont très petites et souples, et peuvent être mangées sans problème.
Selon la tradition les sardines à l'huile sont parées à la main, frites, séchées, rangées une à une dans la boîte métallique puis recouvertes d'huile d'olive vierge extra. Des sardines de qualité se bonifient avec le temps et atteindront leur pleine saveur confites au bout de dix longues années d'affinage.
En Belgique, on appelle « pilchards » les sardines en conserve préparées à la sauce tomate (par opposition aux sardines qui sont les classiques sardines à l’huile décrites ci-dessus). Les pilchards sont traditionnellement emballés dans des boites à conserve de forme ovale.
On appelle « royan » (ou « sardine de Royan ») un type réputé de sardine pêché depuis le milieu du XVIIIe siècle[28] dans le golfe de Gascogne (et avant cela exclusivement dans le port de Royan, d'où son nom). Le terme n'est toutefois pas une AOC.
François Bertin, Penn sardin : Deux siècles de pêche à la sardine, Édition Ouest-France, coll. « Mémoires », Rennes, 2001, 124 p. (ISBN2-7373-2781-4)
Philippe Anginot, La sardine : De la mer à la boîte, photo Olivier Barbaroux, Libris, coll. « Artisans de la mer », Seyssinet, 2002, 103 p. (ISBN2-907781-46-4) ; rééd. Neva, 2004 (ISBN2-35055-006-0) puis dans Flottilles et pêche en mer, vol. 1, Neva, 2008 (ISBN978-2-35055-110-4)
↑ a et bICES (2022). Rapport sur les stocks de sardine de l’Atlantique.
↑Neves et al. (2021, 2023). Études sur la structure des populations de sardine en Méditerranée.
↑Cingolani, N., Santojanni, A., Arneri, E., Berlardinelli, A., Colella, S., Donato, F., Giannetti, G., Sinovčić, G. et Zorica, B. 2004a. Sardine (Sardina pilchardus, Walb.) stock assessment in the Adriatic Sea: 1975–2003. Papier occasionnel AdriaMed, 13 : 9 p.
↑Pierre Mollo et Anne Noury, Le manuel du plancton, C. L. Mayer, , p. 57
↑(en) Khadija Amenzoui, Fatima Ferhan-Tachinante, Ahmed Yahyaoui et Souad Kifani, « Analysis of the cycle of reproduction of Sardina pilchardus (Walbaum, 1792) off the Moroccan Atlantic coast », C R Biol., vol. 329, no 11, , p. 892–901 (ISSN1631-0691 et 1768-3238, DOI10.1016/j.crvi.2006.08.002, lire en ligne, consulté le )
↑Larraneta M.G. 1976. Size and age of first maduration and relative fecundity in Sardina pilchardus (Walb.) off Castellon (Spanish Mediterranean coast). ICES, C. M. 1976/J: 4.
↑Chavance P. 1980. Production des aires de ponte, survie larvaire et biomasse adulte de la sardine et de l’anchois dans l’est du golfe du Lion, Méditerranée occidentale. Tethys, 9, 4, 399-413.
↑Roy C. 1992. Réponses des stocks de poissons pélagiques à la dynamique des « upwellings » en Afrique de l’ouest : analyse et modélisation. ORSTOM, Collection Études et Thèses Paris 95-96.
↑Ettahiri O. 1996. Étude de la phase planctonique de la sardine, Sardina pilchardus (Walb.), et de l’anchois, Engraulis encrasicolus (L.) des côtes atlantiques marocaines. Thèse Doct., Univ. Bretagne occidentale, Brest, 262 p.
↑Günther, A. (1868). Catalogue of the Fishes in the British Museum. Londres.
↑Regan, C. T. (1916–1917). Classification des Clupeidae. Publications du British Museum.
↑Svetovidov, A. N. (1952). Clupeidae. Faune de l’URSS.
↑Études morphologiques sur les otolithes de Sardina pilchardus.
↑(en) Touriya Atarhouch, Lukas Rüber, Elena G. Gonzalez et Eva M. Albert, « Signature of an early genetic bottleneck in a population of Moroccan sardines (Sardina pilchardus) », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 39, no 2, , p. 373–383 (DOI10.1016/j.ympev.2005.08.003, lire en ligne, consulté le )
↑Gérard Deschamps, Les lignes : pêche professionnelle en mer et pêche de loisir, Éditions Quae, , p. 8
↑Jacques André, L'alimentation et la cuisine à Rome, Les Belles Lettres, , p. 109
↑Pierre Cadoret, L'industrie sardinière en Bretagne, A. Rousseau, 1912, 174 p.
↑Jean-Claude Quéro, Les poissons de mer des pêches françaises, J. Grancher, , p. 132.
↑D'après une chronologie de l'histoire des conserveries exposée au Musée de l'Ancienne conserverie Alexis Le Gall de Loctudy.