Sans doute issu d'une tradition ancienne qui circulait à l'oral, déjà présent en tant que personnage secondaire de l’Iliade, Ulysse doit sa popularité au fait qu'il est le personnage central du poème l’Odyssée, à laquelle il donne son nom. Ce récit est centré sur son retour à Ithaque après la guerre de Troie, durant lequel il se perd en mer, doit affronter de nombreux obstacles pour revenir dans sa patrie et délivrer sa famille de prétendants qui souhaitent épouser sa femme et prendre ses biens. Contrairement à la plupart des autres héros grecs, il n'est pas caractérisé en premier lieu par ses talents de guerrier, mais par son intelligence et sa capacité à endurer les difficultés. Il est célèbre pour sa mètis, cette « intelligence rusée » qui rend son conseil très écouté dans la guerre de Troie à laquelle il participe. C'est encore par la mètis qu'il se distingue durant le long périple de retour dans son foyer. Cette qualité va de concert avec sa grande capacité à subir et à surmonter les épreuves, qui est essentielle pour lui permettre de rentrer chez lui.
Les épopées homériques ont développé un héros particulièrement complexe, polyvalent et adaptable, qui inspire depuis l'Antiquité des écrivains, des savants et des artistes. Ceux-ci recomposent chacun à leur tour le personnage en mettant en valeur certains de ces aspects. Dans l'Antiquité gréco-romaine, son image devient progressivement plus ambivalente, voire négative. Ses ruses sont de plus en plus perçues comme de la fourberie et de la manipulation, et il en vient à jouer un rôle de personnage mauvais voire cruel dans certaines tragédies grecques et dans l’Énéide de Virgile. Dans la tradition stoïcienne, il est vu comme un exemple de sage du passé. Dans l'Europe moderne, son image est majoritairement positive, et l'accent est mis sur ses pérégrinations et les apprentissages qu'il y accomplit, ainsi que sur son intelligence. Il reste un des héros grecs les plus connus à l'époque contemporaine.
Noms et étymologie
Le nom d'Ulysse existe sous plusieurs formes en grec ancien. Il est appelé Ὀδυσσεύς / Odysseús chez Homère, Ὀλυσσεύς / Olysseús en dialecte corinthien, Ὀλυττεύς / Olytteús en attique, Οὐλιξεύς / Oulixeús en dorien. L'emprunt latinUlixēs vient de cette dernière forme, qui est à l'origine du nom français du héros. En revanche, les Étrusques connaissaient le héros sous le nom Utuze, dérivé du grec d'Homère[1].
Dans l’Odyssée (XIX, 406-409), Homère le rattache au verbe ὀδύσσομαι / odýssomai, « être irrité, se fâcher ». Il aurait été choisi par son grand-père, Autolycos, parce qu'il était lui-même en colère :
Comme j'arrive ici fâché contre beaucoup de gens,
hommes et femmes sur la terre qui nourrit les hommes,
Que cet enfant se nomme Le Fâché.
C'est manifestement une explication secondaire reposant sur un jeu de mot. Dans le même ordre d'idée, le nom est expliqué par la colère de Poséidon (ou de Zeus) à l'encontre d'Ulysse[1].
Le nom d'Ulysse donne naissance à quelques dérivés : Ὀδυσσεία / Odysseía « l’Odyssée », Ὀδύσσειον / Odýsseion « sanctuaire d'Ulysse » et Ὀλισσεῖδαι / Olisseîdai, nom d'une phratrie à Thèbes et Argos.
Mythes
La mythologie d'Ulysse est avant tout connue et établie par les épopées attribuées à Homère, l’Iliade et l’Odyssée, qui relatent des épisodes de la dernière partie de la guerre de Troie et du retour du héros dans sa patrie, Ithaque. Ce sont les plus anciennes sources écrites sur le personnage, qui puisent sans doute dans des traditions orales plus anciennes. Par la suite, d'autres épopées du cycle troyen ont relaté d'autres épisodes de la vie d'Ulysse, mais elles ne sont connues que par des résumés ou des fragments. Des images représentent également des moments de la vie du héros, en particulier sur des céramiques peintes. Ils sont à plusieurs reprises racontés par des auteurs postérieurs, avec des variations plus ou moins importantes, et de nouveaux épisodes sont rajoutés jusqu'à la fin de l'Antiquité. La rédaction de synthèses par des mythographes durant les phases tardives de l'Antiquité fournit les premiers récits continus sur la vie d'Ulysse, certes insérés là encore dans les récits du cycle troyen. Cela permet de reconstituer une « biographie » du héros qui n'est néanmoins pas cohérente en raison des variations existant entre les différentes sources mythologiques.
Généalogie
Chez Homère comme chez la plupart des mythographes, Ulysse est le fils de Laërte et Anticlée. Laërte est lui-même fils d’Arcésios, qui est selon les traditions le fils de Zeus et d'Euryodeia ou de Céphale et Procris, tandis qu’Anticlée est la fille d’Autolycos, fils d’Hermès connu pour ses dons de voleur[5].
Une version secondaire tardive tente de rattacher Ulysse à Sisyphe[5]. Ainsi, Plutarque (Questions grecques, 43), qui attribue cette histoire à Ister d'Alexandrie, raconte qu’Anticlée fut violée par Sisyphe, et qu’elle était enceinte lors de son mariage à Laërte.
Quelle que soit la version choisie, les connexions d'Ulysse avec Autolycos et Hermès, ou bien Sisyphe, le relient généalogiquement à d'autres personnages de la mythologie grecque spécialisés comme lui dans la duperie et roublardise[6]. Sa ressemblance à Hermès a plus particulièrement été soulignée[7].
Par la présence d'ancêtres divins dans sa généalogie, Ulysse fait partie de la race des « demi-dieux » (hemitheoi), comme les autres héros grecs. Comme ceux-ci, il est donc mortel et humain, mais il bénéficie de capacités surhumaines et peut accomplir des choses hors de portée des humains vivant après la fin de l'âge héroïque[8]. Du reste, cette période s'achève après la fin du cycle troyen et la mort d'Ulysse, ce qui fait de ce dernier l'un des derniers représentants de la race héroïque qui peuple les épopées grecques[9].
Ithaque
Ulysse est le roi d'Ithaque, sa terre d'origine, comme son père Laërte avant lui. La petite île portant ce nom se situe dans la mer Ionienne, à l'ouest de la Grèce. Elle est décrite dans l’Odyssée comme une île rude, étroite, peu propice à l'élevage des chevaux, mais bonne pour le bétail, les chèvres, le bois. Ses principaux éléments topographiques sont la baie de Rhetrion, le mont Néion, couvert de forêt, le mont Nériton, le palais d'Ulysse et le verger de son père Laërte, le rocher Korax et la fontaine Aréthuse situés près de la maison du porcher Eumée, la grotte des nymphes, auxquels il faut ajouter l'île d'Astéris. Si on se fie aux origines des prétendants de Pénélope (Odyssée, I, 245-248), son domaine comprend aussi les îles voisines de Doulichion (identifiable à Leucade), Samé (l'actuelle Céphalonie) et Zante. Les sujets d'Ulysse sont aussi bien désignés comme les gens d'Ithaque que comme les gens de Céphalonie. Son domaine semble aussi comprendre des possessions sur le continent où paît son bétail[10].
J'habite dans la claire Ithaque ; une montagne
la domine, le Nérite aux bois tremblants ; des îles
en nombre tout autour se pressent, qui ont nom
Doulichion, Samé, Zante la forestière ;
Ithaque est basse, et la dernière dans la mer
vers les ombres ; les autres au-delà, vers l'orient ;
c'est une île rocheuse, une nourrice de guerriers,
et moi, je ne connais rien de plus beau que cette terre.
La localisation de l'Ithaque décrite par Homère a fait l'objet de débats (la « question d'Ithaque »). De fait, la description épique de l'île ne correspond qu'imparfaitement à la topographie de l'île. Elle doit manifestement beaucoup à l'imagination poétique, mais peut aussi reprendre des éléments géographiques des îles voisines. Depuis l'Antiquité, elle est néanmoins majoritairement identifiée à l'île du même nom, ce lien étant indiqué par la présence d'un lieu de culte héroïque dédié à Ulysse. Mais Wilhelm Dörpfeld avait proposé de plutôt l'identifier à l'île voisine de Leucade, et par la suite, sur la foi de découvertes archéologiques, il a aussi été proposé de la situer sur l'île de Céphalonie, plus précisément sur la péninsule de Palikí[11],[10],[12].
La jeunesse d'Ulysse fait l'objet de quelques récits, exposés notamment dans l’Odyssée. Le plus long concerne l'origine de sa blessure au pied par un sanglier (XIX, 386-466). Ulysse s'était rendu chez son grand père paternel Autolycos pour y recevoir des présents qu'il avait promis à sa naissance, après avoir choisi son nom. Ulysse participe à une chasse au sanglier sur le mont Parnasse, en compagnie d'Autolycos et de ses fils. Attaqué par un de ces animaux, il est blessé au pied mais parvient tout de même à le tuer. Une fois rentré à Ithaque, il raconte cette histoire à ses parents et cette blessure devient un des éléments permettant de l'identifier. Elle peut être vue comme le premier acte héroïque d'Ulysse, une blessure honorable, obtenue à la chasse, activité essentielle pour l'apprentissage des jeunes hommes de l'aristocratie[13],[14].
L’Odyssée évoque également une ambassade qu'il accomplit en Messénie pour le compte de son père, durant laquelle il obtient l'arc avec lequel il défait par la suite les prétendants de Pénélope (XXI, 11-41)[13].
Les principales légendes concernent son mariage avec Pénélope, issue de la famille royale de Sparte. Selon la version la plus courante, Ulysse, à qui son père a laissé le trône de roi d'Ithaque, cherche une épouse et fait d'abord partie des prétendants d'Hélène, princesse de Sparte, mais la concurrence l'incite rapidement à préférer sa cousine Pénélope, fille d'Icaros, le frère de Tyndare, père putatif d'Hélène. Alors que ce dernier est dans l'embarras, car il sait que le choix de l'époux d'Hélène va créer de l'animosité chez les prétendants éconduits, Ulysse lui conseille de leur faire prêter le serment de respecter le choix du père et de porter secours au futur mari si quelqu'un vient lui enlever Hélène[13],[15]. En échange, Tyndare l'aide à obtenir la main de Pénélope. Dans une autre version de l'histoire, c'est Laërte qui intercède pour Ulysse. Dans une autre encore, une légende locale spartiate rapportée par Pausanias (Description de la Grèce, III, 12, 1), Icaros organise une compétition de course dont le vainqueur obtiendra la main de Pénélope, qu'Ulysse emporte aisément. Une autre légende locale rapportée par le même (III, 20, 10-11) affirme qu'Icaros, profondément attaché à sa fille, ne souhaite pas la voir partir à Ithaque et préfèrerait qu'Ulysse s'installe à Sparte. Le choix revient à Pénélope, qui préfère suivre Ulysse, mais, par pudeur, lui fait comprendre cela en restant silencieuse et en couvrant son visage de son voile[16].
Pour l'installation de Pénélope à Ithaque, Ulysse réalise leur lit conjugal, comme le rapporte l’Odyssée dans la scène de reconnaissance des époux (XXIII, 189-204). Il le taille dans le tronc d'un olivier robuste, resté ancré dans le sol, de telle sorte qu'il ne peut être déplacé. Ce fait n'est connu que de son épouse et de lui. Situé au centre de la maison, il symbolise la force et la solidité du mariage entre Ulysse et Pénélope[17]. De ce mariage naît un fils, Télémaque, encore qu'en bas âge quand se déclenche la guerre de Troie[13].
Dispute d'Ulysse et Ajax pour l'armure d'Achille. Œnochoé attique à figures noires, vers 520 av. J.-C. Musée du Louvre.
La guerre de Troie est causée par l'enlèvement d'Hélène par le prince troyen Pâris. Son époux Ménélas, appuyé par son frère Agamemnon, le plus puissant des rois achéens (Grecs), lève une armée à laquelle se joignent les autres rois achéens. Bien que l’Iliade n'y fasse pas référence, les légendes postérieures précisent le rôle joué par le serment prêté lors du choix de l'époux d'Hélène, dont Ulysse est l'instigateur. Elles sont aussi constantes sur le fait que le roi d'Ithaque ne veut pas s'y joindre et fait tout pour l'éviter[13],[18],[19]. Le développement le plus complet de ce récit vient de l'auteur latin Hygin :
« Alors qu'ils étaient à la tête des chefs unis pour la prise de Troie, Agamemnon et Ménélas, fils d'Atrée, vinrent trouver dans son île d'Ithaque Ulysse, fils de Laërte, à qui l'on avait prédit que, s'il allait à Troie, il reviendrait chez lui vingt ans plus tard, seul et misérable, après avoir perdu tous ses compagnons. C'est pourquoi, comme il savait qu'on viendrait pour le convaincre de partir, (Ulysse) fit semblant d'être fou, mit un bonnet sur sa tête et attela un cheval et un bœuf à une charrue. Quand Palamède le vit, il comprit qu'Ulysse faisait semblant. Il prit alors son fils Télémaque de son berceau, le plaça devant la charrue et dit : « Arrête de faire semblant, et viens rejoindre notre groupe ! » Alors Ulysse promit qu'il viendrait. De là vient sa haine pour Palamède. »
Dans les autres versions, il semble que Palamède enlève Télémaque et le menace de son épée[18]. Ulysse est ensuite un appui essentiel pour Ménélas et Agamemnon, les aidant à mobiliser les autres rois. Selon plusieurs œuvres, son aide est décisive pour rallier Achille, que sa mère Thétis, connaissant la prophétie qui annonce sa mort au combat, avait fait cacher dans le gynécée de Lycomède de Scyros avec des habits de femmes. Ulysse se rend sur place et élabore un stratagème pour révéler sa véritable identité : il offre des présents aux femmes du gynécée en plaçant parmi eux des armes qu'Achille s'empresse de saisir, révélant sa nature de guerrier[13],[21],[22]. Lors du trajet pour Troie, Ulysse vainc à la lutte le roi Philomélide de Lesbos, se querelle avec Achille car il privilégie la prudence au combat plutôt que la bravoure, et conseille d'abandonner l'archer Philoctète, blessé, sur l'île de Lemnos[23]. Une fois l'expédition arrivée à Troie, il dirige avec Ménélas une ambassade pour obtenir la restitution d'Hélène, qui échoue et durant laquelle ils manquent d'être tués[24].
Sa participation aux premières années du conflit semble avoir peu fait l'objet de récits. Son action la plus notable est d'avoir fomenté la mort de Palamède parce qu'il a gardé rancœur de son rôle dans sa mobilisation, et peut-être aussi parce qu'il jalouse sa popularité et son inventivité. Selon une version, il sollicite l'aide de Diomède et les deux noient Palamède alors qu'il pêchait. Dans une autre, il écrit une fausse lettre dans laquelle Priam promet de l'or à Palamède en échange de sa trahison, puis cache de l'or dans la tente de ce dernier. Il s'arrange pour que la lettre se retrouve entre les mains d'Agamemnon et Palamède est mis à mort[25].
Dans l’Iliade, qui se déroule durant la dernière année de la guerre, Ulysse, à la tête de douze vaisseaux, est présenté comme un des principaux chefs achéens. Il participe à ce titre au conseil de guerre où sa parole est très écoutée. Des missions importantes lui sont confiées. En accord avec ses principales compétences, l'éloquence et la ruse, elles relèvent principalement de la diplomatie ou de l'espionnage/infiltration, même s'il est également un guerrier compétent avec de nombreuses victimes à son actif dans les rangs ennemis[23],[26]. Il bénéficie du soutien appuyé de la déesse Athéna, qui a un lien personnel fort avec lui, en plus d'être d'une manière générale une protectrice des Achéens. Lors de l'une des assemblées, Ulysse châtie le manant Thersite qui conteste la parole des rois en le frappant de son bâton de commandement. Jugé digne de confiance par les autres rois, il est chargé par Agamemnon de rendre Chryséis à son père Chrysé et de reprendre Briséis à Achille, après avoir plaidé en vain auprès de ce dernier retiré sous sa tente. Ami du jeune guerrier Diomède, il l'accompagne dans la capture de l'espion Dolon et dans l'assaut contre le campement du roi thrace Rhésos, dont il dérobe les chevaux pendant que son comparse le tue dans son sommeil[23],[26].
Dans les événements ayant lieu après l’Iliade et après la mort d'Achille, Ulysse vainc Ajax, fils de Télamon pour remporter les armes du Péléide, de manière différente selon les versions, ce qui provoque la folie et le suicide d'Ajax[27],[28]. Ulysse joue ensuite un rôle décisif dans la chute de Troie. Il est chargé d'aller chercher Néoptolème, le fils d'Achille, qui doit apporter un appui crucial au combat, ainsi que Philoctète, dont il avait recommandé l'abandon sur l'île de Lemnos, mais qui par ses talents d'archer va également jouer un rôle important en tuant Pâris[29]. Il s'infiltre par deux fois dans Troie. Une première fois, contée dans l’Odyssée, se fait sous le déguisement d'un mendiant ; il est remarqué par Hélène qui ne le dénonce pas et le soutient alors qu'il tue de nombreux Troyens. Il y retourne avec Diomède pour dérober le Palladion, statue d'Athéna qui a un pouvoir protecteur empêchant la chute de Troie ; selon une version du récit, il aurait essayé de tuer Diomède afin de récupérer la gloire pour lui seul, mais son comparse s'en serait rendu compte et l'aurait tenu à distance[30]. Enfin, il est selon une version reprise par Homère et Virgile l'auteur du stratagème du cheval de Troie (inspiré par Athéna). C'est aussi lui qui convainc ses compagnons de ne pas céder à la ruse d'Hélène qui s'est rendu compte du subterfuge et essaye de les tromper en imitant la voix de leur épouse. Lors de la prise de Troie, il est parmi les premiers attaquants à sortir du cheval[31]. Il est selon certaines versions le meurtrier d'Astyanax, le jeune fils d'Hector (tué par Néoptolème dans les autres variantes)[32]. Après la victoire, il est également le principal responsable du sacrifice de la princesse troyenne Polyxène[23].
Ulysse offrant du vin à Polyphème. Lampe romaine du Ier siècle de notre ère. Villa Getty.
Les excès commis par les Achéens lors du sac de Troie leur font perdre l'appui d'Athéna, qui suscite la discorde parmi leurs rangs, et en particulier entre Agamemnon et son frère Ménélas. Ils retournent en rangs dispersés. Ulysse, avec sa flotte de douze navires, a dans un premier temps suivi Ménélas et Nestor, mais il se fâche avec eux à Ténédos et retourne à Troie auprès d'Agamemnon. Il est ensuite séparé du reste des troupes par une tempête[33].
Les aventures d'Ulysse qui ont fait sa renommée sont rapportées dans l’Odyssée, aux chants IX à XII, sous la forme d'un long discours du héros, surnommé le « récit à Alcinoos » (Alkinou apologos) car il est prononcé alors qu'il est reçu à la cour du roi des Phéaciens[34]. Les traditions postérieures reposent largement sur ce récit, même si elles y ont fait quelques ajouts, notamment sur les aventures amoureuses du héros et sa progéniture[35]. Ce sont aussi ces épisodes qui ont le plus intéressé les artistes dans l'Antiquité, même si pour les phases les plus anciennes ils ne suivent pas forcément la version homérique[36],[37]. Les retours des autres héros troyens étaient relatés dans une épopée perdue, Les Retours (Nostoi). D'après le résumé qui nous est parvenu, Ulysse apparaît seulement dans cette épopée lorsqu'il rencontre Néoptolème en Thrace, dans un épisode non conté par l’Odyssée[38],[39].
La flotte d'Ulysse arrive en Thrace, à Ismare, où vit le peuple des Cicones. Les guerriers grecs pillent la ville et tuent ou asservissent ses habitants. Ulysse sauve le prêtre Maron et sa famille, qui en échange lui offre du vin de grande qualité. Les troupes d'Ulysse festoient et s'enivrent contre l'avis de leur chef, qui souhaite se retirer. Les Cicones contre-attaquent, leur infligent des pertes et les forcent à fuir[33],[40].
La flotte fait voile vers le sud pour contourner le Péloponnèse et rentrer à Ithaque, mais une tempête les atteint au cap Malée et les fait dériver vers le sud. C'est à ce moment que les récits des voyages d'Ulysse basculent dans le fantastique. La première terre rencontrée est le pays des Lotophages, ainsi nommés parce qu'ils ingèrent une plante, le lotos, qui fait perdre l'envie du rentrer chez soi. Ulysse ramène de force ses hommes qui en avaient consommé et sa flotte quitte le pays[33],[41].
La flotte d'Ulysse arrive ensuite au pays des Cyclopes. Il s'aventure dans les terres avec plusieurs de ses compagnons, pénètre dans la grotte de Polyphème, un fils de Poséidon, éleveur de moutons, qui l'enferme et commence par dévorer plusieurs de ses compagnons, deux par repas. Ulysse utilise le vin donné par Maron pour l'enivrer et lui crever son seul œil pendant son sommeil. Comme il s'était présenté à Polyphème sous le nom de « Personne », le cyclope n'est pas en mesure de le dénoncer à ses congénères. Ulysse et ses compagnons sortent de la grotte en se dissimulant sous les moutons que fait sortir le cyclope. Avant de partir, Ulysse révèle sa véritable identité à Polyphème, permettant à se dernier de demander à son père Poséidon de le poursuivre de sa rancœur[33],[42].
Le maître des vents Éole (en grec ancien Αἴολος / Aíolos) offre sur son île un accueil chaleureux à l'équipage d'Ulysse pendant un mois. Afin de l'aider, il enferme tous les vents dans une outre qu'il remet à Ulysse. Entreposée dans son navire, l'outre attise la curiosité des compagnons du héros qui l'ouvrent en croyant qu'il s'agit d'un trésor, ce qui provoque une tempête telle qu'ils sont renvoyés sur l'île d’Éole. Celui-ci découvre qu'ils sont maudits dds dieux et qui les chasse[43]. Dans une légende postérieure à Homère, Ulysse séduit durant son séjour une fille du dieu des Vents nommée Polymèle[35].
La flotte d'Ulysse arrive ensuite au pays des Lestrygons, un peuple de géants mangeurs d'hommes. Ils envoient des gros rochers pour détruire les navires et embrochent les naufragés avant de les dévorer. Ulysse ne parvient qu'à sauver son propre navire, le reste de sa flotte disparaît[33],[44].
Ulysse poursuivant Circé. Cratère en calice attique à figures rouges, vers 440 av. J.-C. Metropolitan Museum.
Le navire aborde ensuite l'île de la magicienne Circé qui transforme en porcs les hommes envoyés en reconnaissance. Grâce à une potion offerte par Hermès, Ulysse échappe à ce sort et force la sorcière à rompre le charme. Celle-ci devient plus accueillante et Ulysse reste une année chez elle avec ses compagnons, partageant le lit de Circé[33],[45]. Selon les traditions postérieures à Homère, ils ont plusieurs fils (Hésiode, Théogonie, 1111-1116) dont Télégonos, amené à jouer un rôle dans la dernière épopée du cycle troyen[33],[46] ; dans une tradition obscure, ils ont aussi une fille, Cassiphoné[47].
Au bout d'un an, les hommes d'Ulysse le pressent de repartir. Circé lui fournit alors les conseils nécessaires à son bon retour. Il doit d'abord se rendre au pays des Cimmériens, situé au bout du monde et qui ne voit jamais le jour, d'où il peut rejoindre le monde des morts : c'est l'épisode de la Nekuia, l'invocation des esprits des défunts. En allant voir le devin Tirésias, qui doit lui indiquer le chemin du retour, il rencontre les ombres errantes de plusieurs défunts, à commencer par sa mère Anticlée dont il ignorait qu'elle était morte, ainsi que plusieurs de ses anciens compagnons de combat (Agamemnon, Achille, Ajax) et d'autres défunts célèbres[48].
Le chemin du retour est semé d'embuches contre lesquelles Circé prévient Ulysse. Il rencontre d'abord les sirènes, qui poussent les navires vers les récifs par leurs chants envoûtants. Ulysse demande à son équipage de se boucher les oreilles avec de la cire ; quant à lui, il se fait attacher au mât du bateau et prévient ses compagnons de ne le délivrer sous aucun prétexte, car il veut écouter leur chant. Il doit ensuite franchir les obstacles des monstres marins Scylla et Charybde, ce dernier dévorant plusieurs compagnons d'Ulysse. Le navire arrive ensuite sur l'île du dieu-soleil Hélios où est gardé son bétail sacré. Bloqués un mois par les vents et venant à manquer de vivres, les compagnons d'Ulysse ne résistent pas à la tentation de tuer plusieurs bœufs pour les manger pendant le sommeil du héros, provoquant ainsi la colère d'Hélios. À sa demande, Zeus frappe de sa foudre le dernier navire d’Ulysse qui est détruit avec tous ses compagnons. Seul et attaché à des débris de son bateau, Ulysse est poussé vers le monstre marin Charybde ; il survit, mais part à la dérive[49].
Ulysse échoue sur l’île d'Ogygie, habité par la nymphe Calypso. Celle-ci en fait son amant et le retient durant sept ans[49],[50]. Selon certaines traditions postérieures à Homère, le séjour d'Ulysse chez Calypso est plus court (jusqu'à une année). D'autres attribuent au couple des enfants, notamment Nausithoos et Nausinoos (Hésiode, Théogonie, 1117-1118)[51]. Cependant, Ulysse se languit de son pays. Le récit de l’Odyssée commence à ce moment. Athéna, profitant d'une absence de Poséidon, obtient de Zeus qu'il envoie Hermès auprès de Calypso, pour lui intimer l'ordre de laisser partir Ulysse. Celle-ci propose au héros l'immortalité s'il reste à ses côtés, mais comme il refuse, elle consent à le laisser partir et lui fournit de quoi se construire une embarcation[50].
Alors qu'Ulysse vogue vers son pays, Poséidon l'aperçoit et déclenche une tempête. La déesse marine Leucothée (Ino) le sauve et lui permet de s'échouer, nu, sur l'île de Schérie où vivent les Phéaciens. À partir de ce moment, Athéna joue un rôle actif pour lui permettre de réussir son retour. Elle prépare sa rencontre avec Nausicaa, la fille du roi Alcinoos et de la reine Arété, qui l'invite au palais où lui est offerte une complète hospitalité. Ulysse gagne la confiance de ses hôtes grâce aux conseils d'Athéna. C'est là, lors d'un banquet, qu'Ulysse est amené à raconter à ses hôtes le récit de ces aventures. Le roi lui promet alors son appui et lui fournit des présents somptueux, ainsi un bateau qui le ramène à Ithaque[51],[52].
Euryclée lavant les pieds d'Ulysse, en présence de Pénélope et de Télémaque. Plaque en terre cuite, vers 450 av. J.-C. Metropolitan Museum.
Lorsqu'Ulysse revient à Ithaque, son foyer est en péril. Sa mère Anticlée est morte de désespoir en l'attendant et son père Laërte, également très affecté, s'est retiré dans son verger. Comme il n'est pas rentré alors que la guerre de Troie est finie depuis plusieurs années, des jeunes hommes de son royaume pressent Pénélope de se remarier avec l'un d'eux. Celle-ci repousse les avances des prétendants en prétextant d'abord devoir tisser un linceul pour son beau-père Laërte. Elle défait le soir ce qu'elle a fait le jour, de manière à ne pas accéder à leur demande[51]. Dénoncée par une de ses servantes, elle est finalement contrainte par les prétendants à faire son choix. L'action de l’Odyssée commence à ce moment-là[53]. Les prétendants, dirigés par Antinoos et Eurymaque, s'installent dans la maison d'Ulysse où ils banquettent, dilapidant ses richesses et se comportant de manière inconvenante. Certains des serviteurs et servantes d'Ulysse se rallient à eux. Télémaque est en passe d'atteindre l'âge adulte et tente de s'affirmer face aux prétendants, malgré leurs menaces. Aidé par Athéna, il se rend chez Nestor à Pylos et chez Ménélas et Hélène à Sparte afin d'avoir des nouvelles de son père[52]. C'est à ce moment que celui-ci débarque à Ithaque. Avec l'aide d'Athéna, il dissimule son identité et se fait passer pour un mendiant, ce qui lui permet d'éprouver la loyauté des gens de son foyer et préparer sa revanche[54].
Ulysse rencontre d'abord son porcher Eumée, personnage humble et droit, qui l'accueille du mieux qu'il peut, lui confirmant qu'il est fiable. Télémaque, conseillé par Athéna et menacé de mort par les prétendants, les rejoint. Ulysse lui révèle sa véritable identité et commence à préparer sa vengeance. Toujours sous son identité de mendiant, il se rend à son palais. Sur le seuil, il rencontre son vieux chien Argos, qui le reconnait et en meurt de joie. Une fois introduit dans la salle de banquet, il se fait maltraiter par les prétendants. Ils le font combattre avec un autre mendiant, Iros, qu'il bat sans peine. Pénélope le reçoit ensuite et l'interroge ; Ulysse, maintenant sa fausse identité, lui promet le retour de son mari. Sa nourrice Euryclée, lui lavant les pieds à la demande de Pénélope, le reconnaît grâce à la cicatrice qu'il a au pied, faite par un sanglier dans sa jeunesse. Il reparle à Pénélope, qui lui annonce qu'elle organisera le lendemain un concours de tir à l'arc : celui qui parviendra à bander l'arc d'Ulysse et à tirer une flèche traversant douze lames (ou manches) de hache deviendra son époux[51],[55],[56].
Le lendemain, Ulysse révèle son identité à Eumée et également à son bouvier, Philétios, qui se joignent à son plan. Le concours se déroulé comme prévu et aucun des prétendants ne réussit l'épreuve. Alors que Télémaque semble y parvenir, Ulysse lui fait signe d'arrêter. Sur l'insistance de son fils, Ulysse est autorisé à participer sous son identité de mendiant, alors que Pénélope est sortie. Il réussit l'épreuve et révèle son identité en abattant Antinoos. Avec l'aide de Télémaque, d'Eumée et de Philétios, ainsi que d'Athéna, les prétendants sont massacrés, les servantes et serviteurs déloyaux sont tués. Les deux derniers chants de l’Odyssée évoquent ensuite le retour à l'ordre. Pénélope reconnaît Ulysse en lui faisant révéler qu'il connaissait le secret de leur lit nuptial, taillé dans un tronc d'olivier et impossible à déplacer. Le lendemain, il se fait reconnaître de son père Laërte. Les parents des prétendants viennent à sa rencontre pour se venger. Alors que le combat s'engage, Athéna intervient sur l'ordre de Zeus, et les force à faire la paix. L’Odyssée se clôt sur la promesse du retour à l'ordre et à la prospérité[57],[58],[59].
Dernières années et mort
Les dernières années et la mort d'Ulysse ne sont pas racontées dans l’Odyssée, qui s'achève à son retour à Ithaque, mais lors de l'invocation des morts, l'ombre du devin Tirésias lui formule une prédiction sur ce qui devra se passer après son retour (XI, 199-137). Il devra repartir pour accomplir un sacrifice à Poséidon qui lui permettra de se réconcilier définitivement avec le dieu. Pour cela, il devra se rendre dans un pays situé si loin à l'intérieur des terres que ses habitants ne connaissent pas la mer ; il saura qu'il est au bon endroit en transportant avec lui une rame, que les gens de ce pays prendront pour une pelle à vanner. Après cela, il rentrera chez lui et connaîtra une mort douce et heureuse, qui lui viendra « de la mer », ou « loin de la mer », prédiction ambigüe qui ouvre la porte à diverses interprétations[60],[61].
Les traditions postérieures ont ajouté à la vie d'Ulysse après son retour diverses péripéties et histoires sentimentales, et le privent généralement d'une fin paisible[35],[62],[63].
Les dernières années et la mort d'Ulysse étaient relatées longuement dans une autre épopée du Cycle troyen : la Télégonie, attribuée à Eugammon de Cyrène et dont nous ne connaissons qu'un résumé très postérieur, attribué au grammairien Proclos[64]. Cette version correspond à celle donnée par le Pseudo-Apollodore dans sa Bibliothèque et rejoint d'autres sources antiques. Ulysse accomplit d'abord un voyage en Élide avant d'accomplir le sacrifice prescrit par Tirésias. Il repart à nouveau, cette fois-ci au nord, au pays des Thesprotes dont il épouse la reine Callidicé et combat pour son compte contre les Bryges. Après la mort de la reine, le trône revient à leur fils, Polypœtès, et Ulysse rentre à Ithaque. C'est alors que Télégonos, fils qu'il a eu de Circé, arrive sur l'île parce qu'il cherche son père, et s'y livre au pillage (parce qu'il a subi une tempête et manque de vivres selon le résumé d'Hygin). Ulysse vient à sa rencontre, et, alors qu'ils ignorent leurs identités respectives, Télégonos blesse mortellement son père d'une lance équipée d'un dard de poisson (ce qui rejoindrait la prédiction de Tirésias). Télégonos découvre qu'il a tué son père. Il ramène son cadavre sur l'île de Circé pour qu'il y soit inhumé, accompagné de Pénélope et de Télémaque. Le récit s'achève par le mariage de Télégonos et de Pénélope, et celui de Télémaque et de Circé[65].
D'autres récits encore s'intègrent dans cet ensemble d'histoires sur les dernières années d'Ulysse. Une tradition rapporte ainsi qu'il séduit Euippé, la fille du roi d’Épire, qui lui donne un fils, Euryalos, qui cherche à le rencontrer une fois devenu adulte. Mais Pénélope intrigue pour faire en sorte qu'Ulysse tue son fils (ou alors c'est Télémaque qui le fait)[66]. D'autres récits encore font de Pénélope une épouse adultère pendant que son mari est loin du foyer, ce qui conduit ou bien à sa répudiation, ou bien à sa mort de la main de son mari. Une autre tradition en revanche leur attribue un second fils, nommé Ptoliporthès. D'autres histoires existaient encore, ainsi que le rapporte le Pseudo-Apollodore[67] :
« Certains disent que Pénélope s'était laissée séduire par Antinoos, qu'Ulysse la renvoya chez son père Icarios, qu'elle alla à Mantinée, en Arcadie, où, des œuvres d'Hermès, elle mit au monde Pan. D'autres disent qu'Ulysse la tua lui-même, à cause de ses rapports avec Amphinomos. II y en a qui disent qu'Ulysse, accusé par les parents de ses victimes, prit pour juge Neoptolème, le souverain des îles de l’Épire ; que Neoptolème, espérant prendre possession de Céphallénie si Ulysse était écarté, le condamna à l'exil ; et qu'Ulysse alla en Étolie, chez Thoas, fils d'Andraïmon, y épousa sa fille et mourut très âgé, en laissant un fils, Léontophonos, qu'il avait eu d'elle. »
Ulysse est selon toute probabilité un personnage issu de la tradition orale grecque qui a servi de base aux épopées d'Homère. Celles-ci sont les plus anciens écrits littéraires grecs connus, mais elles se situent à un stade avancé des épopées chantées par des aèdes. Reconstituer les origines d'Ulysse, ou plus exactement l'Ulysse d'avant Homère, est très spéculatif en l'absence de textes. C'est un des héros de la guerre de Troie, un personnage caractérisé par ses qualités intellectuelles, notamment sa ruse, ainsi que sa capacité à endurer les épreuves[69].
Quant aux potentiels fondements historiques du personnage, ils sont incertains : il est intégré dans les récits du cycle troyen, qui pourraient faire référence à un conflit ayant effectivement eu lieu vers la fin de l'époque mycénienne (vers 1200 av. J.-C.), et qui aurait été grandement magnifié par la tradition orale, mais cela reste à démontrer[70] ; de leur côté, les récits de ses voyages en feraient plutôt un reflet de la colonisation grecque vers la Méditerranée occidentale, aux VIIIe et VIIe siècles av. J.-C., et un modèle pour celle-ci[71].
Quoi qu'il en soit, ce sont bien les deux épopées attribuées à Homère qui fournissent le premier portrait connu du personnage, et en même temps le plus complexe et le plus influent. Jamais vraiment égalé, il constitue une référence incontournable pour ceux qui ont repris par la suite la figure d'Ulysse[72].
Papyrus de Médinet Ghoran (Fayoum, Égypte), faisant partie d'un ensemble constituant la plus ancienne copie connue de passages de l'Odyssée (chants IX et X : récits chez Alcinoos). IIIe siècle av. J.-C. Institut de Papyrologie de la Sorbonne.
Les plus anciennes sources relatives à Ulysse sont l’Iliade et l’Odyssée, deux épopées attribuées à Homère qui sont les plus anciennes œuvres connues de la littérature grecque[73],[74]. L'historicité d'Homère n'est pas démontrée et reste débattue depuis l'Antiquité, de même que l'attribution de ces deux poèmes (et d'autres) à un seul et même auteur. La question se pose aussi de savoir s'ils ont été composés d'un seul trait ou bien par l'assemblage de plusieurs parties originellement indépendantes (la « question homérique »). Suivant l'opinion majoritaire qui s'est dégagée, il est considéré que ces épopées puisent leur inspiration dans une tradition orale ancienne. On situe leur élaboration dans les années 750-700 av. J.-C. ou peu après, par un ou plusieurs auteurs. Bien qu'il y ait eu des ajouts et des remaniements postérieurs, ils n'ont sans doute pas beaucoup été modifiés par la suite : l'essentiel a été composé dès le début et c'est transmis jusqu'à nos jours sous des formes peu altérées, ce qui est indiqué en particulier par la cohérence de la langue et du style des deux poèmes. Leur style indiquerait que ces épopées ont été conçues pour être chantées par des aèdes, les bardes de la Grèce antique, mais elles ont sans doute été mises par écrit rapidement, peut-être dès l'époque même de leur composition. Elles ont circulé sous différentes variantes pendant plusieurs siècles, avec notamment des versions athéniennes des années 550-530 av. J.-C., destinées à être récitées lors des Grandes Panathénées, qui ont joué un rôle important dans la fixation du texte. Les versions à peu près stabilisées qui ont été transmises jusqu'à nos jours ont été mises au point à la bibliothèque d'Alexandrie au IIIe siècle av. J.-C. ou au suivant[75].
L’Iliade, considérée comme la plus ancienne des deux épopées d'Homère (et la plus populaire dans l'Antiquité), se déroule durant la dernière année de la guerre de Troie. Elle est centrée sur la colère d'Achille, le plus fort des héros achéens (grecs) : mécontent que le commandant en chef des Achéens, Agamemnon, lui ait pris sa captive et concubine Briséis, il refuse de retourner se battre. L'épopée culmine avec son retour sur le champ de bataille après la mort de son ami Patrocle, et le duel durant lequel il tue le principal combattant troyen, Hector. C'est donc une célébration de la mort héroïque au combat, sans pour autant passer sous silence les aspects destructeurs de la guerre[76].
Ulysse y joue un rôle secondaire par rapport à Achille et Agamemnon, plus mis en avant, mais il est clairement un des principaux chefs des Achéens et intervient dans plusieurs épisodes importants. Il est certes reconnu comme un guerrier capable, mais moins que les principaux combattants (Achille, Agamemnon, Ménélas, Ajax, Diomède, Patrocle) qui ont droit à leur aristie, série d'exploits guerriers personnels. Sur le champ de bataille, il ne combat pas à l'avant, mais plutôt au centre, et dans un passage du chant VIII (97-98), il préfère se retirer que secourir un Nestor en danger. Il a un rôle plus salutaire au chant XI, quand il retarde la déroute des Grecs (310-488). Son principal accomplissement est un raid nocturne qu'il accomplit avec son comparse Diomède au chant X : ils attaquent par surprise le roi thrace Rhésos et Ulysse dérobe ses chevaux. Ce sont surtout ses talents d'orateur et de négociateur qui sont mis en avant. Il harangue les autres à combattre à plusieurs reprises et au chant II, il parvient à préserver la cohésion des troupes alors qu'elles sont sur le point de se disperser (278-332). Il intervient à plusieurs reprises en faveur d'Agamemnon, le commandant en chef des Achéens, notamment au chant IX lorsqu'il participe à une ambassade pour convaincre Achille de retourner au combat. Lors des jeux funéraires de Patrocle au chant XXIII, il l'emporte sur Ajax, apparemment par tricherie et avec l'aide d'Athéna. Ses talents pour la ruse et la tromperie transparaissent donc déjà, mais plus dans sa réputation que dans ses actes[77],[78],[79].
Mais quand se dressait Ulysse à la pensée nombreuse,
il était debout le regard bas, les yeux fixant la terre ;
il ne maniait le sceptre ni en arrière ni penché en avant ;
il restait immobile, pareil à un ignorant.
Tu aurais dit quelqu'un de renfrogné, ou un simple idiot.
Mais quand il lançait hors de sa poitrine sa grande voix
avec des mots pareils aux flocons de neige en hiver,
aucun autre mortel n'aurait pu rivaliser avec Ulysse.
— Homère (trad. P. Judet de La Combe), Iliade, III, 216-224 (discours d'Anténor à Hélène)[80].
Ulysse offrant du vin à Polyphème pour l'endormir. IIIe siècle ap. J.-C. Mosaïque de la villa romaine du Casale.
L’Odyssée est une épopée se déroulant une dizaine d'années après la guerre de Troie qui est centrée sur le retour d'Ulysse dans son foyer à Ithaque, auprès de son épouse Pénélope et de leur fils Télémaque. La première partie du récit suit ce dernier alors qu'il part à la recherche de son père. Ulysse est donc absent des premiers chants de l'épopée qui lui est consacrée, mais il est très présent dans les pensées des autres personnages, notamment les prétendants de Pénélope, qui souhaitent qu'elle épouse l'un d'entre eux pour obtenir les biens d'Ulysse. Le récit commence à le suivre à partir du chant V, alors qu'il est retenu sur l'île de la nymphe Calypso. À la demande d'Athéna, Zeus ordonne à celle-ci de le laisser partir pour qu'il puisse rentrer à Ithaque et y restaurer l'ordre. Calypso lui offre l'immortalité s'il reste à ses côtés, mais il refuse et part. Il subit une tempête déclenchée par le dieu Poséidon qui lui est hostile depuis qu'il a aveuglé son fils, le cyclope Polyphème. Il survit et échoue au pays des Phéaciens, Schérie, où il reçoit l'appui d'Athéna, est recueilli par la princesse Nausicaa puis le roi Antinoos. Lors d'un banquet, son identité est révélée et il se met à conter ses aventures depuis son départ de Troie, notamment comment il a trompé Polyphème pour lui échapper, comment il a vaincu puis été accueilli pendant une année par la magicienne Circé, est allé au pays des Cimmériens pour invoquer les morts (Nekuia), a survécu aux monstres Charybde et Scylla, et perdu progressivement tous ses compagnons, notamment au pays des Lestrygons et sur l'île du Soleil (Hélios). Les Phéaciens ramènent Ulysse à Ithaque avec des présents. La seconde partie du récit raconte comment il parvient à vaincre les prétendants et à reprendre sa place dans son foyer, là encore avec le soutien appuyé d'Athéna. Ulysse dissimule son identité afin de tester la loyauté des membres de son foyer après sa longue absence. Il obtient l'aide de son porcher Eumée, puis de son fils Télémaque, auxquels il finit par avouer son identité, mais il se présente comme un mendiant dans son palais, y compris auprès de son épouse, bien qu'il soit reconnu par sa nourrice Euryclée. Pénélope, qui a trompé les prétendants pendants plusieurs années avec la ruse de sa toile, est contrainte à choisir un époux. Elle organise pour cela une épreuve de tir à l'arc. Les prétendants échouent l'un après l'autre, mais Ulysse déguisé en mendiant la réussit. Il massacre ensuite les prétendants et les serviteurs qui s'étaient ralliés à eux. Il peut ensuite être reconnu par Pénélope, puis par son père Laërte, et reprendre sa place légitime d'époux, de fils et de père. Lorsque les parents des prétendants viennent pour se venger, Zeus et Athéna interviennent pour leur imposer la paix. L’Odyssée se conclut donc sur le retour d'Ulysse dans son foyer et le rétablissement de l'ordre voulu par les dieux. Son fil directeur est le retour d'Ulysse, bien qu'il soit complexifié par l'ajout de nombreux épisodes annexes relatés dans des digressions souvent longues. C'est un récit plus optimiste que l’Iliade, avec une fin heureuse dans laquelle la justice triomphe. C'est aussi un récit sur la condition humaine : le héros préfère rester mortel et vivre auprès des siens plutôt que les abandonner pour l'immortalité[81].
Ô Muse, conte-moi l'homme aux mille tours,
celui qui pilla Troie et, pendants des années, erra,
voyant beaucoup de villes, découvrant beaucoup d'usages,
souffrant beaucoup d'angoisses dans son âme sur la mer,
pour défendre sa vie et le retour de ses marins
sans en pouvoir sauver un seul, quoi qu'il en eût.
— Homère (trad. Ph. Jaccottet et S. Saïd), Odyssée, I, 1-6 (prologue)[82].
L’Odyssée est donc un récit construit autour d'Ulysse, son protagoniste, qui lui a donné son titre. Il conserve les mêmes caractéristiques (intelligence, ruse, rhétorique) que dans l’Iliade, mais son traitement change. La figure plutôt secondaire et pas toujours glorieuse de l’Iliade (c'était probablement aussi le cas dans la tradition orale) est élevée au rang de premier rôle et de personnage positif. L’Odyssée chante sa gloire (kleos), qui lui permet d'accéder pleinement au statut héroïque. Le retour (nostos) est ici la condition essentielle de cette gloire, alors que dans l’Iliade, Achille l'avait refusé en préférant mourir au combat. L’Odyssée érige en modèle un nouveau type d'héroïsme qui valorise davantage l'intelligence et l'endurance que les exploits guerriers. Ces qualités correspondent aux deux épithètes caractérisant le plus Ulysse : polymètis et polytlas[83]. Le texte oppose d'ailleurs frontalement les deux types d'héroïsme lorsqu'Ulysse rencontre le fantôme d'Achille au chant XI : le héros de l’Iliade regrette d'avoir choisi une gloire sans retour, alors qu'Ulysse fait le choix du retour qui est la source de sa gloire[77]. L'héroïsme d'Ulysse dans l’Odyssée peut aussi être vu comme une célébration de l'humanité. Il est « l'homme par excellence : il refuse l'immortalité que lui offre Calypso et choisit héroïquement d'endurer les épreuves humaines et d'acquérir la renommée qui y est attachée[84]. »
Ulysse caché sous le bélier, pour sortir de la grotte de Polyphème. Marbre de Luni, copie romaine de la deuxième moitié du Ier siècle ap. J.-C. d'après un original hellénistique du IIe siècle av. J.-C. Musée Torlonia.
Ulysse est un héros défini par son intelligence, ou plus exactement ce que les anciens Grecs désignaient par le terme de mètis, une intelligence rusée, ou une prudence avisée. Jean-Pierre Vernant et Marcel Detienne, qui l'ont étudiée dans le détail, y voient « une forme d’intelligence et de pensée, un mode du connaître ; elle implique un ensemble très complexe, mais très cohérent, d’attitudes mentales, de comportements intellectuels qui combinent le flair, la sagacité, la prévision, la souplesse d’esprit, la feinte, la débrouillardise, l’attention vigilante, le sens de l’opportunité, les habitudes diverses, une expérience longuement acquise[85] »
La mètis n'est pas l'apanage d'Ulysse, même si c'est lui qui l'incarne le mieux parmi les humains. Son épithète la plus courante dans les épopées est polymètis (86 occurrences, dont 66 dans l’Odyssée), qui signifie qu'il a beaucoup de mètis, et peut être traduit par « aux mille ruses » ou « ingénieux ». Il est également polymekhanos, « riche en ressources ». Cette qualité s'accompagne chez Ulysse d'une prudence avisée et d'une grande habileté technique qui lui permet notamment de construire un bateau puis de le piloter quand il s'agit de quitter l'île de Calypso. Son épouse Pénélope est aussi dotée de mètis, comme l'indique l'épreuve qu'elle lui fait passer à la fin de l’Odyssée concernant leur lit nuptial. Chez les divinités, la mètis est un attribut essentiel de Zeus et d'Athéna, cette dernière disant apprécier le héros pour la sienne. Souvent associée à l'esprit (noos), dans les combats et compétitions, elle s'oppose à la force (biê) et permet de triompher d'adverses plus forts, à l'image du cyclope défait par l'astuce d'Ulysse[86],[87],[88].
La mètis d'Ulysse se voit en particulier dans ses ruses et ses nombreux mensonges, souvent très élaborés, qui lui permettent de dissimuler son identité et de tromper ses interlocuteurs au cours de ses aventures[89]. L'épithète polytropos, « aux mille tours », que lui donne l'introduction de l’Odyssée, renvoie aussi bien à ses nombreux voyages qu'à ses multiples ruses[90]. Cet art consommé de la tromperie le rapproche de la figure folklorique du « fripon » (trickster), très présente dans les mythologies indo-européennes (Hermès et Prométhée en Grèce, Loki en Scandinavie). Après lui avoir servi pour la prise de Troie (il pénètre dans la cité déguisé en mendiant lors du stratagème du cheval de Troie), ce qui est rappelé à plusieurs reprises dans l’Odyssée, ses mensonges sont essentiels dans son retour et pour sa survie durant son périple, quitte à lui donner les traits d'un personnage fourbe et très suspicieux, y compris vis-à-vis de ses proches. Il développe à plusieurs reprises de fausses identités très élaborées pour assurer sa sécurité, en se faisant passer pour un mendiant crétois, adaptant ses mensonges à ses interlocuteurs et aux informations qu'il souhaite obtenir d'eux (notamment tester la loyauté de ses proches)[91].
Tu as là le fils de Laërte, Ulysse à la pensée nombreuse.
Il a grandi au pays d'Ithaque, bien que terre de rocailles,
expert en ruses de toutes sortes et en idées solides.
— Homère (trad. P. Judet de La Combe), Iliade, III, 200-202 (discours d'Hélène)[92].
Je suis Ulysse, fils de Laërte, dont les ruses
sont fameuses partout, et dont la gloire touche au ciel.
Il serait fourbe et astucieux, celui qui te vaincrait
en quelque ruse que ce soit, fût-il un dieu !
Ô malin, ô subtil, ô jamais rassasié de ruses,
ne vas-tu pas, même dans ton pays, abandonner
cette passion pour le mensonge et les fourbes discours ?
Il a aussi pu être dit qu'il fait preuve d'intelligence émotionnelle par sa capacité à s'adapter à ses interlocuteurs. Néanmoins, certains moments de l’Odyssée révèlent ses limites dans ce domaine : il fait preuve d'incohérence quand il révèle spontanément son identité à Polyphème par fierté, et aussi à son épouse sous le coup de la colère quand elle le met à l'épreuve au sujet de leur lit. Ces moments de faiblesse rajoutent à sa complexité et participent à rendre le récit plus engageant[94].
La mètis est nénamoins ambivalente : « Par certains aspects, la mètis s’oriente du côté de la ruse déloyale, du mensonge perfide, de la traîtrise ; par d’autres elle apparaît plus précieuse que la force ; elle est en quelque sorte l’arme absolue, la seule qui ait pouvoir d’assurer en toute circonstance, et quelles que soient les conditions de la lutte, la victoire et la domination sur autrui[95]. » Cela porte en germe l'évolution d'Ulysse vers un personnage dangereux, voire néfaste, dans plusieurs fictions postérieures, en particulier dans les tragédies athéniennes et l'épopée latine.
Un héros endurant
Ulysse demandant à l'esprit du devin Tirésias le chemin du retour, lors de l'invocation des morts. Cratère en calice à figures rouges lucanien, vers 390 av. J.-C. Musée de la BnF.
La seconde qualité d'Ulysse mise en exergue dans l’Odyssée est sa capacité à survivre, à endurer les douleurs et les épreuves, qui sont pourtant nombreuses à s'abattre sur lui. Cette épopée est en effet par bien des aspects « une histoire de survie, dans laquelle notre héros parvient toujours à rester en vie, malgré les expériences les plus improbables et les plus terribles », et ce n'est pas le moindre de ses attraits[96].
Il est surnommé polytlas (42 attestations, dont 36 dans l’Odyssée), ce qui peut se traduire par « (très) endurant ». Il est capable de supporter de grandes souffrances, d'opposer une résistance passive à ses adversaires et aux différentes tentations auxquelles il est soumis, comme les chants de sirènes ou la faim qui l'inciterait à manger le bétail du Soleil. Cette maîtrise de lui-même le distingue de ses compagnons, qui sont nombreux à périr pour ne pas avoir su faire preuve des mêmes capacités. Il termine donc son voyage seul, surmontant de nouvelles épreuves de manière solitaire, notamment un naufrage. Une fois revenu à Ithaque, sa retenue lui permet d'endurer les agressions physiques et verbales des prétendants de Pénélope, ou la vue du déclin de son foyer, de la trahison de ses servantes, de la détresse de son épouse. Cette endurance se retrouve aussi dans le fait qu'il sait faire preuve d'une grande patience, ce qui le distingue des héros impulsifs comme Achille et Ajax[97],[83].
Cette capacité à endurer les souffrances se combine avec les qualités intellectuelles d'Ulysse : il a besoin de son astuce et de son habileté pour survivre, alors que sa capacité à souffrir et sa patience sont essentielles pour que ses tromperies aient du succès et qu'il puisse accomplir son désir de vengeance[98].
Ulysse se caractérise plus largement par sa polyvalence et sa complexité : « il est le stratège, autant intelligent qu'impitoyable, de la campagne grecque contre Troie ; le rhéteur sophistiqué et le narrateur éloquent de ses aventures de conte de fées ; l'amoureux d'une merveilleuse constance qui résiste à toutes les tentations pour pouvoir retourner dans l'humble Ithaque ; un modèle de souffrance et de maîtrise de soi[99]. » Au-delà des deux aspects principaux d'Ulysse que met en avant l’Odyssée, son astuce et son endurance, il cumule des qualités de guerrier, de meneur d'hommes, d'orateur, de négociateur, de chef de famille, du charisme, et bien d'autres capacités encore. Cela pourrait être dû au fait qu'il est le produit de diverses traditions amalgamées dans un seul personnage héroïque. En tout cas, cette combinaison de qualités n'est pas de trop pour lui permettre de survivre lors de ses voyages et de vaincre les prétendants[100].
Ulysse décochant une flèche sur les prétendants, détail d'un vase attique à figures rouges, vers 440 av. J.-C. Altes Museum.
Ulysse est un des vainqueurs de la guerre de Troie, ce qui lui vaut l'épithète de ptoliporthos, « destructeur de villes », qui renvoie particulièrement à son rôle dans l'élaboration du stratagème du cheval de Troie[101]. Il est reconnu comme un guerrier accompli, meilleur que la plupart des autres hommes, même s'il n'est manifestement pas aussi fort que les meilleurs guerriers Achéens que sont Achille, Diomède ou encore Ajax. Contrairement à eux, il n'a pas droit dans l’Iliade à une aristie, longue scène d'exploits guerriers individuels. Il l'obtient à la fin de l’Odyssée, lors du massacre des prétendants[102],[103]. Sa spécificité de combattant, liée à sa mètis, se voit par le fait qu'il combat en utilisant la ruse et la tromperie. Il est donc plus à son aise dans les attaques surprises et les missions d'infiltration ou d'espionnage[26]. Il est armé d'un arc, considérée dans les épopées comme une arme de seconde classe[77]. Ulysse est également un athlète accompli, remportant à plusieurs reprises des épreuves de concours : lors des jeux funéraires de Patrocle dans l’Iliade, et dans l’Odyssée à la cour des Phéaciens et au tir à l'arc contre les prétendants[104].
Ulysse est également un personnage charismatique qui suscite l'admiration des autres, en particulier de la gent féminine[105]. C'est en effet un des quelques héros grecs exclusivement hétérosexuel. Des femmes immortelles, Circé et Calypso, désirent en faire leur conjoint, la seconde lui offrant même l'immortalité en échange. Il attire également la jeune princesse phéacienne Nausicaa, sait flatter sa mère la reine Arétè, et la déesse Athéna apprécie ses qualités. Son principal succès féminin est cependant d'avoir la pleine et entière affection de Pénélope qui est par bien des aspects l'image de l'épouse idéale de la Grèce antique, toute dévouée à son mari, auquel elle reste fidèle malgré les épreuves[106]. Son excellence, sa sagesse et aussi sa ruse en font la digne épouse d'Ulysse, en quelque sorte son double féminin le complétant par ses qualités[107].
Cette variété concentrée en une seule figure présentait un modèle à suivre pour les anciens Grecs : « dans l’Ulysse pratique, ingénieux et rusé, les hommes grecs archaïques pouvaient jouir d’un héros qui était une version glorifiée de l'image qu'ils se faisaient d'eux-mêmes. Polyvalent et compétent, doté à la fois d'un cerveau et de muscles, il possède les compétences nécessaires pour survivre à tout ce que la vie est susceptible de lui réserver, sur terre ou en mer[108]. »
Elle est aussi un terreau fertile pour les émules d'Homère : « La multiplicité même d’Ulysse propose une sorte de test de Rorschach aux savants comme aux artistes. Mari dévoué ? Membre clé d'une Männerbund (un groupe de frères d'armes) ? Père et fils attentionné ? Séducteur érotique ? Stratège rusé ? Rationaliste des Lumières ? Champion impitoyable de l'individuel ? Conteur par excellence ? Patriarche triomphant ? Héros débrouillard ? Tout le monde ? Personne ?[109] ». Un personnage d'une grande complexité, le plus polyvalent et « adaptable » des héros homériques[110], s'offre aux imaginations des générations futures de poètes et de savants qui en ont allègrement tié parti. Cependant, à la différence d'Homère, la plupart simplifient cette figure en la réduisant à un seul de ses aspects[111].
Ulysse dans l'Antiquité
Après Homère
Les phases de la guerre de Troie et de ses suites qui ne sont pas couvertes par l’Iliade et l’Odyssée (du moins autrement que par des digressions) ont fait l'objet d'autres épopées qui constituent avec elles le « cycle troyen » : les Chants cypriens, L’Éthiopide, la Petite Iliade et le Le Sac de Troie couvrent la guerre de Troie, les Retours et la Télégonie les événements suivants. Ces épopées sont perdues et connues seulement par un résumé et quelques fragments. Ulysse y joue un rôle important, notamment dans la Télégonie qui prend la suite de l’Odyssée et raconte son union avec la reine Callidicé et sa mort des mains de son fils Télégonos. Il est difficile de savoir quelle image elles donnaient du héros faute d'écrits, mais il est généralement supposé qu'elle était contrastée. Ses traits habituels de héros intelligent et astucieux étaient mis en avant, notamment la mise au point du cheval de Troie. Ses actes moins nobles, comme la manière dont il triomphe par la ruse de Palamède et d'Ajax, étaient aussi narrés, ainsi que sa fin de vie marquée par son infidélité et un parricide[112],[113].
La poésie lyrique et élégiaque de l'époque archaïque et du début de l'époque classique traite dans quelques cas de la figure d'Ulysse. Archiloque et Théognis semblent avoir une image positive d’Ulysse, héros intelligent et capable de s'adapter à diverses situations périlleuses. Pindare est le premier à développer une image vraiment négative d'Ulysse (Néméennes 7 et 8), dans une description de son conflit avec Ajax pour la possession des armes d'Achille. Résolument en faveur du second, il décrit Ulysse comme jaloux, sournois et calomniateur. Le sophiste Gorgias présente Ulysse sous un même visage, cette fois-ci pour défendre une autre de ses victimes, Palamède[114],[115].
Tragédies athéniennes
Comme bien des personnages issus de la tradition mythologique et épique, Ulysse est réinterprété par les tragédiens athéniens du Ve siècle av. J.-C. Son image prend des aspects plus négatifs : s'il reste un personnage intelligent et doué en paroles, il est également vu comme un manipulateur, un affabulateur voire un personnage cruel. Il est capable de tromper les autres par ses discours, ce qui renvoie dans le contexte de la démocratie athénienne à la figure du démagogue, vu comme une menace voire comme un méchant[116],[117].
Ulysse n'apparaît dans aucune des tragédies connues d'Eschyle, mais il devait être un personnage de plusieurs dont seuls noms voire quelques fragments sont préservés : Le Jugement des armes, Palamède, Philoctète et surtout une tétralogie qui reprenait les histoires traitées par l’Odyssée (Les Évocateurs d’âmes, Pénélope, Ceux qui collectent les os et Circé)[118],[119].
Sophocle en fait un personnage majeur dans ses pièces Ajax et Philoctète. Dans le premier il conserve l'image d'un personnage sensé, capable de tirer des leçons de la colère fatale d'Ajax. C'est surtout dans la seconde que les aspects négatifs du héros sont mis en avant : Ulysse est un personnage manipulateur et cynique qui cherche à profiter la naïveté du jeune idéaliste qu'est Néoptolème, à l'image d'un politicien roublard[120]. Ulysse apparaît aussi dans les fragments de pièces perdues de Sophocle, Nausicaa ou les Lavandières et le Bain (sur l'épisode où Euryclée lave les pieds d'Ulysse)[121] ; selon l'universitaire Akiko Kiso, Ulysse était un des personnages principaux du dramaturge[122].
« Chaque fois que l'on a besoin de telle ou telle espèce d'homme, je suis de l'espèce qu'il faut ; et si l'on a quelque jour à choisir parmi des justes et des probes, tu ne découvriras personne de plus scrupuleux que moi. Néanmoins je suis ainsi fait que j'entends l'emporter toujours. »
— Sophocle (trad. Paul Mazon), Philoctète (discours d'Ulysse)[123].
Chez Euripide, Ulysse est moins présent mais quand il l'est, c'est un personnage négatif, voire le méchant de l'histoire. Dans la pièce Hécube, il est un chef froid et calculateur qui mène à bien le sacrifice de la jeune Polyxène. Dans le drame satyrique Le Cyclope, la manière dont il aveugle Polyphème révèle aussi bien sa ruse que sa cruauté. Il apparaissait également dans des pièces perdues, sans doute là encore sous un jour négatif[124].
Culte héroïque
Tête d'Ulysse portant un pileus, représenté sur une pièce de monnaie d'Ithaque du IIIe siècle av. J.-C.
D'importantes découvertes archéologiques effectuées dans la grotte de Loïzos, à Port Polis, au nord d'Ithaque, permettent de supposer qu'un culte héroïque a été rendu à Ulysse. Cette grotte, aujourd'hui à demi-submergée et effondrée à la suite de plusieurs tremblements de terre, a en effet été un sanctuaire depuis l'âge du Bronze ancien jusqu'à l'époque romaine. En tant que sanctuaire, elle était fermée, placée sous l'autorité de prêtres et gardée par des officiers de la cité. On y a retrouvé entre autres des restes de trépieds en bronze, rappelant ceux qui furent offerts à Ulysse par les Phéaciens dans l’Odyssée et entreposés à Ithaque dans la grotte aux nymphes (XIII, 13-14, 345-350). Ils datent du VIIIe siècle av. J.-C., donc l'époque de composition de l'épopée, ce qui a fait supposer qu'ils ont pu lui servir d'inspiration. Dans l'Antiquité, de tels trépieds étaient des objets de luxe et de grand prix, « exclusivement destinés à des usages cérémoniels dans les palais des princes, ou à des usages cultuels dans les temples des dieux » écrit l'ethnologue Jean Cuisenier. Ils constituaient également le prix offert aux vainqueurs des jeux funèbres pratiqués en l'honneur des héros. Or, au IIIe siècle encore, on célébrait à Ithaque des jeux appelés Odysseia en l'honneur d'Ulysse. Des masques en terre cuite hellénistiques ont aussi été découverts, et surtout un tesson de terre cuite de masque votif portant en toutes lettres, et parfaitement déchiffrable, une dédicace à Ulysse : ΕΥΧΗΝ ΟΔΥΣΣΕΙ, « prière (ou vœu) à Ulysse ». Ce fragment daté du IIIe – IIe siècle av. J.-C., à l'époque hellénistique, pourrait indiquer qu'un culte a été rendu en ces lieux et à cette époque au héros. En revanche, rien n'indique que le sanctuaire soit associé à Ulysse aux époques antérieures. Cette grotte pourrait également avoir été un lieu de culte aux nymphes, à l'image de ce que mentionne l’Odyssée, ce qui n'exclut pas qu'Ulysse y soit également associé[125],[126],[127].
Une figure fondatrice
Qu'il ait fait l'objet de cultes héroïques ou non, Ulysse est aux yeux des anciens Grecs et Romains un personnage qui a véritablement existé dans un passé lointain, et dont on peut chercher les traces dans le monde. Les savants débattent quant à savoir s'il y a une réalité derrière les pays parcourus par l’Odyssée et s'il est possible d'en faire une sorte de guide de voyage et de retracer les voyages d'Ulysse sur une carte, et en chercher des traces. Ératosthène ironise sur la vanité de ces recherches, mais Strabon les prend au sérieux et considère même Homère comme le fondateur de la géographie[128],[129].
Dès l'époque archaïque, on considère qu'Ulysse avait créé des lignées dans les pays italiens. Hésiode dans sa Théogonie (1011-1016) fait des fils qu'il a eus avec Circé des souverains des « Tyrrhéniens » (les Étrusques), ce qui renvoie au contexte de la colonisation grecque en Italie (une légende héroïque servant à légitimer la présence grecque dans ces régions ?)[46],[61].
Et Circé, issue du Soleil l'Hypérionide,
des amours d'Ulysse au cœur doué de patience,
enfanta Latinos, Agrios, parfaits et terribles,
Télégonos aussi, par la grâce d'or d'Aphrodite,
ces héros, qui loin au fond des îles divines,
régnaient sur tous les Tyrrhéniens à la gloire fameuse.
À l'époque hellénistique se développée une tradition faisant d'un de ses fils, Latinos, l'ancêtre des Latins, donc des Romains, même si la tradition amenée à triompher présente les Romains comme les descendants d'un Troyen, Énée[131],[61]. Un autre de ses fils avec Circé, Ardéas, est considéré comme le fondateur légendaire d'Ardea. D'autres traditions mal connues font également d'Ulysse le fondateur de cités étrusques[35].
Autrement, les Grecs pouvaient attribuer la fondation de sanctuaires à Ulysse, lors de ses pérégrinations. Pausanias, écrivain du IIe siècle de notre ère, rapporte ainsi qu'il aurait fondé deux sanctuaires en Arcadie : à Phénéos un sanctuaire à Poséidon des chevaux (Hippios) en un lieu où il avait retrouvé ses chevaux qui lui avaient échappé ; près de Tégée, au mont Boreion, un sanctuaire à Athéna et à Poséidon. Ces deux exemples montrent que dans les traditions de cette région, il a des relations plus apaisées avec Poséidon que dans l’Odyssée[132].
Littérature latine
L’Odyssée est traduite en latin, ou du moins adaptée, par Livius Andronicus, au IIIe siècle av. J.-C. (Odusia, œuvre perdue), et Ulysse est donc introduit dans la littérature latine dès ses débuts.
L’Énéide de Virgile est une épopée composée en latin vers 29-19 av. J.-C., sur le modèle des épopées d'Homère, s'inspirant en grande partie de l’Odyssée, au moins pour sa première partie. Comme cette dernière, elle conte les pérégrinations d'un héros parti de Troie, à la différence près qu'il s'agit d'un Troyen fuyant la destruction de sa ville pour s'installer en Italie où il a une descendance, d'où émerge Rome, qui le considère comme une figure fondatrice. En raison de ce renversement de perspective, les Troyens sont considérés comme les gentils et les Grecs comme les méchants. Ulysse, responsable de la chute de Troie par le stratagème du cheval (décrit en détail dans l’Énéide), est donc plutôt perçu de manière négative, tout en ayant des aspects une nouvelle fois ambigus : il est par exemple désigné par le terme durus qui peut se comprendre aussi bien comme « dur », « cruel » que « résistant ». Le succès considérable de cette œuvre, qui en vient à occuper dans la littérature latine la même place que les épopées homériques dans la littérature grecque, fait qu'elle a une grande influence sur l'image postérieure d'Ulysse[133],[134].
Un autre auteur majeur de la littérature latine, Ovide, évoque Ulysse dans plusieurs de ses œuvres, de manière plutôt positive, sans doute parce qu'il s'identifie à lui. D'abord en raison de ses talents d'orateur, qu'il met en avant dans Métamorphoses (lors de sa lutte contre Ajax pour les armes d'Achille). Ensuite parce qu'il a lui-même dû vivre en exil, loin de son épouse ; les Héroïdes, collection de lettres fictives, commencent par une missive de Pénélope à Ulysse lui contant sa détresse alors qu'il n'est pas revenu dans son foyer[135].
Philosophie
Comme le montre déjà l'exemple de Gorgias cité plus haut, la philosophie grecque s'empare de la figure d'Ulysse au moins à partir de l'époque classique.
Dans les Mémorables[136],[137] de Xénophon, Socrate éduque ses disciples à la sobriété en nourriture et en boisson. Il dit que Circé a changé des hommes en pourceaux en les incitant à manger sans faim et à boire sans soif. Ulysse échappe à la transformation grâce à l’avertissement d’Hermès et à sa tempérance naturelle. Il s'abstient ainsi de consommer outre mesure. En plus de louer sa maîtrise de soi, Xénophon évoque aussi ses talents d'orateur[138].
Platon voit Ulysse plutôt comme une figure négative, qu'il compare aux sophistes par le fait qu'il utilise son intelligence pour tromper les autres (Phèdre, 261 b-c, aussi Hippias mineur 365 a-c, 375d-376-b). Dans le Mythe d'Er (République, 620 c-d), en revanche, il le montre sous un jour plus positif : alors que les héros homériques doivent choisir leur vie future après leur mort, Ulysse, qui vient en dernier, ayant appris la futilité de toute ambition, choisit la vie d'un humble citoyen, qui n'avait pas intéressé les autres héros[139].
Les Stoïciens voient quant à eux en Ulysse une figure positive et un exemple à suivre, notamment en raison de sa fermeté. Cette inclination vers le héros de l’Odyssée remonte sans doute au fondateur de cette école, Zénon, qui s'intéressait aux aspects moraux des épopées homériques, mais c'est peu documenté. La popularité d'Ulysse chez les Stoïciens se voit surtout à l'époque romaine. Pour Horace, il démontre la capacité de l'homme sage à soumettre la part irrationnelle de son âme à sa part rationnelle. Chez Cicéron il est l'exemple de la virtus, courage moral dont fait preuve le sage. Il est aussi loué pour sa capacité d'adaptation et de résistance, qui lui permettent d'atteindre ses buts. Sénèque met en valeur sa rigueur et sa patience, notamment face aux Sirènes (alors que pour ses tragédies, il reprend son image négative issue de la tradition athénienne). Épictète valorise également sa capacité à faire les bons choix, à analyser de manière rationnelle la situation, et en fait le modèle d’homo viator, l'homme qui est en permanence en chemin, en quête de sagesse[140],[141].
Haut-Empire et Antiquité tardive
Les auteurs grecs du IIe siècle continuent à mobiliser la figure d'Ulysse, mais n'y apportent pas beaucoup de nouveaux aspects. Plutarque le prend ainsi comme modèle dans ses Œuvres morales pour le comportement en société, par exemple dans la manière de distinguer les véritables amis des flatteurs (48e-75e). Dion de Pruse réécrit l'épisode de Philoctète et d'Ulysse, et étudie la manière dont le personnage est caractérisé par les tragiques athéniens classiques. Lucien de Samosate, fin connaisseur des épopées homériques, propose des variations humoristiques sur les épisodes des aventures d'Ulysse. Il imagine une lettre fictive du héros à Calypso dans laquelle le héros dit regretter de ne pas avoir accepté l'immortalité quand elle lui a proposé[142].
« Ulysse à Calypso, salut.
Sache qu'aussitôt après t'avoir quittée sur le radeau que je m'étais construit, j'ai fait naufrage et que, sauvé par Leucothéa, je suis arrivé à grand-peine dans la patrie des Phéaciens. Reconduit par eux dans ma patrie, j'ai trouvé ma femme entourée de prétendants qui faisaient ripaille à mes dépens. Je les ai tués tous ; mais par la suite j'ai été tué moi-même par Télégonos, un fils que j'avais eu de Circé, et maintenant je suis dans l'île des Bienheureux, où je me repens bien d'avoir renoncé à la vie que je menais près de toi et à l'immortalité que tu m'offrais. Si donc j'en trouve l'occasion, je me sauverai d'ici et j'irai te rejoindre. »
— Lucien de Samosate (trad. É. Chambry, É. Marquis et A. Billault), Histoires vraies, II, 35[143].
Chez les Pères de l’Église, inspirés par la tradition stoïcienne, Clément d'Alexandrie reprend l'image d'Ulysse attaché à son mât et écoutant le chant des Sirènes pour en faire un exemple de résistance à la tentation. Après lui, d'autres auteurs chrétiens en font un modèle de sage résistant aux péchés, ou le comparent au Christ sur la Croix. Plus largement son voyage devient un symbole de celui de l'âme humaine sur les flots de l'existence terrestre[144],[145].
C'est aussi à cette période que sont produites de nouvelles manières de conter la guerre de Troie, plus favorables aux Troyens qu'aux Grecs, ce qui se fait dans l'ensemble au détriment de la figure d'Ulysse (et plus largement d'Homère). Cela se retrouve chez Dion de Pruse, dans les Héroïdes de Philoctète, et surtout dans l’Éphéméride de la guerre de Troie, attribuée à Dictys de Crète (Ier siècle) puis l’Histoire de la destruction de Troie de Darès le Phrygien (Ve ou début VIe siècle). Ces deux derniers sont amenés à servir de modèles dans l'Occident médiéval, et donc à influencer fortement l'image d'Ulysse à cette époque[146].
Dans l'art, l'iconographie d'Ulysse se développe progressivement, entre le VIIe siècle av. J.-C. et le Ve siècle av. J.-C. Avant cela, il se reconnaît parce que son nom est inscrit, ou bien parce qu'il s'agit de scènes bien connues de l’Odyssée. C'est un homme d'âge mûr, avec des cheveux et une barbe souvent bouclés, avec souvent un air sérieux, voire contemplatif. À partir de l'époque hellénistique (IIIe siècle av. J.-C.), il porte souvent un bonnet de feutre (pilos), de forme ronde, ou pointue[147].
Les épisodes des aventures d'Ulysse sont représentés assez tôt sur des céramiques peintes, dès les alentours des années 670 av. J.-C., donc juste après la composition de l’Odyssée. La crevaison de l’œil de Polyphème par Ulysse et ses compagnons est un thème populaire dès les époques anciennes. Il reste représenté par la suite, mais d'une manière différente : le sommeil de Polyphème enivré est plus représenté, parfois avec Ulysse et ses compagnons se préparant à planter le pieu dans son œil, comme dans le groupe de statues de la villa de Tibère à Sperlonga, sans doute élaboré sur un modèle hellénistique. La fuite d'Ulysse et de ses compagnons sous les moutons du cyclope est également représentée à plusieurs reprises. Deux autres épisodes populaires dès la céramique archaïque sont ceux de Circé et d'Ulysse écoutant le chant des sirènes, attaché sur le mat de son bateau. Dans l'Athènes classique et démocratique, des épisodes de la guerre de Troie sont figurés : l'ambassade à Achille, et Ulysse et Ajax se disputant les armes d'Achille. Ulysse sert ici à représenter la politique, le conflit et sa résolution. Le théâtre s'ajoute alors aux sources d'inspiration. Ulysse apparaît aussi à l'époque classique dans des vases le représentant dans son foyer, avec sa famille et ses serviteurs loyaux, ou alors mettant à mort les prétendants de Pénélope. Aux époques hellénistique et romaine il connaît un regain d'intérêt, sur un plus grand nombre de supports, dont de petits objets, des possessions personnelles comme des gemmes et intailles. Néanmoins, dans l'ensemble, les représentations d'Ulysse ne sont pas particulièrement populaires dans l'art antique[148],[36],[149],[150]. L'épisode des Sirènes connaît un regain de faveur dans l'art des IIIe et IVe siècles de notre ère, grâce à la mode de ses interprétations allégoriques dans les cercles chrétiens[151].
Ulysse et ses compagnons aveuglant Polyphème.
Col d'une amphore funéraire proto-attique, Éleusis, v. 650 av. J.C.
Coupe laconienne à figures noires, 565-560 av. J.-C. Cabinet des Médailles.
En revanche, les représentations d'Ulysse s'intéressent peu à son lien avec les dieux, qu'il s'agisse de la protection qu'il reçoit d'Athéna, ou de la vindicte de Poséidon. Il n'est que rarement représenté en train de combattre, et d'une manière générale assez peu dans le contexte de la guerre de Troie. Si ses talents oratoires peuvent se représenter avec une certaine facilité, son endurance se voit principalement par sa souffrance, et sa ruse est plus difficile à figurer. Dans l'ensemble, la symbolique se trouvant derrière ses représentations est difficile à déceler[152].
Après la fin de l'Antiquité, la figure d'Ulysse continue d'inspirer écrivains, artistes et savants, et de se fragmenter en un nombre incalculable de versions d'Ulysse. Celui-ci est donc plus que jamais caractérisé par son infinie variété, même si ces figures sont souvent moins polyvalentes que celles proposées par Homère[115].
Philosophie et pensée
Dans l'Empire byzantin, la figure d'Ulysse reste connue par les sources grecques antiques, en premier lieu l’Odyssée qui continue de servir de modèle pour l'apprentissage scolaire. Les interprétations allégoriques du héros se poursuivent dans la continuité du christianisme antique. Ulysse est un héros de la « variété » (poikilia), en plus de sa ruse et de son endurance. Les études mettent donc en avant ses nombreuses compétences, à l'image d'Eustathe de Thessalonique (XIIe siècle), la principale figure des études homériques byzantines, ou de son contemporain l'historien Nicétas Choniatès, qui compare l'empereur Andronic Comnène au héros antique[145].
Dans l'Occident médiéval, l’Odyssée n'est plus connue, que ce soit dans sa version grecque ou latine, et ce sont donc d'autres sources qui permettent aux savants de connaître la figure d'Ulysse : les textes latins antiques comme Virgile, Ovide, Dictys et Darys, et la « matière de Troie », un ensemble de textes médiévaux remodelant la tradition troyenne antique. Ulysse garde une image ambiguë, celle d'un personnage rusé et bon orateur, mais dont les intentions ne sont pas toujours claires. Dante propose un nouveau récit des aventures d'Ulysse dans sa Divine Comédie, dans lequel le héros a poursuivi son voyage vers l'inconnu après l'île de Circé, dominé par sa curiosité. Pétrarque met également en avant sa curiosité, mais de manière plus positive, car elle lui permet d'acquérir une grande expérience. Chez Boccace, cette quête de savoir est vue comme un moyen de parvenir à des objectifs nobles[153].
L’Odyssée est réintroduite en Occident à la fin du Moyen Âge, et se diffuse au XVIe siècle grâce à des traductions dans les langues vernaculaires. La figure d'Ulysse prend progressivement plus d'importance dans la littérature, notamment par le biais de ses voyages et aventures, qui sont souvent interprétés comme des allégories, notamment morales, rejoignant parfois les traditions stoïciennes antiques. Ses aventures deviennent un modèle éducatif, notamment dans le développement des voyages des jeunes nobles. Ulysse est vu comme un esprit noble, qui résiste aux tentations, focalisé vers son objectif, donc un modèle à suivre. D'autres interprétations positives en font un personnage juste et vertueux[154].
Ulysse ne cesse dès lors de susciter des réflexions de philosophes et d'écrivains. Hegel en fait l'archétype du héros épique, dont les traits reflètent les conceptions du peuple grec antique[155]. Ernst Bloch y voit une figure de la transgression, tandis que Theodor Adorno et Max Horkheimer en font un archétype de l'individu bourgeois, et Emmanuel Levinas, qui l'oppose à la figure d'Abraham, de l'individu centré sur lui-même[156],[157].
Littérature
Roman
Le personnage d'Ulysse n'a cessé d'inspirer poètes et écrivains, tantôt comme personnage de la mythologie, tantôt comme source d'une réécriture ou d'une actualisation du mythe. « De Tennyson[158] (1833) à Moravia[159] (1955), en passant par Pascoli[160] (1904), Joyce[161] (1922), Séféris[162] (1935), Kazantzakis[163] (1938), la fortune moderne du mythe d’Ulysse est à la fois variée, et le plus souvent, pertinente dans ses choix thématiques », écrit Denis Kohler[164].
Les poètes ont mis en avant tour à tour certains aspects de la personnalité d'Ulysse : Dante évoque Ulysse, homme de ruse et de vengeance, au chant XXVI de l'Enfer, première partie de la Divine Comédie :
« …et je voulais te demander qui est dans ce feu, si divisé à son sommet qu’on dirait qu’il s’élève du bûcher sur lequel l'Étéocle fut mis avec son frère ? Il me répondit : « Là dedans sont tourmentés Ulysse et Diomède ; ils sont ensemble emportés par la vengeance, comme ils le furent par la colère[165]. »
Les deux personnages maudits se trouvent dans la huitième fosse (conseillers de fraude) du huitième cercle (trompeurs) de l'Enfer, pour leurs péchés commis lors de la guerre de Troie : la ruse du cheval de Troie, la ruse qui entraîne Achille à la guerre de Troie et à la mort, alors que sa mère Thétis l’avait caché parmi les filles du roi Lycomède dans l’île de Scyros et, finalement, le vol de la statue d'Athéna[166].
Dans cette scène, Dante invente un ultime voyage fait par Ulysse après son retour à Ithaque et qui le conduit à sa perte : incapable de retenir sa soif de voyager, Ulysse repart avec ses compagnons et explore les mers jusqu'au bout du monde, mais finit englouti au cours d'une tempête par la volonté divine[167]. Dans le poème de Dante, auteur chrétien, Ulysse est coupable du péché de libido sciendi, le désir de connaissance excessif. Au cours des siècles suivants, les lecteurs de Dante font d'autres interprétations plus positives de ce passage, surtout à l'époque romantique[168].
Joachim Du Bellay chante le voyageur au début du sonnet 31 des Regrets avec le célèbre vers : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage ».
Au XXe siècle, dans son recueil Alcools (1920), Guillaume Apollinaire exalte « le sage Ulysse » qui reste fidèle à Pénélope, dans deux strophes de la Chanson du Mal-Aimé.
Romanciers et dramaturges ont réinterprété le personnage et son mythe : Ulysse (1922), roman le plus connu de James Joyce, est une transcription de l’Odyssée (organisation en chapitres, symbolisme des aventures, …) sur une journée de personnages de Dublin, dont l'artiste qui y joue le rôle de Télémaque. Le mythe d'Ulysse a aussi inspiré à Jean GionoNaissance de l'Odyssée. Mais dans ce roman, Ulysse est un coureur de jupons qui invente l’Odyssée pour justifier sa longue absence. Le personnage d'Ulysse intervient dans la pièce La guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudoux (1935) comme l'homme de la négociation, lucide et réaliste. Enfin, dans le roman Ulysse from Bagdad (2008), Éric-Emmanuel Schmitt réinterprète le personnage et les aventures d'Ulysse sous la forme d'un voyageur clandestin qui, partant d'Irak, tenterait de gagner Londres. Schmitt opère une réécriture du mythe : il met en scène un voyage de départ (et non pas un retour comme dans l’Odyssée) et recourt à un humour parodique qui rappelle celui de Giraudoux, sans toutefois renoncer au sérieux de son propos sur la condition des migrants[169]. Ulysse est aussi l'un des trois personnages de la pièce de Heiner MüllerPhiloctète, une recomposition de la tragédie de Sophocle, où Ulysse contraint Néoptolème, qui le hait, de l'accompagner pour convaincre Philoctète de lui remettre l'arc d'Hercule nécessaire à la victoire des Grecs[170]. Dans le troisième roman de sa Tétralogie de la quête : le dernier Ulysse, Laurent Bonnet, à travers une mise en abîme temporelle, s'empare du symbole du voyage vers une femme, explore les thématiques croisées de la création et de la masculinité, vers un possible futur de l'acte d'écrire.
L'opéra Ulysse ou le beau périple (1961) d'Henri Tomasi.
Georges Brassens, dans sa chanson Heureux qui, comme Ulysse (dont le début reprend le premier vers du poème de Du Bellay), reprend le thème des aventures d'Ulysse en associant le voyage aux valeurs de la liberté et de l'amitié. La chanson est parue dans l'album Brassens chante Bruant, Colpi, Musset, Nadaud, Norge (1984).
Juliette, dans sa chanson Petite messe solennelle, évoque le héros grec.
Les 9 albums de Jorge Rivera-Herrans, Epic: The Musical, raconte l'histoire de l'Odyssée en neuf albums appelés « sagas », depuis la fin de la guerre de Troie jusqu'au retour d'Ulysse à Ithaque. Jorge Rivera-Herrans y interprète le rôle d'Ulysse.
Danse
Le chorégraphe français Jean-Claude Gallotta a créé en 1981 son œuvre fondatrice Ulysse, qu'il a revisitée de nombreuses fois au long de sa carrière.
Ulysse apparaît principalement dans des péplums (films à sujets antiques) qui se font jour très tôt dans l'histoire du cinéma. La plupart sont des adaptations souvent très libres de l’Iliade ou de l’Odyssée. Dès 1905, le Français Georges Méliès réalisé un court métrage muet en noir et blanc intitulé L'Île de Calypso : Ulysse et le Géant Polyphème qui, comme son nom l'indique, fusionne deux épisodes de l’Odyssée. En 1909, Le Retour d'Ulysse, film muet d'André Calmettes et Charles Le Bargy, se concentre sur la seconde moitié de l'épopée avec la vengeance d'Ulysse contre les prétendants[175]. L'un des péplums les plus connus adaptés de l'épopée est Ulysse, péplum italien réalisé par Mario Camerini en 1954, avec Kirk Douglas dans le rôle d'Ulysse. Camerini suit globalement la trame de l'épopée, mais alterne les scènes du voyage d'Ulysse avec quelques scènes se déroulant à Ithaque afin de montrer Pénélope et Télémaque confrontés aux prétendants en l'absence du héros. Surtout, il introduit plusieurs innovations, comme le fait qu'Ulysse feigne d'avoir perdu la mémoire lorsqu'il s'échoue sur l'île des Phéaciens, et il fusionne certains épisodes (par exemple l'île de Calypso et le voyage au pays des morts). Plus expérimental, Pink Ulysses, de l'Allemand Eric de Kuyper, sorti en 1990, relate l'épopée dans une esthétique homoérotique[176].
En 2004, le péplum hollywoodien Troie, de Wolfgang Petersen, adapte très librement l'histoire de la guerre de Troie, en s'attardant sur les événements de l’Iliade mais en poursuivant le récit jusqu'à la prise de la ville. Ulysse est interprété par Sean Bean et ses ruses et son pouvoir de persuasion jouent un rôle important dans l'intrigue, qu'il s'agisse de convaincre Achille de rejoindre l'armée ou d'avoir l'idée de la ruse du cheval de Troie.
En dehors des adaptations de l’Odyssée, Ulysse apparaît dans d'autres péplums aux intrigues entièrement originales. Dans Ulysse contre Hercule, film italien de Mario Caiano sorti en 1962, Ulysse provoque le courroux des dieux en crevant l'œil du Cyclope et ceux-ci envoient Hercule pour le capturer[177].
En dehors des péplums, Ulysse est parfois évoqué dans d'autres types de films qui s'inspirent du personnage et de ses aventures, en les transposant dans d'autres contextes ou en y faisant simplement allusion. Ainsi, dans Le Retour de Mervyn LeRoy, sorti en 1948, le médecin Ulysses Lee Johnson (Clark Gable) est partagé entre l'amour pour son épouse Penny (Anne Baxter ; Penny est le diminutif américain de Pénélope), qui l'attend aux États-Unis, et un amour adultère pour une infirmière rencontrée pendant son séjour loin de chez lui durant la guerre. O'Brother des frères Coen (sorti en 2000) est une transposition libre de l’Odyssée dans le Midwest américain.
En 1968, le réalisateur italien Franco Rossi réalise la première adaptation de l’Odyssée en série télévisée. Sous le titre L'Odyssée, cette une co-production franco-italo-germano-yougoslave en huit épisodes de 50 minutes suit de très près la trame de l'épopée homérique.
Le personnage d'Ulysse apparaît aussi dans des séries télévisées d'animation destinées à un public enfantin ou familial. La série animée franco-japonaise Ulysse 31 (1981) transpose très librement les aventures d'Ulysse dans un univers de science-fiction mâtiné de science fantasy situé au XXXIe siècle ap. J.-C. Télémaque y voyage avec Ulysse à bord du vaisseau Odysseus.
Une mini-série américaine, L'Odyssée, adapte à son tour l'épopée en 1997. Ulysse y est incarné par Armand Assante.
En 2002, une série animée française, L'Odyssée, créée par David Michel, met en scène les aventures d'Ulysse durant son voyage de retour à Ithaque en s'inspirant très librement de l’Odyssée, dans un univers de péplum agrémenté de fantasy.
En 2013, une série franco-italo-portugaise, Odysseus, créée par Frédéric Azémar, réalisé par Stéphane Giusti et diffusée en France sur la chaîne Arte, s'inspire quant à elle de la seconde moitié de l’Odyssée et met en scène le retour d'Ulysse à Ithaque vu par ceux qui l'y attendent, Pénélope, Télémaque et les prétendants à la main de Pénélope. La série imagine ensuite ce qui se passe après la fin de l'épopée et donne une vision assez sombre d'Ulysse, rendu paranoïaque et violent par la guerre et par sa longue errance.
Documentaire
En 2013, la saison 3 de Les Grands Mythes aborde le retour d'Ulysse chez lui.
Archéologie
Modèle réduit reconstitué du palais d'Ulysse d'Ithaque, sur la place centrale de Stavrós, à proximité des vestiges du site archéologique du palais.
Depuis longtemps, hellénistes et archéologues cherchent les vestiges du palais d'Ulysse. Homère situe ce palais « au pied du mont Néion » (Odyssée, III, 81) et à une hauteur suffisante pour apercevoir les bateaux dans la rade et le port, en distinguant les manœuvres des marins (Odyssée, XVI, 351-353).
Quelques vestiges du site archéologique du palais d'Ulysse à Stavros, sur l'île d'Ithaque.
À partir de 1930, des fouilles archéologiques ont été menées par l’école britannique d'Athènes sur les hauteurs du village actuel de Stavros, au nord d'Ithaque, au lieu-dit « Platreithrias » (en grec Πλατρειθρίας). Le site est familièrement appelé l'« école d'Homère » (The School of Homer). Au terme de seize ans de recherches, la mission archéologique de l'université de Ioannina, conduite par les professeurs d'archéologie préhistorique Athanase Papadopoulos et Litsa Kondorli, a annoncé avoir mis au jour le palais du légendaire roi d'Ithaque[178]. Les restes de l'imposant bâtiment suivent le modèle des palais mycéniens de Mycènes, de Tirynthe et de Pylos. Il est construit sur deux niveaux, à onze mètres de profondeur et de différence de hauteur, avec des escaliers taillés à même le rocher au flanc de la colline. Selon les chercheurs, ce palais d'époque mycénienne, surnommé « palais d'Ulysse », comme celui de Pylos qui est traditionnellement connu sous le nom de « palais de Nestor », aurait appartenu au roi d'Ithaque et correspondrait à celui décrit par Homère.
Néanmoins cette interprétation est loin de faire consensus. D'autres archéologues proposent de localiser l'Ithaque homérique sur l'île voisine de Céphalonie, où des vestiges d'époque mycénienne ont également été trouvés[179].
Un autre problème soulevé est le fait que l'Ithaque décrite dans l’Odyssée présente de nombreux aspects fictifs et littéraires. Cela rejoint plus largement la problématique des fondements historiques des épopées homériques et du cycle troyen, qui est débattue. Le fait de tenter de faire correspondre les royaumes décrits par Homère à ceux de l'époque mycénienne est donc très hasardeux, si ce n'est vain[11],[10],[12].
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