Ulysse

De Mi caja de notas


Ulysse
Copie romaine impériale d'un original de l'école de Pergame daté entre la fin du IIIe et le milieu du IIe siècle av. J.-C. - Musée archéologique national de Venise.
Fonction
Roi de la mythologie grecque (d)
Ithaque
Biographie
Nom dans la langue maternelle
ὈδυσσεύςVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
Mère
Fratrie
Conjoint
Enfants
Télémaque
Ardéas (en)
Poliporthe (en)
Latinus
Polypoïtès (d)
Arcésilaos (d)
Antéias (en)
Ausone (en)
Cassiphoné
Nausithoos
Agrios
Télégonos
Leontophron (en)
Nausinoos
Leontophonus (d)
Euryale (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Vénéré par
Conflit

Ulysse, ou Odysseus (en grec ancien Ὀδυσσεύς / Odysseús, en latin Ulixes, puis par déformation Ulysses), est l'un des héros les plus célèbres de la mythologie grecque. Roi d'Ithaque, fils de Laërte et d'Anticlée, il est marié à Pénélope dont il a un fils, Télémaque.

Sans doute issu d'une tradition ancienne qui circulait à l'oral, déjà présent en tant que personnage secondaire de l’Iliade, Ulysse doit sa popularité au fait qu'il est le personnage central du poème l’Odyssée, à laquelle il donne son nom. Ce récit est centré sur son retour à Ithaque après la guerre de Troie, durant lequel il se perd en mer, doit affronter de nombreux obstacles pour revenir dans sa patrie et délivrer sa famille de prétendants qui souhaitent épouser sa femme et prendre ses biens. Contrairement à la plupart des autres héros grecs, il n'est pas caractérisé en premier lieu par ses talents de guerrier, mais par son intelligence et sa capacité à endurer les difficultés. Il est célèbre pour sa mètis, cette « intelligence rusée » qui rend son conseil très écouté dans la guerre de Troie à laquelle il participe. C'est encore par la mètis qu'il se distingue durant le long périple de retour dans son foyer. Cette qualité va de concert avec sa grande capacité à subir et à surmonter les épreuves, qui est essentielle pour lui permettre de rentrer chez lui.

Il reste durant l'Antiquité un personnage héroïque très populaire, mais après Homère son image devient plus ambivalente, voire négative. Ses ruses sont de plus en plus perçues comme de la fourberie et de la manipulation, et il en vient à jouer un rôle de vilain cruel dans certaines tragédies grecques et dans l’Énéide de Virgile. Dans la tradition stoïcienne, il est vu comme un exemple de sage du passé. Dans l'Europe moderne, son image est résolument positive, et l'accent est mis sur ses pérégrinations et les apprentissages qu'il y accomplit, ainsi que sur son intelligence. Il reste un des héros grecs les plus connus à l'époque contemporaine.

Noms et étymologie

Le nom d'Ulysse existe sous plusieurs formes en grec ancien. On trouve par exemple : chez Homère il est appelé Ὀδυσσεύς / Odysseús, en dialecte corinthien Ὀλυσσεύς / Olysseús, en attique Ὀλυττεύς / Olytteús, en dorien Οὐλιξεύς / Oulixeús. L'emprunt latin Ulixēs vient de cette dernière forme, qui est à l'origine du nom français du héros. En revanche les Étrusques connaissaient le héros sous la nom Utuze, dérivée de la langue épique[1].

L'étymologie du nom est sujette à discussions[2],[3]. Elle est peut-être pré-hellénique, donc non indo-européenne[1].

Homère dans l'Odyssée (XIX, 406-409) le rattache au verbe ὀδύσσομαι / odýssomai, « être irrité », « se fâcher ». Il aurait été choisi par son grand-père, Autolycos, parce qu'il était lui-même en colère:

« Comme j'arrive ici fâché contre beaucoup de gens,
hommes et femmes sur la terre qui nourrit les hommes,
Que cet enfant se nomme Le Fâché[4]. »

C'est manifestement une explication secondaire, reposant sur un jeu de mot. Dans le même ordre d'idée, le nom est expliqué par la colère de Poséidon (ou de Zeus) à l'encontre d'Ulysse[1].

Le nom d'Ulysse donne naissance à quelques dérivés : Ὀδυσσεία / Odysseía (l’Odyssée), Ὀδύσσειον / Odýsseion (sanctuaire d'Ulysse) et Ὀλισσεῖδαι / Olisseîdai, nom d'une phratrie à Thèbes et Argos.

Mythes

La mythologie d'Ulysse est avant tout connue par les épopées attribuées à Homère, l'Iliade et l'Odyssée, qui relatent des épisodes de la dernière partie de la guerre de Troie et du retour du héros dans sa patrie, Ithaque. Ce sont les plus anciennes sources écrites sur le personnage, qui puisent sans doute dans des traditions orales plus anciennes. Par la suite, d'autres épopées du cycle troyen ont relaté d'autres épisodes de la vie d'Ulysse, mais elles ne sont connues que par des résumés ou des fragments. Des images représentent également des moments de la vie du héros, en particulier sur des céramiques peintes. Puis ils sont à plusieurs reprises racontés par des auteurs postérieurs, avec des variations plus ou moins importantes, et de nouveaux sont rajoutés, jusqu'à la fin de l'Antiquité. La rédaction de synthèses par des mythographes durant les phases tardives de l'Antiquité ont fourni les premiers récits continus sur la vie d'Ulysse, certes insérés là encore dans les récits du cycle troyen. Cela permet de reconstituer une « biographie » du héros, qui n'est néanmoins pas cohérente en raison des variations existant entre les différentes sources mythologiques.

Généalogie

Chez Homère comme chez la plupart des mythographes, Ulysse est le fils de Laërte et Anticlée. Laërte est lui-même fils d’Arcésios, qui est selon les traditions le fils de Zeus et d'Euryodeia ou de Céphale et Procris, tandis qu’Anticlée est fille d’Autolycos, fils d’Hermès[5].

Une version secondaire tardive tente de rattacher Ulysse à Sisyphe[5]. Plutarque (Questions grecques, 43), par exemple, attribuant l’histoire à Ister d'Alexandrie, raconte qu’Anticlée fut violée par Sisyphe, et qu’elle était enceinte lors de son mariage à Laërte.

Mariage et enfant(s)

Dans l’Odyssée, Ulysse n'a qu'un fils, Télémaque, qu'il a eu de son épouse Pénélope.

La Théogonie d'Hésiode (1017-1018) mentionne deux autres fils, Nausinoos et Nausithoos, issus de son union avec Calypso.

D'autres sources lui prêtent encore des enfants, par Circé, qui apparaissent également dans la Théogonie (1011-1016). Télégonos est le plus important, puisqu'il est le protagoniste de la dernière épopée du cycle troyen. D'autres enfants de cette union apparaissent dans des sources tardives, notamment dans les généalogies mythiques de cités italiennes : Agrios, Cassiphoné, Latinos (ancêtre des Latins), Ardéas (fondateur légendaire d'Ardea)[6],[7].

Le roi d'Ithaque

Ulysse lié au mât de son navire pour ne pas céder au chant des sirènes. Musée national archéologique d'Athènes (inv. 1130).

Ulysse est le roi d'Ithaque, sa terre d'origine. La petite île portant ce nom se situe dans la mer Ionienne, à l'ouest de la Grèce. Elle est décrite dans l'Odyssée comme une île rude, étroite, peu propice à l'élevage des chevaux, mais bonne pour le bétail, les chèvres, le bois. Ses principaux éléments topographiques sont la baie de Rhetrion, le mont Néion, couvert de forêt, le mont Nériton, le palais d'Ulysse et le verger de son père Laërte, le rocher Korax et la fontaine Aréthuse situés près de la maison du porcher Eumée, la grotte des nymphes, auxquels il faut ajouter l'île d'Astéris. Si on se fie aux origines des prétendants de Pénélope (Odyssée, I, 245-248), son domaine comprend aussi les îles voisines de Doulichion (identifiable à Leucade), Samé (l'actuelle Céphalonie) et Zante. Les sujets d'Ulysse sont aussi bien désignés comme les gens d'Ithaque que comme les gens de Céphalonie. Son domaine semble aussi comprendre des possessions sur le continent, où paît son bétail[8].

La localisation de l'Ithaque décrite par Homère a fait l'objet de débats (la « question d'Ithaque »). De fait, la description épique de l'île ne correspond qu'imparfaitement à la topographie de l'île. Elle doit manifestement beaucoup à l'imagination poétique, mais peut aussi reprendre des éléments géographiques des îles voisines. Depuis l'Antiquité, elle est néanmoins majoritairement identifiée à l'île du même nom, ce lien étant indiqué par la présence d'un lieu de culte héroïque dédié à Ulysse. Mais W. Dorpfeld avait proposé de plutôt l'identifier à l'île voisine de Leucade, et par la suite, sur la foi de découvertes archéologiques, il a aussi été proposé de la situer sur l'île de Céphalonie, plus précisément sur la péninsule de Palikí[9],[8],[10].

La guerre de Troie

Ulysse et Diomède dérobent le Palladion. Œnochoé du Cercle du Peintre de l'Ilioupersis, vers 360-350 av. J.-C., musée du Louvre.

Au déclenchement de la guerre de Troie, Ulysse, persuadé par les arguments de Ménélas et d'Agamemnon, quitte Ithaque pour prendre part à la guerre dans le camp achéen — alors qu'une prophétie lui a prédit un retour semé d'embûches. Dans d'autres versions[11], il est lié par le serment de Tyndare, obligeant les prétendants malheureux à la main d'Hélène à aider celui qui l'emporterait. Ulysse, qui a entretemps épousé Pénélope et ne veut pas laisser son jeune fils Télémaque, simule alors la folie pour éviter de partir à la guerre, labourant un champ avec un attelage composé d'un bœuf et d'un cheval[12] et y semant du sel[13] (ou des pierres, selon les versions). La ruse est éventée par Palamède, envers qui Ulysse gardera une rancune fatale. En effet, il va placer Télémaque au milieu du champ que laboure son père, qui, pour ne pas le blesser, révèle sa lucidité. Ulysse est contraint de rejoindre le camp grec. Dans l’Iliade, il est représenté comme un roi sage, favori d'Athéna, et habile orateur. Il prend part à la guerre à la tête de douze navires. Il occupe de ce fait une place d'honneur dans le Conseil des rois. Le Conseil, par ailleurs, se tient, tout comme le tribunal de guerre, devant ses navires, qui sont au milieu de la ligne formée par les vaisseaux grecs sur la plage à Troie. Il est dès lors normal[14] que les Grecs s'y réunissent, parce qu'il est un point central, au propre comme au figuré, pour les sacrifices et les décisions de justice.

Lors de l'une de ces assemblées, Ulysse châtie le manant Thersite qui conteste la parole des rois, en le frappant de son bâton de commandement. Jugé digne de confiance par les autres rois, il est chargé par Agamemnon de reprendre Briséis à Achille, après avoir plaidé en vain auprès de ce dernier retiré sous sa tente. Ulysse est également chargé des ambassades : avec Ménélas, il se rend à Troie pour négocier le retour d'Hélène enlevée par Pâris. Ami du jeune guerrier Diomède, il l'accompagne dans la capture de l'espion Dolon. Selon une légende cyclique, ils dérobent également tous deux le Palladion.

Après la mort d'Achille, Ulysse vainc en duel Ajax, fils de Télamon, et remporte les armes du Péléide. Enfin, il est l'auteur du stratagème du cheval de Troie, relaté dans l’Odyssée et les épopées cycliques, et parmi les premiers à sortir attaquer[15].

La longue errance aux confins du monde

Ulysse offrant du vin au Cyclope, copie romaine d'un original de la fin de l'époque hellénistique, musée Chiaramonti.

La guerre de Troie ayant pris fin, Ulysse reprend la mer avec ses compagnons et sa flotte de 12 navires. Ils font une première escale à Ismare pour se ravitailler, où vit le peuple des Cicones. Les guerriers grecs pillent la ville et tuent ses habitants. Les appels d'Ulysse ne sont pas entendus et lui seul, révolté par le comportement de ses hommes, retourne aux bateaux. Après leur massacre, les marins s'endorment ivres dans la ville. Des habitants des villages alentour viennent aider les Cicones à repousser les soldats d'Ulysse qui sont contraints de fuir la ville. Ulysse perd 72 hommes à Ismare dans ces événements qui auraient pu être évités[16].

Durant neuf jours, ils affrontent une tempête née du courroux de Zeus et le dixième, ils découvrent le peuple des Lotophages. Ceux-ci les accueillent et leur font goûter les lotos, ils en perdent tout désir de rentrer chez eux, en oubliant famille et patrie. Ulysse les ramène aux vaisseaux et ils repartent de l'île[17].

Un épisode devenu fameux met Ulysse aux prises avec le cyclope Polyphème, un fils de Poséidon qui dévore plusieurs compagnons et emprisonne Ulysse. Celui-ci utilisant la ruse, lui crève l'œil avec un pieu après l'avoir enivré. Le cyclope blessé lance vers Ulysse d'énormes rochers, qui le manquent et s'abîment dans la mer[18]. On a identifié certains îlots de la mer Ionienne à ces rochers. Cet épisode est, selon beaucoup de commentateurs, à l'origine de la colère et de la rancune de Poséidon envers Ulysse, le premier cherchant à venger son fils[19].

Puis le maître des vents Éole (en grec ancien Αἴολος / Aíolos) offre sur son île un accueil chaleureux à l'équipage pendant un mois, et afin de les aider, enferme tous les vents dans une outre qu'il remet à Ulysse. Entreposée dans son navire, l'outre attise la curiosité des compagnons du héros, qui l'ouvrent en croyant qu'il s'agit d'un trésor, ce qui provoque une tempête telle qu'ils sont renvoyés sur l'île d’Éole qui les chasse les découvrant maudits des dieux[16].

Destruction des nefs d'Ulysse par les Lestrygons, panneau peint d'époque romaine (v. 40-60), musée du Vatican.

Les Lestrygons, un peuple de géants mangeurs d'hommes, s'en prennent aux navires d'Ulysse, les détruisant tous à l'aide de gros rochers, et tuant les hommes à bord. Un seul navire échappe à la destruction.

Il affronte la magicienne Circé, qui a le pouvoir de transformer les hommes en porcs, mais grâce à une potion offerte par Hermès, Ulysse échappe à ce sort et force la sorcière à rompre le charme.

Suivant les conseils de Circé, Ulysse se rend au pays des Cimmériens, qui d'après l’Odyssée n'est autre que les Enfers, ou le royaume d'Hadès : c'est l'épisode de la Nekuia. Parti pour voir le devin Tirésias, il y rencontre les ombres errantes des nombreux héros morts qu'il a côtoyés : Agamemnon, Achille devenu le roi du monde des ombres, Ajax, fils de Télamon

Ulysse et les Sirènes (1909) de H. Draper.

Ses errances comprennent notamment l'épisode des sirènes, qui poussent par leurs chants envoûtants, les navires vers les récifs. Ulysse, prévenu par Circé, demande à son équipage de se boucher les oreilles avec de la cire ; quant à lui, il se fait attacher au mât du bateau car il veut écouter leur chant et prévenant ses compagnons de ne le délivrer sous aucun prétexte.

Après avoir fui les roches errantes Charybde et Scylla, Ulysse et son équipage arrivent en Trinacrie, une île sacrée au dieu-soleil Hélios, où est gardé son bétail. Voulant éviter l'île suite aux visions du devin Tirésias, mais manquant de vivres, les compagnons ne résistent pas à la tentation d'y tuer plusieurs bœufs pour les manger, provoquant ainsi la colère d'Hélios. À sa demande, Zeus frappe de sa foudre le dernier navire d’Ulysse qui est détruit avec tous ses compagnons. Seul attaché à un reste de carène, il est poussé vers le monstre marin Charybde mais évite Scylla.

Ulysse et Calypso (1616), Jan Brueghel l'Ancien.

Il erre en mer pendant dix jours puis échoue sur l’île d'Ogygie, habité par la nymphe Calypso qui le retient sur son île durant sept ans en lui offrant l'immortalité. Mais quand vint la huitième année, voyant sa tristesse, elle le renvoie chez lui sur un radeau[20].

N'étant pas encore satisfait, Poséidon brise le radeau d'Ulysse qui se retrouve nu sur l'île de Schérie. Avec l’aide d’Athéna, il rencontre Nausicaa la fille du magnanime roi Alcinoos des Phéaciens qui lui offre une complète hospitalité puis le raccompagne sans encombre chez lui après qu'Ulysse ait raconté son épopée[21].

La reconquête d'Ithaque

Au bout de vingt ans, lorsqu'il rentre à Ithaque, déguisé en mendiant, il tue les prétendants de sa femme Pénélope et la retrouve, elle et son fils Télémaque[22].

Dernières années et mort

La mort d'Ulysse n'est pas racontée dans l’Odyssée, qui s'achève à son retour à Ithaque. Mais l'ombre du devin Tirésias lui prédit une mort douce et heureuse, qui lui viendra « de la mer », ou l'atteindra « hors de la mer », selon le sens que l'on donne à la préposition ἐξ[23],[24].

La mort d'Ulysse est en revanche relatée dans une autre épopée du Cycle troyen : la Télégonie, attribuée à Eugammon de Cyrène et dont nous ne connaissons qu'un résumé très postérieur, attribué au grammairien Proclos. Selon cette version, Télégonos, fils d'Ulysse et de Circé, se rend à Ithaque avec quelques compagnons pour y rencontrer son père. Ayant été jeté sur les côtes d'Ithaque sans les connaître, il cherche à se ravitailler avec ses compagnons en se livrant au pillage. Ulysse, à la tête des habitants d'Ithaque, vient repousser ces étrangers. Un combat a lieu sur le rivage. Télégonos frappe Ulysse d'une lance dont le bout est fait d'un dard de raie venimeux, accomplissant ainsi la prédiction de Tirésias dans l’Odyssée. Ulysse mortellement blessé se souvient alors de l'oracle qui l'avait averti de se méfier de la main de son fils. Il s'informe de l'identité de l'étranger et de son origine. Il reconnaît Télégonos et meurt dans ses bras. Athéna les console tous les deux, en expliquant que tel est l'ordre du destin. Elle ordonne même à Télégonos d'épouser Pénélope et d'apporter à Circé le corps d'Ulysse pour qu'elle lui rende les honneurs et lui donne une sépulture.

Ulysse dans les épopées d'Homère

Ulysse est selon toute probabilité un personnage issu de la tradition orale grecque, qui a servi de base aux épopées d'Homère, qui sont les plus anciens écrits littéraires grecs connus mais se situent à un stade avancé des épopées chantées par des aèdes. Reconstituer les origines d'Ulysse, ou plus exactement l'Ulysse d'avant Homère, est très spéculatif en l'absence de textes. C'est un des héros de la guerre de Troie, un personnage caractérisé par ses qualités intellectuelles, notamment sa ruse, également sa capacité à endurer les épreuves[25]. Quoi qu'il en soit, ce sont bien les deux épopées attribuées à Homère qui fournissent le premier portrait connu du personnage, et en même temps le plus complexe et le plus influent, jamais vraiment égalé, une référence incontournable pour ceux qui par la suite ont repris à leur tour la figure d'Ulysse[26].

Les épopées homériques

Les plus anciennes sources relatives à Ulysse sont l’Iliade et l’Odyssée, épopées attribuées à Homère, et les plus anciennes œuvres connues de la littérature grecque[27],[28]. L'historicité de ce personnage n'a pas été démontrée, et est discutée depuis l'Antiquité, de même que l'attribution de ces deux poèmes (et d'autres) à un seul et même auteur, ainsi que la question de savoir s'ils ont été composés d'un seul trait ou bien par l'assemblage de plusieurs parties originellement indépendantes (la « question homérique »). Suivant l'opinion majoritaire qui s'est dégagée, il est considéré que ces épopées puisent leur inspiration dans une tradition orale ancienne. On situe leur élaboration dans les années 750-700 av. J.-C. ou peu après, par un ou plusieurs auteurs. Bien qu'il y ait eu des ajouts et des remaniements postérieurs, ils n'ont sans doute pas beaucoup été modifiés par la suite : l'essentiel a été composé dès le début et c'est transmis jusqu'à nos jours sous des formes peu altérées, ce qui est indiqué en particulier par la cohérence de la langue et du style des deux poèmes. Leur style indiquerait que ces épopées ont été conçues pour être chantées par des aèdes, les bardes de la Grèce antique, mais elles ont sans doute été mises par écrit rapidement, peut-être dès l'époque même de leur composition. Elles ont circulé sous différentes variantes pendant plusieurs siècles, avec notamment des versions athéniennes des années 550-530 av. J.-C., destinées à être récitées lors des Grandes Panathénées, qui ont joué un rôle important dans la fixation du texte. Les versions à peu près stabilisées qui ont été transmises jusqu'à nos jours ont été mises au point à la bibliothèque d'Alexandrie au IIIe siècle av. J.-C. ou au suivant[29].

Ulysse dans l’Iliade

L’Iliade, considérée comme la plus ancienne des deux épopées d'Homère (et la plus populaire dans l'Antiquité), se déroule durant la dernière année de la guerre de Troie. Elle est centrée sur la colère d'Achille, le plus fort des héros des Achéens (le camp des Grecs). Celle-ci est déclenchée par le fait que le commandant en chef des Achéens, Agamemnon, lui a pris sa captive et concubine Briséis et qu'il refuse de retourner se battre. Elle culmine dans son retour sur le champ de bataille après la mort de son ami Patrocle, et le duel durant lequel il tue le principal combattant troyen, Hector. C'est donc une célébration de la mort héroïque au combat, sans pour autant passer sous silence les aspects destructeurs de la guerre[30].

Ulysse y joue un rôle secondaire, par rapport aux personnages plus mis en avant, Achille et Agamemnon. Mais il est clairement un des principaux chefs des Achéens, et intervient dans plusieurs épisodes importants. Il est certes reconnu comme un guerrier capable, mais moins que les principaux combattants qui ont droit à leur aristie, série d'exploits guerriers personnels (Achille, Agamemnon, Ménélas, Ajax, Diomède, Patrocle). Sur le champ de bataille, il ne combat pas sur le front mais plutôt au centre, et dans un passage du chant VIII (97-98) il préfère se retirer que de partir à la rescousse de Nestor alors qu'il est en danger. Il a un rôle plus salutaire au chant XI, quand il retarde la déroute des Grecs (310-488). Son principal accomplissement est un raid nocturne qu'il accomplit avec son comparse Diomède au chant X, attaquant par surprise le roi thrace Rhésos ; Ulysse dérobe alors ses chevaux. Ce sont surtout ses talents d'orateur et de négociateur qui sont mis en avant. À plusieurs reprises il harangue les autres à combattre, et au chant II il parvient à préserver la cohésion des troupes alors qu'elles sont sur le point de se disperser (278-332). Il intervient à plusieurs reprises en faveur d'Agamemnon, le commandant en chef des Achéens, notamment au chant IX lorsqu'il participe à une ambassade pour convaincre Achille de retourner au combat. Lors des jeux funéraires de Patrocle au chant XXIII, il l'emporte sur Ajax, apparemment par tricherie et avec l'aide d'Athéna. Ses talents pour la ruse et la tromperie transparaissent donc déjà, mais plus par la réputation dont il est affublé que par ses actes[31],[32],[33].

Ulysse dans l’Odyssée

L’Odyssée est une épopée se déroulant une dizaine d'années après la guerre de Troie, centrée sur le retour d'Ulysse dans sa patrie, Ithaque, et dans son foyer, auprès de son épouse Pénélope et de leur fils Télémaque. La première partie du récit suit ce dernier alors qu'il part à la recherche de son père. Ulysse est donc absent des premiers chants de l'épopée qui lui est consacrée, mais il est très présent dans les esprits des autres personnages, notamment les prétendants de Pénélope, qui souhaite qu'elle épouse l'un d'entre eux pour pouvoir obtenir les biens d'Ulysse. Le récit commence à le suivre à partir du chant V, alors qu'il est retenu sur l'île de la nymphe Calypso. Sur demande d'Athéna, Zeus ordonne à celle-ci de le laisser partir pour qu'il puisse rentrer à Ithaque et y restaurer l'ordre. Calypso lui offre l'immortalité s'il reste à ses côtés, mais il refuse et part. Il subit une tempête déclenchée par le dieu Poséidon, qui lui est hostile depuis qu'il a aveuglé son fils le cyclope Polyphème. Il survit et échoue au pays des Phéaciens, Schérie, où il reçoit l'appui d'Athéna, est recueilli par la princesse Nausicaa puis le roi Antinoos. Lors d'un banquet, son identité est révélée et il se met à conter ses aventures depuis son départ de Troie, notamment comment il a trompé Polyphème pour lui échapper, comment il a vaincu puis été accueilli pendant une année par la magicienne Circé, est allé au pays des Cimmériens pour invoquer les morts (Nekuia), a survécu aux monstres Charybde et Scylla, et perdu progressivement tous ses compagnons, notamment au pays des Lestrygons et sur l'île du Soleil (Hélios). Les Phéaciens ramènent Ulysse à Ithaque, avec des présents. La seconde partie du récit raconte comment il parvient à vaincre les prétendants et à reprendre sa place dans son foyer, là encore avec le soutien appuyé d'Athéna. Ulysse dissimule son identité afin de tester la loyauté des membres de son foyer après sa longue absence. Il obtient l'aide de son porcher Eumée, puis de son fils Télémaque, auxquels il finit par avouer son identité. Mais il se présente comme un mendiant dans son palais, y compris auprès de son épouse, bien qu'il soit reconnu par sa nourrice Euryclée. Pénélope, qui a trompé les prétendants pendants plusieurs années avec la ruse de sa toile, est contrainte à choisir un époux. Elle organise pour cela une épreuve de tir-à-l'arc. Les prétendants échouent l'un après l'autre, mais Ulysse déguisé en mendiant la réussit. Il massacre ensuite les prétendants, et ses serviteurs qui s'étaient ralliés à lui. Il peut ensuite être reconnu par Pénélope, puis par son père Laërte, et reprendre sa place légitime d'époux, de fils et de père. Les parents des prétendants viennent à sa rencontre pour se venger, mais Zeus et Athéna interviennent pour leur imposer la paix. L’Odyssée se conclut donc sur le retour d'Ulysse dans son foyer et le rétablissement de l'ordre, tel qu'il est voulu par les dieux. Son fil directeur est le retour d'Ulysse, bien qu'il soit complexifié par l'ajout de nombreux épisodes annexes, relatés dans des digressions souvent longues. C'est un récit plus optimiste que l’Iliade, avec une fin heureuse, dans laquelle la justice triomphe. C'est aussi un récit sur la condition humaine, où le héros préfère rester mortel et vivre auprès des siens, plutôt que de les abandonner pour l'immortalité[34].

L’Odyssée est donc un récit construit autour d'Ulysse, son protagoniste, qui lui a donné son titre. Alors qu'il était une figure plutôt secondaire dans l’Iliade, pas franchement glorieuse (c'était probablement aussi le cas dans la tradition orale), elle l'élève au rang de personnage positif, dont elle chante la gloire (kleos), qui lui permet d'accéder pleinement au statut héroïque. Le retour (nostos) est ici la condition essentielle de cette gloire, alors que dans l’Iliade Achille l'avait refusé en préférant la mort au combat. L’Odyssée érige en modèle un nouveau type d'héroïsme, moins porté sur les exploits guerriers, mais plus sur l'intelligence et l'endurance, qualités rendues par les deux épithètes caractérisant le plus Ulysse, polymètis et polytlas[35]. Elle oppose d'ailleurs frontalement les deux types d'héroïsme lorsqu'Ulysse rencontre le fantôme d'Achille au chant XI : le héros de l’Iliade regrette son choix de la gloire sans retour, alors qu'Ulysse fait le choix du retour et de la gloire, qui est la source de sa gloire[31]. L'héroïsme d'Ulysse dans l’Odyssée peut aussi être vu comme une célébration de l'humanité. Il est « l'homme par excellence : il refuse l'immortalité que lui offre Calypso et choisit héroïquement d'endurer les épreuves humaines et d'acquérir la renommée qui y est attachée[36]. »

Un héros astucieux

Ulysse est un héros qui est défini par son intelligence, ou plus exactement ce que les anciens Grecs désignaient par le terme de mètis, une intelligence rusée, ou une prudence avisée. Étudiée en particulier par J.-P. Vernant et M. Detienne, ils y voyaient « une forme d’intelligence et de pensée, un mode du connaître ; elle implique un ensemble très complexe, mais très cohérent, d’attitudes mentales, de comportements intellectuels qui combinent le flair, la sagacité, la prévision, la souplesse d’esprit, la feinte, la débrouillardise, l’attention vigilante, le sens de l’opportunité, les habitudes diverses, une expérience longuement acquise[37] »

La mètis n'est pas l'apanage d'Ulysse, même si c'est lui qui l'incarne le mieux parmi les humains. Son épithète la plus courante dans les épopées est polymètis (86 occurrences dont 66 dans l’Odyssée), ce qui signifie qu'il a beaucoup de mètis, et peut être traduit par « ingénieux ». Il est également polymekhanos, « riche en ressources ». Cette qualité s'accompagne chez Ulysse d'une prudence avisée, et d'une grande habileté technique qui lui permet notamment de se construire un bateau puis de le piloter, quand il s'agit de quitter l'île de Calypso. Son épouse Pénélope est aussi dotée de mètis, comme l'indique l'épreuve qu'elle lui fait passer à la fin de l'Odyssée concernant leur lit nuptial. Chez les divinités, la mètis est un attribut essentiel de Zeus et d'Athéna, cette dernière disant appréciant le héros pour cela. Souvent associée à l'esprit (noos), dans les combats et compétitions elle sert à s'opposer à la force (biê), puisqu'elle permet de triompher d'adverses plus forts, à l'image du cyclope défait par l'astuce d'Ulysse[38],[39],[40].

La mètis d'Ulysse se voit en particulier dans ses ruses, et les nombreux mensonges, souvent très élaborés, qui lui permettent de dissimuler son identité et de tromper ses interlocuteurs au cours de ses aventures[41]. L'épithète polytropos, « aux mille tours », que lui donne l'introduction de l’Odyssée, renvoie aussi bien à ses nombreux voyages qu'à ses multiples ruses[42]. Cet art consommé de la tromperie le rapproche de la figure folklorique du « fripon » (trickster), très présente dans les mythologies indo-européennes (Prométhée en Grèce, Loki chez les Vikings). Après lui avoir servi pour la prise Troie (lors qu'il pénètre dans la cité déguisé en mendiant, lors du stratagème du cheval de Troie), ce qui est rappelé à plusieurs reprises dans l’Odyssée, ses mensonges sont essentiels dans son retour et pour sa survie durant son périple, quitte à lui donner les traits d'un personnage fourbe et très suspicieux, y compris vis-à-vis de ses proches. Il développe à plusieurs reprises de fausses identités très élaborées, pour assurer sa sécurité, en se faisant passer pour un mendiant Crétois, de manière différente à chaque fois en fonction de ses interlocuteurs et des informations qu'il souhaite en obtenir (notamment tester la loyauté de ses proches)[43].

Cette mètis est néanmoins ambivalente : « Par certains aspects, la mètis s’oriente du côté de la ruse déloyale, du mensonge perfide, de la traîtrise ; par d’autres elle apparaît plus précieuse que la force ; elle est en quelque sorte l’arme absolue, la seule qui ait pouvoir d’assurer en toute circonstance, et quelles que soient les conditions de la lutte, la victoire et la domination sur autrui[44]. » Elle porte en germe la vision d'Ulysse comme un personnage dangereux voire néfaste, en particulier dans les tragédies athéniennes et l'épopée latine.

Un héros endurant

La seconde qualité d'Ulysse mise en exergue dans l’Odyssée est sa capacité à survivre, à endurer les douleurs et les épreuves, qui sont pourtant nombreuses à s'abattre sur lui. Cette épopée est en effet par bien des aspects « une histoire de survie, dans laquelle notre héros parvient toujours à rester en vie, malgré les expériences les plus improbables et les plus terribles », et ce n'est pas le moindre de ses attraits[45].

Il est surnommé polytlas (42 attestations dont 36 dans l’Odyssée), ce qui peut se traduire par « (très) endurant ». Il est capable de supporter de grandes souffrances, d'opposer une résistance passive à ses adversaires et aux différentes tentations auxquelles il est soumis, comme les chants de sirènes ou la faim qui l'inciterait à manger le bétail du Soleil. Cette maîtrise de lui-même le distingue de ses compagnons, qui sont nombreux à périr pour ne pas avoir su faire preuve des mêmes capacités. Il termine donc son voyage seul, surmontant de nouvelles épreuves de manière solitaire, notamment un naufrage. Une fois revenu à Ithaque, sa retenue lui permet d'endurer les agressions physiques et verbales des prétendants de Pénélope, ou la vue du déclin de son foyer, de la trahison de ses servantes, de la détresse de son épouse. Cette endurance se retrouve aussi dans le fait qu'il sait faire preuve d'une grande patience, ce qui le distingue des héros impulsifs comme Achille et Ajax[46],[35].

Cette capacité à endurer les souffrances se combine avec les qualités intellectuelles d'Ulysse : il a besoin de son astuce et de son habileté pour survivre, alors que sa capacité à souffrir et sa patience sont essentielles pour que ses tromperies aient du succès et qu'il puisse accomplir son désir de vengeance[47]. Il y a toutefois des exceptions, notamment le moment où il ne résiste pas à la tentation de donner sa véritable identité au Cyclope, choix malheureux puisqu'il permet à celui-ci de donner son nom à son père Poséidon, qui poursuit dès lors le héros de sa colère et met son retour en péril[48].

Un héros polyvalent

Ulysse se caractérise plus largement par sa polyvalence et sa complexité : « il est le stratège, autant intelligent qu'impitoyable, de la campagne grecque contre Troie ; le rhéteur sophistiqué et le narrateur éloquent de ses aventures de conte de fées ; l'amoureux d'une merveilleuse constance qui résiste à toutes les tentations pour pouvoir retourner dans l'humble Ithaque ; un modèle de souffrance et de maîtrise de soi[49]. » Au-delà des deux aspects principaux d'Ulysse que met en avant l’Odyssée, son astuce et son endurance, il cumule des qualités de guerrier, de meneur d'hommes, d'orateur, de négociateur, de chef de famille, du charisme, et bien d'autres capacités encore. Cela pourrait être dû au fait qu'il est le produit de diverses traditions, amalgamées dans un seul personnage héroïque. En tout cas cette combinaison de qualités n'est pas de trop pour lui permettre de survivre lors de ses voyages et de vaincre les prétendants[50].

Ulysse est un des vainqueurs de la guerre de Troie, ce qui lui vaut l'épithète de ptoliporthos, « destructeur de villes », qui renvoie particulièrement à son rôle dans l'élaboration du stratagème du cheval de Troie[51]. Il est reconnu comme un guerrier accompli, meilleur que la plupart des autres hommes, même s'il n'est manifestement pas aussi fort que les meilleurs guerriers Achéens que sont Achille, Diomède ou encore Ajax. Contrairement à eux, il n'a pas droit dans l’Iliade à une aristie, longue scène d'exploits guerriers individuels. Il l'obtient à la fin de l’Odyssée, lors du massacre des prétendants[52],[53]. Sa spécificité se voit par le fait qu'il triomphe en utilisant la tromperie, et armé d'un arc, considérée dans les épopées comme l'arme d'un guerrier de seconde classe[31]. Ulysse est également un athlète accompli, remportant à plusieurs reprises des épreuves de concours : lors des jeux funéraires de Patrocle dans l’Iliade, et dans l’Odyssée à la cour des Phéaciens et au tir-à-l'arc contre les prétendants[54].

Ulysse est également un personnage charismatique, qui suscite l'admiration des autres, et en particulier de la gent féminine[48]. C'est en effet un des quelques héros grecs exclusivement hétérosexuel. Des femmes immortelles, Circé et Calypso, désirent en faire leur conjoint, la seconde lui offrant même l'immortalité en échange. Il attire également la jeune princesse phéacienne Nausicaa, sait flatter sa mère la reine Arétè, et la déesse Athéna apprécie ses qualités. Mais son principal succès féminin est d'avoir la pleine et entière affection de Pénélope, qui est par bien des aspects l'image de l'épouse idéale de la Grèce antique, toute dévouée à son mari, auquel elle reste fidèle malgré les épreuves[55]. Son excellence, sa sagesse et aussi sa ruse en font la digne épouse d'Ulysse, en quelque sorte son double féminin le complétant par ses qualités[56].

Cette variété concentrée en une seule figure présentait un modèle à suivre pour les anciens Grecs : « dans l’Ulysse pratique, ingénieux et rusé, les hommes grecs archaïques pouvaient jouir d’un héros qui était une version glorifiée de l'image qu'ils se faisaient d'eux-mêmes. Polyvalent et compétent, doté à la fois d'un cerveau et de muscles, il possède les compétences nécessaires pour survivre à tout ce que la vie est susceptible de lui réserver, sur terre ou en mer[57]. »

Elle est aussi un terreau fertile pour les émules d'Homère : « La multiplicité même d’Ulysse propose une sorte de test de Rorschach aux savants comme aux artistes. Mari dévoué ? Membre clé d'une Männerbund (un groupe de frères d'armes) ? Père et fils attentionné ? Séducteur érotique ? Stratège rusé ? Rationaliste des Lumières ? Champion impitoyable de l'individuel ? Conteur par excellence ? Patriarche triomphant ? Héros débrouillard ? Tout le monde ? Personne ?[58] ». Un personnage d'une grande richesse s'offrait aux imaginations des générations futures de poètes et de savants, et elles allaient allègrement en tirer parti. Cependant, à la différence d'Homère, pour la plupart ils simplifient cette figure en la réduisant à un seul aspect[59].

Ulysse dans l'Antiquité

Tête d'Ulysse portant un pileus, représenté sur une pièce de monnaie d'Ithaque du IIIe siècle av. J.-C.

L’Ulysse de Xénophon

Dans les Mémorables[60],[61] de Xénophon, Socrate éduque ses disciples à la sobriété en nourriture et en boisson. Il dit que Circé a changé des hommes en pourceaux en les incitant à manger sans faim et à boire sans soif. Ulysse échappe à la transformation grâce à l’avertissement d’Hermès et à sa tempérance naturelle. Il s'abstient ainsi de consommer outre mesure.

L’Ulysse de Platon

Dans le Phèdre[62],[63] de Platon, Socrate fait de Palamède le sujet d’un jeu de mots, dans lequel Nestor et Ulysse deviennent des auteurs d’écrits d’art oratoire.

Ulysse dans l'œuvre de Sophocle

Ulysse apparaît de façon récurrente dans les fragments de pièces perdues de Sophocle ; dans son ouvrage The Lost Sophocles en 1984, l'universitaire Akiko Kiso affirme qu'il s'agissait certainement d'un des personnages principaux du dramaturge[64].

Un culte héroïque ?

D'importantes découvertes archéologiques effectuées dans la grotte de Loïzos, à Port Polis, au nord d'Ithaque, permettent d'affirmer qu'un culte héroïque a été rendu à Ulysse[65]. Cette grotte, aujourd'hui à demi-submergée et effondrée à la suite de plusieurs tremblements de terre, a en effet été un sanctuaire depuis l'âge du Bronze ancien jusqu'à l'époque romaine. En tant que sanctuaire, elle était fermée, placée sous l'autorité de prêtres et gardée par des officiers de la cité. On y a retrouvé entre autres des restes de trépieds en bronze, tout semblables à ceux qui furent offerts à Ulysse par les Phéaciens[66], et exposés aujourd'hui dans le petit musée de Stavros. Dans l'Antiquité, de tels trépieds étaient des objets de luxe et de grand prix, « exclusivement destinés à des usages cérémoniels dans les palais des princes, ou à des usages cultuels dans les temples des dieux » écrit l'ethnologue Jean Cuisenier. Ils constituaient également le prix offert aux vainqueurs des jeux funèbres pratiqués en l'honneur des héros. Or, au IIIe siècle encore, on célébrait à Ithaque des jeux appelés Ὀδύσσεια, Odysseia, en l'honneur d'Ulysse. L'analyse des bronzes de la grotte Loïzos permet de les dater du VIIIe siècle av. J.-C. Ils sont donc très postérieurs à l'époque d'Ulysse, héros supposé du XIIIe siècle av. J.-C. Des masques en terre cuite hellénistiques ont aussi été découverts, et surtout un tesson de terre cuite de masque votif portant en toutes lettres, et parfaitement déchiffrable, une dédicace à Ulysse : ΕΥΧΗΝ ΟΔΥΣΣΕΙ, « prière (ou vœu) à Ulysse ». Ce fragment daté du IIIe – IIe siècle av. J.-C., aujourd'hui célèbre, atteste qu'un culte a été rendu en ces lieux au héros divinisé ou au dieu Ulysse. Le professeur allemand H.G. Buchholz a localisé près de Stavros, au lieu-dit The School of Homer, le sanctuaire d'Ulysse, qui date de l'époque hellénistique.

Ulysse après l'Antiquité

Littérature

Christoffer Wilhelm Eckersberg, Ulysse fuyant la grotte de Polyphème, 1812, Princeton University Art Museum, peint sous la tutelle de Jacques-Louis David.

Roman

Le personnage d'Ulysse n'a cessé d'inspirer poètes et écrivains, tantôt comme personnage de la mythologie, tantôt comme source d'une réécriture ou d'une actualisation du mythe. « De Tennyson[67] (1833) à Moravia[68] (1955), en passant par Pascoli[69] (1904), Joyce[70] (1922), Séféris[71] (1935), Kazantzakis[72] (1938), la fortune moderne du mythe d’Ulysse est à la fois variée, et le plus souvent, pertinente dans ses choix thématiques », écrit Denis Kohler[73]. Les poètes ont mis en avant tour à tour certains aspects de la personnalité d'Ulysse : Dante évoque Ulysse, homme de ruse et de vengeance, au chant XXVI de l'Enfer, première partie de la Divine Comédie :

« …et je voulais te demander qui est dans ce feu, si divisé à son sommet qu’on dirait qu’il s’élève du bûcher sur lequel l'Étéocle fut mis avec son frère ? Il me répondit : « Là dedans sont tourmentés Ulysse et Diomède ; ils sont ensemble emportés par la vengeance, comme ils le furent par la colère[74]. »

Les deux personnages maudits se trouvent dans la huitième fosse (conseillers de fraude) du huitième cercle (trompeurs) de l'Enfer, pour leurs péchés commis lors de la guerre de Troie : la ruse du cheval de Troie, la ruse qui entraîne Achille à la guerre de Troie et à la mort, alors que sa mère Thétis l’avait caché parmi les filles du roi Lycomède dans l’île de Scyros et, finalement, le vol de la statue d'Athéna[75].

Dans cette scène, Dante invente un ultime voyage fait par Ulysse après son retour à Ithaque et qui le conduit à sa perte : incapable de retenir sa soif de voyager, Ulysse repart avec ses compagnons et explore les mers jusqu'au bout du monde, mais finit englouti au cours d'une tempête par la volonté divine[76]. Dans le poème de Dante, auteur chrétien, Ulysse est coupable du péché de libido sciendi, le désir de connaissance excessif. Mais au cours des siècles suivants, les lecteurs de Dante font d'autres interprétations plus positives de ce passage, surtout à l'époque romantique[77].

Joachim Du Bellay chante le voyageur au début du sonnet 31 des Regrets avec le célèbre vers : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage ».

Au XXe siècle, dans son recueil Alcools (1920), Guillaume Apollinaire exalte « le sage Ulysse » qui reste fidèle à Pénélope, dans deux strophes de la Chanson du Mal-Aimé.

Romanciers et dramaturges ont réinterprété le personnage et son mythe : Ulysse (1922), roman le plus connu de James Joyce, est une transcription de l’Odyssée (organisation en chapitres, symbolisme des aventures, …) sur une journée de personnages de Dublin, dont l'artiste qui y joue le rôle de Télémaque. Le mythe d'Ulysse a aussi inspiré à Jean Giono Naissance de l'Odyssée. Mais dans ce roman, Ulysse est un coureur de jupons qui invente l’Odyssée pour justifier sa longue absence. Le personnage d'Ulysse intervient dans la pièce La guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudoux (1935) comme l'homme de la négociation, lucide et réaliste. Enfin, dans le roman Ulysse from Bagdad (2008), Éric-Emmanuel Schmitt réinterprète le personnage et les aventures d'Ulysse sous la forme d'un voyageur clandestin qui, partant d'Irak, tenterait de gagner Londres. Schmitt opère une réécriture du mythe : il met en scène un voyage de départ (et non pas un retour comme dans l’Odyssée) et recourt à un humour parodique qui rappelle celui de Giraudoux, sans toutefois renoncer au sérieux de son propos sur la condition des migrants[78]. Ulysse est aussi l'un des trois personnages de la pièce de Heiner Müller Philoctète, une recomposition de la tragédie de Sophocle, où Ulysse contraint Néoptolème, qui le hait, de l'accompagner pour convaincre Philoctète de lui remettre l'arc d'Hercule nécessaire à la victoire des Grecs[79]. Dans le troisième roman de sa Tétralogie de la quête : le dernier Ulysse, Laurent Bonnet, à travers une mise en abîme temporelle, s'empare du symbole du voyage vers une femme, explore les thématiques croisées de la création et de la masculinité, vers un possible futur de l'acte d'écrire.

Bande dessinée

Les Français Georges Pichard et Jacques Lob ont réalisé entre 1966 et 1974 une adaptation en bande dessinée des aventures d'Ulysse qui lorgne vers la science-fiction semi-érotique[80].

Ulysse est l'un des personnages récurrents de la série d'albums humoristiques Les Petits Mythos[81] qui paraît depuis 2012 chez Bamboo Édition.

Ulysse apparaît dans la série de bande dessinée pour la jeunesse Télémaque, écrite par Kid Toussaint et dessinée par Kenny Ruiz[82].

Musique

Danse

Le chorégraphe français Jean-Claude Gallotta a créé en 1981 son œuvre fondatrice Ulysse, qu'il a revisitée de nombreuses fois au long de sa carrière.

Iconographie

Peinture

Ulysse et Circé,
Angelica Kauffmann, 1786,
université de Virginie.

Filmographie

Cinéma

Ulysse apparaît principalement dans des péplums (films à sujets antiques) qui se font jour très tôt dans l'histoire du cinéma. La plupart sont des adaptations souvent très libres de l’Iliade ou de l’Odyssée. Dès 1905, le Français Georges Méliès réalisé un court métrage muet en noir et blanc intitulé L'Île de Calypso : Ulysse et le Géant Polyphème qui, comme son nom l'indique, fusionne deux épisodes de l’Odyssée. En 1909, Le Retour d'Ulysse, film muet d'André Calmettes et Charles Le Bargy, se concentre sur la seconde moitié de l'épopée avec la vengeance d'Ulysse contre les prétendants[84]. L'un des péplums les plus connus adaptés de l'épopée est Ulysse, péplum italien réalisé par Mario Camerini en 1954, avec Kirk Douglas dans le rôle d'Ulysse. Camerini suit globalement la trame de l'épopée, mais alterne les scènes du voyage d'Ulysse avec quelques scènes se déroulant à Ithaque afin de montrer Pénélope et Télémaque confrontés aux prétendants en l'absence du héros. Surtout, il introduit plusieurs innovations, comme le fait qu'Ulysse feigne d'avoir perdu la mémoire lorsqu'il s'échoue sur l'île des Phéaciens, et il fusionne certains épisodes (par exemple l'île de Calypso et le voyage au pays des morts). Plus expérimental, Pink Ulysses, de l'Allemand Eric de Kuyper, sorti en 1990, relate l'épopée dans une esthétique homoérotique[85].

Le cheval de Troie du film Troie de 2004.

En 2004, le péplum hollywoodien Troie, de Wolfgang Petersen, adapte très librement l'histoire de la guerre de Troie, en s'attardant sur les événements de l’Iliade mais en poursuivant le récit jusqu'à la prise de la ville. Ulysse est interprété par Sean Bean et ses ruses et son pouvoir de persuasion jouent un rôle important dans l'intrigue, qu'il s'agisse de convaincre Achille de rejoindre l'armée ou d'avoir l'idée de la ruse du cheval de Troie.

En dehors des adaptations de l’Odyssée, Ulysse apparaît dans d'autres péplums aux intrigues entièrement originales. Dans Ulysse contre Hercule, film italien de Mario Caiano sorti en 1962, Ulysse provoque le courroux des dieux en crevant l'œil du Cyclope et ceux-ci envoient Hercule pour le capturer[86].

En dehors des péplums, Ulysse est parfois évoqué dans d'autres types de films qui s'inspirent du personnage et de ses aventures, en les transposant dans d'autres contextes ou en y faisant simplement allusion. Ainsi, dans Le Retour de Mervyn LeRoy, sorti en 1948, le médecin Ulysses Lee Johnson (Clark Gable) est partagé entre l'amour pour son épouse Penny (Anne Baxter ; Penny est le diminutif américain de Pénélope), qui l'attend aux États-Unis, et un amour adultère pour une infirmière rencontrée pendant son séjour loin de chez lui durant la guerre. O'Brother des frères Coen (sorti en 2000) est une transposition libre de l’Odyssée dans le Midwest américain.

En 2024, Ralph Fiennes l'incarne dans The Return, le retour d'Ulysse (The Return) d'Uberto Pasolini.

Télévision

Bekim Fehmiu incarne Ulysse dans la série L'Odyssée de Franco Rossi (1968).

Série

En 1968, le réalisateur italien Franco Rossi réalise la première adaptation de l’Odyssée en série télévisée. Sous le titre L'Odyssée, cette une co-production franco-italo-germano-yougoslave en huit épisodes de 50 minutes suit de très près la trame de l'épopée homérique.

Le personnage d'Ulysse apparaît aussi dans des séries télévisées d'animation destinées à un public enfantin ou familial. La série animée franco-japonaise Ulysse 31 (1981) transpose très librement les aventures d'Ulysse dans un univers de science-fiction mâtiné de science fantasy situé au XXXIe siècle ap. J.-C. Télémaque y voyage avec Ulysse à bord du vaisseau Odysseus.

Une mini-série américaine, L'Odyssée, adapte à son tour l'épopée en 1997. Ulysse y est incarné par Armand Assante.

En 2002, une série animée française, L'Odyssée, créée par David Michel, met en scène les aventures d'Ulysse durant son voyage de retour à Ithaque en s'inspirant très librement de l’Odyssée, dans un univers de péplum agrémenté de fantasy.

En 2002, To Bart or not to Bart 14e épisode de la saison 13 de la série télévisée d'animation Les Simpson met en scène Homer Simpson dans celui d'Ulysse.

En 2013, une série franco-italo-portugaise, Odysseus, créée par Frédéric Azémar, réalisé par Stéphane Giusti et diffusée en France sur la chaîne Arte, s'inspire quant à elle de la seconde moitié de l’Odyssée et met en scène le retour d'Ulysse à Ithaque vu par ceux qui l'y attendent, Pénélope, Télémaque et les prétendants à la main de Pénélope. La série imagine ensuite ce qui se passe après la fin de l'épopée et donne une vision assez sombre d'Ulysse, rendu paranoïaque et violent par la guerre et par sa longue errance.

Documentaire

En 2013, la saison 3 de Les Grands Mythes aborde le retour d'Ulysse chez lui.

Astronomie

Deux astéroïdes sont nommés d'après Ulysse : (1143) Odyssée (d'après son nom grec) et (5254) Ulysse (d'après sa forme latinisée).

Archéologie

Modèle réduit reconstitué du palais d'Ulysse d'Ithaque, sur la place centrale de Stavrós, à proximité des vestiges du site archéologique du palais.

Depuis longtemps, hellénistes et archéologues cherchent les vestiges du palais d'Ulysse. Homère situe ce palais « au pied du mont Néion »[87] et à une hauteur suffisante pour apercevoir les bateaux dans la rade et le port, en distinguant les manœuvres des marins[88].

Quelques vestiges du site archéologique du palais d'Ulysse à Stavros, sur l'île d'Ithaque.

À partir de 1930, des fouilles archéologiques ont été menées par l’école britannique d'Athènes sur les hauteurs du village actuel de Stavros, au nord d'Ithaque, au lieu-dit « Platreithrias » (en grec Πλατρειθρίας). Le site est familièrement appelé l'« école d'Homer » (The School of Homer). Au terme de seize ans de recherches, la mission archéologique de l'université de Ioannina, conduite par les professeurs d'archéologie préhistorique Athanase Papadopoulos et Litsa Kondorli, a annoncé avoir mis au jour le palais du légendaire roi d'Ithaque[89]. Cette découverte a été menée en collaboration avec plusieurs archéologues de réputation internationale, dont le professeur suédois Paul Aström de l'université de Göteborg. Elle s'appuie sur de multiples indices concordants. Les restes de l'imposant bâtiment suivent le modèle des palais mycéniens de Mycènes, de Tirynthe et de Pylos. Il est construit sur deux niveaux, à onze mètres de profondeur et de différence de hauteur, avec des escaliers taillés à même le rocher au flanc de la colline. Cela confirme les descriptions de l'Odyssée, qui évoquent les serviteurs montant et descendant sans cesse les escaliers du palais d'Ulysse. Le bâtiment comporte des assises de pierre de grande taille, et il est entouré de murailles fortifiées. Les travaux d'aménagement d'une fontaine en sous-sol ont été datés précisément du XIIIe siècle av. J.-C. par un archéologue spécialiste de l'université de Munich. Des fragments de poterie d'art mycénien (époque mycénienne) et des tablettes de terre cuite inscrites en linéaire B (syllabaire utilisé pour l'écriture du mycénien) ont été découverts. De ces hauteurs, on a une vue sur les rades d'Ormos Polis et de Frikès[90]. En 2011, les fouilles se poursuivaient sur ce site. Selon les chercheurs, cette hypothèse est suffisamment étayée pour permettre d'affirmer que ce palais d'époque mycénienne a appartenu au roi d'Ithaque. Il est désormais nommé « palais d'Ulysse », comme celui de Pylos qui est traditionnellement connu sous le nom de « palais de Nestor »[91].

Notes et références

  1. a b et c Visser 1996, col. 1110.
  2. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Klincksieck, 1990 (nouvelle édition), s. v. Ὀδυσσεύς, p. 775 b-776 a.
  3. Jean Cuisenier, Le Périple d'Ulysse, Paris, Fayard, p. 81-82.
  4. Traduction de Philippe Jaccottet pour les éditions Maspéro, 1982.
  5. a et b Grimal 2001, p. 468.
  6. Grimal 2001, p. 474.
  7. Gantz 2004, p. 1247.
  8. a et b (en) Benjamin Haller, « Ithaca (Ἰθάκη) », dans Margalit Finkelberg (dir.), The Homer Encyclopedia, Blackwell,‎ , 2 p.
  9. Strauch, D. (. (2006). Ithaca. In Brill's New Pauly Online. Brill. https://doi.org/10.1163/1574-9347_bnp_e528900
  10. Murray, W M, 'Ithaca' (22 Dec. 2015), in Lucy Grig (ed.), Oxford Classical Dictionary (New York, NY, online edn, Oxford Academic, 15 July 2015 - ), https://doi.org/10.1093/acrefore/9780199381135.013.3360,
  11. Fable 95 d'Hygin, et Épitomé du Pseudo-Apollodore, III, 6-7.
  12. Fable 95 d'Hygin.
  13. Commentaires à l'Énéide, livre II, 81 de Servius.
  14. Selon Robert Flacelière dans ses notes sur l’Iliade parues dans la collection de La Pléiade, p. 924.
  15. Virgile, Énéide [détail des éditions] [lire en ligne], II, 265.
  16. a et b chant IX, vers 347
  17. chant IX
  18. Chant IX
  19. BNF, Les Essentiels, « Poséidon et les errances d’Ulysse », par Olivier Estiez [1]
  20. chant VII vers 109
  21. chant XIII
  22. chant XIV à XVIII
  23. θάνατος δέ τοι ἐξ ἁλὸς αὐτῷ / ἀβληχρὸς μάλα τοῖος ἐλεύσεται, chant XI, vers 134-135. Victor Bérard (Belles Lettres, 1924) traduit : « Puis la mer t'enverrait la plus douce des morts ». Philippe Jaccottet (La Découverte, 1982) traduit : « Et la mort viendra te chercher / hors de la mer, une très douce mort ».
  24. Flacelière 1993, p. 699.
  25. Visser 1996, col. 1111.
  26. Lobsien 2008, p. 485.
  27. Michel Woronoff et Monique Trédé, « Homère », dans Jean Leclant (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité, Paris, Presses universitaires de France, , p. 1072-1077
  28. (en) Suzanne Saïd, « Homer », dans Simon Hornblower, Antony Spawforth et Esther Eidinow (dir.), The Oxford Classical Dictionary, Oxford, Oxford University Press, , 4e éd., p. 695-696.
  29. Saïd 2010, p. 25-54.
  30. Saïd 2012, p. 696-697.
  31. a b et c Rutherford 2011, p. 1.
  32. Brown 2012, p. 1032.
  33. Slatkin 2020, p. 179.
  34. Saïd 2012, p. 697-699.
  35. a et b Slatkin 2020, p. 180-181.
  36. « Its hero, Odysseus, is the man par excellence: he refuses the immortality offered to him by Calypso and heroically chooses to endure human trials and gain the fame attached to them » : Saïd 2012, p. 699
  37. Jean-Pierre Vernant et Marcel Detienne, Les Ruses de l'intelligence. La mètis des Grecs, Paris, Flammarion, 1974, p. 10.
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  45. « But if this is a story of survival, in which our hero always manages to remain alive, despite suffering the most unlikely and terrible experiences, then perhaps the point of it is not so much learning, but enjoyment. » : (en) Barbara Graziosi, Homer : A Very Short Introduction, Oxford, Oxford University Press, coll. « Very Short Introductions », , p. 75.
  46. Saïd 2010, p. 326-334.
  47. Graziosi 2019, p. 82-83.
  48. a et b Slatkin 2020, p. 181.
  49. « Er ist der ebenso kluge wie rücksichtslose Stratege des griech. Feldzugs gegen Troja; der raffinierte Rhetor und eloquente Erzähler seiner märchenhaften Abenteuer; der mit wunderbarer Beständigkeit Liebende, der allen Verlockungen widersteht, um ins bescheidene Ithaka zurückkehren zu können; ein Muster von Leidensfähigkeit und Selbstbeherrschung. » : Lobsien 2008, p. 485.
  50. Saïd 2012, p. 696.
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  52. Slatkin 2020, p. 179 et 181-182.
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  56. Saïd 2010, p. 387-392.
  57. « In the practical, resourceful, wily Odysseus, archaic Greek men could enjoy a hero who was a glorified version of their own self-image. A competent all-rounder, gifted with a brain as well as brawn, he possesses the skills to survive anything life on land or at sea can throw at him. » : Hall 2016, p. 61.
  58. « Odysseus’s very multiplicity offers a kind of Rorschach test for scholars as well as artists. Devoted husband? Core member of the Männerbund (band of brothers)? Caring father and son? Erotic charmer? Wily strategist? Enlightenment rationalist? Ruthless champion of self? Storyteller par excellence? Triumphant patriarch? Resourceful hero? Everyone? No one? » : Slatkin 2020, p. 182
  59. Stanford 1963, p. 80.
  60. Xénophon, Mémorables, II.
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  89. (el) « Nous avons trouvé le palais d'Ulysse », entretien du 26 janvier 2011 avec les archéologues chargés des fouilles. Voir aussi Jean Cuisenier, Le périple d'Ulysse, Fayard, p. 52-57.
  90. L’Odyssée indique que du haut du palais d'Ulysse, on a vue sur une rade.
  91. On sait que les épopées homériques, faites de pièces et de morceaux d'inspiration et d'âge différents, évoquent des personnages devenus légendaires mais qui dérivent de la réalité historique, depuis les royaumes achéens du XIIIe siècle av. J.-C. jusqu'à la période archaïque du VIIIe siècle av. J.-C.. Selon Michel Woronoff et Monique Trédé, les épopées homériques ne peuvent pas constituer un témoignage historique direct sur une époque réelle donnée ou sur des personnes ayant réellement existé : voir Jean Leclant (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité, Paris, PUF, 2005, entrée Homère, p. 1087-1088.

Annexes

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Bibliographie

Textes antiques

Mythologie grecque

Épopées d'Homère

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Réceptions

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  • Agathe Entanaclaz (ed.), Les Métamorphoses d'Ulysse. Réécritures de l'Odyssée, présentation et dossier par Agathe Entanaclaz, GF-Flammarion, 2003.
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Articles connexes

Liens externes

Bases de données et dictionnaires


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