L'exploration de la côte d'Afrique par les Portugais (1434-1487)
Ier voyage de Vasco de Gama
Lorsque Vasco de Gama embarque à Lisbonne en 1497, avec son navire amiral São Gabriel à la tête d'une flotte de quatre navires[1], cela fait huit décennies que les Portugais, d'abord sous la direction du prince Henri le Navigateur, explorent méthodiquement les côtes africaines de l'ouest et leurs richesses (or, esclaves, ivoire, gomme, maniguette).
Après la mort d'Henri le Navigateur en 1460, le roi Alphonse V de Portugal montre moins d'intérêt pour la poursuite de ces expéditions et en 1469afferme le trafic avec l'Afrique à un groupe de commerçants mené par Fernão Gomes. Lorsque la charte pour le renouvellement de cette concession avec Gomes prend fin en 1474, l'infant Jean demande à son père de récupérer cette concession.
L'exploration se poursuit sous le règne de Jean II : les navigateurs portugais atteignent le fleuve Congo, puis la Namibie (Diogo Cão), puis en 1487, le cap de Bonne-Espérance (Bartolomeu Dias).
Le projet d'atteindre les Indes sous le règne de Jean II (1481-1495)
L'étape suivante consiste à atteindre les Indes orientales (Inde, Chine, Japon, etc.), alors centre économique et commercial de l'ancien monde (épices, pierres précieuses, textile et riz), par la voie maritime pour briser le monopole de la république de Venise.
Jean II envoie Pêro da Covilhã vers les Indes. Il a pour mission de reconnaître les lieux, confirmer la provenance de marchandises, documenter les routes suivies par les musulmans. Il prépare ainsi les expéditions à venir vers l'Inde par voie maritime[2].
Vasco de Gama naît vers 1460[4],[5] ou 1469[6],[7] à Sines, sur la côte sud-ouest du Portugal, probablement dans une maison près de l'église de Nossa Senhora das Salas. Sines, port de la province d'Alentejo, est alors un village de pêcheurs, avec des maisons peintes à la chaux et des toitures de tuiles rouges.
Il est le fils d'Estêvão de Gama, portugais issu de la petite noblesse[8], alcaide-mór (gouverneur) de Sines et Silves, et maître de l'ordre de Santiago, et d'Isabel Sodré, fille de João Sodré[9], qui est d'origine anglaise[10]. Estêvão de Gama et Isabel Sodré ont eu cinq fils, successivement : Paulo da Gama, João Sodré, Vasco de Gama, Pedro da Gama et Buenos da Gama) et une fille, Teresa da Gama (qui a épousé Lopo Mendes de Vasconcelos).
Son enfance est bercée par les légendes des croisades et de la Reconquista : « Aller aux Maures ! » est le jeu préféré de l'enfant[11].
On sait peu de choses sur la jeunesse de Vasco de Gama. L'historien portugais Augusto Carlos Teixeira de Aragão suggère qu'il a étudié les mathématiques et la navigation dans la ville d'Évora, recevant peut-être des leçons de l'astronome Abraham Zacuto[12].
Débuts (1480-1497)
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Vers 1480, Vasco de Gama suit son père qui rejoint l'ordre de Sant'Iago de l'Épée. Le maître de Santiago est alors le prince Jean qui devient roi en 1481 sous le nom de Jean II. Jean II a une dévotion pour cet ordre, ce qui favorise les ambitions des Gama.
En 1492, Jean II envoie Vasco de Gama en mission dans le port de Setúbal et la région de l'Algarve pour saisir les navires français en représailles des dommages commis par les Français en temps de paix contre les navires portugais — une mission que Vasco de Gama effectue rapidement et efficacement[13].
Vasco de Gama quitte l'estuaire du Tage le avec 200 hommes d'équipage à bord de son navire amiral São Gabriel, avec Gonçalo Álvares(en) comme capitaine, à la tête d'une flotte de quatre navires, avec les caraquesSão Rafael (dirigée par son frère Paulo da Gama), et São Miguel (ou Bérrio, dirigée par Nicolau Coelho) (aux couleurs de l'ordre du Christ du Portugal, nommés d'après les archanges de la BibleGabriel, Raphaël et Michel) accompagnés d'un navire caravelle logistique pour le transport de vivres, le São Maria (dirigé par Gonzalo Nunez) de 200 tonneaux, lequel navire fut démantelé près de la baie de São Bràs sur la côte est de l'Afrique).
Il progresse, malgré les ravages causés par les tempêtes, les mutineries, la dysenterie et le scorbut[14], fait une grande « volte » au large du Brésil, évitant ainsi les vents et les courants contraires des côtes africaines avant de bifurquer vers l'est au large du cap de Bonne-Espérance[2], faisant ensuite étape dans les différents comptoirs jalonnant la route maritime de Bartolomeu Dias.
Navigation des São Gabriel, São Rafaele, et São Miguel. Tableau d'Ernesto Casanova, vers 1880.
Il double le cap de Bonne-Espérance le , emmenant avec lui des guides indiens ou musulmans, prêtés ou arrachés de force aux petits souverains des côtes d'Afrique de l'Est car ils connaissent bien les courants de l'océan Indien. Le , il atteint le port indien de Pantalayini, situé à une vingtaine de kilomètres de Calicut, puis il débarque sur la plage de Kappad(en) le , son équipage en guenilles étant exténué[15].
Séjour à Calicut et retour
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Le voyage est un échec : le Zamorin de Calicut, déçu par les marchandises qu'il lui propose — miel, chapeaux, pots de chambre — lui refuse les avantages commerciaux qu'il demande et l'Inde compte moins de chrétiens qu'il n'escomptait.
Méprisés et incapables d'établir des échanges commerciaux, les Portugais doivent repartir trois mois plus tard, prenant en otage des notables pour assurer leurs arrières[16]. Le voyage est difficile. La navigation est risquée et prend un autre trois mois avant d'arriver à Malindi où l'équipage décimé par le scorbut est enfin secouru. Les navires repartent sans le São Rafael, brûlé faute d'équipage suffisant à son bord. Le cap de Bonne-Espérance est doublé en mars 1499. Paulo de Gama succombe à la maladie et est enterré aux Açores. Le voyage s'achève enfin en septembre avec 54 survivants[2].
Les honneurs après le retour
Malgré son échec commercial, Vasco de Gama est couvert d'honneurs à son retour, nommé « amiral des Indes » et à ce titre contrôle une partie du commerce avec l'Inde.
D'après l'historien indien, Sanjay Subrahmanyam, Vasco De Gama a découvert une voie maritime permettant de contourner la voie terrestre du Moyen-Orient. Cela permet aux Portugais d'éviter les impôts et taxes prélevées par le sultan d'Égypte, à l'inverse d'autres commerçants venant d'ailleurs (Vénitiens, Juifs de Méditerranée et autres) [17].
La cour de Manuel Ier, qui se proclame « seigneur de la conquête, de la navigation et du commerce d'Éthiopie, d'Arabie, de la Perse et de l'Inde »[18], s'entiche de Gaspar, un juif converti par Vasco de Gama sur le chemin de retour, qui raconte aux courtisans ce qu'ils ont envie d'entendre, à savoir qu'il y a en Inde de nombreux chrétiens (ils pensent encore que le royaume du prêtre Jean se situe en Inde et que les hindous sont des chrétiens)[19].
Représentations de la rencontre entre Vasco de Gama et le Samorain de Calicut
Vasco de Gama arrive auprès du Zamorin de Calicut, v. 1672
Rencontre de Vasco de Gama et du Zamorain, gravure, 1850
Vasco da Gama, Galerie des vice-rois portugais des Indes, Goa, XVIe siècle.Planisphère de Cantino de 1502
Avec une flotte de vingt navires et des marchandises intéressant enfin les Indiens (de l'or et de l'argent, rapportés des grandes découvertes des Amériques), cette deuxième expédition est parfois violente en étant marquée notamment par le bombardement du port de Calicut en représailles aux massacres contre l'équipage de Pedro Álvares Cabral ou encore l'assaut, le , contre le navire marchand Miri qui ramène des pèlerins de La Mecque. Vasco de Gama préfère brûler et couler le navire et laisser se noyer hommes, femmes et enfants plutôt que d'accepter la rançon que les riches marchands musulmans lui proposent[18], selon le témoignage de Thomé Lopes(en) de la 4e Armada portugaise des Indes (Gama, 1502)(en).
Bien que cette deuxième expédition marque les débuts de l'empire colonial portugais et rapporte à la couronne un butin substantiel ainsi que des privilèges commerciaux importants grâce aux comptoirs fondés sur les côtes africaines, le zamorin de Calicut n'est pas soumis, et l'espoir de trouver le royaume du prêtre Jean est déçu. Vasco de Gama tombe en disgrâce[17]. Le roi Manuel sanctionne ainsi le clan des nobles qui privilégie le mercantilisme au détriment de la mission d'évangélisation.
Disgrâce et semi-retraite (1503-1519)
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Retour en grâce, troisième voyage et décès (1519-1524)
Finalement, le roi Manuel Ier lui donne le titre de comte de Vidigueira en 1519 et son successeur Jean III, souhaitant lutter contre la corruption qui se développe dans les comptoirs, le nomme vice-roi des Indes en 1524.
Vasco de Gama entreprend un troisième voyage mais meurt de la malaria peu de temps après son arrivée.
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À la différence de Christophe Colomb, Vasco de Gama n'a pas laissé de récit de voyage. Cependant, un de ses hommes resté anonyme a tenu un journal, qui donne un bon aperçu des problèmes qu'il leur fallut surmonter.
Ces voyages ouvrent une nouvelle voie maritime pour le commerce des épices au profit du royaume de Portugal, alors que l'Espagne (les royaumes de Castille et Aragon réunis par le mariage des Rois catholiques) aborde le continent américain à la suite des voyages de Christophe Colomb (le premier en 1492), qui croit d'abord avoir atteint les Indes.
En 1494, le traité de Tordesillas attribue au Portugal la zone terrestre (sauf l'Europe et les îles Canaries) située à l'est du méridien passant à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert, l'Espagne recevant les terres à l'ouest de ce méridien. Le Portugal développe alors un empire fait de comptoirs commerciaux des côtes de l'Afrique aux Indes orientales, ainsi qu'au Brésil, découvert en 1500, tandis que l'Espagne conquiert les empires aztèque puis inca, en Amérique du Sud et centrale.
en 1880, le transfert de ses ossements dans le monastère des Hiéronymites de Lisbonne a soulevé la polémique chez les nationalistes portugais car il y eut probablement une confusion avec d'autres ossements, les siens étant restés dans la région d'Alentejo[11] ;
en 1960, inauguration de son cénotaphe du Panthéon national (Lisbonne), pour commémorer le 400e anniversaire de sa disparition.
La célébration du 500e anniversaire du passage du cap de Bonne-Espérance en 1997 a réveillé le nationalisme portugais et rappelé à un grand nombre d'Indiens que Vasco de Gama est le premier colonisateur de leur pays[23] ;
Les manuels scolaires et bandes dessinées portugais continuent aujourd'hui d'évoquer l'épopée mythique de Vasco de Gama[16] ;
↑Bailey Wallys Diffie et George Davison Winius, Foundations of the Portuguese Empire, 1415-1580, University of Minnesota Press, 1977, p. 177-178 (ISBN9780816607822)
↑ ab et cRichard Humble, Les grands navigateurs, Time-Life Books, , 176 p., p. 89, 102
↑Sanjay Subrahmanyam, Empire portugais d'Asie (1500-1700) : histoire politique et économique, Maisonneuve & Larose, 1999, 385 p. (ISBN2706812524)
↑(en) Bailey Wallys Diffie, George Davison Winius, Foundations of the Portuguese empire, 1415-1580, University of Minnesota Press, , 533 p. (ISBN978-0-8166-0850-8, lire en ligne), p. 177-188
↑Alexander von Humboldt, Examen critique de l'histoire de la géographie du Nouveau Continent et des progrès de l'astronomie nautique aux XVe et XVIe siècles, Librairie de Gide, (lire en ligne), p. 83-88
Geneviève Bouchon, Vasco de Gama, Fayard, 1997, 409 p.
Dejanirah Couto, « 1498 Vasco de Gama rencontre le souverain de Calicut », dans Romain Bertrand (dir.), L'exploration du monde : Une autre histoire des Grandes Découvertes, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points » (no H617), , 2e éd. (1re éd. 2019), 536 p. (ISBN978-2-7578-9776-8, lire en ligne), p. 159-163.
Gabriel Ferrand, Le pilote arabe de Vasco de Gama et les instructions nautiques des arabes au XVe siècle, dans Annales de géographie, 1922, no 172, p. 289-307(lire en ligne)
(pt) Augusto Carlos Teixeira de Aragāo, Vasco da Gama e a Vidigueira: Estudo historico, Lisboa: Imprensa Nacional, 1887. 303 p.
Voyages de Vasco de Gama. Relations des expéditions de 1497-1499 & de 1502-1503. Traduction de Paul Teyssier, notes de Paul Teyssier et Paul Valentin et préface de Jean Aubin, Paris, éditions Chandeigne, 1995.